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Full text of "La chronique de Nantes (570 environ - 1049)"

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University  of  Toronto 


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COLLECTION  DE  TEXTES 

POUR     SERVIR    A    L*  ETUDE     ET    A    i/  ENSEIGNEMENT    DE    LHISTOIKE 


LA 


CHRONIQUE  DE   NANTES 


(570    environ-1049) 


Publiée  avec  une  introduction  et  des  notes 


René   MERLET 

Archiviste  d'Eure-et-Loir 


PARIS 

ALPHONSE  PICARD   ET  FILS,  ÉDITEURS 

Libraires    des   Archives  nationales  et  de  la   Société  de  l'Ecole  des  Chartes 
82,   Rue  Bonaparte,  82 


1896 


M.  A.  DE   LA   BOUDERIE 


MEMBRE     DK     L  INSTITUT 


HOMMAGE  RESPECTUEUX  ET  RECONNAISSANT 


r 


INTRODUCTION 


i. 

ÉDITIONS   ET   MANUSCRITS 

UTILISÉS    POUR    RECONSTITUER    LA    CHRONIQUE    DE    NANTES. 

La  Chronique  de  Nantes,  source  presque  unique  de  nos 
informations  sur  l'histoire  de  Bretagne  au  xc  siècle,  n'a  été 
éditée  qu'une  seule  fois,  en  1707,  par  dom  Lobineau1,  et  encore 
cette  édition  n'est-elle  que  fragmentaire.  Il  peut  paraître  étonnant 
(pie  Ton  n'ait  pas  depuis  lors  publié  intégralement  cette  chro- 
nique; mais  cela  s'explique  par  ce  qu'on  ne  possède  plus  le  ma- 
nuscrit original  où  elle  était  transcrite,  et  qu'on  n'en  a  point  de 
copie  complète.  De  nos  jours,  les  érudits  bretons  semblent  avoir 
espéré  retrouver  ce  manuscrit,  qui,  au  siècle  dernier,  avait 
échappé  aux  investigations  des  Bénédictins,  et  c'est,  je  crois, 
dans  l'attente  de  cette  trouvaille,  qu'on  a  négligé  de  rééditer  un 
texte,  dont  on  s'accorde  à  reconnaître  l'importance.  Mais,  après 
les  recherches  faites  de  tous  côtés,  il  y  a  lieu  de  penser  qu'on  ne 
découvrira  peut-être  jamais  ce  manuscrit,  perdu  depuis  plusieurs 


1.  Histoire  de  Bretagne .  t  Q,  col,  3Ç-49.  L'édition  de  dom  Lobineau 
a  été  entièrement  reproduite  par  dom  Morice,  en  1742,  dans  le  tome  L*r  des 
Preuves  de  l'Histoire  de  Bretagne  (col.  135-149),  et  partiellement  p.ir 
dom  Bouquet,  en  1 7  '•  *  *  e(  1752,  dans  Les  tomes  \ll  et  NUI  du  Recueil  lies 
Historiens  des  Gaules  tl  de  la  France  (p.  217-221  et  275-278). 


vin  INTRODUCTION 

siècles:  c'est  pourquoi  je  n'ai  pas  jugé  inopportun  de  tentera 
nouveau  une  œuvre  de  restitution  que  l'on  a  jusqu'à  présent 
hésité  à  entreprendre. 

Dom  Lobineau  a  placé  en  tête  de  son  édition  le  titre  suivant  : 
Chronicon  Namnetense,  restitutum  auxilio  fragmentorum  ejus- 
dem,  a  Petro  Le  Baud  laudatorum,  quae  in  Chronico  Briocensi 
reperta  sunl;  etveteris  collectionis  manuscriptae,  quae  in  eccle- 
sia  Namnetensi  asservatur.  Pour  établir  le  texte  de  la  Chronique 
de  Nantes,  dom  Lobineau  a  donc  fait  usage  de  trois  compilations 
diverses,  où  se  rencontraient  des  fragments  plus  ou  moins  impor- 
tants de  l'œuvre  qu'il  se  proposait  de  reconstituer.  Ces  compila- 
tions sont:  1°  Y  Histoire  de  Bretagne  de  Pierre  Le  Baud1  ;  2°  la 
Chronique  de  Saint-Brieuc ;  3°  un  Becueil  manuscrit  (Vêtus 
collectio  manuscripta),  alors  conservé  dans  les  archives  de  l'église 
de  Nantes,  et  sur  lequel  dom  Lobineau  ne  nous  a  laissé  aucun 
renseignement  précis 2. 

De  ces  ouvrages  les  deux  premiers  sont  actuellement  connus; 
quant  au  troisième,  il  n'existe  plus  aujourd'hui,  et  c'est  la  dispa- 
rition de  ce  Becueil  manuscrit,  qui  donne  une  certaine  valeur  à 
l'édition  de  dom  Lobineau.  Il  est  évident,  en  effet,  que  les  va- 
riantes, qui  ne  se  retrouvent  ni  dans  ÏHistoire  de  Bretagne  de 
Pierre  Le  Baud,  ni  dans  la  Chronique  de  Saint-Brieuc,  pro- 
viennent du  Becueil  manuscrit  de  l'église  de  Nantes.  Je  les  ai 
toutes  relevées  avec  soin  et  les  ai  publiées  en  les  accompagnant 
de  la  lettre  D,  qui  est  celle  dont  je  me  suis  servi  pour  désigner 
l'édition  de  dom  Lobineau  tout  entière:  j'ajouterai  que  ces 
variantes  ont  en  général  peu  d'importance. 

Dom  Lobineau,  à  ce  qu'il  semble,  aurait  pu  tirer  meilleur 
parti  des  sources  dont  il  disposait.  S'il  est  excusable  de  n'avoir 
pas  utilisé  plusieurs  manuscrits,  qui  n'avaient  point  encore  été 


1.  Cette  Histoire  avait  été  publiée  en  1638,  à  Paris,  par  d  Hozier  en  un 
volume  in-folio.  G  est  de  cette  édition  que  dom  Lobineau  fit  usage  :  mais, 
comme  on  le  verra  par  la  suite,  il  existe  une  autre  Histoire  de  Bretagne 
inédite  du  même  P.  Le  Baud,  que  dom  Lobineau  n'a  pas  utilisée  et  dont  il 
importe  de  se  servir  pour  reconstituer  le  texte  de  la  Chronique  de  Nantes. 

2.  D'après  les  différents  récits  extraits  par  dom  Lobineau  de  ce  Recueil, 
on  voit  que  cette  compilation  assez  confuse  avait  été  formée,  au  xvc  siècle 
probablement,  par  un  chanoine  de  Nantes,  et  qu'elle  offrait  une  grande  ana- 
logie avec  un  autre  recueil  manuscrit,  appartenant  aujourd'hui  à  M.  A.  de  la 
Borderieet  dont  il  sera  question  plus  loin, 


ÉDITIONS  ET  MANUSCRITS  ix 

signalés  de  son  temps,  il  lui  eûl  été  possible,  en  comparant  plus 
attentivement  lune  à  l'autre  Y  Histoire  de  P.  Le  Baud  et  la 
Chronique  de  Saint-Iîrieuc,  d'améliorer  son  œuvre  et  de  la 
compléter.  Pour  faire  voir  combien  son  édition  est  insuffisante, 
je  dirai  que,  sur  les  cinquante-deux  chapitres  dont  je  publie  le 
texte,  vingt  y  font  totalement  défaut1,  six  manquent  pour  la 
plus  grande  partie  ou  sont  résumés  en  quelques  mots2,  trois  sont 
conçus  en  termes  différents 3.  Quant  aux  vingt-trois  autres  cha- 
pitres, on  y  remarque  encore  ça  et  là  de  graves  omissions1. 
Mieux  qu'aucune  autre  considération,  ce  simple  exposé  montre 
qu'il  n'était  pas  inutile  de  rééditer  la  Chronique  de  Nantes. 

Jusqu'à  la  fin  du  xve  siècle,  les  chanoines  de  la  cathédrale  de 
Nantes  conservèrent  dans  leurs  archives  le  manuscrit,  peut  être 
autographe,  du  chroniqueur  nantais.  Un  procès-verbal,  daté  du 
11  mars  1494,  prouve  qu'à  cette  date  ce  manuscrit  était  enfermé 
sous  clefs  dans  le  Trésor  des  lettres  de  ladite  église.  Ce  curieux 
procès-verbal  mérite  d'être  reproduit  ici  en  partie  ;: 

A  tous  ceux  qui  ces  présentes  lettres  verront  et  orront  Jehan  Le  Clerc  et 
Jehan  Chevalier,  notaires  en  la  court  de  Nantes,  salut  en  Nostre  Seigneur. 
Sçavoir  faisons  que,  le  vingt-neuviesme  de  décembre  derroin  passé,  le  roy. 
noslre  souverain  seigneur,  lors  estant  en  la  librairie  de  L'église  cathédrale  de 
Nantes,  et  avecques  luy,  entre  autres,  Messieurs  l'évèque  de  Sainct-Mallo  cl 
Le  président  de  Ganat,  nous  commanda,  comminsl  el  députa  pour  prendre  et 
recepvoir,  des  arches  el  escrins  de  ladite  église,  certaines  Lettres  et  Chartres 
anciennes,  qui  nous  seroinl  demonstrées  et  communiquées  par  les  chanoines 
cl  suppostz  d  icelle,   et  dont   il  avoit   baillé  la  déclaration  à  maistre  Charles 


1.  Ce  sont  les  chapitres   i,   n,    ix,   xv,  xvi,  jcvii,  xvm,  \i\.  w.  exxiii, 
\\\\,     \i.iii.    \i.iv,    \i.v,    m. vu,    \i.viii,     et    les    chapitres    I,    n.    Il]   et    iv    des 

Miracula. 

2.  Chapitres  \n.  \xvi,  xxviii,  xxxvi,   xxxvii  el  xlii. 
.*}.  ( ihapitres  xi,  xm  el  xxi. 

'i      Voir  SUrtOUl    chapitres  m.    vi,    \.   wvii.    \\\i   el  \\\i\. 

5  Je  dois  la  communication  de  ce!  acte  à  L'obligeance  de  M  V.de  LaBor- 
derie,  qui  m'a  adressé  à  ce  sujet  les  renseignements  suivants:  «La  pièce, dont 
a  je  \<>iis  envoie  la  copie,  a  été  vue  et  transcrite  par  moi,  il  v  a  environ  qua- 
«  ranle  ans,  dans  ce  que  je  n'ose  pas  appeler  Les  archives  du  Chapitre  de 
«  Nantes:  celait  une  armoire,  percée  de  trous  dans  son  tond  et  ses  p 
«  reléguée  dans  le  logement  du  suisse  de  la  cathédrale,  et  où  b' entassaient, 
u  pêle-mêle  avec  de  vieilles  nippes  d'enfants  de  chœur,  certaine  quantité  de 

«    paperasses  sans  aucun  ordre.    » 


x  INTRODUCTION 

Meschinot,  chantre  de  la  dite  église  ;  et  icelles  lettres  et  chartres  exempler, 
colationner  et  réduire  en  forme  publicque  et  autenticque,  que  foy  y  soit 
adjoutée.  Pourquoy  nous,  dessusditz  notaires,  en  obéissant  aux  commande- 
ments dudit  seigneur  et  vacant  à  ladite  susdiction,  le  derroin  jour  de  janvier 
ensuivant,  nous  suïsmes  transportez  à  ladite  église  et  ou  revestiaire  d'icelle, 
où  sont  les  lettres  et  chartres  de  ladite  église  en  cofïres  et  escrins  fermez,  et 
illecques  trouvasmes  ledit  président,  maistre  Guillaume  Larchier,  doyan, 
ledit  Meschinot,  chantre,  Pierre  Besicle  et  Jacques  de  la  Motte,  chanoines  de 
ladite  église  et  vicaires,  le  siège  épiscopal  vacant,  avecques  maistre  François, 
Pastorel,  Jehan  Allis,  Jehan  Leprince,  aussi  chanoines  di  celle  ;  lequel  pré- 
sident, en  présence  des  dessusdits,  nous  a  advertiz  et  commandez  de  par 
ledit  seigneur  procéder  et  besoigner  au  faict  de  ladite  commission  et  com- 
mandement o  toute  diligence.  Lesquels  vicaires  et  chanoines,  après  avoir  ouy 
nostre  charge  et  pétition,  ont  franchement  et  libéralement  faict  ouvrir  les- 
dits  coffres  et  escrins,  paradvant  fermez  à  troys  claveures  et  troys  clefz  gar- 
dées par  ledit  Meschinot,  maistre  François  Pastourel  et  Jehan  Allis,  cha- 
noines, par  chaqun  d'eux  une  clef;  lesqueulx,  en  présence  desdits  vicaires, 
jurèrent  et  firent  foy  avoir  loyaument  et  sans  fraude  jusqueslors  lesdites  clefs 
gardées  et  conservées,  et,  après  ouverture  desdits  coffres  faicte,  monstrèrent 
lesdites  chartres  et  lettres  à  nous,  dits  notaires,  saines  et  entières,  sans 
aucune  suspicion,  comme  de  prime  face  apparoissoit,  qui,  selon  ladite  décla- 
ration, les  pranseïsmes  et  receumes,  selon  ce  que  cy  après  est  faict  mention, 
pour  icelles  doubler,  exempler  et  colationner,  comme  dict  est,  en  la  présence 
desdits  doyen  et  chantre.  Et  ont  lesdits  vicaires,  en  tant  que  mestier  est, 
décerné  foy  estre  adjoutée  à  la  copie,  qui  par  nous  notaires  sera  faicte, 
comme  à  l'original.  —  Premièrement  exhibèrent  une  Chronicque  ancienne, 
escripte  en  parchemin  en  lettres  de  forme,  gardée  au  trésor  des  lettres 
de  ladite  église,  dans  laquelle  Chronicque,  entre  autres  choses,  est  contenue 
une  lettre  insérée,  par  laquelle  Herispogius,  roy  de  Bretagne,  rendit  à  l'église 
de  Nantes  la  moitié  du  revenu  de  l'imposition  sur  les  marchandises  deucs  à 
la  prévauté  de  Nantes,  que  ses  prédécesseurs  avoint  empesché,  comme  est 
contenu  en  ladite  Chronicque,   de  laquelle  la  teneur  ensuist. 

La  charte  du  roi  Erispoé  est  transcrite  en  entier  à  la  suite  de 
ce  procès- verbal.  Or  Pierre  Le  Baud  et  le  chroniqueur  de  Saint- 
Brieuc,  qui  eurent  entre  les  mains  le  texte  complet  de  la  Chro- 
nique de  Nantes,  témoignent  que  cette  charte  en  faisait  réelle- 
ment partie1.  La  Chronicque  ancienne,  escripte  en  parchemin 
ei  lettres  de  forme,  conservée  en  1494  dans   les  Archives  du 


1.   Voir  chapitre  xiv,  p.  44- i8. 


EDITIONS  ET  MANUSCRITS  xi 

chapitre  nantais,  était  donc  un  manuscrit  de  la  Chronique  de 
Nantes,  peut-être  même  le  manuscrit  autographe. 

Depuis  la  fin  du  xvc  siècle,  on  perd  la  trace  de  ce  précieux 
volume,  sans  qu'il  soit  possible  de  se  rendre  compte  de  la  cause 
de  sa  disparition  ;  et  malheureusement,  comme  je  Lai  déjà  dit, 
aucune  copie  intégrale  n'en  est  parvenue  jusqu'à  nous. 

Dans  le  temps  même,  où  fut  rédigé  le  procès-verbal  qu'on 
vient  de  lire,  un  prêtre  manceau,  nommé  Pierre  Le  Baud1, 
s'occupait  activement  de  compulser  les  anciennes  annales  con- 
servées dans  les  églises  et  les  monastères  de  Bretagne.  Le  Baud 
était  un  compilateur  qui,  chose  rare  à  cette  époque,  avait,  jusqu'à 
un  certain  point,  l'intuition  de  la  véritable  méthode  historique. 
Dès  1480,  à  la  prière  de  Marguerite,  duchesse  de  Bretagne,  il 
avait  rédigé  une  Histoire  abrégée  des  ducs  cl  princes  de  Bre- 
t&gne*.  Il  dit  à  la  fin  de  cet  ouvrage:  «  Ces  choses  sont  escriptes 
en  livres  et  cronicques  non  cogneuz  »  (f°  19  v°).  Le  4  octobre 
1  i(.)S,  la  reine  Anne  de  Bretagne  lui  fit  expédier  des  lettres  pour 
avoir  communication  de  tous  les  titres  des  chapitres,  abbayes, 
communautés  et  archives  du  pays3.  En  vertu  des  ordres  de  la 
reine,  qui  lui  ouvraient  toutes  les  bibliothèques  de  la  région, 
Pierre  Le  Baud  put  augmenter  promptement  la  collection  de 
notes  qu'il  avait  déjà  formée  depuis  de  longues  années4  ;  et,  des 
documents  ainsi  assemblés,  il  composa  entre  1498  et  1505  une 
Histoire  de  Bretagne  qu'il  dédia  à  la  reine  Anne.  Le  manuscrit 


1.  Pierre  Le  Baud  naquit  veri  1«'  milieu  du  \v  >ièclc,  du  mariage  de 
Pierre  Le  Baud,  seigneur  de  Saint-Ouen  au  Maine,  avec  Jeanne,  fille  bâtarde 
de  Patri,  seigneur  de Châteaugiron  et  de  Derval.  Il  embrassa  l'étal  ecclésias- 
tique et  devint  successivement  secrétaire  de  Jean  de  Châteaugiron,  orateur  de 
la  duchesse  de  Bretagne,  Marguerite,  chantre  do  1  église  collégiale  de  Saint- 
Tugdual  <le  Laval,  trésorier  de  la  Magdeleine  de  Vitré,  aumônier  de  Guj  \\  . 
comte  de  Laval,  conseiller  et  aumônier  d'Anne  de  Bretagne,  laquelle  le  fit 
élire  évêque  de  Bennes  en  1500  ;  mais  Pierre  Le  Baud  mourut  en  cette  même 
innée,  avant  que  ses  lettres  de  provision  ne  fussent  venues  de  Borne  (Voir  Du 
Paz.  Histoire  généalogique  aie  plusieurs  maisons  illustres  de  Bretagne. 
Pans,  1620,  in-folio,  |>.  258,  et  Hauréau,  Histoire  littéraire  du  Maine, 
II.   If..")- 175). 

2.  ('elte  histoire,  médite,  je  crois,  e>t  conservée  à  la  Bibliothèque  Natio- 
nale, ins.  français  6011. 

:>.   I).    Lobineau,    Histoire    de    Bretagne,    I.    822.    Cf.    plus  loin,    p. 

WXVI    11". 

'».  Comme  on  le  -verra  par  là  suite.  P.  Le  Baud,  dès  1480  au  plus  tard. 
avait  entrepris  le  dépouillement  des  vieilles  chroniques  armoricaines. 


xii  INTRODUCTION 

original  de  cette  histoire  était,  au  commencement  du  xvne  siècle, 
en  la  possession  de  Sébastien  de  Rosmadec,  baron  de  Molac, 
gouverneur  de  Quimper-Gorentin.  Sébastien  de  Rosmadec  com- 
muniqua son  manuscrit *  à  d'Hozier,  qui,  en  1638,  l'édita  à 
Paris,  chez  Gervais  Alliot,  en  un  volume  in-folio. 

Le  plan  de  Y  Histoire  de  Bretagne  est  bien  conçu.  Pierre 
Le  Baud  a  le  plus  souvent  traduit  littéralement  et  abrégé  quel- 
quefois les  principaux  passages  des  annales  et  chroniques  qu'il 
découvrit  au  cours  de  ses  investigations  dans  les  archives  bre- 
tonnes. Il  a  ensuite  juxtaposé,  suivant  un  ordre  rigoureusement 
chronologique,  tous  ces  extraits  de  vieux  auteurs,  et  il  en  a 
formé  une  compilation  extrêmement  précieuse  non  seulement 
pour  l'histoire  de  la  province,  mais  aussi  pour  l'histoire  générale 
de  la  France.  En  effet,  un  grand  nombre  de  documents  qu'il  eut 
entre  les  mains  ont  aujourd'hui  disparu,  et,  quand  on  considère 
avec  quelle  exactitude  il  a  reproduit  les  œuvres  que  nous  con- 
naissons d'ailleurs,  on  est  tenté  d'accorder  à  ses  traductions 
d'annales  perdues  une  confiance  approchante  de  celle  qu'on 
aurait  pour  les  originaux  eux-mêmes.  Le  Baud  a,  en  outre, 
constamment  indiqué  à  quelles  sources  il  empruntait  son  récit. 

On  peut  se  rendre  compte  ainsi  qu'il  a  traduit  presque  in- 
extenso  la  Chronique  de  Nantes  et  l'a  insérée  dans  son  Histoire 
de  Bretagne.  Je  regarde  comme  certain  qu'il  eut  communication 
du  manuscrit,  contervé  en  1491  dans  les  Archives  du  Chapitre 
de  Nantes  ;  mais  je  pense  que,  lorsqu'il  rédigea  son  Histoire,  il 
n'utilisa  pas  l'original  même.  Il  dut  se  servir  d'une  copie  qu'il 
en  avait  fait  faire  ;  car  quelques  variantes,  telles  que  Carnotensis 
au  lieu  de  Tarvanensis  (voir  plus  loin,  p.  41  et  43j,  Namnetensi 
au  lieu  de  Venetensi  (p.  41),  Cainone  au  lieu  de  Bainone  (p.  67), 
vicis  et  foris  au  lieu  de  intas  et  foris  (p.  92),  portum  Tara- 
rium  au  lieu  de  portant  Carariam  (p.  95),  etc.,  constituent  des 
erreurs  qu'il  n'aurait  sans  doute  pas  commises,  s'il  eût  eu  alors 
le  manuscrit  original  sous  les  yeux.  Mais,  d'autre  part,  la  copie 
qu'il    employa   dérivait  directement  du    manuscrit    de   Nantes, 


1.  Ce  manuscrit  original  est  aiijoard  hui  conservé  à  Londres  au  Musée  bri- 
tannique, fonds  Harléien,  n°.4371.  Voy.  Le  Roux  de  Lincy,  Vie  de  la  relue 
Anne  de  Bretagne,  t.  II,  p.  37 .  La  Bibliothèque  Nationale  en  possède  une 
copie  presque  contemporaine  (fonds  français,  nouv.  acq.,  n°  2615). 


ÉDITIONS  ET  MANUSCRITS  xni 

comme  le  montre  le  fait  suivant.  Deux  auteurs  inconnus,  pro- 
bablement chanoines  de  la  cathédrale  de  Nantes,  composèrent 
au  xvc  siècle  une  double  compilation  latine,  où  ils  firent  entrer 
divers  chapitres  empruntés  à  la  Chronique  de  Nantes.  L'une  de 
ces  compilations  est  celle  qu'a  signalée  dom  Lobineau  sous  le 
titre  de  Velus  collectif)  manuscripta  ecclesiae  Namnetensis  *; 
l'autre,  dont  il  sera  parlé  plus  loin,  appartient  aujourd'hui  à 
M.  A.  de  la  Borderie.  Il  paraît  incontestable  que  ces  deux 
auteurs,  nantais  d'origine,  copièrent  sur  le  manuscrit  original  de 
la  Chronique,  alors  dans  les  archives  du  chapitre,  les  passages 
qu'ils  ont  reproduits  dans  leurs  compilations.  Or  l'un  et  l'autre 
nous  ont  conservé  le  texte  du  chapitre  xlvi  de  la  Chronique 
de  Nantes,  et  l'une  et  l'autre  transcription  nous  offrent  pour  ce 
chapitre  une  même  lacune  de  quelques  lignes  (voir  plus  loin, 
p.  136).  Il  en  résulte  qu'en  cet  endroit  le  manuscrit  original 
était  lacéré  ou  bien  que  l'usure  du  parchemin  avait  rendu  le 
passage  illisible;  et,  comme  cette  même  lacune  se  remarque 
dans  la  traduction  de  P.  Le  Baud,  on  en  peut  conclure  que  la 
copie,  dont  cet  historien  fit  usage,  avait  été  prise  aussi  sur  le 
manuscrit  nantais. 

L'ouvrage  de  Pierre  Le  Baud  est,  de  tous  les  recueils  manus- 
crits ou  imprimés  actuellement  connus,  celui  qui  renferme  le  plus 
grand  nombre  d'extraits  de  la  Chronique  de  Nantes.  Le  soin  ex- 
trême, que  Le  Baud  apporte  ordinairement  à  recueillir  les  moin- 
dres faits  intéressant  l'histoire  de  Bretagne  aux  époques  an- 
ciennes, est  un  sûr  garant  qu'il  n'a  dû  passer  sous  silence  aucun 
passage  important  de  cette  Chronique.  On  peut  s'en  convaincre 
aisément.  Dom  Martène,  en  effet,  a  publié,  en  1717,  un  long 
fragment  de  la  Chronique  de  Nantes.  Ce  fragment,  dont  je  par- 
lerai tout  à  l'heure,  embrasse,  dans  mon  édition,  les  chapitres  vi 
a  kxii,  qui  sont  complets  et  se  suivent  sans  offrir  de  lacune.  Or, 
sur  ces  sei/.e  chapitres,  Le  Baud  en  a  traduit  ou  résumé  quatorze. 

D'ailleurs,  la  plupart  des  passages  de  la  Chronique  de  Nantes, 
(pie  Le  Baud  a  négligé  d'insérer  dans  son  Histoire  de  Bretagne, 
dédiée  à  la  reine  Anne,  ont  été  reproduits  par  lui  dans  une  autre 
compilation  française  encore  Inédite.  Celte  compilation  avait  été 


1 .  \  oir  plus  haut .  page  vin,  n    _ 


xiv  INTRODUCTION 

rédigée  par  Le  Baud,  dès  1480  environ,  à  la  prière  de  Jean,  sire 
de  Derval  et  de  Châteaugiron  *,  dont  il  était  secrétaire.  L'auteur 
s'exprime  ainsi  dans  la  Préface:  «  Je,  Pierre  Le  Baut,  secrétaire 
«  de  hault  et  puissant  Jehan,  sire  de  Derval,  de  Gombour,  de 
«  Chasteaugiron,  de  Rogé  et  de  Saint-Mars,  mon  seigneur  très 
«  redoubté,  non  de  mon  propre  mouvement  ne  audace,  mais 
«  contrainct  par  l'estroit  lien  de  son  commandement,  emprins  et 
«  craintivement  me  suys  aventuré  à  escripre  la  compillacion  des 
«  cronicques  et  ystoires  des  très  nobles  roys  et  princes  de  Ere- 
ce  taigne  Armoricque  2.  »  —  Le  manuscrit  original  de  cette  se- 
conde compilation  est  actuellement  à  la  Bibliothèque  nationale 
de  Paris  (fonds  français,  n°  8266).  C'est  un  magnifique  volume 
in-folio  en  vélin,  du  xve  siècle,  de  399  feuillets,  orné  de  très  belles 
miniatures.  L'une  d'elles  représente  Pierre  Le  Baud  lui-même  à 
genoux,  offrant  son  manuscrit  à  Jehan  de  Châteaugiron,  entouré 
de  sa  famille3. 

Au  moyen  de  ces  deux  ouvrages  de  Pierre  Le  Baud,  l'un  dédié 
à  la  reine  Anne  de  Bretagne,  l'autre  à  Jean  de  Châteaugiron,  on 
peut  reconstituer  la  traduction  française  à  peu  près  complète  de 
la  Chronique  de  Nantes.  J'ai  désigné,  dans  mon  édition,  le  pre- 
mier de  ces  ouvrages  par  la  lettre  E,  le  second  parla  lettre  F. 

Possédant  la  traduction  française  de  la  plus  grande  partie  de  la 
Chronique  de  Nantes,  il  m'a  été  possible  de  résoudre  certaines 
difficultés  que  présentait  la  restitution  du  texte  latin,  et  de  re- 
trouver divers  morceaux  de  cette  Chronique,  là  où  personne  ne 
paraissait  en  avoir  soupçonné  l'existence.  Le  plus  important  de 
ces  morceaux  est  celui  qui  fut  publié  en  1717  par  dom  Martène 
sous  le  titre  de  Fragmentum  historiae  Britanniae  Armoricae  * , 


1.  Jehan  de  Châteaugiron  mourut  le  31  mai  1482,  comme  en  témoigne  son 
épitaphe,  puhliée  par  Du  Paz,  Hist.  généal.  de  plusieurs  maisons  M.  de 
Bret.,  p.  173. 

2.  Ms.  français,  8266,  f°  5  r°  et  v°.  —  Cette  compilation  est  divisée  en 
trois  parties  :  la  première  comprend  18  chapitres,  la  deuxième  32,  la  troisième 
247  ;   elle  s'arrête  à  1458,  date  de  la  mort  du  duc  Arthur  III. 

3.  Cette  miniature  a  été  reproduite  en  gravure  dans  Y  Hist.  de  Bretagne 
de  dom  Lohineau,  qui  nous  apprend  qu'au  commencement  du  xvme  siècle  ce 
manuscrit  appartenait  à  M.  de  Piré-Rosnyvinen  {Hist.  de  Bretagne,  I,  822). 
—  La  bibliothèque  municipale  d'Angers  possède  une  copie  ancienne  de  ce 
manuscrit  (Hauréau,   Hist.  littéraire  du  Maine,  II,  167). 

4.  Doms  Martène  et  Durand,  Thésaurus  noms  anecdotorum,  III,  col. 
829-844. 


ÉDITIONS  ET  MANUSCRITS  xv 

d'après  un  manuscrit  de  la  Chartreuse  du  Val-Dieu  au  diocèse  de 
Sées1.  Soit  que  ce  manuscritdu  Val-Dieu  fût  évidemment  incom- 
plet, soit  pour  quelque  autre  motif,  dom  Martène  comprit  qu'il 
n'avait  sous  les  yeux  qu'une  portion  d'une  chronique  plus  consi- 
dérable2, comme  le  prouvent  le  titre  qu'il  mit  en  tête  de  son  édi- 
tion, et  aussi  les  mots  qu'il  ajouta  à  la  fin  :  et  cetera,  non  plura 
codex  manuscriptus.  Mais  le  savant  bénédictin  ne  sut  pas  déter- 
miner à  quelle  œuvre  appartenait  ce  Fragment. 

Il  lui  eût  été  d'ailleurs  assez  difficile  d'identifier  le  texte  qu'il 
venait  de  découvrir  avec  celui  de  la  Chronique  de  Nantes,  tel 
qu'il  avait  été  établi,  en  1707,  par  dom  Lobineau.  Le  texte  de 
dom  Lobineau  présentait  tant  d'omissions  et  d'incorrections, 
qu'il  était  naturel  de  penser  que  les  deux  récits  émanaient  d'au- 
teurs différents.  Cela  est  si  vrai  que  dom  Bouquet,  en  1719,  in- 
séra l'un  et  l'autre  dans  son  Recueil  des  Historiens  des  Gaules  et 
de  la  France2,  sans  s'apercevoir  qu'il  reproduisait  deux  fois  la 
même  œuvre4;  et,  encore  aujourd'hui,  on  se  réfère  habituelle- 
ment au  Fragment  du  Val-Dieu  et  à  la  Chronique  de  Nantes 
comme  à  deux  sources  historiques  distinctes,  de  valeur  diverse. 

Que  le  l 'raffinent  du  Val-Dieu  soit  un  simple  extrait  de  la 
Chronique  de  Nantes,  c'est  ce  qu'il  est  aisé  de  faire  voir.  En  effet, 
sur  les  seize  chapitres,  dont  se  compose  ce  Fragment*,  quatorze 
ont  été  traduits  littéralement  ou  fidèlement  résumés  par  Le  Baud 
dans  son  Histoire  de  Bretagne,  et,  en  tête  de  chacun  de  ces  cha- 
pitres, Le  Baud  prévient  son  lecteur  qu'il  ne  fait  que  reproduire 
le  récit  même  de  la  Chronique  de  Xantes.  Il  se  sert  des  expres- 


1.  Ex  manuscripto  Cartusiae  Vàllis-Dei,  in  diocesi  Sagiensi,  cujus 
manuscriptos  libros,  annuente  II.  P.  domno  fnnoeeniioLe  Tellier,  illius 
cmiii  moderatore  dignissimo,  nec  vulgari  eruditione  praedito,  per- 
folvere  mihi  licuit.  ilbid..  col.  S2lJ).  1).  Martène  ne  nous  a  laissé  aucune 
description  du  manuscrit  delà  Chartreuse  du  Val-Dieu.  La  bibliothèque  mu- 
nicipale il  UençOIl  a  recueilli  une  grande  partie  des  volumes  de  1  ancien  cou- 
vent du  Val- Dieu  ;  niais  le  manuscrit,  signalé  [Kir  1).  Martène,  y  a  été  vaine- 
ment recherché. 

2.  Dans  le  manuscrit  «lu  Val-Dieu.  Le  récit  s  arrêtait  à  1  année  B89  :  o-t 
Cependant   1).    Martène  suppose  crue  I  auteur  do  ce    récit  écri\ait  au  Kir*  siècle 

{Ibid  ,  col.  829). 
:;.  Tome  VII,  p.  i6-52  et  217-221. 
\.  Dom  Bouquet  présume  que  le  Fragment  du  Vài-Dieu  i  été  composé 

au  i\c  siècle,  et  la  Chronique  de  Nantes  au  xie. 
o.    Chapitre  VI    à  \\n  de  mon  édition. 


xvi  INTRODUCTION 

sions  suivantes  :  «  Dit  l'acteur  de  la  dessus  nommée  Chronicque 
«  de  Nantes  (voir  plus  loin,  p.  18);  —  Selon  ladite  Chronicque 
«  (p.  27); —  Selon  l'acteur  des  Ghronicques  de  Nantes  (p.  31); 
«  —  Raconte  l'acteur  de  la  Chronicque  de  l'église  de  Nantes 
«  (p.  32);  —  Dit  l'acteur  des  Chronicques  de  l'église  de  Nantes 
a  (p.  42)  »,  etc.  Quant  aux  deux  chapitres  non  traduits  par  Le 
Baud l,  ils  se  rapportent  uniquement  à  l'histoire  de  la  ville  de 
Nantes,  et  c'est  en  raison  de  leur  intérêt  tout  local  que  Le 
Baud  les  a  passés  sous  silence.  Les  seize  chapitres  qui  forment  le 
Fragment  du  Val-Dieu  appartiennent  donc  bien  à  la  Chronique 
de  Nantes,  et,  comme  ils  offrent  exactement  le  même  ordre  dans 
Y  Histoire  de  P.  Le  Baud  et  dans  l'édition  de  dom  Martène,  il  en 
résulte  que  nous  avons  là  le  texte  primordial  d'une  partie  impor- 
tante de  notre  Chronique2 . 

Ces  chapitres,  par  un  singulier  hasard,  sont  ceux  qui  avaient 
été  le  plus  corrompus  et  le  plus  mutilés  par  les  compilateurs  du 
xve  siècle,  et  l'édition  de  dom  Martène  permet  de  suppléer  heu- 
reusement aux  nombreuses  lacunes  que  présentent  en  cet  endroit 
les  autres  manuscrits.  L'édition  de  dom  Lobineau  témoigne  ici 
de  l'insuffisance  des  divers  recueils  alors  mis  en  œuvre  ;  car, 
bien  qu'ayant  à  sa  disposition  la  traduction  de  Pierre  Le  Baud,  il 
ne  put  retrouver  en  tout  ou  en  partie  le  texte  latin  des  chapitres 
ix,  xi,  xii,  xiii,  xv,  xvi,  xvn,  xviii,  xix  et  xx,  soit  dix  chapitres 
sur  seize  que  contient  le  Fragment  du  Val-Dieu.  Pour  combler 
les  vides  qu'il  sentait  exister  dans  son  essai  de  restitution, 
il  emprunta  à  la  Vêtus  collectio  manuscripta  ecclesiae  Nam- 
nelensis  le  récit   de  la   mort  du  duc  Salomon  et  des  troubles  qui 


1.  Ce  sont  les  chapitres  ix  et  xx  de  mon  édition.  Encore  faut-il  observer 
que  la  traduction  du  chapitre  ix  se  retrouve  dans  la  compilation  inédite  de  P. 
Le  Baud,  dédiée  à  Jean  de  Châteaugiron,  ms.  fr.  8266,  f°  114,  r°^  (Voir 
plus  loin,  p.  25). 

2.  Un  écrivain  nantais  du  siècle  dernier,  l'abbé  N.  Travers,  avait  reconnu 
que  le  Fragment  du  Val-Dieu  constituait  une  partie  de  la  Chronique  de 
Nantes.  L'œuvre  de  cet  érudit,  demeurée  manuscrite  jusqu'en  1836,  a  été 
alors  publiée  à  Nantes,  sous  le  titre  &  Histoire  de  la  ville  et  du  comté  de 
Nantes.  On  y  lit  à  la  page  130  du  tome  Ier:  «  Nous  trouvons  tous  ces  faits 
«  dans  la  Chronique  de  Nantes.  Dom  Lobineau  qui  l'a  crue  tout  à  fait 
«  perdue,  a  tâché  de  la  rétablir  sans  y  avoir  entièrement  réussi.  Doms  Mar- 
«  tène  et  Durand  en  ont  publié  un  grand  fragment  sous  le  nom  de  Fragment 

«  d'histoire  de  Bretagne Dom  Lobineau  n'a  point  connu  le  fragment 

«  donné  par  ses  confrères.  » 


ÉDITIONS  ET  MANUSCRITS  xvu 

suivirent  cet  événement  en  Bretagne  illist.  de  Bret.}  II,  col.  42). 
Mais  ce  récit  n'a  jamais  fait  partie  de  la  Chronique  de Nantes,  et 
il  constitue  une  interpolation.  Le  Fragment  du  Val-Dieu  et 
['Histoire  de  Pierre  Le  Baud  en  l'ont  foi l. 

Le  manuscrit  de  la  Chartreuse  du  Val-Dieu,  que  dom  Martène 
eut  entre  les  mains,  mais  dont  il  n'a  indiqué  ni  l'âge  ni  l'état  ma- 
tériel, avait  été  copié,  je  crois,  sur  l'exemplaire  conservé  dans  les 
archives  du  Chapitre  de  Nantes.  Voici  sur  quel  indice,  assez  léger 
d'ailleurs,  je  fonde  cette  opinion  que  la  perte  de  l'original  m'em- 
pêche  d'établir  plus  solidement.  Le  Baud,  qui  eut  communication 
du  manuscrit  de  Nantes,  rapporte,  dans  son  Histoire  de  Bretagne 
(E,  p.  117),  que  la  lettre  du  pape  Nicolas  Ier  au  duc  Salomon 
commençait  dans  ce  manuscrit  parles  mots,  Nicolaus,  episcopus, 
Sâlomoni,  régi Britonum.  Ce  simple  titre  d'episcopus,  pris  parle 
pape  Nicolas,  est  contraire  à  l'usage  de  la  chancellerie  pontificale. 
C'est  du  reste  une  leçon  particulière  au  manuscrit  de  Nantes  ;  car 
les  autres  recueils,  où  a  été  anciennement  transcrite  cette  lettre 
de  Nicolas  Ier  à  Salomon,  présentent  la  formule  habituelle,  Xico- 
laus,  episcopus,  servus  servoram  Dei.  Or  ces  trois  derniers  mots, 
qui  faisaient  défaut  dans  le  manuscrit  de  Nantes,  manquaient 
également  dans  celui  de  la  Chartreuse  du  Val-Dieu  (Voir  plus 
loin,  p.  57  et  58).  Le  Fragment  du  Val-Dieu  semble  donc  avoir 
été  extrait  à  une  époque  indéterminée  du  manuscrit  nantais.  Ce 
fragment,  tel  qu'il  a  été  publié  par  dom  Martène,  est  désigné 
par  lalettre  H  dans  mon  édition. 

Après  les  deux  compilations  de  Pierre  Le  Baud,  dont  il  a  été 
déjà  question,  le  recueil  historique,  qui  contient  la  portion  la  plus 
considérable  de  la  ("/ironique  de  Nantes,  est  celui  qui  est  connu 
s(>us  le  nom  de  Chronique  de  Saint-Brieuc.  Cette  œuvre,  rédigée 
en  latin,  est  en  grande  partie  inédite  *  ;  elle  a  été,  en  1890,  l'objet 
d'une  étude  spéciale  de  la  part  de  M.  P. -A.  de  Berthou,  qui  en  a 
fait  le  sujet  de  sa  thèse  de  sortie  de  l'École  des  Charte-    . 

I.  Le  Baud,  qui  a  reproduil  dans  son  Histoire  île  Bretagne,  p.  122,  123, 
ce  récil  «le  la  mort  de  Salomon,  témoigne  L'avoir  extrait  d'Annales  distinctes 
de  la  Chronique  de  Nantes,  annales  qu'il  désigne  bous  le  nom  de  Chronic- 
ques  annaux. 

'2.  Des  fragments  de  la  Chronique  de  Saint-Brieuc  ont  été  publiés  dans 
I  Histoire  <le  Bretagne  «le  dom  nforice  (t  I  des  Preuves),  et  dans  Le  tome 
\ll  «In  Recueil  des  Historiens  des  Gaules  et  de  lu  France. 

.'>.  Le  travail  de  M    de  Berthou  n'a  pas  encore  été  publié,  mai-  Les  conclu- 


xviii  INTRODUCTION 

D'après  M.  de  Berthou,  le  chroniqueur  de  Saint-Brieuc  acheva 
la  rédaction  de  son  ouvrage  vers  Tannée  1415.  C'était  un  ecclé- 
siastique, qui  «  écrivait  avec  un  but  politique,  exaltant  sans 
«  cesse  les  Bretons  aux  dépens  des  Anglais  et  des  Français  »*. 
Il  a  inséré  dans  sa  compilation  la  Chronique  de  Nantes  presque 
tout  entière. 

Ses  emprunts  commencent  au  récit  de  quatre  miracles,  surve- 
nus à  Nantes  dans  le  cours  du  xe  siècle  2.  Ces  récits  miraculeux 
constituent  en  quelque  sorte  un  hors  d'œuvre  ;  mais  on  y  trouve 
diverses  allusions  à  des  événements,  qui  ne  sont  rapportés  que 
dans  la  Chronique  de  Nantes  elle-même.  D'ailleurs,  de  part  et 
d'autre,  le  style  est  identique,  et  nous  savons  par  Le  Baud  que 
le  chroniqueur  de  Nantes  avait  effectivement  rédigé  un  Livre  de 
miracles3.  Voilà  donc  deux  ouvrages  sortis  de  la  plume  d'un 
même  écrivain  ;  l'un  servait  de  préface  ou  de  suite  à  l'autre,  et 
ils  étaient  certainement  transcrits  ensemble  dans  le  manuscrit 
original,  que  possédaient  au  xve  siècle  les  chanoines  de  la  cathé- 
drale de  Nantes.  C'est  dans  ce  manuscrit  que  Le  Baud  prit 
connaissance  du  Livre  des  Miracles,  et  ce  doit  être  là  aussi  que 
le  chroniqueur  de  Saint-Brieuc  copia  les  quatre  faits  merveilleux 
dont  il  nous  a  conservé  le  texte. 

Ces  quatre  récits  légendaires  composaient-ils  à  eux  seuls  ce 
que  Le  Baud  appelle  le  Livre  des  miracles?  Cela  est  peu  pro- 
bable ;  il  est  cependant  impossible  d'affirmer  le  contraire.  D'autre 
part,  le  Livre  des  Miracles  servait-il  d'introduction  à  la  Chro- 
nique de  Nantes,  ou  bien  lui  faisait-il  suite  ?  A  s'en  tenir  aux 
témoignages  de  Le  Baud  et  du  chroniqueur  de  Saint-Brieuc,  on 
serait  tenté  de  croire  que  la  relation  des  miracles  occupait  la  pre- 
mière place  dans  le  manuscrit  du  Chapitre  nantais.  Mais,  comme 
au  point  de  vue  chronologique,  ces  faits  merveilleux  sont  posté- 
rieurs à  la  plupart  des  événements  rapportés  par  la  Chronique  ; 


sions  principales  en  sont  résumées  dans  les  Positions  des  thèses  soutenues 
par  les  élèves  de  la  promotion  de  1890,  Màcon,   1890,  in-8°  p.  1  à  30. 

1.  Ibid.,  p.   1. 

2.  Ce  début  est  indiqué  par  une  note  marginale,  placée  vis-à-vis  le  récit 
du  premier  miracle.  Cette  note  est  ainsi  conçue  :  Cronice  civitatis  Nanine- 
tensis  ;  elle  se  lit  en  marge  d'un  des  manuscrits  de  la  Chronique  de  Saint- 
Brieuc  (ms.  lat.  9888  de  la  Bibl.  Nationale,   f  •  65  r°,  col.  2). 

3.  Le  Baud  désigne  le  chroniqueur  de  Nantes  sous  le  titre  &  acteur  du 
livre  des  miracles  et  chronicques  de  l'église  de  Nantes  (E.  p.  113). 


ÉDITIONS  ET  MANUSCRITS  xix 

que,  de  plus,  ils  se  réfèrent  expressément  à  celle-ci,  et  que,  d'ail- 
leurs, ils  forment  une  œuvre  distincte,  laquelle  probablement  ne 
nous  est  pas  parvenue  en  entier,  je  les  ai  renvoyés  en  appendice, 
les  publiant  sous  le  titre  de  Miracula  ecclesiae  Namnetensis. 

Le  Livre  des  miracles  mis  de  côté,  le  premier  chapitre  de  la 
Chronique  de  Nantes  se  présente  de  la  môme  manière  dans  la 
traduction  française  de  Pierre  Le  Baud  et  dans  la  compilation 
latine  du  chroniqueur  de  Saint-Brieuc.  Ce  chapitre  contient  la 
description  de  la  basilique,  construite  à  Nantes  par  l'évêque 
Félix  au  VIe  siècle  ;  puis,  par  une  transition  assez  brusque,  vient 
ta  récit  de  l'invasion  normande,  qui,  en  84.3,  sous  le  gouverne- 
ment du  duc  de  Bretagne,  Nominoé,  et  sous  le  règne  des  fils  de 
l'empereur  Louis  le  Pieux,  causa  la  ruine  de  cet  antique  monu- 
ment. 

Les  chapitres  suivants  ont  été  complètement  défigurés  par  le 
chroniqueur  de  Saint-Brieuc  dans  une  intention  toute  politique. 
Cet  écrivain,  admirateur  déclaré  de  tous  les  faits  et  gestes  de  la 
nation  bretonne,  a  remanié'  à  sa  guise  la  partie  de  la  Chronique 
de  Nantes,  correspondant  aux  règnes  de  Nominoé,  d'Erispoé  et 
de  Salomon  (années  843-874  ;  eh.  vi-xxi).  L'auteur  de  la  Chro- 
nique  de  Nantes  (Hait  loin  en  effet  de  glorifier  tous  les  actes  des 
rois  bretons  du  ixc  siècle;  aussi  le  compilateur  de  Saint-Brieuc 
a-t-il  supprimé,  interpolé  ou  amplifié  à  dessein  de  nombreux  pas- 
sages dans  l'œuvre  de  son  devancier,  afin  de  présenter  sous  un 
joui-  plus  favorable  la  politique  de  Nominoé  et  de  ses  successeurs. 
Il  en  résulte  que  j'ai  eu  peu  de  parti  à  tirer  de  la  Chronique  de 
Saint-Brieuc  pour  l'établissement  du  texte  des  chapitres  vi  à  xxi 
de  mon  édition.  Mais,  je  l'ai  déjà  dit  plus  haut,  cette  portion  de 
la  Chronique  de  Nantes  nous  a  été  précisément  conservée  tout 

entière  par  le  Fragment  du   Val-Dieu  ;  il  m'a  été  ainsi  très  facile 

de  l'aire  dans  la  Chronique  de  Saint-Brieuc  le  dépari  de  ce  qui 
appartenait  en  propre  à  L'original  et  de  ce  qu'il  fallait  rejeter 
comme  apocryphe. 

A  dater  de  la  mort  du  duc  Salomon,  L'histoire  de  Bretagne 

n'offre  plus  guère,  pendant  près  d'un  siècle,  (pie  le  tableau  des 
luttes  acharnées  que  les  princes  bretons  soutinrent  contre  les 
Normands.   Le    chroniqueur    de  Nantes   a    relaté  ce-    luttes  avec 

détails.  Il  se  montre  dès  lors  narrateur  assez  impartial,  formulant 
rarement  soit  une  Louange  soit  un  blâme  :  mai-  du  simple  exposé 


xx  INTRODUCTION 

des  faits  se  dégage  une  impression  tout  à  l'avantage  des  ducs  de 
Bretagne  et  comtes  de  Nantes,  Alain  le  Grand,  Alain  Barbetorte, 
Hoël  et  Guérech  (années  888-988  ;  ch.  xxi-xlii).  Le  compila- 
teur de  Saint-Brieuc  pouvait  donc  puiser  abondamment  dans 
cette  seconde  partie  de  la  Chronique  de  Nantes  sans  crainte  de 
nuire  au  prestige  de  la  nation  armoricaine;  et  il  la  fait  avec 
d'autant  plus  de  soin  que  les  autres  sources  historiques  étaient 
extrêmement  pauvres  en  renseignements  sur  cette  période  de 
l'histoire  de  Bretagne.  D'une  comparaison  minutieuse  avec  la  tra- 
duction française  de  Pierre  Le  Baud,  il  résulte  que  la  Chronique 
de  Saint-Brieuc  renferme  le  texte  à  peu  près  intégral  des  cha- 
pitres xxi  à  xxvii,  xxix  à  xxxiv,  xxxvi  à  xlii  de  la  Chronique  de 
Nantes,  soit  20  chapitres  sur  22. 

C'est  au  récit  de  la  mort  du  comte  Guérech,  survenue  en  988 
environ,  que  le  compilateur  de  Saint-Brieuc  a  brusquement  arrêté 
ses  emprunts  à  la  Chronique  de  Nantes.  Guérech,  en  effet,  fut 
le  dernier  comte  de  Nantes  du  xe  siècle,  dont  l'influence  prédo- 
mina en  Bretagne.  Après  lui,  le  gouvernement  de  la  province 
passa  définitivement  entre  les  mains  des  comtes  de  Bennes.  Le 
chroniqueur  de  Saint-Brieuc,  qui  s'appliquait  spécialement  à 
retracer  l'histoire  des  ducs  de  Bretagne,  ne  trouva  plus  rien  à 
tirer  de  l'œuvre  du  chroniqueur  nantais,  dont  l'attention  conti- 
nuait à  se  concentrer  tout  entière  sur  les  comtes  et  les  évêques 
de  Nantes.  —  Le  manuscrit  autographe  de  la  Chronique  de 
Saint-Brieuc  est  aujourd'hui  perdu  ;  mais  on  en  possède  deux 
copies  du  xvie  siècle  à  la  Bibliothèque  Nationale  de  Paris,  sous 
les  numéros  6003  et  9888  du  fonds  latin.  G'està  ces  deux  manus- 
crits que  j'ai  emprunté  le  texte  latin  désigné  parla  lettre  A  dans 
mon  édition. 

La  dernière  partie  de  la  Chronique  de  Nantes  (années  988- 
1049;  ch.  xliii-xlviii),  rédigée  par  un  écrivain  presque  con- 
temporain des  faits  qu'il  relate,  est  celle  qui,  sans  contredit,  est 
le  plus  digne  de  foi  ;  malheureusement  c'est  aussi  celle  dont  la 
physionomie  originale  s'est  le  moins  bien  conservée.  La  traduc- 
tion de  Le  Baud,  toujours  exacte  et  complète,  nous  fournit  la 
substance  même  du  récit  ;  mais  le  texte  latin  fait  trop  souvent 
défaut.  On  vient  de  voir  que  la  Chronique  de  Saint-Brieuc  n  est 
plus  ici  d'aucune  utilité.  Cependant,  grâce  à  l'obligeance  d'un 
érudit,  aujourd'hui  chef  incontesté  de  l'école  historique  de  Bre- 


ÉDITIONS  ET  MANUSCRITS  xxi 

lagne,  M.  A.  de  la  Bordorie,  il  m'a  été  possible  de  rétablir  dans 
leur  forme  primitive  les  trois  derniers  chapitres  de  la  Chronique 
de  Nantes. 

Ces  chapitres  ont  été  insérés  au  xve  siècle  dans  une  sorte  de 
compilation  informe,  dont  le  manuscrit  appartient  à  M.  de  la 
Borderie.  Cette  compilation  offre  une  grande  analogie  avec  celle 
que  dom  Lobineau  a  désignée  sous  le  nom  de  Velus  collectlo 
manuscripta  ecclesiae  Namnêtensis .  Toutes  deux  datent  du 
x\ •"  siècle,  toutes  deux  ont  été  vraisemblablement  composées  par 
un  chanoine  de  la  cathédrale  de  Nantes,  enfin  elles  contiennent 
1  une  et  l'autre  les  mêmes  extraits  d'un  certain  nombre  de  chro- 
niques. Ces  divers  points  de  ressemblance  avaient  fait  croire  à 
M.  de  la  Borderie,  que  le  manuscrit  dont  il  est  possesseur 
n'était  autre  que  celui  qu'avait  autrefois  utilisé  dom  Lobineau  et 
que  l'on  croyait  perdu.  Voici  ce  qu'il  écrivait  à  ce  sujet  en  1804: 
«  Ce  recueil  est  celui  que  dom  Lobineau  et  dom  Morice  ap- 
«  pellent  Velus  colleclio  manuscripta  ecclesiae  Xamnctensis,  et 
«  que  nous  avons  eu  le  bonheur  de  retrouver  à  Nantes,  il  y  a 
a  quelques  années,  au  moment  même  où  la  dent  des  rats  com- 
«  mencait  à  l'entamer.  C'est  un  volume  en  papier  petit  in-folio, 
><  où  une  main  du  xve  siècle  a  entassé  dans  un  grand  désordre, 
ci  d'une  écriture  très  hâtée  et  souvent  très  difficile  à  déchiffrer, 
«  une  foule  d'extraits  divers  de  chartes,  de  chroniques,  de 
«  textes  historiques  de  toute  nature,  tous  relatifs  à  la  Bretagne. 
«  Nos  bénédictins  bretons  ont  largement  moissonné  dans 
«  champ,  où  il  reste  encore  à  glaner1.  »  —  Cependant,  en  exa- 
minant plus  attentivement  le  manuscrit  qui  lui  appartient,  M.  de 
la  Borderie  a  découvert  des  divergences  entre  ce  recueil  et  la 
Vêtus  colleclio  manuscripta  de  dom  Lobineau.  Particulièrement 
en  ce  qui  concerne  la  Chronique  de  Nantes }  ces  divergences  sont 
très  sensibles.  Ainsi  le  chapitre  xi.vi,  qui  se  trouve  dans  l'un  et 
l'autre  recueil,  présente  de   pari    et  d'autre  (les  variantes,  qui  ne 

peuvent  guère  s'expliquer  par  des  fautes  de  lecture:  Alanumau 
lieu  (le  Gosfridum  p.  136)  ;  principio  au  lieu  de  principatu 
(p.  \M  ;  ceperunt  au  lieu  de  fecerunt  ibidem  .  etc.  I>e  plus, 
dans  le  manuscrit    de  M.  de   la    Borderie.  les  chapitres   \ivii    et 


t.    Hibl.  de  /7>.  des  Chartes,  I.  x\\  (1863-6%),  p.   i03,  nota  3. 


xxii  INTRODUCTION 

XL  vin  suivent  immédiatement  le  chapitre  xlvi.  Or  dom  Lobi- 
neau  n'a  reproduit  ni  l'un  ni  l'autre  de  ces  chapitres  dans  son 
édition  de  la  Chronique  de  Nantes  ;  et  il  est  clair  que  le  savant 
bénédictin  se  fût  bien  gardé  de  les  omettre,  si  la  Velus  Collectio 
les  eût  contenus.  D'où  il  résulte  que  le  manuscrit  de  dom  Lobi- 
neau  et  celui  de  M.  de  la  Borderie  sont  deux  manuscrits  diffé- 
rents. Cette  opinion  est  aujourd'hui  celle  de  M.  de  la  Borderie, 
qui  m'a  prié  de  donner  à  son  recueil  le  nouveau  titre  de  Collectio 
manuscripta  de  rébus  Britanniae.  J'ai  désigné  ce  recueil  par  la 
lettre  C  dans  mon  édition. 

Tels  sont  les  ouvrages  imprimés  et  manuscrits,  où  j'ai  retrouvé 
des  fragments  de  la  Chronique  de  Nantes  ;  c'est  au  moyen  de 
ces  matériaux  que  j'ai  tenté  de  reconstituer  l'œuvre  disparue. 


II. 
ÉTABLISSEMENT   DU   TEXTE. 

Le  tableau,  imprimé  ci-contre,  résume  les  conclusions  princi- 
pales du  chapitre  précédent.  On  y  voit  que  les  diverses  parties 
de  la  Chronique  de  Nantes,  qui  nous  ont  été  transmises  soit  par 
des  copies  encore  existantes  soit  par  d'anciennes  éditions,  déri- 
vent toutes  d'une  source  unique,  qui  est  le  manuscrit  original, 
actuellement  perdu,  mais  conservé  jusqu'à  la  fin  du  xve  siècle 
dans  les  Archives  du  Chapitre  de  Nantes.  Ces  différentes  copies 
ou  éditions  forment  donc  une  seule  famille  et  doivent  être  uti- 
lisées, chacune  au  même  titre,  pour  la  reconstitution  du  texte 
primordial.  Il  s'ensuit  que  les  leçons,  fournies  par  deux  ou  trois 
d'entre  elles,  ont  été  généralement  féréeprés  aux  leçons  qui  ne 
se  trouvent  que  dans  une  ou  deux.  A  égalité  numérique,  les 
leçons  les  moins  satisfaisantes  ont  été  rejetées  en  notes. 

Il  n'est  pas  probable  que  la  Chronique  de  Nantes  fût  primi- 
tivement divisée  en  chapitres  ou  paragraphes  ;  mais,  pour  mettre 
plus  de  clarté  dans  le  récit  et  pour  faciliter  les  références,  il  a 
paru  avantageux  de  séparer  les  uns  des  autres  les  divers  épisodes 
et  d'en  faire  autant  de  chapitres  distincts. 

Il  me  reste  à  rendre  compte  des  motifs  qui  m'ont  déterminé 
à  publier,  en    regard  du  texte  latin,    la  traduction   française  de 


ÉTABLISSEMENT  DU  TEXTE 


XXIII 


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xxiv  INTRODUCTION 

Pierre  Le  Baud.  Le  premier  de  ces  motifs  est  que  i'œuvre  de 
Le  Baud  sert  en  quelque  sorte  de  pièce  justificative  à  mon  édi- 
tion. En  effet,  comme  on  ne  possède  plus  de  copie  intégrale  de 
la  Chronique  de  Nantes  et  qu'il  a  fallu  la  reconstituer  morceau 
par  morceau,  le  fil  conducteur  dans  ce  travail  de  patience  a  été 
constamment  la  traduction  de  l'historien  breton,  qui,  à  peu  de 
choses  près,  est  complète.  Pierre  Le  Baud  dit  à  chaque  instant 
qu'il  emprunte  tel  ou  tel  renseignement,  tel  ou  tel  récit  à  la 
Chronique  de  Nantes,  et  j'aurais  été  obligé,  presque  à  toutes  les 
pages,  d'invoquer  son  autorité  et  de  citer  ses  propres  expres- 
sions, pour  me  justifier  d'avoir  inséré  dans  mon  édition  un  grand 
nombre  de  passages  extraits  de  compilations  diverses.  Il  était 
plus  simple  et  moins  fastidieux  de  publier  in-extenso  la  traduction 
même  qui  me  servait  à  la  fois  de  guide  et  d'appui. 

D'autre  part,  malgré  les  recherches  faites  de  tous  côtés, 
il  m'a  été  impossible  de  restituer  le  texte  latin  de  cinq  chapitres 
de  la  Chronique  de  Nantes  cités  et  traduits  par  P.  Le  Baud1. 
Force  m'a  donc  été,  pour  ces  chapitres,  d'introduire  dans  mon 
édition  le  texte  français,  et,  pour  qu'on  sût  exactement  quelle 
confiance  méritaient  ces  récits  qui  ne  nous  sont  pas  parvenus  en 
leur  forme  première,  il  était  bon  que  le  lecteur  pût  se  rendre 
compte,  par  le  plus  grand  nombre  d'exemples  possible,  de  l'exac- 
titude et  de  la  fidélité  avec  lesquelles  Le  Baud  a  presque  tou- 
jours traduit  la  vieille  Chronique  de  Nantes. 

J'ai  dit  précédemment  que  Le  Baud  nous  a  laissé  de  cette 
Chronique  deux  traductions  distinctes,  qui  se  complètent  mu- 
tuellement. J'ai  relevé  tous  les  emprunts,  qui,  figurant  dans  l'une, 
ne  se  retrouvaient  pas  dans  l'autre.  Quant  aux  cinq  chapitres, 
dont  le  texte  latin  n'a  pu  être  rétabli,  j'en  ai  publié,  séparément 
et  in-extenso,  les  deux  traductions  françaises  ;  car,  dans  ce  cas 
particulier,  les  moindres  variantes  étaient  nécessaires  à  con- 
naître. 

Il  y  aurait  maintenant  lieu  de  se  demander  si  tous  ces  frag- 
ments de  la  Chronique  de  Nantes,  recueillis  de  côtés  divers,  se 
soudent  exactement  les  uns  aux  autres  et  forment  une  œuvre 
complète.  Il  ne  m'appartient  pas  de  répondre  d'une  façon  posi- 


1.  Ce  sont  les  chapitres  xxviii,  xxxv,  xlii,  xliv  et  xlv. 


LE  CHRONIQUEUR  DE  NANTES  xxv 

tive  à  cotte  question.  Toutefois,  on  peut  constater  à  la  lecture 
que  la  narration  se  poursuit  d'un  chapitre  à  l'autre  et  s'enchaîne 
de  telle  sorte  que  nulle  part  il  n'y  a  de  solution  de  continuité 
apparente.  J'ai  signalé,  à  la  vérité,  en  deux  endroits  des  lacunes 
certaines  (p.  90  et  136)  ;  mais  ces  lacunes  ne  comprennent  guère 
plus  d'une  phrase  ou  deux  ;  et  elles  ont  probablement  pour  cause 
quelque  déchirure  ou  usure  du  parchemin  dans  le  manuscrit 
original,  aujourd'hui  perdu.  Je  crois  donc  avoir  reconstitué  à 
peu  près  intégralement  la  Chroni</uc  de  Nantes,  mettant  à  part 
le  Livre  des  miracles,  sur  lequel  il  est  impossible  de  se  pro- 
noncer. 


III. 

LE  GIIRONIQ[!ELTR  DE  NANTIS. 

L'auteur  de  la  Chronique  de  Nantes  n'a,  en  aucun  endroit  de 
son  œuvre,  indiqué  son  nom  ni  sa  condition.  Pierre  Le  Baud  ne 
le  désigne  jamais  que  sous  le  titre  très  vague  à' acteur  de  In  Chro- 
nicque  de  l'église  de  Nantes,  ou  encore  cYacteur  du  livre  des 
miracles  et  chronicques  de  l'église  de  Nantes.  Mais,  s'il  parait 
impossible  de  découvrir  le  nom  de  cet  écrivain,  du  moins  est-il 
permis  de  se  rendre  compte  du  temps  où  il  vécut,  de  la  situation 
qu'il  occupa  et  des  circonstances  au  milieu  desquelles  il  composa 
son  ouvrage. 

Jamais,  à  ma  connaissance,  on  n'a  tenté  de  résoudre  ces  deux 
dernières  questions;  mais,  en  revanche,  les  avis  les  plus  divers 
ont  été  ("mis  sur  le  fait  de  savoir  à  quelle  époque  fut  rédigée  la 
Chronique  de  Nantes.  Dom  Bouquet  suppose  qu'elle  fut  écriteà 
la  tin  du  XIe  siècle;  dom  Marlène  pense  (pif  et'  fut  au  \n'' ;  enfin 
certains  critiques  modernes  ont  cru  tantôt  qu'elle  remontait  au 
ix1'  ou  x1  sièele  ',  tantôt  qu'elle  ne  datait  que  «lu  \ni'  siècl 


1.  Gf .  abbé  Duchesne,  Catalogues  épiscopaux  de  la  province  de  /'ours, 
p.  7ô  <•!  96,  note  t. 

2.  Gf.  L.  Maître,  Géographie  historique  de  la  Loire-Inférieure ,  dans 

les  Annales  de  Bretagne i  Revue  de  la  Faculté  des  lettres  de  Rennes, 
année  L894,  |>.  361. 


xxvi  INTRODUCTION 

La  raison  de  cette  multiplicité  d'opinions  est  sans  doute  Tin- 
suffisance  même  des  moyens  d'information  dont  disposaient 
jusqu'à  ce  jour  les  érudits.  La  Chronique  de  Nantes  n'étant 
connue  que  par  l'édition  de  dom  Lobineau  et  par  la  traduction 
de  P.  Le  Baud,  c'est  aux  ouvrages  de  ces  deux  historiens  qu'on 
a  eu  nécessairement  recours  pour  déterminer  l'âge  et  la  valeur 
de  ce  document.  J'ai  déjà  montré  combien  l'édition  de  dom 
Lobineau  est  défectueuse  et  incomplète,  et  l'on  s'explique  aisé- 
ment qu'il  soit  difficile  de  porter  un  jugement  certain  sur  un 
texte  aussi  imparfait.  Dom  Lobineau  a  en  outre  commis  par 
inadvertance  une  erreur  qui  a  pu  et  pourrait  encore  être  cause 
d'une  confusion  fâcheuse.  licite,  dans  son  Histoire  de  Bretagne1, 
à  la  date  de  1101,  un  récit,  relatif  à  la  mort  du  comte  de  Nantes 
Mathias  II,  récit  qu'il  prétend  avoir  emprunté  à  la  Chronique 
de  Nantes.  Il  en  résulterait  que  cet  ouvrage  ne  fut  achevé  qu'au 
xiic  siècle  au  plus  tôt. 

Mais  je  m'empresse  de  dire  qu'il  n'y  a  aucun  compte  à  tenir 
de  cette  fausse  citation  ;  car  on  sait  d'une  façon  certaine  que  le 
récit  dont  il  s'agit2  faisait  partie  d'Annales  que  Le  Baud  désigne 
sous  le  nom  de  Chronicques  annaux3.  Or,  au  témoignage  même 
de  Le  Baud,  il  y  a  entre  la  Chronique  de  Nantes  et  les  Chro- 
nicques annaux  une  différence  essentielle,  qui  est  celle  qui 
existe  entre  une  chronique  et  des  annales  quelconques  :  la  pre- 
mière, composée  sous  forme  narrative,  ne  mentionne  presque 
jamais  en  quelle  année  est  survenu  tel  ou  tel  événement  ;  les 
autres  ne  signalent  aucun  fait  sans  indiquer  à  quelle  année  ce 
fait  appartient 4.    Le  Baud,    dans  son  Histoire  de  Bretagne,  se 


1.  Tome  I,  p,  118. 

2.  Voici  ce  récit,  tel  qu'il  a  été  reproduit  par  le  chroniqueur  de  Saint- 
Bricuc  :  Mathias,  cornes  Namnetensis ,  Hoelis  ducis  et  Hazevis  filius, 
diabolo  instigante  et  pravo  consilio  iniquorum  suorum  baronum  et 
vassalorum,  cimiterium  ecclesiae  Namnetensis,  videlicet  beatorum 
apostolorum  Pétri  et  Pauli  violavit,  rcs  canonicorum  ejusdem  ecclesiae 
Naninatensis  injuste  diripiendo,  unde  manifestissime  appariât  ipsum 
et  suos  coadjutores  ultione  divina  esse  peremptos,  anno  domini  M°  C° 
primo  (Biblioth.  Nat.,  ms.  latin  6003,  f°  90  r°,   col.  1). 

3.  Voir  Le  Baud,  Histoire  de  Bretagne,  p.  172.  — Je  reparlerai  au  cha- 
pitre suivant  avec  quelque  détail  de  ces  Chronicques  annaux,  auxquelles  Le 
Baud  a  fait  de  nombreux  emprunts. 

4.  Le  Baud,   dans  l'épilogue  de  son  Histoire  manuscrite  de  Bretagne,  s  ex- 


LE  CHRONIQUEUR  DE  NAN1  ES  xxvir 

réfère  deux   fois  aux  Annaux  de  l'église  de  Nantes,   sous  les 

dates  de    1220  et   de    1246  *.    C'est,    en   confondant  à    tort  ces 
Annnux  avec  la  Chronique  de  Nantes,   que  certains  érudits  ont 

pu  croire  que  cette  dernière  avait  été  rédigée  au  xm"  siècle. 

En  réalité,  l'œuvre  que  Ton  désigne  sous  le  nom  de  Chronique 
de  Nantes  se  termine  par  le  récit  de  la  déposition  de  l'évêque 
Budic  au  concile  de  Reims,  que  présida  le  pape  Léon  IX  en 
10 il).  Aucun  événement  plus  moderne  n'y  est  relaté  :  mais  on  y 
remarque  une  allusion  au  décès  du  comte  Mathias  J'jr,  qui  mourut 
en  1050 2.  L'année  1050  est  donc  une  limite  après  laquelle  se 
place  la  date  de  rédaction  que  je  cherche  à  déterminer.  D'autre 
part,  cette  date  doit  être  peu  postérieure  à  1050.  L'auteur,  en 
effet,  dans  les  derniers  chapitres,  où  il  traite  de  l'histoire  de 
Nantes  pendant  la  première  moitié  du  xie  siècle,  semble  ne  s'être 
inspiré  que  de  ses  propres  souvenirs  ou  de  ceux  de  ses  contem- 
porians;  en  tous  cas,  il  n'indique  ni  ne  laisse  entrevoir  nulle  part 
à  quelles  sources  écrites  il  aurait  puisé  son  récit.  En  outre,  à  la 
façon  dont  il  raconte  certains  épisodes  de  la  vie  des  anciens 
comtes  de  Nantes,  tels  que  le  siège  de  Paris  de  946,  la  mort 
d'Alain  Barbctorte  (052),  l'empoisonnement  de  Drogon  pat 
Foulques  d'Anjou  (vers  958),  l'assassinat  des  comtes  IIocl  et 
(iuérech  (081-088  environ)3,  etc.,  on  juge  que  ces  narrations, 
qu'il  a  manifestement  empruntées  à  la  tradition  populaire, 
étaient  de  formation  relativement  récente.  Les  faits  véridiques 
b'j    mêlent  d'une   manière    très  appréciable  aux  faits   purement 


prime  ainsi  à  ce  sujet  :  «  Certifiant,  «lit -il  au  sire  de  Dcrval.  et  bien  le  Bavez, 
«  que  en  ceste  compillation  n  a\  riens  adjousté  ne  mis  que  ailleurs  je  ne  aye 
«  trouvé  rapporté,  savoir  l'une  partie  par  cronicques  aucteniieques 
«  quelles  aj  nommé  aucuns  des  acteurs,  et  d'iceulx  aj  en   plusieurs  lieux  es- 

B    Cript  les  rapports  sans  aucune  mutation  de  langaige,  et   l'autre  partie  par  les 

«  notaires  qui  descripvirenl  les  annuaires,  savoir  unes  briefves  cronicques 
«  ainsi  nommées  pour  ce  que  elles  procèdent  par  les  ans.  »  (\\[\A.  Vit.. 
ms  français  8266,  I"  395  r°). 

I.  Histoire  de  Bretagne,  p.  226  el  239.  —  On  ne  sait  pas  au  juste  ce 
(prêtaient  les  Annaux  de  l'église  de  Nantes.  Gomme  tant  d'autres  docu- 
ments vus  el  utilisés  par  Le  Baud,  ces  annales  ont  disparu. 

'2.     \   propos  de  la  réconciliation  de  l'évêque   BudlC  et  du  comte   Malhias.  le 

chroniqueur  de  Nantes  s'exprime  ainsi  :  et  ex  eo   tempore   ambo,  pariter 
connexa  copulatione  conjuncti  dilectionis,   usque   ad  finem  vitae  suae 
non  sunt  se  parât  i  (ch.   m. mu,  p,   141).  —  Budic   et  Mathias   moururent 
presque  en  même  temps,  l'un  en  1049,  l'autre  en  ln.">0. 
3.  Cf.  cli.  xxx.ur,  xxxiv,  xxxvi,  xxxvii,  \i   el  xliii. 


xxviii  INTRODUCTION 

légendaires,  et  il  en  résulte  qu'à  l'époque  où  ces  narrations  ont 
été  consignées,  la  mémoire  d'Alain  Barbetorte  et  de  ses  enfants 
était  pour  ainsi  dire  encore  vivante  à  Nantes. 

Du  reste  le  chroniqueur  nous  a  lui-même  inconsciemment 
révélé  le  temps  où  il  écrivait  :  car,  en  signalant  un  prodige 
étrange  qui  se  serait  produit  à  Nantes  sous  le  gouvernement 
du  comte  Judicaël  (992-1004),  il  affirme  en  avoir  eu  connaissance 
par  plusieurs  personnes  qui  l'avaient  vu  de  leurs  yeux  l.  On  ne 
saurait  donc  faire  descendre  après  1080  environ  la  date  à 
laquelle  il  se  mit  à  l'œuvre. 

On  peut  se  demander  si  cet  auteur,  qui  vivait  au  xie  siècle,  a 
seul  composé  la  Chronique  tout  entière,  ou  s'il  a  copié  un  récit 
antérieur  qu'il  aurait  simplement  continué.  Cette  dernière  hypo- 
thèse a  été  récemment  émise  par  M.  de  la  Borderie.  L'éminent 
historien  suppose  que  la  Chronique  de  Nantes  a  été  écrite  en 
deux  fois.  La  première  rédaction  daterait  de  la  fin  du  ixc  siècle2, 
la  seconde  du  milieu  du  xie.  Le  Fragment  du  Val-Dieu,  publié 
par  dom  Martène,  représenterait  la  première  rédaction3.  Ce 
Fragment,  en  effet,  nous  l'avons  vu,  se  termine  à  l'année  889; 
mais  j'ai  montré  plus  haut  que,  suivant  dom  Martène  lui-même, 
c'est  une  cause  accidentelle,  qui,  dans  le  manuscrit  du  Val-Dieu, 
a  occasionné  l'interruption  du  récit  en  cette  année  889.  D'ailleurs, 
la  preuve  que  ce  Fragment  n'est  pas  une  œuvre  de  la  fin  du 
ixe  siècle,  c'est  qu'il  y  est  fait  allusion  à  la  prise  de  Nantes  par 
les  Normands,  en  919,  sous  le  règne  de  Charles  le  Simple.  Le 
surnom  de  simplex,  attribué  ici  au  roi  Charles,  rejette  même  la 
composition  du  Fragment  du  Val-Dieu  à  une  époque  bien  pos- 
térieure à  919 4. 


1.  In  urbe  Namnetica  miraculum  grande  factum  est,  quod  minime 
oblivioni  trader  e  voluimus,  sed,  sicut  videntes  illud  nobis  scribentibus 
enarraverunt,  huic  paginae  scriptum  commendare  studuimus  (voir  plus 
loin,  p.  147). 

2.  ((  La  Chronique  de  Nantes  dut  être  pour  cette  partie  [règne  d'Erispoé] 
«  écrite  au  plus  tard  sur  la  fin  du  ixe  siècle  »  (Erispoé,  roi  de  Bretagne, 
dans  la  Revue  de  Bret.,  de  Vendée  et  d'Anjou.  1891,  t.  I,  p.  191).  — 
Cf.  ibidem,  1889,  t.  II.  p.  67. 

3.  «  Le  texte  de  la  Chronique  de  Nantes  concernant  la  mort  d  Erispoé  a 
«  été  conservé  dans  le  Fragment  d' Histoire  de  Bretagne  de  la  Valdieu, 
«  certainement  composé  quelques  années  avant  la  fin  du  ixe  siècle  »  {ibidem, 
1891,  t.  I,  p.  191,  note  3). 

4.  Quando  Normanni  iterum  tempore  Karoli  simplicis  urbem  Nam- 


LE  CHRONIQUEUR  DE  NANTES  xxix 

Bien  n'autorise  donc  à  croire  que  la  Chronique  de  Nantes  ait 
été  rédigée  à  plusieurs  reprises  par  différents  auteurs.  L'unité 
de  style,  qui  se  maintient  dans  cet  ouvrage  depuis  le  commen- 
cement jusqu'à  la  fin,  l'emploi  de  certaines  expressions  caracté- 
ristiques également  réparties  dans  l'ensemble  du  récit1,  la  cohé- 
sion des  divers  chapitres  entre  eux.  et  d'autres  indices  du  même 
genre2  ne  me  permettent  pas  de  douter  que  ce  travail  n'ait  été 
entrepris  et  mené  à  terme  par  un  seul  et  même  écrivain. 

11  y  a,  à  la  vérité,  un  chapitre,  le  dix-neuvième,  qui  a  priori 
pourrait  passer  pour  avoir  été  conçu  à  la  (in  du  ix  plutôt  qu'au 
milieu  du  xie  siècle.  Ce  chapitre  renferme  une  sorte  de  diatribe 
contre  la  nation  bretonne  ;  et  il  révèle  une  animosité  que  l'on  ne 
s'attend  pas  à  rencontrer  vers  l'an  1050  entre  les  Nantais  et  les 
Bretons.  Cependant  il  sufïit  de  l'analyser  en  détail  pour  constater 
que  rien  n'autorise  à  y  voir  une  œuvre  distincte  du  reste  de  la 
Chronique  de  Nantes. 

L'auteur  de  ce  chapitre  ne  fait  que  reproduire,  en  les  ampli- 
fiant, les  accusations  portées  contre  les  Bretons  par  les  pères  du 
concile  de  Soissons  en  800.  Dans  la  lettre  qu'ils  ont  adressée  au 
pape  Nicolas  1er,  lettre  que  le  chroniqueur  de  Nantes  a  insérée 
dans  son  ouvrage3,  les  évêques  réunis  à  Soissons  se  plaignent  de 
l'obstination  des  Bretons  qui  se  refusent  à  reconnaître  la  supré- 
matie religieuse  de  l'archevêque  de  Tours.  Ils  ajoutent:  Unde 
/il  u/  nullus  cultus  religionis  inter  eos,  nullus  disciplinae  vigor 
haberi  possit  in  Mis;  quoniam,  qnum  sint  barbari  feritate 
niini.i  ta  midi,  nul  lis  sacris  institutis  obediunt,  nullis  praecep- 
jionibus  sanctorum  patrum  se  subdunt ,'  sed  pro  libitu  insi- 
hientiae  malevolentiaeqne  -suite  cuncta  peragunt  \ 

peticam  omnino  desertam  fecerunt,  haec  omnia  deperierunt  (ch.  rvn, 
p.  57). 

1  •    \  nii"  plu-  loin,  page  \\\ ,  n.  2. 

2.  Il  faut  noter  en  particulier  les  formules  dépure  phraséologie  qui  ser- 
vent de  transition  d'un  chapitre  à  l'autre  et  qui  se  reproduisent  fréquemment 
îlans  tout  le  corps  <l"  l'ouvrage  Telles  sont:  ni  sequitur  (ch.  v.  p.  13); 
sic  ut  m  s,  -rir  hujus  relationis  continetur  (ch.  vu.  p  22);  satisin  f'uturo 
Éarrabitur,  sien! séries  hujus  relationis  exigei  (ch.  x.  p.  27).  etc.  —  Cf. 
<l>.  i.  p.  .'),  ch.  xiir,  p.  ii,  ch.  w,  p.  51.  ch.  \\i.  p.  68,  ch  \w.  p. 
74,  cli  wvn,  p.  s;;,  ch.  wwii.  p.  h»;  ch.  \i.i.  p.  111.',  cl  ch.  met  i\ 
des  Miracula,  p.  1  k6  et  l  '.  ; 

:>.    \  oir  ch.  w  i.  p.  51  cl  suiv. 

'i     N  oir  plus  loin,   p    5."> 


xxx  INTRODUCTION 

Si  maintenant  Ton  se  reporte  au  texte  du  chapitre  xix,  on 
s'aperçoit  que  l'auteur  y  formule  les  mêmes  griefs  en  employant 
parfois  les  mêmes  expressions:  Nec  mirum,  quia,  in  illis  Britan- 
nis  nullus  cultus  religionis,  nullus  timor  christianitatis  ?  nullus 
amor  perfectae  dilectionis  videtur  haberi:  nec  leges  custodiunf, 
nec  praeceptis  ohediunt,  nec  ullis  decretis  intendant1. 

Les  pères  du  concile  de  Soissons  poursuivent  leur  réquisitoire 
en  reprochant  aux  Bretons  d'avoir  envahi  Lévêché  de  Nantes  : 
Necfiie  ullo  paclo  a  coepto  pravilatis  suae  repressi  sunt  itinere. 
IJinc  fit  quod  hactenns  parochiam  Namneticam  a  muro  ejusdem 
urhis praesignato  fratri  nostro  Actardo  subreptam  habeant:  sed 
et  res  omnes  ejusdem  sedis  obstinata pervasione  detineant. 

Ce  passage  est  ainsi  paraphrasé  au  chapitre  xix  :  Et  in  malitia 
sua  persistentes,  jus  Turonicae  metropolis  violentia  sua  excis- 
sum,  disruptum,  atque  parochiam  Namneticam  cum  sede  Qui- 
riacae  aulaeusque  modo  retinuerunt,  nunquam  inde  poenitentiam 
agentes.  L'auteur  a  poussé  l'imitation  jusqu'à  substituera  hacte- 
nus  les  mots  usque  modo,  créant  ainsi  une  confusion,  puisque 
ce  qui  était  vrai,  en  866,  pouvait  ne  plus  l'être  à  l'époque  où  il 
écrivait.  Il  reconnaît  d'ailleurs  implicitement  s'être  inspiré  de  la 
lettre  du  concile  de  Soissons  ;  car  il  ajoute  :  His  itaque  calumniis , 
sicut  superius  narratur,  satis  peractis  et  ad  nullum  finem  pro- 
tractis.  Il  ne  s'est  pas  contenté  cependantde  reproduire  contre  les 
Bretons  ces  reproches  déjà  sévères;  il  leur  a  adressé  de  sa  propre 
initiative  un  certain  nombre  d'injures  bien  plus  violentes  et  il  ter- 
mine la  série  de  ses  invectives  en  les  traitant  d'hommes  diabo- 
liques, sicque  illi  diaboliciviri,  etc.  Mais  ici  le  doute  n'est  plus 
possible.  Nous  sommes  en  présence  d'une  phrase  écrite  par  celui- 
là  même,  qui,  vers  le  milieu  du  xie  siècle,  rédigea  la  Chronique 
de  Nantes  tout  entière.  C'est,  en  effet,  avec  une  fréquence  signi- 
ficative, que  reviennent  dans  son  récit,  depuis  le  commencement 
jusqu'à  la  fin,  les  mots  ille  diabolicus  vir,  illi  viri  diabolici,  ex- 
pressions caractéristiques,  dont  il  se  sert  pour  désigner  des 
hommes  plus  ou  moins  dépravés2. 

Force  est  donc  d'admettre  qu'aux  environs  de  l'an  1050  les 
Nantais,  ou  du  moins  une  certaine  classe  de  Nantais,  professaient 


1.  Voir  plus  loin,  p.   64. 

2.  Cf   pages  19,  64,  81,  86,  col.  1,  110,  111,  117,  145. 


LE  CHRONIQUEUB  DE  NANTES  xxxi 

à  l'égard  de  la  nation   bretonne  des  sentiments  d'hostilité  que 

n'eussent  point  désavoués  leurs  ancêtres  du  i\"  siècle.  M;iis  on 
s'étonne  que  ces  sentiments  aient  pu  alors  se  produire  au  jour,  et 
peut-être  y  a-t-il  là  l'indication  du  moment  précis  auquel  écrivait 
le  chroniqueur  de  Nantes. 

Gela  m'amène  adiré  quelques  mots  de  la  situation  politique  et 
religieuse  de  la  ville  de  Nantes  vers  le  milieu  du  xie  siècle.  —  A 
la  mort  du  comte  Mathias  Ier,  en  1050,  la  ville  et  le  pays  de  Nantes 
étaient  tombés  en  la  possession  de  Judith,  héritière  du  défunt  et 
femme  d'Alain  Canhiart,  comte  de  Cornouaille.  A  cette  époque, 
bien  que  la  réunion  du  comté  de  Nantes  à  la  Bretagne  lïit  déjà 
ancienne,  la  noblesse,  le  clergé  et  le  peuple  étaient  encore  par 
leurs  coutumes  et  par  leur  langage  beaucoup  plus  français  que 
bntons.  La  fusion  entre  les  deux  races  était  loin  d'être  opérée. 

Lorsqu' Alain  Canhiart  vint,  avec  son  fds  Iloël,  prendre  le  gou- 
vernement du  comté  de  Nantes,  il  amena  avec  lui  un  grand 
nombre  de  seigneurs  du  pays  de  Cornouaille.  Ceux-là  étaient  des 
Bretons  bre tonnants.  Alain  et  Hoël  leur  distribuèrent  les  divei 
charges  de  leur  nouvelle  cour1,  et  aussi  sans  doute,  au  détriment 
du  clergé,  une  partie  des  revenus  ecclésiastiques.  Les  anciens 
conseillers  du  comte  Mathias,  pour  ne  pas  perdre  tout  crédit,  se 
virent  contraints  de  faire  bon  accueil  à  ces  étrangers.  Dès  lors  les 
rapports  devinrent  plus  intimes  entre  les  Bretons  et  l'aristocratie 
nantaise  ;  et  cependant,  longtemps  encore,  dans  les  documents 
officiels,  on  continua  à  distinguer,  parmi  les  personnes  qui  com- 
posaient l'entourage  du  comte,  les  seigneurs  venus  de  Bretagne 
de  ceux  que  leur  naissance  rattachait  au  pays  nantais-. 

Il  résulte  de  ce  simple  exposé  que  l'auteur  inconnu,    qui  entre 


1.  D'après  une  charte  de  l'abbaye  de  Redon  de  l'an  1062,  il  semblerait  que 
la  cour  <!n  comte  de  Nantes  fûl  presque  entièrement  composée  de  Bretons.  I  ta 
y  lit  en  effet  :  In  curia  Namnetensis  comitis  ceterorumque  laicorum  Bri- 
tonum  de  causa  ecclesie  petivere  judicandum  (Cartulaire  de  Redon,  p. 
382). 

'1.  Cette  distinction,  entre  les  seigneurs  bretons  et  nantais  de  la  cour  du 
Domte,  esl  clairement  iihlii|ihv  dans  une  charte  de  1085  environ,  où  on  lit  à 
la  fin:  Haec  condonatio  Namnetis  fuit  fada,...  Cujus  rei  testes  sunt, 
de  laicis,  A lanus,  filius  Riwaloni,  Daniel  de  Palatio,  Gaufridus  Nor- 
mannus,  Warinus  dapifer,  cbtsriqub  namnbtbnsbs  ;  de  Brito  tBUs,  /es- 
tin,  filius  Daniel,  Alan,  filius  Guegon.  Gurmahelon,  /Mus  Glevian,  etc. 
(«lom  Lobineau,  Histoire  de  Bretagne,   II.   119). 


xxxn  INTRODUCTION 

les  années  1050  et  1080  environ  rédigea  la  Chronique  de  Nantes, 
n'était  point  un  laïque.  Car  ce  ne  pourrait  être  que  dans  le  voisi- 
nage de  la  cour  qu'un  tel  historien  se  fût  rencontré,  et  là  nul 
n'aurait  osé  écrire  contre  la  nation  bretonne  le  chapitre  injurieux 
que  je  signalais  tout  à  l'heure.  Cet  auteur  devait  appartenir  au 
clergé. 

La  place  exceptionnelle,  que  l'histoire  religieuse  occupe  dans  la 
Chronique  de  Nantes  suffirait  à  prouver  ce  fait.  On  y  trouve  la 
liste  complète  des  évêques  de  Nantes  depuis  l'année  8 13  jusqu'en 
1049  avec  de  nombreux  détails  sur  leur  vie  et  leur  administration1  ; 
neuf  chapitres  sont  consacrés  aux  origines  de  la  séparation  qui  se 
produisit  au  ixe  siècle,  entre  les  évêchés  bretons  et  la  métropole 
de  Tours2;  on  y  lit  aussi,  outre  la  description  de  la  cathédrale  de 
Nantes,  détruite  et  réédifiée  à  plusieurs  reprises3,  la  relation  de 
faits  merveilleux  survenus  dans  les  diverses  églises  de  la  ville  et 
de  la  banlieue4.  Enfin  notre  auteur  eut  communication  des  ar- 
chives de  l'évêché  et  du  chapitre  ;  c'est  là  qu'il  découvrit  les  pri- 
vilèges accordés  par  les  ducs  de  Bretagne  aux  prélats  et  aux  cha- 
noines nantais,  privilèges  qu'il  a  eu  soin  d'insérer  in-extenso  dans 
son  ouvrage5.  Il  était  donc  ecclésiastique,  et  j'ajouterai  chanoine 
de  la  cathédrale  de  Nantes. 

Les  termes  émus  dont  il  se  sert  pour  dépeindre  l'état  lamen- 
table dans  lequel  les  Normands  avaient  mis  la  cathédrale  pendant 
leur  long  séjour  à  Nantes  (919-937)  ;  les  regrets  que  lui  inspire  la 
perte  des  richesses  et  des  droits  dont  disposaient  l'évêque  et  les 
chanoines,  avant  que  l'invasion  normande  les  eût  forcés  à  s'exiler 
en  Bourgogne  ;  la  mention  des  quatre  chanoines,  Létard,  Oger, 
Hugues  et  Durand,  qui  seuls  ne  moururent  pas  en  exil  et  purent 
rentrer  à  Nantes,  lorsque  les  pirates  en  furent  expulsés  6,  tout  cela 
me  paraît  révéler  chez  l'auteur  une  préoccupation  singulière  et 
un  intérêt  significatif  pour  ce  qui  touche  à  la  mémoire  de  l'évêque 
et  des  membres  du  chapitre. 


1.  Cf.   chapitres  v,  ix,    x,  xx,   xxi,   xxiii,    xxiv,    xxvi,    xxxt,  xxxv,  xlii, 
xlvi,  xlvii  et  xLviir. 

2.  Chapitres  xi  à  xix. 

3.  Cf.  ch.  i,  xxiv,  xxvin,  xxxv  et  xlii. 

4.  Voir  ch.  xxxvi  et  i,  n,  ni,  iv  des  Miracula. 

5.  Chapitres  xiv,  xxn  et  xxv. 

6.  Cf.  ch.  xxx,  p.  92,  et  xxxi,  p.  94. 


LE  CHRONIQUEUR  DE  NANTES  \x\iii 

Mais  là  où  il  se  trahit  pour  ainsi  dire  lui-môme,  c'est  lorsqu'il 
énumère,  avec  complaisance  et  non  sans  exagération,  les  posses- 
sions territoriales  et  les  revenus  de  toutes  sorte-  autrefois  réunis 
entre  les  mains  du  pontife  nantais,  énumération  qu'il  termine  par 
cette  phrase  caractéristique:  de  his  omnibus  canonici  ecclesiae 
Namneticae  ad  eorum  stipendia  tertiam  partent  possidebant* . 
Ces  mots,  à  ne  s'y  pas  méprendre,  ont  été  écrits  par  un  chanoine 
de  Nantes  qui  ne  pouvait  songer  sans  envie  à  l'antique  opulence 
de  ses  prédécesseurs-. 

Il  a  donc  existé,  vers  le  milieu  du  xie  siècle,  dans  le  clergé  nan- 
tais un  parti  hostile  aux  Bretons;  et  ce  parti  était  assez  puissant 
pour  qu'il  s'y  soit  rencontré  un  écrivain  qui  n'ait  pas  craint,  au 
mépris  du  comte  et  des  seigneurs  de  la  cour,  de  publier  contre  le 
peuple  breton  une  diatribe  aussi  passionnée  que  celle  qui  se  lit  au 
chapitre  xix  de  notre  chronique.  Il  n'est  d'ailleurs  guère  admis- 
sible qu'un  chanoine  ait  mis  au  jour  cette  diatribe  à  l'insu  de 
l'éveque,  et  j'en  conclurai  qu'à  un  certain  moment  il  a  dû  y  avoir 
à  Nantes  conllit  entre  le  pouvoir  civil  et  le  pouvoir  religieux. 

Jusqu'en  ces  derniers  temps,  il  aurait  été  difficile  de  se  pro- 
noncer sur  la  nature  de  ce  conflit;  caries  érudits  avaient  em- 
brouillé comme  à  plaisir  la  chronologie  et  l'histoire  des  pontifes, 
qui  à  cette  époque  administrèrent  le  diocèse  de  Nantes.  Mais  un 
travail  récent,  vraiment  digne  d'éloges,  est  venu  dissiper  en  partie 
l'obscurité  répandue  sur  cette  page  des  annales  nantaises.  M.  Wcné 
Blanchard,  dans  un  savant  article  paru  l'an  dernier3,  a  établi  les 
faits  suivants.  Après  la  déposition  de  Budic  au  concile  de  Reims, 
en  1049,  le  pape  Léon  IX  nomma  lui-même,  comme  évêque  de 
Nantes,  un  prêtre  italien  Airard,  qui  était  abbé  du  monastère  de 
Saint-Paul  de  Home.  Airard  prit  possession  du  siège  de  Nantes 
vers  le  mois  de  juillet  1050.  Il  avait  reçu  du  pape  la  mission  spé- 
ciale de  faire  restituer  aux  églises  de  son  diocèse  les  revenus  et  les 
biens  dont  s'étaient  emparés  les  laïques,  et  aussi  de  combattre  de 


1.   ^  oir  plus  loin,  j>.  95. 

'2.    Il  est  lion  de  noter   au>-*i  que  le  manuscrit   original    'le  la   ChrO/tiqUê  dé 

Nantes  était  lu  propriété  des  chanoines  nantais,  qui  jusqu  à  la  lin  'lu  xv*  siècle 
le  conservèrent  soigneusement  dans  leurs  archives  (Voir  plus  haut.  |>.  rx-x), 

'.\.  Cet  article  est  intitulé,  Airard  et  Quiriac,évéques  de  Nantes  {!' 
IiiT'.i);  il  a  paru  dans  La  Bévue  de  Bretagne,  de  Vendée  ci  d'Anjou,  année 
1895,  i.  I.  p.  161-180.  -1\  1-255,  321-341. 


xxxiv  INTRODUCTION 

tout  son  pouvoir  la  simonie,  alors  ouvertement  pratiquée   par  le 
clergé  nantais  l. 

«  Les  prédécesseurs  d'Airard,  dit  M.  Blanchard2,  toléraient  un 
«  mal  très  général  alors  :  l'hérédité  des  biens  ecclésiastiques  ; 
«  eux-mêmes  n'étaient  pas  exempts  de  tout  reproche  à  ce  sujet, 
«  et  la  déposition  de  l'évêque  Budic,  qui  n'avait  pu  se  défendre 
«  de  simonie,  expliquait  suffisamment  le  choix  qu'avait  fait 
«  Léon  IX  d'un  prélat  étranger.  Celui-ci,  aussitôt  arrivé  dans  son 
u  diocèse,  s'était  empressé  d'enrayer  le  mal  et  d'obtempérer  aux 
ce  décisions  des  conciles;  mais  les  abus  étaient  enracinés,  et  c'est 
ce  vraisemblablement  à  vouloir  les  réprimer  que  le  nouveau  pon- 
ce  tife  devint  impopulaire.   » 

Il  est  certain  en  effet  qu'Airard,  en  raison  même  des  réformes 
qu'il  voulait  opérer,  ne  tarda  pas  à  rencontrer  une  vive  opposition 
dans  une  certaine  classe  de  la  population  nantaise.  Son  élection 
avait  coïncidé  avec  la  prise  de  possession  du  comté  de  Nantes 
par  Alain  Canhiart  et  son  fils  Hoël.  Alain  et  Hoël,  bretons  de 
Cornouaille,  étaient,  comme  leurs  compatriotes,  accoutumés  à 
tolérer  les  plus  graves  désordres  chez  le  clergé  séculier.  — 
ce  En  Bretagne,  les  évêchés  relevaient  du  comte,  les  paroisses 
ce  du  seigneur,  et  ceux-ci,  s'arrogeant  le  droit  de  nomination  aux 
ce  fonctions  ecclésiastiques,  en  investissaient  souvent  des  guerriers 
ce  qui  n'étaient  pas  clercs  ou  qui  étaient  des  clercs  fort  peu  recom- 
ce  mandables.  Il  en  résulta  de  regrettables  écarts:  des  prêtres, 
ce  quelques  évêques  même  se  marièrent,  et  l'on  vit  des  femmes  se 
ce  qualifier  de  prêtresses,  sacerdotissae.  L'évêque  de  Quimper, 
ce  Orscand,  obtint  d'Alain  Canhiart,  son  frère,  la  permission 
d'épouser  la  fille  du  sire  de  Crozon,  moyennant  l'abandon  d'une 
des  terres  du  chapitre  :  cette  femme,  fière  et  hautaine,  refusa  un 
jour  de  saluer  dans  la  cathédrale  la  comtesse  de  Cornouaille,  et 


1.  La  façon  dont  Airard  s'acquitta  de  sa  mission  est  assez  nettement  indi- 
quée par  son  successeur  Quiriac  dans  une  charte  de  l'année  1064.  On  y  lit: 
Quum  in  episcopatu  Namnetensi  venerabili  epïscopo  Airardo  succes- 
serimus,  vix  aliquam  totius  episcopatus  Namnetensis  ecciesiam  laica- 
rum  subjectione    vel  potestate  personarum  esse  liberam  [invenimus], 

LICET    VENERABILIS    PRAEDICTUS     EPiSCOPUS,    DUM  VIXERIT,     OMNEM    LA1CALIS 
PERSONAE     CONDITIONEM     VIRTUTE      SPIRITUS     SANCTI      IN       SUO     EPISCOPATU    A 

dei   ecclesia  EXPULissET  {Gallia  christiana ,  xiv,  Irisli'.,  col.  172). 

2.  Mém.  cité,  p.  253. 


LE  CHRONIQUEUR  DE  NANTES  xxxv 

«   l'évêque,    pour   apaiser   le   courroux  du   comte,   dut  lui  céder 
«  encore  un  autre  domaine  capitulaire1.   » 

On  comprend  quel  appui  durent  trouver  auprès  d*Alain 
Canhiart  et  d'Hoël,  devenus  maîtres  de  Nantes,  certains  prêtres 
intéressés  à  maintenir  ou  môme  à  introduire  dans  le  diocèse 
quelques-uns  de  ces  abus  que  Tévêque  Airard,  fidèle  aux  ins- 
tructions  du  pape,  s'eiï'orçait  de  réprimer.  Par  la  force  de  ces 
divers  courants  d'opinions,  il  se  forma  nécessairement  à  Nantes 
deux  partis  adverses.  L'un,  composé  de  tous  les  clercs  ralli 
la  politique  de  la  papauté,  et  aussi  des  laïques  désireux  de 
résister  à  l'influence  grandissante  des  Bretons,  avait  à  sa  tête 
Tévêque  Airard,  italien  d'origine,  qui  ne  pouvait  ressentir  que 
de  l'antipathie  pour  la  race  bretonne  dont  il  ne  comprenait  cer- 
tainement ni  la  langue  ni  les  mœurs.  L'autre,  le  parti  de  la  cour, 
comprenait  tous  les  Nantais,  prêtres  ou  laïques,  qui  pensaient 
obtenir  du  comte  breton  les  faveurs  que  leur  faisait  espérer  le 
changement  de  régime. 

Ce  dernier  parti  fut  le  plus  fort.  On  possède  une  lettre  écrite 
vers  1051  au  pape  Léon  IX  par  le  comte  et  par  un  certain 
nombre  d'ecclésiastiques  et  de  fidèles2.  On  y  voit  que  la  haine 
entre  les  deux  camps  était  profonde  :  les  auteurs  de  cette  lettre 
se  plaignent  en  termes  excessifs  du  pontife  que  le  pape  leur  a 
envoyé  et  ils  demandent  qu'on  leur  laisse  la  liberté  de  se  choisir 
un  autre  pasteur.  La  situation  ne  devait  pas  tarder  à  devenir 
intolérable  pour  Airard  ;  il  fut  contraint  d'abandonner  son 
diocèse.  Le  13  avril  1059,  il  était  de  retour  à  Rome  et  avait  repris 
\c  gouvernement  du  monastère  de  Saint-Paul,  où  il  mourut  vers 
le  mois  de  décembre  1000  3.  La  cause  des  Bretons  triomphait  à 
Nantes.  Aussitôt  qu1  Airard  eut  quitté  la  ville,  le   comte  Iloël  * 


1.  La  Bretagne  aux  grands  siècles  du  moyen  dge;  résumé  du  <-<>u>s 
p  histoire  de  M.  A.  de  le  Borderie,  Rennes,  Plihon  et  Hervé,  lS'.cJ.  in-12, 
1>.  94-95. 

2.  Voici  l'adresse  cl  la  Buscriptiôn  de  cette  lettre  :  Venerabili  multumque 
verendo  papae  L.  clerici  Namnetensis  ecclesiae  efcuu  comité  populus} 
litiim/om  tantoque  non  indignam  patri  devotionem  (Martène,  Thésaurus 
uovus  anecdotorum,  1,  col.  172). 

;>.  Il  \i\aii  encore  en  septembre  1060;  mais  il  fiait  certainement  mort 
au  mois  de  mars  1064  (R    Blanchard,  mém.  cite,  p.  i 

'i.  Alain  Canhiart,  père  d'Hoël,  mourut  en  1058.  Hoël  devint  en  1066 
duc  de  Bretagne. 


xxxvi  INTRODUCTION 

chargea  son  frère  Quiriac  d'administrer  l'évêché.  Quiriac,  pen- 
dant quelque  temps,  prit  le  titre  d'évêque  désigné  ;  il  ne  fut 
consacré  qu'au  mois  de  janvier  1061  l,  probablement  lorsque  la 
nouvelle  de  la  mort  d'Airard  fut  parvenue  à  Nantes.  A  dater  de 
ce  moment,  le  comté  et  le  diocèse  se  trouvèrent  entièrement 
soumis  à  la  domination  bretonne.  Quiriac  mourut  en  1079,  mais 
son  frère  Benoît  lui  succéda  et  conserva  la  possession  de  l'évêché 
jusque  vers  l'année  1112  2. 

Cette  longue  digression  sur  un  état  de  choses,  naguères  encore 
mal  connu,  était  utile  à  faire,  parce  qu'elle  permet  de  préciser 
l'époque  à  laquelle  fut  rédigée  la  Chronique  de  Nantes.  J'ai 
montré  que  l'auteur  était  un  chanoine,  ennemi  des  Bretons. 
D'après  ce  qui  précède,  il  paraît  impossible  d'admettre  que  cet 
auteur  se  soit  mis  à  l'œuvre  sous  l'épiscopat  des  fils  d'Alain 
Canhiart,  Quiriac  et  Benoît,  alors  que  le  parti  des  Bretons  pré- 
dominait de  toutes  parts,  dans  le  clergé  comme  à  la  cour.  La 
Chronique  de  Nantes,  conforme  aux  visées  politiques  de  l'évêque 
Airard  et  à  celles  de  la  papauté,  a  dû  être  composée  à  l'insti- 
gation d'Airard  lui-même,  et  par  conséquent  entre  les  années 
1050  et  1059.  —  Cette  conclusion  est  confirmée  par  plusieurs 
observations  qu'il  me  reste  à  exposer. 

On  sait  que,  jusque  vers  le  milieu  du  ixc  siècle,  tous  les 
évêchés  de  Bretagne  relevaient  juridiquement  de  la  métropole 
de  Tours.  Mais,  en  l'année  848,  le  duc  Nominoé,  afin  de  rompre 
tous  rapports  entre  les  Bretons  et  les  Francs,  bouleversa  de 
fond  en  comble  cette  organisation.  Il  créa  un  archevêché  à  Dol, 
et,  détachant  de  la  province  de  Tours  les  diocèses  bretons,  il  les 
réunit  à  cette  nouvelle  métropole.  Jamais  l'entreprise  de  Nominoé 
ne  fut  approuvée  ni  par  les  papes  ni  par  les  évêques  français  : 
mais  cependant,  malgré  la  désapprobation  du  Saint  Siège  et  les 
fréquentes  réclamations  des  conciles,  les  prélats  bretons  persis- 


1.  R.  Blanchard,  méra.  cité,  p.  323. 

2.  Sous  les  longs  épiscopats  de  Quiriac  et  de  Benoit,  la  population  nan- 
taise dut  perdre  une  partie  de  ses  préjugés  contre  la  nation  bretonne.  Cepen- 
dant, il  subsista  dans  le  clergé  une  faction  hostile  aux  Bretons,  comme  l'a 
montré  dom  Lobineau.^Lorsque  Benoît  eut  abandonné  l'administration  du 
diocèse  à  l'évêque  Brice,  un  des  premiers  soins  de  celui-ci  fut  de  mettre  son 
église  sous  la  protection  du  roi  de  France,  Louis  VI,  témoignant  ainsi  com- 
bien la  domination  des  Bretons  lui  était  à  charge  (dom  Lobineau,  Hist.  de 
Bretagne,  I,  129). 


! 


LE  CHRONIQUEl  R  DE  NANTES  xxxvu 

ièrent,  durant  deux  siècles  environ,  à  se  considérer  comme 
indépendants  du  reste  de  l'église  de  Gaule  et  à  se  grouper  autour 
de  l'archevêque  de  Dol. 

Il  y  avait  presque  cent  ans  que  la  métropole  de  Tours  sem- 
blait même  avoir  renoncé  à  ses  justes  prétentions,  lorsqu'au 
concile  de  Reims,  en  1049,  le  pape  Léon  IX  se  décida  à 
reprendre  la  poursuite  de  cette  affaire.  L'archevêque  de  Dol  fut 
cité  à  comparaître  au  prochain  synode  qui  devait  se  tenir  à 
Rome  le  29  avril  1050;  mais  il  ne  répondit  pas  à  cet  appel. 
Excommunié  pour  cause  de  simonie,  il  fut  invité  à  venir  se 
défendre  lui-même  au  synode  convoqué  à  Yerceil  le  1er  sep- 
tembre 1050 f. 

Le  clergé  de  Tours  de  son  côté  ne  resta  pas  inactif.  Fort  de 
l'appui  du  pape,  il  se  mit  à  rechercher  de  tous  côtés  dans  les 
archives  de  l'évêché  les  anciennes  bulles  des  papes  et  les  déci- 
sions des  conciles  qui  témoignaient  à  l'envi  des  procédés  irré- 
guliers, au  moyen  desquels  Nominoé  avait  proclamé  de  sa 
propre  autorité  l'indépendance  de  l'église  de  Bretagne. 

Sur  ces  entrefaites,  le  pape  Léon  IX  nomma  comme  évêque  de 
Nantes  l'italien  Airard,  qui,  comme  on  Ta  vu,  avait  été  spéciale- 
ment choisi  pour  remplir  une  mission  des  plus  difiieiles.  Seul  de 
tous  les  diocèses  de  Bretagne,  celui  de  Nantes  était  jusque-là 
demeuré  fidèle  à  la  métropole  de  Tours  2.  En  ce  moment  de 
brise,  il  fallait  craindre  la  contagion  de  l'exemple,  et  il  semblait 
nécessaire  de  confier  le  siège  vacant  à  un  prélat,  qui  osât  résister 


1.  Cf.  Hefélé,  Histoire  des  Conciles,  traduction  de  l'abbé  Delarc,  VI.  p. 
306  cl  ;>25.  —  Voiraussi  Labbe,  ('anales,  IX.  col.  993. 

2,  Les  preuves  de  la  soumission  des  évêques  de  Nantes  au  métropolitain  de 

Tours  sont  abreuses.  ^.uixe  siècle,  Axtard  et  ses  successeurs  ne  consentirent 

Jamais  à  faire  cause  commune  avec  les  évêques  bretons,  qui  étaient  parvenus 
à  étendre  leur  juridiction  sur  la  partie  septentrionale  du  diocèse  de  Nanti ss 
(Voir  plus  loin,  p.  i0,  'r_\  64,  65  el  79).  Vers  981,  nous  voyons  Guérech  se 
rendre  à  Tours  pour  se  Faire  consacrer  évêque  <!<•  Nantes  (ibidem,  p.  1  16  et 
117).  Enfin  les  actes  du  concile  de  Reims  témoignent  qu'en  L 049  l'archevêque 
«le  Dol  n'avait  que  sept  suflragants  ;  le  huitième  évêché  de  Bretagne, 
relui  de  Nantes,  n'avait  doue  pas  cessé  de  reconnaître  la  suprématie  de  la 
métropole  de  Tours.  -  Turonenses  clerici  querelam  intulerunt  super 
volensi  episcopo,  </ui  se  cum  Beptem  suffraganeis  a  Turone/tsi  archiepis~ 
copo  subtra.verat,  sibique  archipraesulis  nomen  contra  /as  vendicaverat 
(Labbe,  Conciles,  [X,  col.  1039.  Voiraussi  l>  Lobineau,  Hist,  de  Bre- 
tagne, I.  94). 


xxxvill  INTRODUCTION 

à  la  pression  que  pouvait  exercer  sur  le  clergé  nantais  le  duc  de 
Bretagne  dont  l'autorité  s'étendait  à  tout  l'évêché.  C'est  du  sein 
de  cette  effervescence  religieuse  que  sortit  la  Chronique  de 
Nantes. 

L'auteur,  comme  on  devait  s'y  attendre,  a  longuement  traité 
des  origines  du  différend  entre  Dol  et  Tours,  montrant  ainsi 
qu'au  temps  où  il  écrivait  cette  question  passionnait  de  nouveau 
les  esprits.  Partisan  de  l'évêque  Airard,  il  a  embrassé  avec 
ardeur  la  cause  de  la  métropole  de  Tours,  et  il  a  publié  les  prin- 
cipaux documents  qui  devaient  servir  de  pièces  à  conviction 
dans  le  procès  pendant  en  cour  de  Rome,  entre  autres  une  lettre 
où  le  pape  Nicolas  Ier  blâme  en  termes  formels  la  conduite  du 
duc  Nominoé.  Mais,  sur  le  point  de  transcrire  cette  lettre,  il  ne 
peut  s'empêcher  de  déplorer  la  perte  d'un  grand  nombre  de 
titres  qui  auraient  contribué  à  établir  plus  solidement  le  bon 
droit  des  archevêques  de  Tours.  «  Tous  ces  titres,  dit-il,  ont 
u  disparu  pendant  l'invasion  des  Normands,  et  si  la  lettre  de 
«  Nicolas  Ier  n'avait  été  retrouvée  de  nos  jours  dans  les  archives 
«  de  l'église  de  Tours,  il  ne  nous  serait  rien  resté  de  ces  temps 
«   reculés  l.   » 

Peut-être  même  servit-il  alors  d'intermédiaire  entre  l'évêque 
de  Nantes  et  l'archevêque  de  Tours.  Sa  science  incontestable  des 
vieilles  écritures  et  sa  culture  littéraire  le  désignaient  à  l'atten- 
tion  d'un  parti,  désireux  de  découvrir  et  de  mettre  en  œuvre 
toutes  les  pièces  susceptibles  d'ébranler  davantage  la  cause  déjà 
chancelante  de  Tépiscopat  breton.  C'est  sans  doute  à  Tours  qu'il 
prit  copie  de  la  lettre  de  Nicolas  Ier  ;  c'est  là  aussi  qu'il  dut  avoir 
connaissance  des  catalogues  épiscopaux  de  la  métropole,  ainsi 
que  des  canons  promulgués  par  Hérard 2.  Un  fait  significatif 
montre  bien  qu'il  joua  un  rôle  assez  important  dans  toute  cette 
affaire. 

A  une  époque  voisine  de  celle  dont  nous  nous  occupons,  le 
clergé  de  Tours  mit  en  circulation  une  sorte  de  pamphlet  connu 
sous  le  nom  d'Indiculus  de  épis copor uni  Dritonum  depositione. 


1.  Haec  omnia  deperierunt,  et,  nisi  haec  epistola  in  sede  Turonica, 
ubi  temporibus  nostris  reperta  fuit,  servaretur,  minime  reperirentur  (ch. 
xvii,  p.  57-58). 

2.  Voir  à  ce  sujet  le  chapitre  suivant. 


LE  CHRONIQUEUR  DE  NANTES  xxxix 

Cet  Indiculus,  œuvre  de  polémique  dont  le  but  évident  étail  de 
créer  un  courant  d'opinions  contraire  aux  prétentions  de  l'arche- 
vêque de  Dol,  a  été  extrait  presque  mot  pour  mot  de  la  Chro- 
nique de  Nantes  l.  Il  y  a  là  une  preuve  certaine  de  l'autorité  dont 
jouissait  à  Tours  l'œuvre  du  chanoine  nantais. 

Lorsque  la  domination  des  comtes  de  Cornouaille  se  fut  soli- 
dement établie  à  Nantes,  et  que,  en  face  du  nouvel  état  de 
choses,  l'évoque  Airard  eut  été  forcé  de  quitter  la  cité,  aban- 
donnant au  breton  Quiriac  l'administration  du  diocèse,  ceux  des 
prêtres  nantais,  qui  étaient  restés  attachés  à  la  cause  de  l'église 
de  Tours,  furent  réduits  au  silence.  D'ailleurs,  à  dater  du  concile 
qui  se  tint  à  Tours  en  1060  2,  le  procès  intente''  à  l'archevêque  de 
Dol  traîna  quelque  temps  en  longueur.  Condamnés  par  les  pères 
du  concile  de  Saintes  au  mois  de  janvier  1081  3,  plusieurs 
évoques  bretons  refusèrent  de  se  soumettre  aux  décisions  du 
concile,  et  ce  procès  ne  fut  terminé  que  cent  ans  plus  lard  par 
une  sentence  du  pape  Innocent  III,  qui  obligeait  l'évêque  de  Dol 
cl  ses  suffra  gants  à  reconnaître  la  suprématie  de  la  métropole  de 
Tours  *. 

La  conclusion,  qui  ressort  des  discussions  précédentes,  est 
que  l'auteur  de  la  Chronique  de  Nantes  composa  son  œuvre 
entre  les  années  1050  et  1050.  Chanoine  de  la  cathédrale  de 
Nantes,  il  semble  avoir  entrepris  ce  travail  à  l'instigation  de 
l'évêque  Airard.  Sur  toutes  les  questions  religieuses,  qui  divi- 
saient alors  le  clergé  nantais,  il  avait  adopté  la  manière  de  voir 
de  la  papauté,  et,  (idèle  à  l'église  de  Tours,  il  s'était  rangé  dans 
le  parti  hostile  aux  Bretons.  Mais,  en  raison  même  des  passions 
dont  il  subissait  l'influence,  ses  opinions  ne  pouvaient  être 
exemptes  de  partialité,  et  par  conséquent  il  ne  faut  pas  admettre 
sans  contrôle  tout  ce  qu'il  a  écrit  relativement  aux  origines  du 
différend  entre  l'église  de  Bretagne  et  celle  de  Tours. 

Si  l'on  veut  pousser  pins  loin  la  recherche  de  son  identité,  il 


I.   Voir  la  discussion  de  cette  question  au  chapitre  suivant. 

•2.  Cf.  Mansi,  Collectio  concitiorum,  t.  \1\.  col.  925-930. 

::.  Noir  Héfélé,  livre  cité,  VI,  610 

'i .  La  bulle  d'Innocent  III  est  du  Ier  juin  1199.  La  meilleure  édition  de 
celle  huile  est  celle  qu'en  a  donnée  récemment  M.  L.  de  Grandmaison  dans  le 
Cartulaire  de  l'archevêché  <l<'  Tours  Mém.  de  la  Soc.  arch.  (!<•  Tou- 
raine,  L892,  i.  \\\\  II.  (»    137  et  Buiv.). 


XL  INTRODUCTION 

est  bon  de  faire  observer  qu'au  temps  où  il  vivait,  les  hommes 
doués  d'une  réelle  instruction  littéraire  n'étaient  pas  nombreux. 
En  dehors  du  voisinage  des  églises  cathédrales,  il  n'existait  alors 
que  peu  d'endroits  où  l'on  professât  les  lettres  et  les  sciences. 
Les  Universités  n'étaient  pas  encore  constituées,  et  seules  les 
écoles  capitulaires  fonctionnaient  régulièrement  dans  les  cités 
épiscopales.  On  sait  que  la  direction  de  ces  écoles  était  toujours 
confiée  à  un  dignitaire  du  chapitre,  habituellement  au  chancelier, 
qui  avait  sous  ses  ordres  un  certain  nombre  de  maîtres  des 
études.  C'est,  suivant  toute  vraisemblance,  parmi  les  chanoines, 
chargés  à  la  fois  des  soins  de  la  chancellerie  et  des  enseignements 
de  l'école,  qu'on  peut  espérer  distinguer  celui  qui  a  rédigé  la 
Chronique  de  Nantes.  Malheureusement,  sous  l'épiscopat  d'Ai- 
rard,  aucun  d'entre  eux  ne  s'est  signalé  d'une  façon  particulière 
à  l'attention  des  érudits,  et  c'est  à  peine  si  de  cette  époque  les 
noms  de  quelques-uns  des  membres  du  chapitre  sont  parvenus 
jusqu'à  nous1.  Une  découverte  ultérieure  permettra  peut-être 
d'élucider  ce  problème,  qui  ne  me  paraît  pas  comporter  actuelle- 
ment de  solution  plus  précise. 


IV. 

SOURCES  DE  LA  CHRONIQUE. 

Les  renseignements  précis  et  authentiques,  que  renferme  la 
Chronique  de  Nantes  sur  l'histoire  de  Bretagne  à  l'époque  caro- 
lingienne, prouvent  que  l'auteur  a  consulté  et  utilisé  d'anciens 
documents  écrits,  qui  avaient  survécu  aux  dévastations  exercées 
par  les  pirates  danois  pendant  leur  long  séjour  dans  la  cité  nan- 
taise. Malheureusement  la  plupart  de  ces  documents  n'existent 
plus  aujourd'hui,  et,  si  cette  disparition  ajoute  à  la  valeur  de 
l'ouvrage  dont  je  m'occupe,  elle  rend  difficile  l'étude  que  je  me 
propose  de  faire  en  ce  chapitre. 


1.  On  peut  citer,  sous  l'épiscopat  d  Airard,  Alveus  et  Guillaume,  archidia- 
cres, Jean,  Hubert,  Durand,  Etienne.  Senfrid,  Marcherais  et  Bili,  chanoines 
de  la  cathédrale  de  Nantes  (Cf.  R.  Blanchard,  mém.  cite,  p.  244-2^8). 


SOURCES  DE  l.\  CHRONIQUE  xi.i 

Le  chroniqueur  de  Nantes  n'a  que  très  exceptionnellement  fait 
mention  des  sources  dont  il  a  tiré  profil.  Cependant,  il  s'est  au 
moins  une  fois  départi  de  ce  silence  ;  car,  après  avoir  reproduit 
Certaine  relation  d'un  annaliste  du  ixc  siècle,  il  adresse  à  son  lec- 
teur l'avertissement  suivant:  «  Les  notaires,  dit-il,  qui  ont  écrit 
«  les  annales  que  je  viens  de  citer,  n'ont  pris  aucun  soin  de 
«  raconter  les  événements  avec  ordre,  mais  ils  les  ont  relatés  au 
<(  fur  et  à  mesure  qu'ils  en  étaient  informés  ;  et,  puisque  par 
I  paresse  ou  négligence  ils  ont  laissé  dans  l'oubli  tant  de  faits 
<(  dignes  de  mémoire,  ils  ne  méritent  ni  trop  d'éloges  ni  trop  de 
«    blâmes  l.  » 

Le  récit,  qui  a  suggéré  au  chroniqueur  l'observation  précé- 
dente, se  rapporte  à  la  prise  et  au  sac  de  la  ville  de  Nantes  par 
les  Normands  en  813.  Ce  récit  a  été  composé  par  un  contem- 
porain du  désastre.  Il  a  été  retrouvé  au  xvr  siècle  par  Bertrand 
E'Argentré  dans  un  registre  de  chartes  de  l'abbaye  de  Saint-Seme 
l'Angers,  où  il  était  accompagné  d'une  autre  note  annalistique 
1res  curieuse  relative  au  siège  de  la  ville  d'Angers  par  les  Nor- 
mands en  873 -.  Ces  deux  textes,  l'un  de  813,  l'autre  de  873,  sont 
les  seuls  fragments  qui  nous  soient  parvenus  d'annales  rédigées 
au  ix°  siècle  dans  l'ouest  de  la  Gaule.  A  en  juger  parla  valeur  de 
ces  fragments,  on  ne  saurait  trop  déplorer  la  perte  de  l'œuvre 
historique  à  laquelle  ils  appartenaient3. 


1.  Notarii  autem,  (/ni  hujusmodi  annalia  scripta  descripserunt, 
minime  narrationem  rerum  cunctarum  curaverunt  per  ordinem  referre, 
$ed,  sicut  quaeque  singularia  a  referentibus  ois  adnuntiabantur,  sub 
nimia  brevitate  denotavere.  Et,  (/nia  illorum  inertia  ont  incuria  tanta 
mecessaria  memoriae  digna  oblivioni  data  sunt,  neesatis  laudandi  sunt 
nrc  vituperandi  (ch.  vu,  p.  1S). 

'2.  (](.   B.   d'Argentré,  Histoire   de  Bretagne,    Paris,  1588,   in-folio,  p 
l^Sri   145.  Ces  deux  fragments  d'annales  ont  été  reproduits  par  Duchesne, 
Historiae  Francorum  Scriptores,    11.  386  el    iOO,  H  plus  récemment   par 
Mabille  cl  Marchegay,  Chroniques  des  églises  d'Anjou,   p.   129-133. 

lï.  Mabille  el  Marchegaj  ont  cru  que  les  demi  fragments  publiés  par  d'Ar- 
gentré appartenaient  à  la  chronique  de  Saint-Serge  d Angers  ;  mais  la  décou- 
verte 'lu  manuscrit  original  de  celle  chronique  a  prouvé  que  c'était  là  une 
erreur  (Voir  L.  \u\ra\.  Le  manuscrit  original  de  la  chronique  de  Saint- 
Serge  d'Angers,  dans  la  Bibliothèque  de  l'Ecole  des  Chartes,  t.  LUI. 
année  1892,  p.  i38,  note  3).  Cependant,  eu  considération  du  lieu  où  ces 
fragments  mil  été  trouvés  par  d  ^.rgentré,  j'ai  donné  aux  annales  dont  Us 
faisaient  partie  le  titre  d  In /ai /es  Sancti  Sergii  .  indegavensis  (voir  plus  loin, 
p.  14).  Mais  je  u"ai  adopté  ce  titre  que  sous  toutes  réserves  et  faute  d'avoir 
pu  en  decom  rir  un  plus  certain. 


xlii  INTRODUCTION 

Le  chroniqueur  de  Nantes,  qui  avoue  avoir  eu  celte  œuvre 
entre  les  mains,  n'a  point  utilisé  tout  ce  qu'elle  contenait,  puis- 
qu'il a  passé  sous  silence  l'épisode  du  siège  d'Angers  par  les 
Normands  en  873.  Mais  il  lui  a  emprunté  plusieurs  renseigne- 
ments dignes  de  foi,  qui,  s'il  ne  les  avait  reproduits,  ne  seraient 
pas  arrivés  jusqu'à  nous.  Tels  sont  ceux  qu'il  a  recueillis  sur  les 
comtes  de  Nantes,  Richuin,  Renaud  et  Lambert  (ch.  iv,  p.  8-11). 
Les  chapitres  vu  et  vin  (p.  18-25)  ont  probablement  la  même 
origine,  et,  pour  cette  raison,  ils  constituent  l'un  des  passages  les 
plus  importants  de  la  Chronique  de  Nantes.  Enfin  je  regarde 
comme  ayant  été  aussi  puisée  à  cette  source  la  narration  des  der- 
niers temps  de  la  vie  du  comte  Lambert  (ch.  x,  p.  29-30). 

D'ailleurs,  ces  annales  du  ixe  siècle  ne  sont  pas  les  seules  que 
notre  auteur  ail  eues  à  sa  disposition.  Il  a  connu  d'autres  textes 
narratifs  ayant  trait  à  l'histoire  de  Bretagne  pendant  le  xe  siècle. 
Il  y  fait  allusion  à  propos  de  l'invasion  des  Normands  dans  la 
Loire  en  919.  «  Je  veux,  dit-il,  faire  savoir  à  la  postérité,  ainsi 
«  que  je  l'ai  appris  par  plusieurs  relations1,  la  façon  dont  les 
«  Normands  se  sont  alors  emparés  de  Nantes,  d'Angers  et  d'Or- 
«  léans,  dévastant  les  églises  et  incendiant  les  monastères,  les 
«  bourgs  et  les  châteaux.  » 

Il  est  actuellement  impossible  de  dire  au  juste  quelles  étaient 
ces  relations  mises  à  contribution  par  le  chroniqueur  de  Nantes. 
Cependant  je  ferai  observer  qu'il  existait  encore  à  la  fin  du 
xve  siècle,  dans  les  archives  et  les  bibliothèques  de  Bretagne, 
diverses  annales,  où  étaient  consignés  certains  faits  véridiques 
remontant  jusqu'au  xe  siècle.  Ces  annales  ont  été  compulsées  par 
Pierre  Le  Baud,  qui  les  désigne  dans  son  Histoire  de  Bretagne 
sous  le  titre  générique  de  Chronicques  annaux2.  Je  ne  prétends 


1.  Sicut  in  pluribus  relationibus  didicimus  (ch.  xxvn,  p.  83). 

2.  Le  Baud  désigne  certainement  sous  ce  nom  de  chronicques  annaux 
plusieurs  œuvres  distinctes.  En  différents  endroits  de  son  Histoire  de  Bre- 
tagne, il  se  réfère  aux  annaux  des  églises  deDol,  de  Redon,  de  Nantes,  d'An- 
gers, etc.  Ces  annales,  qui  sont  toutes  perdues  aujourd'hui,  ont  été  peut-être 
en  majeure  partie  composées  postérieurement  à  la  Chronique  de  Nantes  • 
mais  il  est  légitime  d'admettre  qu'elles  ont  emprunté  à  des  annales  plus  an- 
ciennes le  récit  d'événements  relatifs  aux  ix(>  et  xc  siècles.  —  Dora  Lobincau 
s'est  efforcé  de  reconstituer,  d'après  la  Vêtus  collectio  manuscripta  ccclc- 
siae  Namnetensis,  le  texte  des  chronicques  annaux;  mais  il  n'est  arrivé  à 
former  ainsi  qu  une  compilation  sans  grande  valeur   où  entrent  des  éléments 


SOURCES  DE  LA  CHRONIQUE  xi.in 

pas  reconstituer  ici  La  physionomie  primitive  de  ces  chronicques 
annaux,  qui,  môme  à  l'époque  où  vivait  Le  Baud,  étaient  peut- 
être  déjà  défigurées  ;  mais  je  voudrais  montrer  par  quelques 
exemples  que  plusieurs  fragments  d'annales  bretonnes,  antérieurs 
à  la  chronique  de  Nantes,  ont  subsisté  jusqu'à  nos  jours. 

L'un  de  ces  fragments  se  rapporte  aux  troubles  qui  survinrent 
en  Bretagne  à  la  suite  de  la  mort  du  duc  Salomon,  et  aux  disputes 
qui  s'élevèrent  alors  entre  les  comtes  de  Rennes,  de  Vannes,  de 
Léon  et  de  Goëllo1.  Les  historiens  modernes  ont  à  juste  titre 
ajouté  foi  à  cette  relation  qui  semble  dériver  d'une  source  his- 
torique fort  ancienne. 

Un  autre  texte  plus  curieux  encore  a  été  mis  au  jour  par  Le 
Baud,  qui,  suivant  sa  méthode  habituelle,  l'a  traduit  en  français, 
et,  comme  ce  texte  est  assez  court  et  que  l'ouvrage  de  Le  Baud 
se  trouve  seulement  à  la  portée  d'un  petit  nombre  d'érudits,  je 
reproduis  ici  le  passage  en  entier.  Il  s'agit  d'une  victoire  écla- 
tante remportée  en  931  par  les  Bretons  sur  les  Normands  : 
«  Juhaël,  le  comte  de  Bennes,  fils  de  Bérenger,  veant  la  liberté 
«  de  ses  pères  troublée  par  les  molestationsdes  Normans,  assem- 
«  bla  exercite  des  Bretons,  et  entreprit  les  débouter  du  païs.  Si 
<(  les  assaillit  à  Kan  par  bataille  et  premier  Flestan  leur  duc,  qui 
o  avecques  grand  puissance  desdits  Normans  vint  fièrement 
<(  contre  les  Bretons  espérant  les  vaincre  comme  es  temps  de 
«  devant  ;  mais  ledit  Flestan  fut  navré  dès  le  commancement  de 
«  l'estrif,  et  cheut  mort  entre  les  siens.  Lesquels  adonc  par  celle 
«  adventurc  destituez  d'espérance  de  victoire,  cognoissants  l'ini- 
«  mitié  de  leurs  adversaires,  furent  moult  angoesseux,  etcuidans 
0  se  retraire  en  Neustrie  à  leurs  compagnons  fuirent  au  rivage 
«  de  la  mer,  où  ils  avoient   plusieurs  nefs  ancrées  :  mais,  avant 


empruntés  aux  œuvres  les  plus  diverses  (Voir  Histoire  de  Bretagne,  II.  col. 
B5  !  cl  suiv.). 

1.  Ce  fragment  commence  ainsi  :  Hic  Salomon  rex,  etc et  se  termine 

par  les  mois  solitudinem  redacta  sit  (('A',  dora  Lobineau,  Uist.  de 
tagne,  11.  col.  42).  Dom  Lobineau  a  trouvé  ce  récil  dans  la  Vêtus  coll.  ms. 
ceci.  Namn.,e\  il  L'a  inséré  dans  sou  édition  de  la  Chronique  de  Nantes 
mais  la  découverte  du  manuscril  de  la  Chartreuse  du  Val-Dieu  a  prouvé  que 
pom  Lobineau  s'était  mépris  sur  l'origine  de  ce  fragment.  IV  1.'-  Baud,  dit 
d'ailleurs  (Hist.  dr  Bretagne,  p.  122  et  \::\)  qu'il  a  extrait  le  passage  en 
question  des  Chronicques  annaux,  cl  ce  témoignage  aurait  dû  avertir  dom 
Lobineau  de  sou  erreur. 


xliv  INTRODUCTION 

«  qu'ils  peussent  entrer  dedans,  ils  furent  rattains  par  les  Bre- 
«  tons  qui  s'en  vengèrent  cruellement  :  car  les  uns  navrez  de 
a  plusieurs  playes  mortelles  se  précipitèrent  dedans  la  mer  sallée, 
«  et  les  autres  détranchèrent  sur  les  bords  de  leurs  dits  navires, 
«  et  tant  que  de  merveilleuse  multitude  desdits  Normans,  qui 
«  s'estoient  assemblez  contre  Juhaël  Bérenger,  n'en  demoura  que 
«  peu  en  vie  que  les  Bretons  gardèrent  pour  en  avoir  rançon.  Et 
«  de  ceste  victoire  survint  autre  misère  aux  autres  Normans, 
«  qui  au  païs  estoient  demourez  :  car  les  Bretons  qui  avoient 
«  vaincu  Flestan  prindrent  audace  d'envahir  le  demourant,  et 
«  s'espandirent  par  la  région  :  et,  selon  les  Ghronicques  annaux, 
«  le  jour  de  Saint  Michel  en  Tan  de  Nostre  Seigneur  931  occirent 
«  tous  les  Normans  qu'ils  peurent  trouver  en  Bretagne  après 
«  Flestan  leur  duc.  Après  laquelle  occision,  le  surplus  desdits 
«  Normans  qui  eschappèrent,  effrayez  par  le  péril  de  leurs  com- 
«  pagnons,  se  retraïrent  es  forts  qu'ils  tenoient,  et  par  l'aide 
«  d'autres  Normans  qu'ils  mandèrent  quérir  en  Neustrie  les  def- 
«  fendirent  contre  les  Bretons  l.  »  —  Flodoard,  dans  ses  annales, 
parle  de  ce  massacre  des  Normands  et  de  la  mort  de  Flestan, 
qu'il  appelle  Félécan  -.  La  concordance  de  son  témoignage  avec 
celui  du  récit  traduit  par  Le  Baud  montre  que  ce  récit  lui-même 
a  été  composé  à  une  époque  voisine  de  l'événement. 

Enfin,  comme  dernier  exemple,  je  signalerai  un  fragment  de 
chronique  bretonne,  dont  le  texte  latin  s'est  conservé  dans  di- 
verses compilations  du  xve  siècle  et  que  Le  Baud  a  également 
traduit  en  français  d'après  les  Chronicques  annaux  (Hist.  de 
Bretagne,  p.  138).  Il  y  est  raconté  comment  le  comte  de  Rennes 
Conan  parvint  vers  l'an  965  à  se  soustraire  à  la  domination 
qu'exerçait  sur  lui  et  les  siens  l'archevêque  de  Dol,  Wicohenus3. 


1.  Histoire  de  Bretagne,  p.  132. 

2.  Interea  Britlones,  qui  remanserant  Nordmannis  in  Cornu  Galliae 
subditi,  consurgentes  adversus  eos  qui  se  ohtinuerant,  in  ipsis  sollein- 
niis  Sancti  Micliaelis  omnes  interemisse  dicuntur,  qui  inter  eos  niora- 
bantur,  Nordmannos,  caeso  primum  duce  illorum  nomine  Felecan 
(Flodoard,  Annales  ad  ann.  931). 

3.  Voici,  d'après  la  Chronique  de  Saint-Brieuc  (ms.  lat.  delà  bibl.  natio- 
nale, n°  6003,  f°  85  r°,  col.  1),  le  texte  de  ce  fragment:  Iste  vero  Conanus 
primo  pâtre  m  suuni  et  inatrem  cum  exigua  familiola  eoruni  a  mensa  et 
tutela  Wichoeni  Dolensis  archiepiscopi  retraxit,  deinde  patrimonia 
eoruni  et  sua  sibi  viriliter  vindicans ,  eumdem  arc/iiepiscopum  ad  sedeni 


SOURCES  DE  LA  CHRONIQUE  xi.v 

Ces  quelques  récits,  indépendants  de  la  Chronique  de  Nantes, 

suffisent,  je  crois,  à  prouver  que  celle-ci  n'est  point  le  premier 
essai  historique  qui  ait  été  tenté  en  Bretagne,  et  que  le  chanoine 
de  Nantes  du  xi°  siècle  put  mettre  à  profit  plus  d'une  relation 
écrite  par  des  devanciers.  Nous  ne  possédons  plus  que  des  frag- 
ments épars  de  ces  relations,  qui,  à  l'époque  où  fut  rédigée  la 
Chronique  de  Nantes,  devaient  être  nombreuses  encore,  et,  sui- 
vant toute  vraisemblance,  notre  auteur  se  réfère  à  ces  œuvres 
disparues,  lorsqu'il  dit  au  chapitre  xxvn,  .sicut  in  plurihus  rela- 
tion il)  u. s  didic in i  u s . 

Il  me  reste  à  passer  rapidement  en  revue  dans  la  Chronique 
de  Nantes  les  principaux  passages  qui  me  semblent  ne  pouvoir 
dériver  que  de  ces  annales  bretonnes,  dont  je  me  suis  efforcé  de 
saisir  la  trace.  En  première  ligne,  je  noterai  l'invasion  des  Nor- 
mands dans  la  Loire  en  919,  la  prise  et  la  dévastation  des  villes 
de  Nantes,  d'Angers  et  de  Tours,  le  siège  d'Orléans,  tous  événe- 
ments, qui,  au  dire  de  l'auteur  lui-même,  se  trouvaient  relatés 
de  son  temps  dans  plusieurs  écrits  (ch.  xxvm,  p.  84-86).  Je 
citerai  encore  les  divers  combats  qui  forcèrent  les  Normands  à 
évacuer  la  Bretagne  (ch.  xxix,  p.  89),  la  prise  de  possession  et 
la  restauration  de  la  ville  de  Nantes  par  le  duc  Alain  Barbetorte 
(ch.  xxxi,  p.  92),  le  traité  de  paix  entre  Alain  et  le  comte  de 
Poitiers,  Guillaume  Tête  d'Etoupes  (ch.  xxxn,  p.  96),  le  mariage 
du  duc  de  Bretagne  avec  la  sœur  de  Thibaut  le  Tricheur,  comte 
de  Blois  (ch.  xxxiv,  p.  102  et  103),  les  derniers  instants  d'Alain 
Barbetorte  (ch.  xxxvi,  p.  105),  la  régence  de  Bretagne,  confiée  à 
Thibaut  le  Tricheur  et  à  P'oulques  d'Angers  pendant  la  minorité 
de  Drogon,  Bis  du  duc  Alain  ch.  xxxvn,  p.  107-109),  le  siège  de 
Nantes  par  les  Normands  en  960  (ch.  xxxvin,  p.  111;,  les  guerres 
des  comtes  de  Xanles,  Iloël  et  Guéreeh,  contre  Gonan,  comte 
de  Bennes  (eh.  xxxix  et  xi.,  p.    113,    1  L8  et   1  19  ,   et  enfin  la   Lutte 


propriam  remisit,  Nec  his  contentus,  omnes  aliosconsules,  tune  propter 
divisionem  procerum  regionis  quasdam  portionesseu  portes  Britanniae 
occupantes,  debellavittpatriamque  suae  ditioniposuit,  excepta  comitatu 
ffamnetensi,  quem  Geaecaelus  cornes  post  Guerech  contra  ipsum  Cona- 
numet  contra  Gaufridum^  filium  dicté  Conani, défendit.  Ce  même  texte  i  -i 
transcrit  dans  la  compilation  «lu  \v  siècle,  dont  M.  de  La  Borderie  possède  le 
manuscril  .lia  été  déjà  édité  par  dom  Morice  «laie  Les  Preuves  de  -"n  Histoire 
de  Bretagne,  l .  ;:;!. 


xlvi  INTRODUCTION 

entre  Conan,  Foulques  Nerra  et  Judicaël  de  Nantes,  lutte  qui 
se  termina  par  la  bataille  de  Conquereuil  en  992  (ch.  xlv,  p.  127- 
132).  Tous  ces  épisodes  sont  racontés  dune  façon  trop  précise  et 
trop  circonstanciée  pour  qu'il  soit  possible  d'admettre  que  le 
chroniqueur  de  Nantes  en  ait  eu  seulement  connaissance  par  des 
traditions  orales.  Il  vivait  plus  d'un  siècle  après  la  plupart  de 
ces  événements,  à  une  époque  où  la  légende  s'était  déjà  emparée 
de  la  vie  d'Alain  Barbetorte  et  de  ses  descendants,  et  la  mémoire 
des  faits  authentiques  que  je  viens  d'énumérer  aurait  été  alors 
très  affaiblie  ou  même  se  serait  tout  à  fait  évanouie,  si  elle  n'eût 
été  fixée  en  quelque  sorte  dans  des  documents  écrits  par  de  plus 
anciens  annalistes. 

Je  ne  conclurai  pas  néanmoins  de  ce  qui  précède  que  tout  dans 
la  Chronique  de  Nantes  doive  être  accepté  comme  vérité  histo- 
rique. Vers  le  milieu  du  xie  siècle,  il  circulait  à  Nantes,  comme 
ailleurs,  une  foule  de  traditions  populaires  et  religieuses.  Notre 
auteur  n'a  eu  garde  de  négliger  cette  source  de  renseignements, 
particulièrement  appréciés  par  ses  contemporains.  Les  récits, 
recueillis  par  lui  soit  dans  le  peuple  soit  dans  le  clergé,  se 
distinguent  en  général  aisément  du  reste  de  l'ouvrage  grâce 
aux  détails  imaginaires,  aux  prodiges  ou  aux  miracles  qu'ils 
contiennent. 

Il  en  est  ainsi  du  combat  singulier  entre  Alain  Barbetorte  et 
un  guerrier  saxon  sous  les  murs  de  Paris,  combat  dont  Alain  sortit 
vainqueur  et  dont  l'heureuse  issue  aurait  motivé  la  retraite  de 
toute  une  armée  allemande  (ch.  xxxiv,  p.  99-102).  Gomme  l'a 
montré  M.  F.  Lot,  on  récitait  au  xie  siècle,  dans  l'ouest  de  la 
France,  des  poèmes  épiques  où  ce  combat  occupait  une  grande 
place  :  toutefois,  les  Français  attribuaient  au  comte  d'Anjou, 
Geoffroy  Grisegonelle,  l'honneur  d'une  victoire  que  les  Bretons 
reportaient  à  leur  duc  Alain  Barbetorte  l. 

Ces  sortes  de  contes  dramatiques  et  peu  vraisemblables  se  ren- 
contrent dans  quelques  autres  chapitres  ;  1°  le  chapitre  xxxvn 
(p.  109-111),  où  Foulques  d'Anjou,  tuteur  de  l'héritier  du  duché 
de  Bretagne,  enseigne  à  la  nourrice  du  jeune  Drogon  le  moyen 
de  faire  périr  l'enfant  en  lui  versant  sur  la  tête,  tandis  qu'il  serait 


1.   Voir  plus  loin,  p.  99,  note  1 


SOURCES  DE  LA  CHRONIQUE  ilvii 

au  bain,  un  vase  rempli  d'eau  bouillante  ;  2°  le  chapitre  xi. 
(p.  111-117),  où  l'on  voit  le  chevalier  Gai uron  assassiner,  pen- 
dant une  partie  de  chasse,  le  comte  de  Nantes  Iloël,  à  un  mo- 
ment où  celui-ci  était  demeuré  seul  avec  son  chapelain  qui  lui 
récitait  les  vêpres  ;  3°  le  chapitre  XLin(p.  124-126),  où  est  raconté 
comment  Iléroïc,  abbé  de  lîedon,  empoisonna  le  comte  Guérech 
à  l'instigation  de  Conan  de  Rennes.  Il  suffit  de  lire  ces  passages 
pour  s'apercevoir  du  caractère  épique  et  fabuleux  qu'y  revêt  la 
narration.  Ce  sont  là  des  produits  de  l'imagination  populaire. 

Mais  le  chroniqueur  de  Nantes  ne  s'est  pas  seulement  inspiré 
de  traditions  épiques  ;  il  a  utilisé  aussi  un  certain  nombre  de  tra- 
ditions religieuses.  Tels  sont  les  récits  miraculeux  qu'il  a  réunis 
en  un  recueil  spécial  [Miracaln,  ch.  i  à  iv,  p.  1  13-1  1 H ) .  Telle  est 
encore  l'histoire  de  l'évêque  Hesdren,  forcé  d'abandonner  la  ville 
de  Nantes  où  l'on  se  moquait  de  lui,  parce  qu'il  aurait,  soi-disant, 
fait  abattre  un  clocher  pour  avoir  une  pomme  qui  était  au  haut 
el  qu'il  croyait  être  en  or,  tandis  qu'elle  n'était  qu'en  laiton 
(ch.  xxxv, p.  103-101).  Cette  histoire  invraisemblable  se  racontait 
dans  le  clergé  nantais  cent  ans  après  la  mort  d'IIesdren,  et  l'on 
ne  peut  rien  en  conclure  si  ce  n'est  qu'IIesdren  avait  laissé  de 
ion  séjour  à  Nantes  un  souvenir  peu  favorable.  C'est  également 
de  traditions  religieuses  que  dépendent  la  légende  de  la  fontaine 
Notre-Dame  prés  de  Nantes  (ch.  xxix,  p.  90),  et  celle  de  l'ense- 
velissement du  duc  Alain  Barbelorte  (ch.  xxxvi,  p.  ldG-107). 

Parfois  certains  traits  légendaires  se  trouvent  mêlés  à  des  faits 
véridiques,  puisés  à  bonne  source.  Les  chapitres  xxix,  xxxvm  et 
xi. ii  demandent  à  être  étudiés  à  ce  point  de  vue.  Ils  paraissent 
dériver  en  partie  de  documents  écrits,  mais  certaines  phrases  y 
révèlent  l'influence  de  L'imagination  populaire.  Ainsi  ce  portrait 
d'Alain  Barbetorte  (ch.  xxix,  p.  Sn)  :  «  Il  était  fort  de  corps, 
«  hardi  et  courageux,  et,  lorsqu'il  était  à  la  chasse,  il  dédaignait 
h  de  tuer  les  sangliers  et  les  ours  avec  sa  lance,  et  les  attaquait 
«  armé  seulement  d'un  bâton  pris  dans  la  forêt.  »  —  Telle  aussi 

celte  phrase,  où  la  veine  d'Alain  lîarbctorle  compare  la  mort  de 
son  mari  «  à   la  chute  d'un  grand  pieu,  qui,  fiché  à  l'embouchure 

i  de   la    Loire,    était    un   épouvantai!    pour   les    Normands1  » 


!.   Le  Baud  a  l'ail  un  contre  -sens  en  traduisanl  cette  phrasé  (Voir  |>.  112, 


XLViii  INTRODUCTION 

(ch.  xxxviii,  p.  112). —  L'épisode,  où  Guérech,  comte  de  Nantes, 
rencontre  Renaud  Torench,  poursuivant  avec  sa  meute  les  ours, 
les  sangliers  et  les  cerfs  dans  les  forêts  du  pays  de  Mauge,  me 
paraît  avoir  aussi  une  couleur  quelque  peu  légendaire  (ch.  xlii, 
p.  122).  Néanmoins  il  est  bon  d'observer  que,  pour  les  événements 
voisins  du  xic  siècle,  les  traditions  recueillies  par  le  chroniqueur 
de  Nantes  prennent  une  certaine  apparence  de  véracité,  et  elles 
ne  doivent  plus  sans  examen  être  rejetées  dans  le  domaine  de  la 
fable. 

A  dater  de  l'an  mil  environ,  le  récit  de  la  Chronique  de  Nantes 
change  de  caractère.  L'auteur  ne  s'occupe  plus  de  l'histoire 
générale  de  la  Bretagne.  Ce  qui  concerne  la  ville  de  Nantes  et 
en  particulier  les  démêlés  du  comte  et  de  l'évêque  attirent  toute 
son  attention.  Dès  lors,  ses  informations  personnelles  le  dispen- 
sent de  recourir  à  d'anciennes  annales  ou  à  des  traditions  plus 
ou  moins  vraisemblables:  il  témoigne  en  effet  connaître  des  per- 
sonnes qui  ont  vécu  à  Nantes  sous  le  gouvernement  du  comte 
Judicaël  (992-1004) *  ;  lui-même  faisait  sans  doute  partie  du  clergé 
nantais,  alors  que  Budic  et  Gautier  étaient  évêques  de  la  cité. 
En  un  mot,  ce  qu'il  dit  de  l'histoire  de  Nantes  au  xie  siècle 
(ch.  xlvi-xlviii),  il  a  pu  le  voir  par  lui-même  ou  l'apprendre  par 
ses  concitoyens. 

Si,  après  ce  coup  d'œil  d'ensemble  jeté  sur  l'ouvrage,  on  ana- 
lyse le  texte  en  détail,  on  y  distingue  un  certain  nombre  d'em- 
prunts faits  à  des  sources  mieux  connues  que  celles  dont  je  me 
suis  occupé  jusqu'ici.  Il  y  a  un  chapitre  entre  autres,  qui  mérite, 
à  cause  de  son  importance,  d'être  l'objet  d'une  analyse  minu- 
tieuse, c'est  celui  où  est  exposée  l'origine  du  différend  survenu, 
au  temps  du  duc  Nominoé,  entre  les  évêques  de  Bretagne  et 
l'archevêque  de  Tours  ^ch.  xi,  p.  31-39).  On  admet  généralement 
que  ce  chapitre  a  été  composé  tout  entier  au  moyen  de  deux 
opuscules  distincts,  les  Gesta  Sanctorum  Rotonensium  et  Ylndi- 
culus  de  episcoporum  Britonum  depositione.  Pour  le  premier  de 
ces  opuscules  le  fait  est  certain,  mais  il  n'en  est  pas  de  même 
pour  le  second,  sur  l'autorité  duquel,  comme  je  voudrais  le 
prouver,  on  s'est  complètement  mépris. 


1.   Sicut  videntes  illud  nobis  scribentibus  enarraveruni  (p.  147). 


SOURCES  DE  I.A  CHRONIQUE  xi.ix 

I  / Indien  lu  s  de  episcoporam  Britonum  depositione  a  été  décou- 
vert au  xvnc  siècle  par  Sirmond  dans  un  manuscrit  de  l'abbaye 
du  Mont-Saint-Michel,  et  publié  par  lui  dans  son  édition  des  capi- 
Uilaires  de  Charles  le  Chauve1.  Mabillon  et  la  plupart  des  éru- 
dils  qui  se  sont  occupés  de  l'histoire  religieuse  de  la  Bretagne 
ont  regardé  ce  document  comme  l'œuvre  d'un  auteur  bien 
informé  et  digne  de  foi  2.  Je  ne  sais  ce  qui  a  pu  valoir  à  cet  auteur 
une  confiance  que  rien  ne  justifie.  L'assemblée  de  Redon,  qui  fait 
le  sujet  principal  du  récit,  constitue  à  elle  seule  une  erreur  qu'un 
écrivain  contemporain  n'eût  pas  commise;  car  une  charte  authen- 
tique de  l'année  8i8  nous  apprend  que  le  synode,  dans  lequel 
plusieurs  évêques  bretons  furent  déposés  par  Xominoé,  ne  se  tint 
pas  à  Redon,  mais  dans  un  château  nommé  Coitlouh3.  Les  actes 
de  cette  assemblée  sont  en  outre  relatés  d'une  façon  invraisem- 
blable. Enfin  VIndiculus  débute  par  une  phrase,  qui  se  rattache 
assez  mal  à  la  suite  de  la  narration  et  contient  un  anachronisme 
grossier.  «  Xominoé,  y  est-il  dit,  homme  orgueilleux,  envahit  les 
«  cités  de  Nantes,  de  Rennes,  d'Angers  et  du  Mans  jusqu'à  la 
«  Mayenne;  devenu  maître  de  ces  villes  et  territoires,  il  en  con- 
«  eut  encore  plus  d'orgueil,  et,  méprisant  les  droits  des  Francs, 
«  il  songea  à  usurper  le  titre  de  roi.  C'est  pourquoi  il  résolut  de 
((  déposer  les  évêques  de  Bretagne  et  de  leur  substituer  d'autres 
«   prélats  qui  seraient  à  sa  dévotion4.  »  Ces  assertions  sont  abso- 

1.  Karoli  Calvi  capitula,  Paris,  1623,  in-8,  notae  ad  cajJltula,j*.  132. 
—  Sirmond  s'exprime  ainsi  (ibidem,  p:  b'i)  :  Narrât  de  ea  controversia 
inter  Turonensem  et  Dolensem  archiepiscopum  vêtus  indiculus  quem 
in  Sancti  Michaelis  m  Mari  bibliotheca  viai.  Ce  document  a  été  réédité 
plusieurs  fois:  je  citerai  seulement  la  réédition  qu'en  a  donnée  dom  Bouquet 
dans  le  tome  VII  du  Recueil  des  hist.  des  Gaules  et  de  la  France,  p. 
288  289. 

2.  Cf.  Mabillon,  Aria    SS.   ord.   S.    Benedicti,    sacc.    IV,    pars.   2.    p. 

ish-is:. 

'A.   Cartulaire  de  Redon,  p.  87. 

'i .  Nomenoius  valde  superbus  urbem  Namneticam,  Redonicam  ac 
etiam  Andegavense  territorium  et  Cenomannense  usque  Meduanam 
invasit,  flis  autem  urbibus  et  territoriis  nominatis  in  sua  ditione  ad- 
suint is.  superbior  exstitit  et  potentior,  contemptoque  jure  Francorum 
regio,  regem  se  fieri  posse  existimavit,  multisque  artibus,  ut  dolasus 
et  fraudulentus,  perquirens  qui  bus  id  modis  adsequeretur,  reperit  ut 
episcopos  /otius  suae  regionis  aliqua  seditione  expelleret  et  alios  con* 
cessione  sua  constitutos  m  locis  illorum  subrogaret,  sicque  facile  con- 
ceptam  tyrannidem  passe  perficere  excogitavit  (dom  Bouquet,  livre  cité, 
VU.  288). 


L  INTRODUCTION 

lument  fausses  et  telles  qu'elles  n'ont  pu  être  imaginées  qu'à  une 
époque  où  on  avait  perdu  tout  souvenir  exact  des  entreprises 
politiques  et  religieuses  de  Nominoé.  Lorsque  Nominoé  opéra 
une  sorte  de  révolution  dans  le  personnel  épiscopal  de  Bretagne, 
il  n'avait  en  son  pouvoir  aucun  des  territoires  sus  indiqués  ; 
bien  plus,  il  n'en  eut  jamais  la  paisible  possession,  car  il  mourut 
au  moment  même  où  il  cherchait  à  les  conquérir.  Le  synode  de 
Coitlouh,  où  furent  déposés  les  évêques  bretons  est  de  848,  et 
ce  ne  fut  que  pendant  l'hiver  850-851  que  Nominoé  envahit  les 
pays  de  Rennes,  de  Nantes,  d'Anjou  et  du  Maine1. 

L'Indiculas  de  episcoporum  Britonum  dépositions  n'est  donc 
pas,  comme  on  l'a  cru  souvent,  une  œuvre  composée  à  une  époque 
voisine  de  celle  où  vivait  Nominoé.  C'est  une  production  tardive, 
mise  sans  doute  en  circulation  vers  le  milieu  du  xie  siècle,  dans 
le  temps  où  fut  repris  en  cour  de  Rome  le  procès  entre  les  arche- 
vêques de  Dol  et  de  Tours.  Si  l'on  observe  d'autre  part  que  ce 
récit  n'est  qu'une  paraphrase  de  la  dernière  partie  du  chapitre  xi 
de  la  Chronique  de  Nantes  (p.  36-39)  ;  que  la  mention  relative 
aux  conquêtes  de  Nominoé  a  été  extraite  presque  mot  à  mot  de 
la  première  partie  (p.  32-33)  de  ce  même  chapitre,  où  elle  a  sa 
place  naturelle,  tandis  que  sa  présence  s'explique  mal  au  début 
de  Ylndiculus,  qui  traite  d'une  dispute  religieuse  et  non  pas  de 
l'histoire  des  guerres  de  Bretagne,  on  arrive  à  cette  conclusion 
que  ce  n'est  point  le  chroniqueur  de  Nantes  qui  a  utilisé  Ylndi- 
culus, mais  que  c'est  Ylndiculus  qui  a  été  pour  ainsi  dire  copié 
sur  la  Chronique  de  Nantes^.  L'auteur  de  cet  opuscule  s'est  à 
peine  préoccupé  de  modifier  le  style  du  chroniqueur  nantais, 
dont  on  retrouve  la  marque  dans  des  expressions  comme  celle-ci, 


1.  R.  Merlct,  Guerres  d'indépendance  de  la  Bretagne  dans  la  Revue  de 
Bretagne,  de  Vendée  et  d'Anjou,  année  1891. 

2.  Dom  Lobincau  a  inséré  le  texte  môme  de  Ylndiculus  dans  son  édition 
de  la  Chronique  de  Nantes,  comme  si  cet  opuscule  faisait  partie  intégrante  de 
la  chronique.  Une  note  marginale,  placée  par  lui  dans  le  tome  Ier  de  son  His- 
toire de  Bretagne  (p.  43),  explique  le  motif  de  son  erreur.  Cette  note,  rela- 
tive kVIndiculus,  est  ainsi  conçue:  Fragment,  tiré  du  Mont-Saint-MicJud 
par  le  P.  Sirmond  et  cité  par  Le  Baud  comme  de  la  Chronique  de 
Nantes.  D.  Lobineau  a  donc  cru  que  Le  Baud  n'avait  fait  que  traduire  Yln- 
diculus :  mais  il  s  est  trompé  sur  ce  point  comme  sur  plusieurs  autres.  Le 
Baud,  en  eflet,  a  traduit  le  récit  de  la  Chronique  de  Nantes,  qui  est  beaucoup 
plus  détaillé  que  celui  de  Y Indiculus. 


SOURCES  DE  LA  CHRONIQUE  U 

multisque  artibus,  ut  dolosus  et  fraudulentus,  perquirens  quihus 
id  modis  adscquerctur,  rcperil  ut,  etc. '  II  faut  donc,  à  mon  avis, 
retrancher  V Indiculas  du  nombre  des  documents  dont  dérive  le 
chapitre  xi  de  la  Chronique  de  Nantes. 

Ce  chapitre  se  divise,  au  point  de  vue  des  sources,  en  deux 
parties  :  la  première  est  presque  entièrement  fondée  sur  des  titres 
dignes  de  foi,  la  seconde  n'est  à  proprement  parler  qu'une  œuvre 
d'imagination. 

Au  commencement  sont  racontés  la  campagne  de  Nominoé  au 
sud  de  la  Loire,  la  destruction  du  monastère  de  Saint-Florent-le- 
Vieil  et  l'envahissement  par  l'armée  bretonne  des  pays  de  Nantes, 
de  Hennés,  d'Angers  et  du  Mans  (p.  31-32).  On  a  là  un  résumé 
exact  des  expéditions  militaires  de  Nominoé  depuis  l'an  845  jus- 
qu'en (S51.  La  notion  de  ces  faits  authentiques  n'a  pu  être  em- 
pruntée qu'aux  anciennes  annales  dont  j'ai  précédemment  parlé. 
L'entrevue  de  Convoion,  abbé  de  Redon,  avec  Nominoé  (p.  33- 
34),  le  voyage  de  Convoion  à  Rome  (p.  34),  sa  réception  par  le 
pape  Léon  IV  (p.  34-36),  son  retour  en  Bretagne  (p.  36)  sont 
autant  d'événements  relatés  en  détail  par  l'auteur  contemporain 
des  Gesta  sanctorum  Rotonensium*.  Mais  au  récit  des  Geste 
l'auteur  de  la  Chronique  de  Nantes  a  ajouté  l'analyse  d'une  lettre 
adressée  par  le  pape  Léon  IV  à  Nominoé  (p.  34-35).  Cette  lettre, 
qui  fut  remise  par  Convoion  à  Nominoé  lui-même3,  est  aujour- 
d'hui perdue.  L'analyse  que  nous  en  a  conservée  le  chroniqueur 
a  donc  une  réelle  valeur  historique. 

La  seconde  partie  du  chapitre  xi  (p.  36-39)  est  loin  de  contenir 
des  renseignements  aussi  véridiques  :  elle  n'est  pas  cependant 
dénuée  d'intérêt.  Llle  nous  fait  connaître  en  effet  les  idées  reçues 
à  Nantes  et  à  Tours  vers  le  milieu  du  xie  siècle  au  sujet  des  pro- 
cédés ([n'aurait  employés  Nominoé  pour  soustraire  les  évêques  de 


1.  Cette  tournure  de  phrase  m1  rencontre  fréquemment  dans  la  Chronique 
de  Nantes:  je  cite  ici  quelques  exemples  qu'on  pourrai!  multiplier.  Salomon 
Herispogium  furtive  aggrediens,  u1  Lniquus  cl  dolosus,  interfecit  (p.  50); 
Nomenoius  exposuit  iili  fabulose,  ut  erat  alloquax (p.  ;;;>):  [Lambertus], 
itérai  aflabilis,  et  pro  tune  fuit  inventor  malorum,alîoquens  induxit 
n! ,  etc.  (  p.    12). 

2.  Cl'.  Mabillon,  Acta  SS.  ord.  s.  Benedicti, saec.  IV.  pars  2.  y.  2W- 
113. 

:>.  Conoveus  abbas  referons  Nomenoio  de  ejus  mandatis  Leonis  papae 
responsionem  (voir  plus  loin,  p.  36). 


lu  INTRODUCTION 

Bretagne  à  la  juridiction  de  l'archevêque  de  Tours.  Ces  idées, 
les  adversaires  des  Bretons  se  les  étaient  formées  en  interprétant 
à  leur  guise  quelques  documents  du  ixe  siècle  récemment  décou- 
verts dans  les  archives  ecclésiastiques  de  la  province.  Le  chroni- 
queur de  Nantes  cite,  comme  les  plus  importants  de  ces  docu- 
ments, la  lettre  du  pape  Nicolas  Ier  au  duc  Salomon  et  celle  des 
pères  du  concile  de  Soissons  au  pape  Nicolas  Ier.  Ce  sont  ces  deux 
lettres  qui  ont  servi  de  point  de  départ  à  la  composition  quelque 
peu  fantaisiste,  mise  au  jour  par  le  chanoine  nantais. 

Le  pape  Nicolas  Ier,  en  écrivant  au  duc  Salomon,  lui  rappelle 
que  les  prélats,  chassés  de  leurs  sièges  par  Nominoé,  n'avaient 
pas  été  condamnés  dans  un  concile  d'évêques,  mais  dans  une  as- 
semblée composée  presque  entièrement  de  laïques1.  A  la  vérité 
ces  prélats  avaient  avoué  être  coupables,  mais  c'était  de  force  et 
par  intimidation.  Qui,  etsi  crimen  aliquod  confessi  esse  dicun- 
tur,  potest  credi  quod  vi  vel  formidine  fassi  tantum,  et  non  con- 
fessi fuerint  quod  non  fecerant,  quia  videhant  laicos  et  saecula- 
res  quosque  una  cum  rege  contra  se  conspirantes2.  Cette  der- 
nière phrase  laisse  soupçonner  l'existence  d'intrigues  machinées 
par  Nominoé  contre  les  pontifes  qu'il  voulait  perdre.  —  Le  chro- 
niqueur de  Nantes  s'est  manifestement  inspiré  de  ces  allusions 
assez  vagues  aux  agissements  du  duc  des  Bretons.  Il  a  imaginé 
toute  la  trame  d'un  complot,  ourdi  entre  Nominoé  et  l'un  de  ses 
courtisans  (ch.  xi,  p.  37).  La  pseudo-assemblée  de  Redon,  la  con- 
fession arrachée  par  violence  aux  évêques  accusés,  leur  condam- 
nation etleur  fuite,  tout  cela  se  trouvait  en  substance  dans  la  lettre 
du  pape  Nicolas  Ier.  Notre  auteur  s'est  contenté  d'inventer  quelques 
incidents  secondaires,  afin  de  donner  à  son  récit  une  plus  grande 
apparence  de  réalité.  Mais  il  ne  s'est  pas  montré  très  habile 
dans  le  choix  de  ces  incidents,  car,  par  exemple,  le  rôle  qu'il  a 
attribué  au  courtisan  de  Nominoé  n'a  même  pas  le  mérite  de  la 
vraisemblance. 

Après  avoir  ainsi  raconté  l'expulsion  des  prélats  bretons,  il  ex- 
pose comment  Nominoé  créa  trois  nouveaux  diocèses  en  Breta- 
gne, ceux  de  Dol,  de  Saint-Brieuc  et  deTréguier,  et  comment  il 


1.  Non  ah  episcopis,  sed  alaicis  episcopos  inregione  tua  esse  dejec» 
tos  (voir  plus  loin, p.  59). 

2.  Voir  plus  loin,  p.  60. 


SOURCES  DE  LA  CHRONIQUE  Lin 

institua  à  Dol  un  siège  métropolitain  auquel  il  soumit  tous  les  évê- 
chés  de  la  région  (ch.  xi,  p.  38-39).  —  Dans  aucun  titre  du 
ixc  siècle  il  n'est  fait  mention  de  cette  création  de  trois  évêchés  par 
Nominoé.  La  Chronique  de  Nantes  est  le  plus  ancien  texte  où  soit 
relatée  cette  prétendue  révolution,  opérée  par  le  duc  breton  dans 
l'organisation  de  l'Église  de  Gaule.  On  peut  et  l'on  doit  se  de- 
mander à  quelle  source  notre  auteur  a  puisé  ses  informations  sur 
ce  point  d'histoire  ecclésiastique. 

Et  d'abord,  comment  a-t-il  connu  les  noms  des  quatre  évêques 
chassés  par  Nominoé?  Suivant  lui,  ces  évêques  sont:  Susan 
Venelcnsis,  Félix  Corisopitensis,  Salocon  Dialetensis  et  Libéral 
Ocismorensis,  c'est-à-dire  les  évêques  de  Vannes,  de  Quimper, 
d'Alcth  et  de  Saint-Pol-de-Léon.  Ces  noms  aflectent  une  forme 
archaïque  qui  attire  l'attention.  Il  était  d'usage  au  xic  siècle  de 
désigner  les  évêques  de  Saint-Pol-de-Léon  sous  le  titre  d'episcopus 
Lennensis  ou  Sancfi  Pauli  Leonensis,  et  ceux  d'Aleth  sous  celui 
à'episcopus  Aletensis  ou  Sancti  M&cuti.  L'antique  appellation 
à'episcopus  Ocismorensis  était  depuis  longtemps  tombée  dans  un 
Complet  oubli.  Quanta  l'évêque  d'Aleth,  jamais  il  ne  s'intitula 
episcopus  Dialetensis.  Cette  dernière  dénomination  est  une  inven- 
tion du  chroniqueur  de  Nantes.  —  Il  y  avait  des  siècles  que  la 
cité  des  Ossismes  (civitns  Ossismoram)  était  disparue,  et  il  est 
Certain  que,  des  le  i\'  siècle,  le  diocèse  de  Saint  Pol-de-Léon  ne 
représentait  plus  que  très  imparfaitement  ce  territoire  gallo- 
romain.  La  civitas  Ossismorum  est  inscrite  dans  la  Notice  des 
Gaules,  et  c'est,  grâce  à  ce  fait,  que  le  souvenirde  cette  circons- 
cription administrative  a  pu  se  perpétuer  d'âge  en  âge  et  parvenir 
à  la  connaissance  des  clercs  du  xic  siècle  qui  se  piquaient  de 
quelque  érudition. 

A  l'époque  même  où  fut  rédigée  la  Chronique  de  Nantes,  la 
Notice  des  Gaules  dut  être  soumise  à  un  examen  attentif  de  la 
pari  du  clergé  de  la  province  de  Tours.  On  sait  en  effet  <pie  cette 
Notice,  dont  la  composition  date  de  l'an  100  environ,  présente, 
pour  diverses  raisons  qu'il  serait  superflu  de  rappeler  ici,  le  ta- 
bleau assez  exa  et  de  l'organisation  primitive  de  l'Eglise  de  Gaule. 

Lors  donc  qu'on  voulut  à   Tours  vers  l'an   1050  établir  la    preuve 

(pie  l'archevêque  de  Dol  n'avait  aucun  droit  au  titre  de  métropo- 
litain et  que  jamais  la  Bretagne  n'avail  formé  une  province  ecclé- 
siastique indépendante,  le  premier  document  ([non  songea  à  con- 


Liv  INTRODUCTION 

sulter  fut  la  Notice  des  Gaules,  qui  faisait  loi  en  cette  matière. 
On  crut,  sur  la  foi  de  ce  texte,  que  de  toute  antiquité  l'évêque  de 
Tours,  comme  métropolitain  de  la  troisième  province  lyonnaise, 
avait  exercé  sa  juridiction  sur  les  huit  cités  de  cette  province,  à 
savoir  les  cités  du  Mans,  de  Rennes,  d'Angers,  de  Nantes,  de 
Quimper,  de  Vannes,  et  celle  des  Ossismes  et  des  Diablintes.  Ces 
huit  cités  étaient  les  seules  inscrites  dans  la  Notice  des  Gaules; 
on  en  conclut  que  Dol,  Saint-Brieuc  et  Tréguier,  qui  ne  figuraient 
pas  sur  cette  liste,  n'avaient  point  été,  à  l'origine,  siège  d'un 
évêché,  et  Ton  en  arriva  tout  naturellement  à  supposer  que  la 
création  de  ces  trois  diocèses  remontait  au  temps  où  Nominoé 
avait  bouleversé  l'ancienne  organisation  delà  province.  Quantaux 
deux  cités  à  peu  près  inconnues  des  Ossismes  et  des  Diablintes, 
on  les  identifia,  la  première  avec  l'évêché  de  Saint-Pol-de-Léon, 
ce  qui  était  en  partie  exact;  l'autre  avec  l'évêché  d'Aleth,  ce  qui 
était  une  erreur. 

Le  chroniqueur  de  Nantes,  qui  s'est  fait  à  ce  sujet  l'interprète 
des  opinions  du  clergé  de  Tours,  n'a  pas  hésité  à  tirer  de  la  No- 
tice des  Gaules  les  conclusions  que  je  viens  d'indiquer.  Parmi  les 
cités  de  la  troisième  Lyonnaise,  il  y  en  avait  une,  celle  des  Dia- 
blintes, qui  était  disparue  de  bonne  heure  et  avait  été  annexée 
tout  entière  au  diocèse  du  Mans1.  On  ignorait  complètement  au 
xie  siècle  ce  qu'était  devenue  cette  cité,  et  personne  ne  se  serait 
alors  avisé  d'en  placer  le  chef-lieu  à  Jublains.  Mais  une  certaine 
analogie  entre  les  noms  fit  qu'on  s'imagina  que  la  civitas  Diablin- 
tum  n'était  autre  que  la  cité  d'Aleth.  Pour  rendre  cette  analogie 
plus  frappante  et  pour  témoigner  en  même  temps  de  son  érudi- 
tion, le  chroniqueur  de  Nantes  donna  constamment  dans  son  récit 
à  la  ville  et  aux  habitants  d'Aleth  le  titre  de  Dialetensis,  Diale- 
tenses^.  De  ce  fait  il  semblait  résulter  qu'antérieurement  aux 
entreprises  de  Nominoé,  il  n'y  avait  que  quatre  diocèses  en  Bre- 
tagne, celui  de  Quimper  répondant  à  la  civitas  Coriosopitensis  d° 
la  Notice  des  Gaules,  celui  de  Vannes,  civitas  Venetensis,  celui 
de  Saint-Pol-de-Léon,  civitas  Ossismorum,  et  celui  d'Aleth,  civitas 


1.  Cf.  abbé  Duchesne,  Catalogues  épiscopaux  de  la  province  de  Tours, 
p.  83. 

2.  Voir  plus  loin,  p.  10,  note  5. 


SOURCES  DE  LA  CHRONIQUE  i.v 

Diablintûm.  Restait  à  découvrir  quels  étaient  les  pontifes  qui 
administraient  ces  diocèses  au  temps  deNominoé. 

Le  chroniqueur  de  Nantes  savait,  d'après  le  récit  des  Gesta 
sanclorum  Iiolonensium1,  que  Susan  et  Félix  étaient  alors 
évoques,  l'un  de  Vannes,  l'autre  de  Quimper.  Quelque  ancienne 
souscription  de  concile2,  ou  peut-être  sa  propre  imagination,  lui 
aura  fourni  le  nom  de  Libéral,  évêque  des  Ossismes.  Enfin  la  lettre 
du  concile  de  Soissons  lui  apprit  que  Salocon,  évêque  de  Dol, 
avait  été  aussi  chassé  de  son  siège  par  Nominoé3.  Mais  cette  der- 
nière source  contredisait  formellement  la  théorie,  suivant  laquelle 
l'évêché  de  Dol  aurait  été  créé  par  Nominoé  lui-même.  Il  fallait 
tourner  la  difïiculté.  Notre  auteur  se  tira  d'affaire  en  supposant 
que  Salocon  était  évêque  d'Aleth,  et  qu'en  cette  qualité  il  avait 
soi. s  sa  juridiction  l'église  de  Dol,  qui  n'aurait  été  alors  qu'un 
simple  monastère4.  Cette  hypothèse  lui  sembla  suffire  sans  doute 
à  expliquer  comment  Salocon  avait  pu,  en  8GG,  être  qualifié 
p'évêque  de  Dol  par  les  pères  du  concile  de  Soissons. 

Tout  ce  système,  que  je  viens  d'exposer  aussi  brièvement  que 
possible,  peut  paraître  ingénieux,  mais  il  n'en  est  pas  moins  vrai 
qu'il  a  pour  unique  fondement  quelques  documents,  qui  tous, 
aujourd'hui  encore,  sont  entre  nos  mains,  à  savoir  les  lettres  du 
bape  Nicolas  [M  et  du  concile  de  Soissons,  les  Gesta.  sanclorum 
Rotonensiumetla  Notice  des  Gaules.  Ce  système  ne  vaut  donc 
nue  par  la  façon  dont  ces  documents  ont  été  interprétés  au  xi€ 
siècle  par  les  adversaires  de  l'archevêque  de  Dol.  Or,  quelle  que 
soit  l'habileté  qu'on  suppose  à  ces  interprètes,  on  sera  toujours 
en  droit  de  se  méfier  de  l'opinion  qu'ils  se  sont  formée  sur  une 
question  où  leur  intérêt  personnel  était  en  cause,  et,  si  l'on  re- 
marque que  dans  aucun  des  textes  précités,  il  n'est  fait  la  moindre 
allusion  à  la  création  par  Nominoé  des  trois  évêchés  de  Dol,  de 
paint-Brieuc  et  de  Tréguier,  on  sera  tenté  d'admettre  que  toutes 
tes  hypothèses,  présentées  à  cet  égard  comme  certitudes  par  le 


I.  \  <>s.  Maliillon,  Jeta   ss.  ord.  s.   Benedicti,  saec,   IV.  pars  2,d. 

|p  i  —  « 

■J.  Cf.  abbé Duchesne,  Cat,  épisc,  delà  prov.  de  Tours,  p.  84,  note  1. 

:>.  Salacone    Dolensi,  adhuc  quidem,  licet  expulso,  superstite  (voir 

plus  loin,  |>.  54). 

i.  Monasterio  Doli,  quod  tune  temporis  crut  ex  diocesi  Dialetensis 

ëcclesiae  (voir  plus  loin,  p,  39). 


lvi  INTRODUCTION 

chroniqueur  de  Nantes  et  ses  contemporains,  sont  non  seulement 
douteuses,  mais  peut-être  même  erronées. 

Les  titres  authentiques,  relatifs  aux  réformes  religieuses  de 
Nominoé,  permettent  d'affirmer  seulement  trois  points.  Nominoé, 
pour  des  motifs  d'ordre  politique,  a  proclamé  de  sa  propre  auto- 
rité dans  rassemblée  de  Coitlouh  l'indépendance  de  l'église  de 
Bretagne  vis-à-vis  de  l'archevêque  de  Tours.  Il  a,  dans  la  même 
assemblée,  déposé  de  leurs  sièges  les  évêques  Salocon  de  Dol  et 
Susan  de  Vannes,  qui  étaient  sans  doute  opposés  à  ses  projets.  A 
la  même  époque,  il  a  érig-é  l'évêché  de  Dol  en  archevêché  et  a 
soumis  à  la  juridiction  de  cette  nouvelle  métropole  tous  les  dio- 
cèses compris  dans  ses  états.  Ce  n'est  que  dans  le  courant  du 
xie  siècle  et  très  probablement  après  le  concile  qui  se  tint  à  Reims 
en  1049,  que  le  clergé  de  la  province  de  Tours  prétendit,  appuyant 
ses  assertions  sur  l'autorité  delà  Notice  des  Gaules,  que  Nominoé 
avait  encore  de  son  initiative  privée  transformé  en  évêchés  les 
trois  monastères  de  Dol,  de  Saint-Brieuc  et  de  Tréguier.  Cette 
opinion,  consignée  dans  la  Chronique  de  Nantes,  propagée  par 
Y Indiculus  de  episcoporum  Britonum  depositione,  et  admise  de- 
puis par  la  plupart  des  historiens,  est,  comme  on  l'a  vu,  contre- 
dite en  partie  par  la  lettre  du  concile  de  Soissons.  De  plus,  les 
papes  et  les  évêques  du  ixe  siècle,  qui  ont  sévèrement  apprécié 
dans  leurs  correspondances  et  dans  les  actes  des  conciles,  les  di- 
verses entreprises  religieuses  de  Nominoé,  n'ont  jamais  dit  un  mot 
de  cette  prétendue  érection  de  trois  nouveaux  sièges  en  Bretagne, 
et  ce  mutisme  inexplicable  enlève  presque  tout  crédit  à  la  thèse, 
soutenue  au  xie  siècle  par  le  clergé  de  Tours  et  à  laquelle  on  a 
trop  longtemps,  à  mon  avis,  accordé  une  confiance  imméritée  '. 

J'ai  eu  précédemment  l'occasion  de  citer  à  plusieurs  reprises 
deux  lettres  du  ixe  siècle,  qui  ont  été  publiées  in-extenso  par  le 
chroniqueur  de  Nantes.  L'une,  celle  du  pape  Nicolas  Ier,  avait  été 


1.  Cette  thèse  a  été  récemment  adoptée  par  M.  l'abbé  Duchesne  ;  mais  ce 
savant  critique  a  pu  être  induit  en  erreur  par  la  croyance  où  il  était  de  lauto- 
rité  indiscutable  de  la  Chronique  de  Nantes.  M.  l'abbé  Duchesne  regarde 
Fauteur  de  la  Chronique  de  Nantes  comme  un  contemporain  de  Nominoé 
(Catalog.  épisc.  de  laprov.  de  Tours,  p.  96,  note  1).  —  Comme  je  l'ai 
déjà  dit,  on  a  pu  jusqu'aujourd'hui  se  former  les  opinions  les  plus  diverses 
sur  l'âge  et  la  valeur  réelle  de  la  Chronique  de  Nantes,  parce  que  cette  œuvre 
historique  n'a  jamais  été  l'objet  ni  d  une  édition  critique  ni  même  d'une  étude 
spéciale. 


SOURCES  DE  LA  CHRONIQUE  i.vu 

récemment  découverte  à  Tours  (voir  plus  loin,  p.  57-62);  l'autre, 
celle  du  concile  de  Soissons  (p.  51-57),  avait  été  probablement 

trouvée  à  Nantes.  Notre  auteur  a  donc  fait  des  recherches  dans 
les  archives  des  églises  de  Tours  et  de  Nantes  ;  il  en  a  fait  égale- 
ment dans  celles  de  l'abbaye  de  Saint-Sauveur  de  Redon.  C'est 
en  ell'et  grâce  aux  chartes  conservées  à  Redon  qu'il  a  su,  comme 
il  le  dit  lui-même,  que  Foucher,  évoque  de  Nantes,  parvint  à 
recouvrer  ses  droits  sur  le  territoire  de  Guérande1.  Ce  doit  être 
aussi  dans  la  bibliothèque  de  ce  monastère  qu'il  a  vu  le  manus- 
crit des  (ic.sfn  sstnetorum  Rotonensium,  source  de  ses  informa- 
tions sur  l'abbé  Convoion  (p.  ,33-36)  et  sur  le  combat  de  l'île  de 
Liesse  (p. 86-87).  Les  moines  de  cette  abbaye  lui  auront  peut-être 
raconté  la  légende  relative  à  l'abbé  Iléroïc,  et  ils  lui  auront  ap- 
pris que  (iuérech,  comte  de  Nantes,  était  enseveli  dans  leur 
('■-lise  (p.  124-126). 

A  Tours,  le  chroniqueur  de  Nantes  a  eu  communication  non 
seulement  de  la  lettre  du  pape  Nicolas  Ier,  mais  encore  des  canons 
promulgués  en  857  par  l'archevêque  Ilérard  (p.  64),  ainsi  que  du 
catalogue  épiscopal  de  cette  métropole.  Ce  dernier  document  a 
été  récemment  mis  au  jour  par  M.  l'abbé  Duchesne2.  C'est  une 
simple  liste  des  prélats  qui  se  succédèrent  sur  le  siè^e  de  Tours, 
avec  des  indications  chronologiques  touchant  la  durée  de  chaque 
épiscopat.  Le  chroniqueur  de  Nantes  a  emprunté  à  ce  catalogue 
ce  qu'il  sait  de  la  chronologie  des  archevêques  de  Tours,  Amauri, 
Ilérard  et  Aetard  ;!. 

Enfin  il  est  hors  de  doute  que  notre  auteur,  en  sa  qualité  de 
chanoine,  d'érudit  et  de  lettré,  eut  pleine  liberté  de  consulter, 
dans  le  trésor  des  lettres  de  l'église  cathédrale  de  Nantes,  les 
manuscrits  et  les  chartes  qui  y  étaient  réunis.  Il  parle  lui-même 
en  certain  passage  d'une  bible  antique  qui  existait  de  son  temps 
dans  la  bibliothèque  capitulaire  \  et  l'on  se  demande  en  quel 
endroit,  si  ce  n'est  dans  les  archives  du  chapitre,  il  aurait  pris 
copie  de^  privilèges  accordés  par  les  ducs  de  Bretagne  aux  pon- 


I.  Sicutin  cartis  Sancti  Salvatoris  reperitur  (fch.  jcxvi,  [».  7*J). 

_.  Catal.episcop.delaprov.de  Tours,  p,  11-17. 

:!.  Cf.  cli.  xv,  p.  ^9,  ch.  \i\.  p.  64,  note  2,  ch.  \\.  p.  65. 

'i.   Bibliothecam,  quae  usque  hodie  in  ecclesia  Namnetensi  habetur 

(ch.  vu,  p.  |«.i). 


lviii  INTRODUCTION 

tifes  et  chanoines  nantais .  C'est  à  Nantes  même  qu'il  a  dû  recueillir 
la  presque  totalité  des  notes  qu'il  nous  a  transmises  sur  les 
évêques  de  cette  cité  depuis  Félix  jusqu'à  Hervé  (ann.  570  à  1004 
environ). 

Le  catalogue  épiscopal  de  l'église  de  Nantes  lui  a  fourni  la  liste 
complète  des  prélats  qui  administrèrent  le  diocèse  pendant  les  ixc 
et  xe  siècles.  Cette  liste  a  été,  comme  celle  des  archevêques  de 
Tours,  publiée  par  M.  l'abbé  Duchesne  l,  qui  a  justement  signalé 
la  concordance  absolue  existant  entre  la  série  épiscopale  du  cata- 
logue et  celle  que  l'on  peut  reconstituer  d'après  la  Chronique 
de  Nantes2.  —  Le  chapitre  premier,  qui  contient  la  description 
de  la  basilique  construite  au  vie  siècle  par  l'évêque  Félix,  a  été 
extrait  d'un  livre  liturgique  de  la  cathédrale,  bréviaire  ou  légen- 
daire. Mgr  Richard  a  retrouvé  ce  récit  presque  tout  entier  dans 
un  bréviaire  du  xve  siècle  à  l'usage  de  l'église  de  Nantes3.  L'édi- 
tion qu'il  en  a  donnée  ne  présente  avec  le  texte  de  la  Chronique 
de  Nantes  que  des  variantes  de  peu  d'importance. 

Il  est  plus  difficile  de  déterminer  à  quelles  sources  a  été  puisée 
l'histoire  de  l'épiscopat  d'Actard  (843-871).  Certains  détails  à 
peu  près  ignorés  de  la  vie  de  ce  prélat  nous  ont  été  transmis  par 
la  Chronique  de  Nantes,  tels  que  ses  disputes  avec  le  comte 
Lambert,  ses  relations  avec  les  archevêques  de  Tours,  Amauri  et 
Hérard,  ses  démêlés  avec  l'évêque  intrus  Gislard,  son  interven- 
tion en  diverses  circonstances  auprès  du  roi  Charles  le  Chauve, 
ses  voyages  à  Rome  auprès  des  papes  Léon  IV,  Renoît  III  et 
Nicolas  Ier.  Tous  ces  faits  paraissent  exacts  dans  l'ensemble,  mais 
ils  sont  racontés  confusément  et  généralement  mal  datés4.  De 
plus,  il  est  à  remarquer  qu'Actard,  en  ces  occasions,  est  toujours 
présenté  comme  agissant  personnellement  :  il  implore  contre  ses 
ennemis  la  protection  d'autorités  supérieures5  ;  il  transmet  au  duc 
de  Rretagne  les  lettres  qu'il  a  obtenues  du  roi,  il  lui  écrit  même 
directement6;  tantôt  il   adresse   des   requêtes  auxquelles  on  ne 

1.  Catal.  épisc.  de  la  prov.  de  Tours,  p.  65-66. 

2.  Ibidem,  p.    74. 

3.  Etude  sur  la  légende  liturgique  de  saint  Clair,  premier  évêque  de 
Nantes,  Nantes,  1885,  in  8°,  p.  47-48. 

4.  Sur  ces  faits  mal  datés,  voir  plus  loin  ch.  x,  p.  27,  note  1;  ch.  xn,  p. 
40,  note  1,  p.  41,  n.  1;  ch.  xiii,  p.  43,  n.  3;  ch.  xv,  p.  50,  n.  3. 

5.  Voir  plus  loin,  p.  28,  40,  49,  50,  57  et  63, 

6.  Rex  Britannorum  principi  mandant  per  [Actardum]  ut  si  [Lam- 


SOURCES  DE  LA  CHRONIQUE  i.ix 

répond   pas1,   tantôt  au  contraire  ses  eil'orts  sont  couronnés  de 

succès-.  Notre  chroniqueur  avoue  qu'il  n'a  pu  retrouver  aucune 
des  lettres  confiées  à  Actard  par  les  souverains  pontifes;  mais  il 
connaît  les  suppliques  envoyées  au  Saint-Siège  par  l'évêque  de 
Nantes1.  —  Il  semble,  en  un  mot,  que  notre  auteur  ait  eu  entre 
les  mains  une  partie  de  la  correspondance  privée  d'Actard.  Seule 
cette  hypothèse  peut  l'ait  comprendre  d'une  part  pourquoi  ses 
informations  sur  ce  prélat  sont  conformes  à  ce  que  nous  savons 
de  source  certaine,  et  d'autre  part  pourquoi  l'ordre  chronolo- 
gique des  événements  est  présenté  d'une  façon  aussi  défectueuse. 
Au  moyen  âge  l'usage  était  de  ne  pas  dater  les  lettres,  et  il  est 
souvent  impossible,  môme  aujourd'hui,  d'établir  la  véritable 
classification  des  anciens  recueils  épistolaires  ;  aussi  n'y  a-t-il  rien 
d'étonnant  à  ce  qu'un  historien  du  xic  siècle  ait  complètement 
échoué  dans  une  tentative  de  ce  genre. 

Je  pense  donc  que  le  chroniqueur  de  Nantes  a  dû  extraire  de 
la  correspondance  d'Actard  ce  qu'il  dit  dr>  démarches  faites  par 
cet  évêque  pour  rentrer  en  possession  de  son  siège,  lorsqu'il  en 
eut  été  chassé  par  Nominoé  en  8504,  ce  qu'il  dit  aussi  de  Gislard, 
ce  prêtre  vannetais,  illégalement  installé  à  la  place  d'Actard  et 
qui,  un  peu  plus  tard,  forcé  de  s'enfuir  de  Nantes,  s'empara  par 
violence  du  territoirede  Guérande,  s'y  constitua  avec  l'appui  des 
Bretons  un  diocèse  indépendant  et  s'y  maintint  jusqu'à  la  fin  de 
sa  vie,  en  dépit  des  excommunications  lancées  contre  lui  par  les 
papes  et  tous  les  évèques  de  Gaule5.  Le  court  séjour  d'Actard  a 
Thérouanne,  bien  qu'il  soit  cité  à  contre-temps  B,  la  consécration 
du  doyen  Hermengaire  comme  évêque  de  Nantes,  et  l'élévation 
d'Actard  au  siège  métropolitain  de  Tours7,  sont  autant  d'événe- 


bertum]  a  se  expelleret,  offensas  sibi  ab  Mo  factas  dimitteret.  Ad  haec 
quoque  episcopus  ex  parte  sua  addidii  quod,  etc.,  p.  28. 

1     Nullum  mde  auxilii  responsum habere  potuit,  p.   i11 

2.   Rex  petitioni  libenter  annuens,ip.  50. 

.'!.  Jam saepe  Actardus episcopus  />ro  his  rébus reclamandis  Romani 
petierat;  jam  Leoni  papae  atque  Benedicto,  ejus  successori,  de  his 
querelas  magnas  fecerat  :  sed  de  responsionibus,  quas  ab  Mis  scriptas 
a  tl  il  lit,  ru/ (la  apud  nos  niemoria  rrprritur  (p.  57). 

4.  \  OÎr  plus  loin.  p.    10-43. 

5.  Noir  eh.  xii,  p.  'M  et  ch.  \in.  p.  42  et  (3. 

6.  Voyei  p.  12  et  13,  a.  I  ei  3. 

7.  Ch.  w,  p.  65. 


lx  INTRODUCTION 

ments  auxquels  il  était  sans  doute  fait  allusion  dans  les  lettres 
aujourd'hui  perdues  du  pontife  nantais. 

Sur  les  successeurs  immédiats  d'Actard  et  d'Hermengaire,  le 
chroniqueur  de  Nantes  ne  sait  guère  que  ce  que  lui  ont  appris  les 
chartes  de  l'évêché  et  du  chapitre.  C'est  un  diplôme  du  roi 
Charles  le  Gros  qui  l'a  instruit  de  la  fuite  de  l'évêque  Landran  à 
Angers1  ;  c'est  également  dans  les  archives  de  la  cathédrale  qu'il 
a  trouvé  l'acte  de  donation  du  village  de  Canisy  (?)  à  Landran 
parle  duc  Alain  le  Grand2.  L'épitaphe,  gravée  sur  le  tombeau 
de  Landran  dans  l'église  de  Saint-Donatien,  lui  aura  fait  con- 
naître le  jour  du  décès  de  ce  prélat  et  la  durée  de  son  épiscopat3. 
—  Il  nous  a  tracé  un  portrait  flatteur  de  Foucher,  qui  administra 
le  diocèse  de  Nantes  de  897  à  910  environ.  Cet  évêque  déploya 
la  plus  grande  activité  pour  subvenir  aux  besoins  de  son  église 
presque  entièrement  ruinée  par  les  dévastations  des  Normands. 
Un  grand  nombre  de  chartes  et  de  privilèges  lui  furent  octroyés 
par  les  évêques,  les  comtes  et  les  seigneurs  des  pays  voisins4. 
Notre  auteur  a  publié  in-extenso  l'un  de  ces  privilèges  émané 
du  duc  des  Bretons 5.  Foucher  fut  comme  son  prédécesseur 
enterré  dans  l'église  de  Saint-Donatien.  Peut-être  son  épitaphe 
est-elle  la  source  où  a  été  puisée  la  mention  relative  à  la  recons- 
truction de  la  cathédrale  et  du  castrum6.  La  phrase  élogieuse, 
qui  termine  le  chapitre  xxvi,  est  conçue  en  termes  analogues  à 
ceux  qu'on  rencontre  vers  cette  époque  dans  les  notices  nécro- 
logiques7. 

Les  renseignements,  qui  ont  trait  aux  épiscopats  d'Adalart, 
d'Hesdren  et  de  Gautier  (915  à  980  environ),  proviennent  en 
majeure  partie  de  notes  annalistiques.  Pantin,   le  passage  où  est 


1.  Landramnus  episcopus,  régis  Kavoli  celsitudineni  adiens — ,  qui 
in  urbe  Andegavina  dédit  ei  refugium  et  de  regalibus  proprietatibus, 
quos  ibi  fiabebat,  sibi  et  clevicis  suis  jussit  dari  stipendia  (p.  66  et  67). 

2.  Ch.  xxii,  p.  68-72. 

3.  Ch.  xxiii,  p.  72,  n.  3 

4.  Vicinis  episcopis,  ac  etiam  cnmitibus  et  proceribus  vicinarum  re- 

gionum  de   hac  vastitate    magnam  querelam  faciens qui  vero.    Jus 

querimoniis  auditis,    onines   suae  miseriae  condolentes  de  proprietate 
sua  plurima  administraveruiit  (p.  74). 

5.  Ch.  xxv,  p.  74-77. 

6.  Ch.  xxvi,  p.  78. 

7.  Cette  phrase  commence  ainsi:  sicque  iste  vit'  venera/idus,  et  se  termine 
à  féliciter  pervenit  (p.  79-80). 


CONCLUSION  LXi 

exposée  en  quelques  mots  la  gestion  de  l'évêché  de  Nantes  par 
Guérech  de  981  à  (.)<Stt  environ,  semble  avoir  été  emprunté  à  un 
nécrologe  de  la  cathédrale  '. 

En  résumé,  malgré  le  silence  que  notre  auteur  a  généralement 
observé  au  sujet  des  documents  par  lui  mis  en  œuvre,  et  malgré 
la  disparition  de  presque  tous  ces  documents,  on  peut  tenir  pour 
certain  qu'il  a  utilisé,  pour  composer  son  ouvrage,  d'anciennes 
annales  et  de  nombreux  textes  liturgiques  ou  diplomatiques, 
tels  que  recueils  épislolaires,  vies  de  saints,  catalogues  épis- 
eopaux,  nécrologes,  diplômes,  bulles  et  chartes  de  toutes  sortes. 
Oltc  énumération  n'est  sans  doute  pas  complète;  mais  elle  sulïil 
.1  donner  une  idée  du  degré  de  confiance  que  mérite  dans  ses  di- 
verses pai'ties  le  récit  du  chroniqueur  nantais. 


V. 
CONCLUSION. 

Après  avoir  exposé  la  méthode  que  j'ai  cru  devoir  suivre  pour 
reconstituer  le  texte  de  la  Chronique  de  Nantes,  après  avoir 
cherchée  établir  que  cette  chronique  fut  rédigée  entre  les  années 
1050  et  1059  par  un  chanoine  de  la  cathédrale  de  Nantes,  et 
après  avoir  indiqué,  autant  que  faire  se  pouvait,  les  matériaux 
employés  par  l'auteur,  je  voudrais  dire  quelques  mots  de  l'ou- 
vrage considéré  en  lui-même,  de  son  originalité  et  de  son  intérêt 
historique. 

Je  ne  m'arrêterai  pas  longtemps  à  parler  du  style  de  notre 
chroniqueur.  Il  est  de  ceux  qui,  par  leur  peu  d'éclat,  n'attirent 
pas  l'attention.  D'une  latinité  qui  n'est  point  élégante  ni  toujours 


1.  On  peut  rapprocher  la  phrase,  a  fundamentis  hujus  ecclesiae  capui 
destructum  reficiens,  illud  refectum  cooperire  procuravit,  pluraque 
'i/iti  quae  usque  hodie  apparent  restitua,  et  multa  alia  bona  fecit 
(p.  121),  de  cette  notice  du  aécrologe  de  Chartres,  consacrée  à  I  évèque  Ful- 
bert niori  en  1028,  ad  restaurationem  lutins  sancti  templi,  </t<<></  ipse 
post  incendium  a  fundamento  reedificare  repérât,  honam  partent  auri 
sut  et  argenti  re/it/uit.  et  disciplinae  ac  sapirtittar  radiis  hune  locum 
Uluminavit,  et  clericis  suis  multa  bona  fecit.  Cf.  H.  Merlel  el  al»l»é 
Glerval,  Un  manuscrit  chartrain  du  xi*  siècle,  Chartres,  1893,  in-»", 
p.  159. 


lxii  INTRODUCTION 

correcte,  il  a  du  moins  la  qualité  d'être  habituellement  clair  et 
de  ne  prêter  que  rarement  à  l'équivoque.  Cette  qualité  n'est  pas 
commune  à  tous  les  historiens  du  xic  siècle  :  certains  d'entre 
eux,  sous  un  style  diffus  et  affecté,  ne  laissent  que  difficilement 
deviner  leur  pensée.  Dudon  de  Saint-Quentin,  l'historien  de  la 
Normandie,  peut  être  présenté  comme  le  modèle  de  ces  écri- 
vains, qui,  pour  vouloir  faire  montre  de  talent,  sont  trop  fréquem- 
ment tombés  dans  l'emphase  et  l'incohérence.  Notre  auteur  ne 
paraît  pas  avoir  eu  des  visées  aussi  ambitieuses  ;  il  ne  cite  ni  les 
poètes  ni  les  grands  littérateurs  de  l'antiquité,  il  ne  cherche  pas 
à  les  imiter  ;  il  se  contente  le  plus  souvent  de  raconter  les  choses 
comme,  on  les  lui  a  rapportées  à.  lui-même  ou  comme  il  les  a 
trouvées  relatées  ailleurs.  En  cela,  il  a  fait  preuve  de  prudence, 
et  l'on  ne  saurait  l'en  blâmer. 

Le  caractère  général  de  sa  narration  est  d'être  concis  et  nourri 
de  faits.  Il  s'est  proposé  d'écrire  l'histoire  de  la  ville  de  Nantes, 
et  il  ne  s'est  jamais  lancé  dans  des  digressions  inutiles  l'éloignant 
du  but  qu'il  voulait  atteindre.  Le  plan  qu'il  a  adopté  est  logique 
et  tel  qu'un  critique  moderne  ne  dédaignerait  peut-être  pas  de  le 
suivre.  Dans  le  chapitre  précédent,  j'ai  montré  qu'il  a  puisé  la 
plus  grande  partie  de  ses  renseignements  à  des  sources  écrites. 
Bien  qu'il  vécût  à  une  époque  où  l'usage  était  de  faire  remonter 
l'histoire  des  peuples  et  celle  des  cités  jusqu'aux  temps  les  plus 
reculés  et  d'admettre  sur  ces  périodes  fabuleuses  les  légendes  les 
plus  invraisemblables,  il  s'est  tenu  en  garde  contre  cette  absurde 
tendance  de  ses  contemporains.  Les  traditions  qu'il  a  recueillies 
ne  portent  sur  aucun  épisode  ayant  plus  d'un  siècle  de  date,  et 
lors  même  qu'elles  ne  pourraient  pas  dans  leur  ensemble  être  ac- 
ceptées comme  véridiques,  elles  n'en  ont  pas  moins  à  nos  yeux 
l'intérêt  d'avoir  été  consignées  à  un  moment  où  le  souvenir  des 
faits  qui  leur  ont  donné  naissance  était  encore  vivant  parmi  le 
peuple.  L'ordre  qu'il  a  choisi  pour  son  récit  est  l'ordre  chronolo- 
gique. Il  s'y  est  rigoureusement  conformé,  et,  s'il  est  possible  de 
le  prendre  en  défaut  sur  ce  point,  la  cause  en  est  l'insuffisance  de 
ses  moyens  d'information.  Il  n'avait  point  à  sa  disposition  les  ins- 
truments de  travail  qui  sont  actuellement  entre  les  mains  des  éru- 
dits,  et  il  était  exposé  à  commettre  certains  anachronismes  en  in- 
terprétant des  textes  qu'on  ne  pourrait  peut-être  pas  aujourd'hui 
même  dater  avec  précision .  C'est  ce  qui  lui  estarrivé,  par  exemple, 


CONCLUSION  i.xm 

quand  il  a  voulu  retracer  L'histoire  de  L'épiscopat  d'Actard.  Mais, 
sauf  en  deux  ou  trois  circonstances,  il  a  su  placer  tous  les  événe- 
ments à  leur  véritable  rang,  et  cette  exactitude  dans  le  classe- 
ment des  faits  ajoute  à  la  clarté  de  l'ouvrage. 

Membre  du  clergé,  et,  comme  nous  l'avons  vu,  serviteur  dévoué 
de  Févôque  et  du  pape,  il  n'a  point  approuvé  de  parti  pris  tous  les 
actes  des  pontifes  nantais.  Lorsqu'il  a  l'occasion  de  parler  des 
disputes  ou  des  démêlés  qui,  à  différentes  reprises,  surgirent  entre 
les  comtes  et  les  évoques  de  Nantes,  il  le  fait  sans  passion  et 
laisse  même  soupçonner  au  besoin  que  le  bon  droit  n'était  pas 
toujours  du  côté  du  pouvoir  religieux.  Il  y  a  là  de  sa  part  une 
garantie  d'impartialité.  Toutefois,  à  l'égard  du  duc  de  Bretagne, 
Nominoé,  il  s'est  montré  moins  équitable.  Il  semble  qu'il  n'ait  pu 
pardonner  à  ce  prince,  qui  fut  cependant,  autant  qu'on  en  peut 
juger  aujourd'hui,  un  grand  capitaine  et  un  habile  politique, 
d'avoir  tout  d'un  coup  brisé  les  liens  qui  rattachaient  l'église  de 
Bretagne  à  l'église  de  Gaule.  Cette  sorte  de  coup  d'état  était  ca- 
pable, à  deux  cents  ans  d'intervalle,  de  l'irriter  au  point  de  troubler 
son  jugement.  De  là,  ses  appréciations  souvent  injustes  sur  No- 
minoé et  sur  le  comte  Lambert,  puissant  auxiliaire  du  chef  breton; 
de  là  aussi  l'exagératiou  de  ses  attaques  contre  la  nation  bretonne 
tout  entière,  et  la  fausse  opinion  qu'il  s'est  formée  sur  l'origine 
des  trois  évêchés  de  l)ol,  de  Saint-Brieuc  et  de  Tréguier. 

S'il  n'a  pu  se  débarrasser  entièrement  de  tout  préjugé  politique 
ou  religieux,  il  a  du  moins- été  consciencieux  dans  ses  recherches. 
Il  critique  en  certain  endroit  les  historiens,  ses  devanciers,  pour 
avoir  passé  sous  silence  tant  de  choses  clignes  de  mémoire,  tan  ta 
necessaria  memoriae  dit/un  oblivioni  data  sunt  (p.  18).  Il  a 
eu  à  cœur  de  ne  pas  encourir  le  même  reproche  et  de  ne  laiss 
tomber  dans  l'oubli  aucun  des  faits  qui,  parvenus  à  sa  connais- 
sance, lui  oui  paru  n'être  pas  étrangers  à  son  sujet. 

Il  s'est  efforcé  de  consulter  tous  les  documents  qui  étaient  à  sa 
portée  et  d\'\\  extraire  le  plus  de  renseignements  possible  sur  Les 
(■«miles  et  les  évêques  de  Nantes,  sur  les  désastre  s  que  celte  ville 
eut  à  subir,  sur  les  embellissements  ou  agrandissements  dont  elle 
fui  L'objet,  sur  la  ruine  ou  la  restauration  de  ses  monuments,  sur 
les  sièges  qu'elle  soutint  et  les  batailles  qui  furent  Livrées  sous 
ses  murs. 

Toul  en  se  plaçant  à  ce  point  de  vue  exclusivement  local,   il  a 


lxiv  INTRODUCTION 

été  forcé  de  temps  à  autre  de  porter  ses  regards  sur  la  marche 
générale  des  événements  ;  car  les  crises  et  secousses  politiques, 
éprouvées  par  la  nation  franque  sous  le  règne  des  successeurs  de 
Charlemagne,  se  sont  souvent  répercutées  en  Bretagne  et  à  Nantes 
même.  Malheureusement  il  est  loin  de  connaître  aussi  bien  les 
affaires  du  royaume  franc  que  celles  de  sa  province.  Son  ouvrage 
n'apprend  presque  rien  de  nouveau  sur  les  faits  et  gestes  des  rois 
carolingiens;  mais,  en  revanche,  il  fournit  de  précieuses  indica- 
tions sur  la  vie  et  les  actes  de  plusieurs  chefs  bretons. 

Lorsque  Nantes  eut  été  définitivement  réunie  à  la  Bretagne  en 
851 ,  les  ducs  Erispoé,  Salomon  et  Alain  le  Grand  entretinrent  avec 
cette  cité  de  fréquentes  relations,  et  ils  ne  négligèrent  aucune  oc- 
casion de  se  concilier  la  sympathie  des  évêques  et  de  la  population 
d'une  ville  qui  était  très  probablement  la  plus  grande  et  la  plus 
riche  de  leurs  nouveaux  états.  Vers  Tan  940,  le  duc  Alain  Barbe- 
torte  transporta  même  à  Nantes  le  siège  du  gouvernement.  A 
dater  de  cette  époque,  jusque  vers  la  fin  du  xe  siècle,  l'histoire  de 
Nantes  se  confond  en  quelque  sorte  avec  celle  de  la  Bretagne. 
Pour  cette  période,  le  récit  de  notre  chroniqueur  offre  l'intérêt 
d'être  seul  à  nous  révéler  une  série  d'événements  dont  l'impor- 
tance n'échappera  à  personne.  Les  autres  annalistes,  en  effet,  ne 
savent  ou  ne  disent  que  peu  de  choses  du  duc  Alain  Barbetorte  ;  à 
peine  semblent-ils  faire  attention  aux  révolutions  qui  se  produi- 
sirent en  Bretagne  pendant  la  minorité  de  Drogon  et  les  règnes 
d'Hoël  et  de  Guérech,  et  il  faut  reconnaître  que  l'histoire  de  ce 
pays,  durant  la  seconde  moitié  du  xe  siècle,  présenterait  bien  des 
lacunes  impossibles  à  combler,  si  les  informations  du  chanoine 
nantais  ne  suppléaient  au  mutisme  des  écrivains  contemporains. 

Mais  notre  auteur  n'a  pas  été  contraint  seulement  à  s'occuper 
des  affaires  de  Bretagne,  il  s'est  trouvé  entraîné  incidemment  à 
parler  de  la  situation  politique  ou  religieuse  des  provinces  envi- 
ronnantes, telles  que  le  Poitou,  l'Anjou,  la  Touraine,  le  Maine,  le 
Blésois  et  la  Normandie.  Il  serait  trop  long  de  citer  tous  les  pas- 
sages ayant  trait  à  l'histoire  de  ces  diverses  provinces  ;  je  veux 
signaler  cependant  les  récits  relatifs  aux  guerres  et  hostilités  de 
toutes  sortes  qui,  dès  le  principe,  furent  comme  la  marquedis- 
tinctive  des  rapports  de  voisinage  entre  les  Bretons  et  les  Nor- 
mands. Ces  récits  éclaircissent  plus  d'un  point  obscur  des  annales 
de  ces  deux  peuples. 


CONCLUSION  j.xv 

Ce  que  nous  savons  de  plus  certain  sur  les  origines  de  l'établis- 
sement des  pirates  danois  en  France  et  sur  les  premiers  temps  de 
l'existence  du  duché  de  Normandie,  nous  le  tenons  de  Dudon  de 
Saint-Quentin  qui,  vers  Tannée  1015,  publia,  à  l'instigation  du 
duc  normand  Richard  II  et  de  Raoul  d'Ivry,  son  De  moribas  et 
acti.s  primorum  Normanniae  ducum.  Depuis  qu'a  paru  l'excellente 
étude,  consacrée  par  M.  J.  Lair  à  cet  écrivain1,  il  n'est  plus  per- 
mis de  douter  que  Dudon  n'ait  été  assez  exactement  informé  des 
actions  et  des  mœurs  du  peuple  normand.  Ce  n'est  donc  pas  par 
ignorance,  mais  de  propos  délibéré,  qu'il  a  exagéré  certains  faits  el 
qu'il  en  a  passé  d'autres  sous  silence.  Son  œuvre  est  un  panégy- 
rique, et  rien  n'y  est  relaté  qui  puisse  porter  une  sensible  atteinte 
a  la  gloire  des  ducs  de  Normandie.  Cette  façon  d'envisager  les 
choses  a  trop  souvent  conduit  Dudon  à  ne  dire  qu'une  partie  de 
la  vérité.  Ainsi,  il  fera  de  continuelles  allusions  à  l'envahissement 
et  à  l'occupation  de  la  Bretagne  par  les  Normands;  mais  il  se 
gardera  de  nous  apprendre  à  quelle  époque  et  comment  cette  oc- 
cupation a  pris  fin.  Si  l'on  s'en  fiait  à  son  livre,  on  croirait  que, 
bien  loin  d'avoir  été  chassés  de  Bretagne,  les  Normands  ne  cesse- 
rait jamais  d'exercer  librement  leur  domination  sur  ce  pays,  et 
l'on  se  ferait  la  plus  fausse  opinion  de  la  condition  politique  des 
Bretons  pendant  la  majeure  partie  du  \c  siècle.  Pour  tout  ce  qui 
touche  aux  premières  luttes  entre  ces  deux  peuples  ennemis,  le 
récit  du  chroniqueur  nantais  apporte  à  l'ouvrage  du  doyen  de 
Saint-Quentin  un  complément  indispensable.  Il  nous  fait  connaître 
ce  que  Dudon  nous  a  volontairement  caché:  en  particulier,  la  vie 
et  les  exploits  d'Alain  Barbetorte,  ce  héros  de  la  Bretagne,  ad- 
versaire redouté  des  Normands,  qui,  après  plusieurs  victoires 
éclatantes  remportées  à  Dol,  à  Saint-Brieuc  et  à  Nantes,  délivra  à 
tout  jamais  le  territoire  armoricain  du  joug  de  ceux  qui  l'avaient 
envahi,  et,  depuis  vingt  années  (919-939),  y  gouvernaient  en 
tnaîtres.  On  pourrait  signaler  encore  d'autres  aventures  qui  ne 
tournèrent  point  à  l'avantage  des  Normands,  et  auxquelles  Dudon 
de  Saint-Quentin  n'a  même  pas  fait  allusion,  telle  que  cette  tenta- 
tive infructueuse  de  la  flotte  danoise  en  960  pour  mettre  la  main 
sur  la  ville  de  Nantes-. 

1.  Introduction  à  la  nouvelle  édition  «le  Oudon  de  Saint-Quentin  par  M 
J.  Lair,  Gaen,  1865,  in   ï".  p.  1  à  114. 

2.  Sur  cette  dernière  phase  de  la  lutte  (Mitre  la  Normandie  el  la  Bretagne 


lxvi  INTRODUCTION 

Mais,  sans  insister  davantage,  je  pense  pouvoir  conclure  des 
remarques  précédentes  que  la  Chronique  de  Nantes,  au  point  de 
vue  historique,  présente  un  double  intérêt:  d'une  part,  elle 
éclaire  d'une  lueur  assez  vive  l'histoire  non  seulement  d'une 
ville  et  d'un  comté,  mais  encore  de  toute  une  province  et  même 
d'une  région  importante  de  la  France  ;  d'autre  part,  la  lumière 
qu'elle  répand  tombe  sur  l'une  des  périodes  les  plus  obscures  de 
notre  histoire  nationale. 

Avant  de  terminer  ces  considérations  préliminaires,  qui  m'ont 
été  inspirées  par  une  longue  étude  et  par  le  désir  de  dire  vrai,  il 
me  reste  à  adresser  mes  remerciements  à  M.  A.  Giry,  qui  a  pris 
la  peine  de  revoir  avec  soin  toutes  les  épreuves  de  ce  livre,  et 
m'a  fait  part  de  plusieurs  observations  qui  m'ont  été  profitables. 
—  En  dédiant  cette  édition  à  M.  A.  de  la  Borderie,  j'ai  voulu  à  la 
fois  rendre  hommage  àl'éminentérudit,  auquel  l'Histoire  de  Bre- 
tagne est  redevable  d'être  aujourd'hui  l'une  des  mieux  connues  de 
toutes  celles  des  provinces  de  France,  et  lui  témoigner  ma  recon- 
naissance pour  ses  conseils  éclairés  et  ses  encouragements,  grâce 
auxquels  j'ai  pu  mener  mon  entreprise,  je  n'ose  pas  dire  à  bien, 
mais  du  moins  à  terme. 


au  xe  siècle,  R.  Merlet,  Origines  du  monastère  de  Saint- Magloire  de  Pa- 
ris, dans  la  Biblioth.  de  V Ecole  des  Chartes,  année  1895,  t.  LV.Ï. 


SOMMAI  11 E 


I. 

CHRONIQUE  DE  NANTES. 

I.  —  Description  de  la  cathédrale  construite  à  Nantes  par  l'évêque  Félix  ; 
dédicace  de  cette  basilique,  qui  subsista  pendant  près  de  trois  siècles  (570 
cnviron-S't.'l),  pp.  1-3. 

II.  —  Révoltes  des  fils  de  l'empereur  Louis  le  Pieux  contre  leur  père  ; 
mort  de  Louis  le  Pieux;  guerre  entre  les  quatre  frères,  Lothaire,  Louis, 
Pépin  et  Charles  le  Chauve  ;  les  habitants  de  Ncustrie  prennent  parti  pour 
Charles  le  Chauve  (821  cnviron-840),  pp.  4-5, 

III.  —  Lambert  de  Nantes  et  Renaud  de  Poitiers  viennent  au  secours  de 
Charles  le  Chauve.  Tableau  de  la  triste  situation  de  la  Gaule;  ravages  des  pi- 
rates danois;  incursions  du  chef  des  Bretons,  Nominoé,  dans  les  pays  de 
Nantes  et  de  Rennes  (vers  mai  841);  bataille  de  Fontenoy  où  Charles  le 
Chauve  est  vainqueur  de  ses  frères  (25  juin  841),  pp.  5-8. 

IV.  —  Mort  de  Richuin,  comte  de  Nantes;  compétition  entre  Lamheii  de 
Nantes  et  Renaud  de  Poitiers  pour  obtenir  la  succession  de  Richuin.  Le  roi 
Charles  le  Chauve  donne  Le  comté  de  Nantes  à  Renaud;  Lambert,  mécontent, 
se  retire  en  Bretagne  auprès  de  Nominoé.  Lambert  el  Nominoé  attaquent 
Renaud,  qui  est  tué  au  combat  de  Blain(24  mai  843),  pp.  8-11. 

\  .  -  Les  Normands,  à  1  instigation  de  Lambert,  pénétrent  dan-  la  Loire, 
s'emparent  de  Nantes  et  détruisent  la  cathédrale  construite  au  vi('  siècle  par 
l'évêque  Félix  (juin  843),  pp.  11-13. 

\  I  —  Récit  d'un  annaliste  contemporain,  relatif  à  la  prise  de  la  ville  «le 
Nantes  par  les  Normands.  Massacre  de  I  évêque  Gohard  el  d'une  multitude  de 
prêtres  el  de  Laïques  qui  s  étaient  réfugiés  dan-  la  cathédrale  (24  juin  843). 

Retraite  de  la  Hotte  normande   qui    incendie    le    monastère    d  Indre    (29    juin 

843),  pp.   1.-17. 

^  II.  —  Les  Normands,  après  avoir  dévasté  les  pays  de  Mauge,  de  Tiflfa 


lxviii  SOMMAIRE 

et  d'Hcrbauge,  se  retirent  dans  l'île  de  Noirmouticr,  emmenant  avec  eux  un 
grand  nombre  de  captifs;  expédition  des  pirates  danois  en  Gallice  et  en  Aqui- 
taine (843-845).  Réconciliation  de  la  cathédrale  de  Nantes  par  lévêque  de 
Vannes,  Susan  (30  septembre  843),  pp.  18-22. 

VIII.  —  Prise  de  possession  du  comté  de  Nantes  par  Lambert.  Charles  le 
Chauve  nomme  Bégon  duc  d'Aquitaine.  Guerre  entre  Lambert  et  Bégon,  qui 
périt  dans  une  bataille  livrée  près  de  la  rivière  du  Blaison(fin  de  l'année  843), 
pp.  22-25. 

IX.  —  Election  d'Actard,  prêtre  de  l'église  de  Tours,  comme  évêque  de 
Nantes  (843  ou  844),  pp.  25-27. 

X.  —  Dissensions  entre  le  comte  Lambert  et  lévêque  Actard.  Le  duc  des 
Bretons,  de  concert  avec  Charles  le  Chauve,  force  Lambert  à  abandonner  le 
comté  de  Nantes.  Lambert  se  retire  à  Craon  ;  il  met  en  déroute  Gui,  comte 
du  Maine,  et  se  constitue  un  état  indépendant  entre  les  frontières  de  Bretagne 
et  le  cours  de  la  Mayenne  (851-852).  Mort  de  Lambert  (1er  mai  852), 
pp  .  27-30. 

XI.  —  Résumé  des  guerres  du  duc  de  Bretagne,  Nominoé,  contre  Charles 
le  Chauve  (845-851).  Histoire  des  réformes  religieuses  opérées  en  Bretagne 
par  Nominoé  (848  ou  849),  pp.  31-39. 

XII.  —  Nominoé  expulse  de  Nantes  lévêque  Actard  et  nomme  à  sa  place 
Gislard,  prôtre  vannelais  (850-851),  pp.  39-41. 

XIII.  —  Mort  de  Nominoé  (7  mars  851)  ;  son  fils  Erispoé  lui  succède. 
Traité  de  paix  entre  Charles  le  Chauve  et  Erispoé  (fin  de  l'année  851).  Ac- 
tard reprend  possession  de  1  évèché  de  Nantes  ;  Gislard  se  retire  à  Guérande 
et  retient  en  son  pouvoir  jusqu'à  sa  mort  la  partie  septentrionale  du  diocèse 
de  Nantes.  Actard  se  rend  à  la  cour  du  duc  Erispoé  (857),  pp.  42-44. 

XIV.  —  Charte  par  laquelle  Erispoé,  à  la  prière  d'Actard,  restitue  aux 
évoques  de  Nantes  la  moitié  du  tonlieu  de  la  cité  (857),  pp.  44-48. 

XV.  —  Démarches  d'Actard  auprès  de  l'archevêque  de  Tours,  Hérard,  et 
du  roi  Charles  le  Chauve  pour  recouvrer  son  autorité  sur  le  territoire  de  Gué- 
rande. Assassinat  d'Erispoé  par  son  cousin  Solomon  ;  élection  de  Salomon 
comme  duc  de  Bretagne  (novembre  857).  Convocation  du  concile  de  Soissons 

.(866),  pp.  48-51. 

XVI.  —  Lettre  des  pères  du  concile  de  Soissons  au  pape  Nicolas  Ier.  tou- 
chant la  séparation  qui  s'était  produite  entre  les  diocèses  de  Bretagne  et  la 
métropole  de  Tours  (18  août  866),  pp.  51-57. 

XVJI.  —  Voyages  d'Actard  à  Rome  et  pétitions  par  lui  présentées  aux 
papes  Léon  IV,  Benoît  III  et  Nicolas  Ier,  (850-866).  Les  réponses,  confiées  à 
Actard  par  les  souverains  pontifes,  ont  toutes  disparu  pendant  l'occupation 
de  la  ville  de  Nantes  par  les  Normands  sous  le  règne  de  Charles  le  Simple  : 
une  seule  de  ces  lettres  s'est  conservée  dans  les  archives  de  l'archevêché  de 
Tours,  pp.  57-58. 

XVIII.  —  Lettre  adressée  au  duc  de  Bretagne  Salomon  par  le  pape  Nico- 


CHRONIQUE  DE  NANTI  -  lxix 

las  Ier,  blâmant  les  entreprises  religieuse!  d    Nominoé  et  invitant  Salomon  .'i 
rétablir  I  église  de  Bretagne  dans  boii  étal  primitif  (866),  pp.  58-02. 

MX..  —  Salomon,  comme  ses  prédécesseurs,  refuse  d'obéir  aux  conseils  du 
bape.  Invectives  du  chroniqueur  de  Nantes  contre  le  peuple  breton.  Mort 
d  llérard,  archevêque  de  Tours;  Actard  lui  succède  (  171),  pp.  63  65. 

\\.  —  Consécration  du  doyen  Hermengaire  comme  évéque  de  Nantes  par 
Actard.  Morl  d  Actard  (875),  et  d  Hermengaire  (vers  880)  ;  Landran  esl 
nomme  évoque  de  Nantes,  p.  65. 

\\l.  — Assassinat  du  duc  Salomon  (25  juin  874).  Invasion  des  Normands 
lans  la  Loire  (886);  l'évêque  Landran  s'enfuit  de  Nantes  à  Angers,  où  le  roi 
Charles  le  Gros  lui  fournit  ainsi  qu'à  ses  clercs  un  asile.  Election  d  Alain  le 
Grand  comme  duc  de  Bretagne  (888);  Landran  retourne  à  Nantes  ;  il  se  rend 
à  la  cour  du  duc    Main  (889),  p.  G6-68. 

XXII.  —  (marte  de  donation  à  l'église  de  Nantes  par  Alain  le  Grand  du 
pliage  de  Canisy  (?)  en  Cotentin  (889).  pp.  68-72. 

\\lll  —  Morl  de  L'évêque  Landran;  il  est  enterré  dans  la  basilique  de 
Saint-Donatien  et  Saint-Kogaticn  (5  février  897),  p.  72. 

XXIV.  —  Foucher,  successeur  de  Landran,  restaure  et  agrandit  la  cathé- 
drale de  Nantes;  il  obtient,  pour  son  église  ruinée  par  les  Normands,  de  nom- 
brenses  donations  de  la  part  des  seigneurs  des  pays  voisins  (897-vcrs  900), 
pp.  73-74. 

XXV.  —  Privilège  du  duc   Alain  le  Grand,  concédant  à  Foucher  et  i 
successeurs  l'abbaye  de  Saint-André,  sise  à   Nantes  près  de  la  rivière  d'Erdre 
jrers  900),  pp.  74-77. 

WVI.  —  Construction  par  Foucher  d'une  enceinte  fortifiée  autour  de  la 
cathédrale  de  Nantes.  Relations  amicales  de  Foucher  avec  le  duc  de  Bretagne. 
Ce  prélat  parvient  à  recouvrer  ses  droits  Bur  h  partie  du  diocèse  de  Nantes, 
usurpée  autrefois  par  Gislard,  puis  par  losévêques  de  Vannes.  .Mort  d-  i 
cher  (vers  910).  [saias  lui  succède  et  meurt  peu  de  temps  après  (vers  915). 
pp.  77-80. 

\\\I1.  —  Adalart  est  ordonné  évêque  de  Nantes  de  son  temps.  Les  Nor- 
mands, après  s  être* emparés  de  la  province  de  Rouen,  dévastent  toute  la  Bre- 
tagne .  les  seigneurs  bretons  émigrenl  à  L'étranger  ;  grande  invasion  de  la  flotte 
normande  dans  la  Loire  (vers  912-919).  pp.   80-8. i. 

\\\lll.  —  Siège  de  la  ville  de  Nantes  par  Les  Normands;  L'évêque  \da- 
larl  -enfuit  en  Bourgogne  avec  ses  clercs.  Incendie  et  destruction  de  la  cathé- 
drale ol  de  l'enceinte  fortifiée  construite  par  Foucher;  prise  et  pillage  des 
villes  d  Angers  et  de  Tours  par  les  pirates  danois.  Orléans  esl  aussi  assiégé, 
mais  achète  sa  délivrance  à  prix  d'argent.  Les  Normands,  chargés  de  butin, 
redescendent  jusqu'à  Nantes  (919),  pp.  84-87. 

XXIX.  -    Occupation  de  la  ville  de  Nantes  et  de  la  Bretagne  par  tes  x   r 
naands  (919-937).  Histoire  d  Main  Barbetorte  ;  son  exil   en    Angleterre,  son 
retour  en  Armoriquc  :  il  remporte  plusieurs  victoires  sur  les  Normands;  illc> 


lxx  SOMMAIRE 

chasse  de  Bretagne.  Son  élection  comme  duc  de  la  nation  bretonne  tout  en- 
tière. Expulsion  des  troupes  normandes  qui  s'étaient  établies  à  Nantes  (936- 
937),  p.  87-91. 

XXX.  —  Nantes  devient  la  capitale  des  états  bretons.  Restauration  de  la 
ville  par  Alain  Barbetorte;  érection  d'un  donjon  dont  Alain  fait  sa  demeure 
(939-vers  940),  pp.  91-93. 

XXXI.  —  Les  seigneurs  bretons  émigrés  rentrent  en  Bretagne;  parmi  eux, 
Hesdren,  évêque  de  Saint-Pol-de-Léon.  Alain  Barbetorte  nomme  Hesdren 
évêque  de  Nantes.  Etat  lamentable  de  l'église  de  Nantes  après  l'expulsion  des 
Normands  (vers  940),  pp.  93-96. 

XXXII.  —  Traité  de  paix  entre  Alain  Barbetorte  et  le  comte  de  Poitiers, 
Guillaume  Tête  d'Etoupes,  fixant  les  limites  respectives  des  duchés  de  Bre- 
tagne et  d'Aquitaine  et  reconnaissant  les  droits  d'Alain  Barbetorte  sur  les 
pays  de  Mauge,  de  Tiffauge  et  d'Herbauge  (vers  942),  pp.  96-97. 

XXXIII.  —  Légende  relative  au  siège  de  Paris  par  le  roi  de  Germanie, 
Otton  Ier,  et  au  combat  singulier  entre  Alain  Barbetorte  et  un  guerrier  saxon 
de  l'armée  d'Otton  (946),  pp.  97-101. 

XXXIV.  —  Le  roi  Louis  d'Outremer,  à  la  prière  d'Alain  Barbetorte,  con- 
firme l'abolition  du  servage  en  Bretagne.  Entrevue  d'Alain  avec  Thibaut  le 
Tricheur,  comte  de  Blois.  Séjour  d'Alain  à  Blois  ;  ses  fiançailles  avec  la  sœur 
de  Thibaut;  célébration  de  son  mariage  à  Nantes  (946),  pp.  101-103. 

XXXV.  — Impopularité  de  l'évêque  Hesdren;  il  abandonne  l'évèché  de 
Nantes  et  retourne  à  Saint-Pol-de-Léon;  Gautier,  fils  de  l'archevêque  de  Dol, 
Wicohen,   succède  à  Hesdren  (vers  960),  pp.  103-104. 

XXXVI.  —  Maladie  d'Alain  Barbetorte,  qui  convoque  à  Nantes  tous  les 
grands  de  Bretagne  et  leur  fait  prêter  serment  de  fidélité  à  son  fils  Drogon  et 
au  comte  Thibaut  le  Tricheur,  son  beau-frère,  auquel  il  confie  la  tutelle  du 
jeune  Drogon.  Mort  d'Alain  Barbetorte;  il  est  enseveli  dans  l'église  de  Notre- 
Dame  de  Nantes,  par  lui  réédifiée  et  dotée  (952),  pp.  105-107.1 

XXXVII.  —  Thibaut  le  Tricheur  donne  sa  sœur,  veuve  d'Alain  Barbetorte, 
en  mariage  à  Foulques  le  Bon,  comte  d'Angers,  et  abandonne  en  même  temps 
à  Foulques  la  garde  de  Drogon,  l'héritier  du  duché  de  Bretagne.  Partage  du 
gouvernement  de  la  Bretagne  entre  Thibaut  et  Foulques  ;  administration  pro- 
visoire delà  ville  et  du  comté  de  Nantes  par  le  comte  d'Anjou,  qui  fait  périr 
clandestinement  à  Angers  le  jeune  Drogon  (952-vers  958),  pp.  107-110. 

XXXVIII.  —  Attaque  de  la  ville  de  Nantes  par  une  (lotte  de  Normands  qui 
font  prisonniers  1  évêque  Gautier  et  un  certain  nombre  de  Nantais.  Les  autres 
habitants  demandent  aide  à  Foulques  d'Anjou,  mais,  après  avoir  en  vain  at- 
tendu pendant  huit  jours  les  secours  promis,  ils  font  une  vigoureuse  sortie  et 
mettent  les  Normands  en  déroute.  Rachat  de  l'évêque  Gautier  et  des  autres 
captifs  (960),  pp.  111-112. 

XXXIX.  —  Les  Nantais,  au  mépris  du  comte  d'Angers,  se  choisissent, 
comme  seigneur  et  maître,    Hoël,   fils   bâtard  d'Alain    Barbetorte.  Tentative 


CHRONIQUE  DE  NANTI  -  lxxi 

d'Hoël  pour  se   faire  reconnaître   duc  de    Bretagne  ;    il   déclare   la  guerre  à 

Conan,  comte  de  Rennes,  qui  se  prétendait  vassal  du  comte  de  Blois,  Thibaut 
le  Tricheur  (960-vers  975),  pp.  112-11'.. 

XL.  —  Mort  de  Gautier,  évêque  de  Nantes;  Guérech,  frèred  Hoël,  est  élu 
évêque  en  remplacement  de  Gautier  par  le  peuple  et  Le  clergé  nantais.  Dépari 

de  Guérech  pour  Tours  afin  de  se  faire  consacrer  par  1  archevêque.  Sur  ces 
entrefaites,  Hoël  est  assassiné  par  un  émissaire  de  Conan,  comte  de  Rennes. 
Guérech  revient  aussitôt  à  Nantes  (vers  981),  pp.   114-117. 

XLI.  —  Election  de  Guérech  comme  comte  de  Nantes;  il  retient  en  son 
pouvoir  l'administration  de  l'évêché.  Guerre  de  Guérech  contre  Conan  de 
Hennés  ;  bataille  de  Conquereuil  (981).  Traité  de  Guérech  avec  Guillaume 
Fièrchracc,  comte  de  Poitiers,  au  sujet  des  limites  des  pays  de  Mauge,  de 
Tiffauge  etd'Herbauge  (vers  983),  pp.  118-120. 

XLII.  —  L'évêché  de  Niantes  reste  pendant  sept  ans  entre  les  mains  de 
Guérech  (981-988  environ)  ;  reconstruction  du  chevet  de  la  cathédrale  de 
Nantes  par  Guérech.  Voyage  de  Guérech  à  la  cour  du  roi  Lothaire  ;  à  son 
retour,  il  est  fait  prisonnier  par  le  comte  d'Anjou,  Geofïroi  Grisegonelle  ;  il 
est  forcé  de  se  reconnaître  vassal  du  comte  d'Angers.  Démêlés  de  Guérech 
avec  Renaud  Torench,  puissant  seigneur  du  pays  de  Mauge.  Construction 
du  château  d'Ancenis.  Recommencement  des  hostilités  entre  Guérech  et  Conan 
de  Rennes  (981-987  environ),  pp.  120-124. 

XLIII.  —  Iléroïc,  abbé  de  Redon,  à  l'instigation  de  Conan,  empoisonne 
Guérech  (vers  988).  Alain,  fils  de  Guérech,  lui  succède  comme  comte  de 
Nantes;  il  meurt  lui-même  bientôt  (990),  pp.   124-127. 

XLIV.  —  Conan,  comte  de  Rennes,  s'empare  de  Nantes  :  il  se  fait  procla- 
mer due  de  liretagne  (990).  Il  construit  dans  Nantes,  près  du  conlluent  de  la 
Loire  et  de  l'Erdre,  un  nouveau  château,  nommé  Le  Bouffay.  Le  vicomte 
Ilaimon,  oncle  de  Judicaël,  fds  bâtard  du  comte  de  Nantes  Hoël,  impion1 
laide  de  Foulques  Nerra,  comte  d'Angers,  pour  enlever  à  Conan  l'héritage 
de  Judicaël.  Guerre  de  Foulques  Nerra  contre  Conan  ;  siège  de  la  ville  de 
Nantes  par  les  Angevins  (juin  992);  combat  de  Conquereuil  où  Conan  perd 
la  vie  (27  juin  992),  pp.  127-132. 

XLV.  —  Prise  d(  Nantes  par  l'armée  angevine;  Judicaël  est  élu  comte  de 
Nantes  (992).  Guerre  de  Geoll'roi  de  Rennes,  fds  de  Conan,  contre  Judicaël  ; 
celui-ci  est  contraint  de  se  reconnaître  vassal  de  GcolTroi,  devenu  duc  de  Bre- 
tagne (vers  995).  pp.  132-134. 

XLV1.  —  Morts  du  comte  Judicaël  et  de  l'évèque  de  Nantes,  Hervé  (vers 
1004).  Budic,  fds  bâtard  de  Judicaël,  est  élu  comte  de  Nantes  ;  Gautier.  Ren- 
nais d'origine,  succède  à  Hervé  comme  évêque  de  cette  cité.  Hostilités  entre 
le  comte  Budic  et  l'évèque  Gautier  ;  les  biens  de  l'église  de  Nantes  sont  mis 
au  pillage.  Traité  de  paix  entre  les  deux  adversaires  (1004-1010  environ), 
pp.  134-137. 

NIA  11    —  Voyage  de  l'évèque  Gautier  à  Jérusalem  :    pendant  son  absence. 


lxxii  SOMMAIRE 

le  palais,  qu'il  s'était  construit  près  de  la  cathédrale,  est  renversé  de  fond  en 
comble  par  l'ordre  de  Budic.  De  retour  à  Nantes,  Gautier  excommunie  le 
comte  et  tous  les  Nantais  ;  il  appelle  à  son  secours  Alain,  duc  de  Bretagne. 
Guerre  entre  Alain  et  Budic  ;  la  paix  est  signée  par  l'intervention  de  Jun- 
guenée,  archevêque  de  Dol  (vers  1033).  pp.  137-140. 

XLVI.II.  —  Après  la  mort  de  Budic,  comte  de  Nantes  (1038),  l'évèque 
Gautier  prend  lui-même  pour  successeur  son  fils  Budic  ;  il  obtient  à  prix 
d'argent  l'assentiment  du  nouveau  comte  de  Nantes,  Mathias,  à  cette  nomina- 
tion illégale  (vers  1040).  Bonnes  relations  de  l'évèque  Budic  et  du  comte 
Mathias.  Accusé  et  convaincu  de  simonie,  Budic  est  déposé  par  le  pape  Léon 
IX  au  concile  de  Reims  (1049),  pp    140-141. 


II. 

MIRACLES  DE  L'ÉGLISE  DE  NANTES. 

I.  —  Ravages  exercés  par  la  flotte  normande  sur  les  cotes  occidentales  de 
la  Gaule,  dans  les  premiers  temps  du  règne  de  Lothaire,  fils  de  Louis  d'Outre- 
mer. Invasion  de  cette  flotte  dans  la  Loire  ;  prise  de  Nantes  ;  captivité  de 
l'évèque  Gautier.  Récit  relatif  à  un  habitant  de  la  ville  de  Nantes  échappé  par 
miracle  aux  poursuites  des  Normands.  Les  pirates  se  retirent  jusqu'à  Gué- 
rande  emmenant  avec  eux  leurs  prisonniers  (960),  pp.  143-145. 

II.  Peu  de  temps  après,  les  mêmes  Normands  reviennent  à  Nantes;  comme 
ils  se  disposaient  à  piller  léglise  de  Saint-Donatien  et  Saint-Rogatien,  ils  sont 
tout  d'un  coup  frappés  de  cécité.  Guéris  par  miracle,  ils  se  sauvent  épouvantés 
et  plus  jamais  on  ne  les  revit  à  Nantes  (960),  pp.  145-146. 

III.  —  Miracle  arrivé  dans  le  cimetière  de  Saint-Cyr  de  Nantes  (xc  ou 
xi°  siècle),  pp.  146-147. 

IV.  —  Autre  miracle,  survenu  à  Nantes  le  jour  de  la  fête  de  saint  Jean-Bap- 
tiste, sous  le  gouvernement  du  comté  Judicaël  (1000  environ),  pp.  147-148. 


CHRONICON  NAMNETENSE 


i. 


Sciendum  est  '  quod  altaria 
marmorea  in  ecclesia  Namne- 
lcn<.i  Félix3  episcopus  talia 
Constituât  qualia  usque  Ro- 
mani non  Invenitur.  Colum- 
nas  fecit  plurimas  cum  capi- 
tcllis,  ex  vario  marmore  sculp- 
tas, ad  arcus  sustinendos,  et 
m  utrisque  parietibus  mu- 
séum miro  opère  fabricatum, 
v\  m  arcubus  gipseos  (hues 
variis  coloribus distinctos,  et 
■nte  altaria  coronas  aureas 
(•uni  phiiilis argenteis.  lu  me- 
Iio  vero  ecclesiae  statuit  co- 
lumnam  marmoream  susti- 
ùentem   crucifixum  aureum, 


[Et,  jasoit  que  ledit  Fortu- 
nat  de  la  qualité  de  la  devant 
dicte  église  de  Nantes  et  de 
sa  beaulté  et  mesmes  à  la 
loenge  d  icelui  débonnaire 
Félix  maintes  ehoses  a  des- 
criptes,  toutesfois  en  teut-il 
aucunes  dignes  de  mémoire 
([uc  dempuix  autres  acteurs 
reeuillirent,  ainsi  comme  es 
anxiennes  croniques  d'elle 
est  trouvé.] 

Les  aultiers  marbrins  en 
celle  église4  constitua  ledit 
Félix,  évesque,  telx  cl  si 
sumptueux  que  jucques  à 
Rome  a'estoienl  t  rouvez  les 


t.  A  F. 


1.  Le  chroniqueur  de  Saint-Brieuc,  qui,  seul  avec  Le  Baud,  noua  a  con- 
servé ce  premier  chapitre  de  la  Chronique  <!<•  Nantes,  l'ait  suivre  les  mots 
teiendum  es/  du  moi  enim.  (!<•  qui  semble  prouver  que  ce  premier  chapitre 
était  précédé  »1  une  ou  de  plusieurs  phrases  dont  le  texte  esl  perdu. 

2.  Félix,  évêque  de  Nantes  de  549  a  582.  Gf  abbé  Duchesne,  Les  anciens 
Catalogues  épiscopaux  de  lu  f>ro\inr<-  de    Tours,  je  7*J. 


2  CHR0N1C0N  [c.  1,  an.  570  circa] 

habentem  lumbare  pretiosis  semblables.     Pluseurs     col- 

lapidibus  intextum,  cum  ca-  lompnes  y  fist  avecques  chap- 

tena  argentea  sursum  a  trabe  piteauxde  divers  marbres  en- 

ligata,  et  omne  pavimentum  taillez  à  soustenir  les  arcs,  et 

ex  vario  marmore  mirabiliter  es  voultes  fleurs  plastrines  de 

factum,  vasa  quoque  aurea  et  diverses  coleurs  ;   et   davant 

argentea  et  magnamornamen-  l'autier  mist  coronnes  dorées 

torum  copiam.   Carbunculus  avecques  maintes  fialles  ar- 

etiam®  erat  ibi  positus  supra  gentées.  Ou  milieu  de  l'église 

columnam    marmoream,  ad-  establit    une    collumpne    de 

latus  '  Alexandria,  qui   nocte  marbre  soustenant  ung  cru- 

illuminabat  ecclesiam  i.  Sic-  cifis    d'argent,    qui   avoit    le 

que  de  talibus  et  de  aliis  plu-  lumbare  doré  et  de  précieuses 

ribus ,    quae    non    sunt    hic  pierres     couvert     et     tenoit 

scripta,   ecclesia    Namnetica  au  hault  es  trefs  de  l'église 

super   omnes   ecclesias   Bri-  avecques    une    chayne   d'ar- 

tanniae  et  totius  Galliae  exal-  gent,  et  fist  tout  le  pavement 

tata    fuit.    Pridie    Kalendas  de  différent  marbre  merveil- 

octobris  fuit  dedicata  a  prae-  leusement  ouvrer  ;  les  riches 

latis  subsequentibus,  videli-  vesseaux  d'or  et  d'argent  et 

cet  ab  Eufronio,  metropoli-  grant  habundance  de  ourne- 

tano    Turonensi2,    Domnolo  mens  précieux  à  laditte  église 

Cenomannensi 3,    Domitiano  donna.  Une  escarboucle  aussi 

Àndegavensi4, FortunatoPic-  y  estoit  assise   sus  une  col- 

I.  —  a)  enim  A,  corrigendum  esse  videtur  etiam  ex  F. 


1.  Il  est  intéressant  de  rapprocher  de  cette  description  de  la  cathédrale  de 
Nantes  construite  par  Félix  celle  du  poète  Fortunal  (I.  III,  c.  vu).  —  La  lé- 
gende de  l'escarboucle,  qui  illuminait  l'église  pendant  la  nuit,  a  probablement 
pour  origine  deux  vers  de  Fortunat,  où  ce  poète,  parlant  des  rayons  de  la 
lune  qui  passaient  à  travers  les  larges  fenêtres  de  la  basilique,  s'exprime  ainsi: 

«  Tempore  quo  redeunt  tenebrae,  mihi  dicere  fas  sit, 
«  Mundus  habet  noctem,  detinet  aula  diem.  » 

2.  Eufronius,  archevêque  de  Tours  de  556  à  573.  Cf.  abbé  Duchesne,  livre 
cité,  p.  26. 

3.  Domnolus,  évêque  du  Mans  de  559  à  581.  Ibidem,  p.  51. 

4.  Domitïanus,  évêque  d'Angers,  souscrivit  les  actes  du  concile  de  Tours 
en  567. 


[c  i,  an.  570  cirea]  na.UNKTKNH.  i 

tavensi1,VictorioRedônensi*,      lurapne  de  marbre,  qui    ap- 

Romachario  Constântiensi'.  porté  y  avoit  esté  de  Alexan- 
Atque  in  tali  honore  et  décore  drie,  et  par  nuit  toute  L'église 
sine  alla  corruptione  a  tem-  ènluminoit.  Et  ninsi  par  les 
poreClotarii  primi*  usquead  davant  dittes  choses  et  plu- 
annum  quartum  post  mortem  seurs  autres,  qui  ne  sont  pas 
Ludovici  imperatoris  per-  cy  escriptés,  lut  l'église  de 
mansit.  Nantes  par   le  benoist  Félix 

âhoblie  et  exaulcée  sur  toutes 
les  églises  de  Gaule.  Le  be- 
noist Félix,  à  célébrer  la  dé- 
dieation  de  la  dessusdite  église  de  Nantes,  curieusement 
assembla  le  joui'  de  (lavant  les  kalendes  d'octobre  vénérables 
el  révérends  pères,  Aufronius,  ai  et  ro  polie  de  Tours,  Don- 
nollus  du  Mans,  Doniician  d'Angiers,  Fortunat  de  Poitier, 
Victor  de  Rennes  el  lioinaearius  de  Coustanccs,  évesques, 
avecques   très  grant  tourbe   du   peuple  de  la  cité.   Laquelle 


1.  Fortunat  assista  suis  doute  à  la  dédicace  de  1  église  de  Nantes,  car  il  a 
décrit  cette  cérémonie  dans  une  de  ses  poésies  (livre  III.  c.  vi.  —  Cf.  Mon. 
Germ.  hist.,  A uc tores  antiquissimi,  t.  IV.  p.  55).  Mais.  lors  de  là  célé- 
bration  de  cette  dédicace,  il  n'était  pas  encore  évèque  de  Poitiers;  il  ne  le 
devin  1   que  près  de  trente  ans  plus  lard,  dans  les  dernières  années  du  VIe  siècle. 

'J.    Victorius,  évèque  de  Rennes;  assista  au  concile  de  Tours  en  567. 

:!.  Romacharius,  évèque  de  Goutances,  l'ut  en  effel  présent  à  la  dédicace  de 
féglise  de  Nantes.  Fortunat ,  dans  la  poésie  citée  plus  baut  (livre  III,  c.  vi), 
mentionne  comme  avant  pli--  pari  à  «rite  cérémonie  les  évêques  Euphronius, 
pomitianus,  Victorius,  Domnulus  et  Elomacbarius,  sans  indiquer  à  quelles 
cités  appartenaient  ces  prélats.  Ou  a  cru  longtemps  que  Domitianus  "'tait  un 
évèque  de  dilatons  et  Victorius  un  éVêque  de  Troyes.  Quant  à  Roinacharius, 
une  mauvaise  leçon  des  manuscrits  l'avait  tait  confondre  avec  Maracharius, 
évèque  d  V.ngoulème.  M.  I-  Delisle,  dans  un  manuscrit  de  I  l  niversité  de 
Le\de.  a  trouvé  le  texte  de  la  poésie  de  Portunal  avec  des  gloses  interlinéaires 
dt  l'époque  carolingienne  indiquant  les  sièges  respectifs  île  chacun  de  ces  évê- 
ques {Littérature  latine  et  histoire  du  M.  A.  —  Instructions  adress 
jxtr  le  comité  des  traçait. f  historiques  au  i  correspondants  du  Minis- 
tère de  l'Instruction  publique,  p.  1-5).  Le  récit  de  la  chronique  de  Nantes 
continue  de  tous  points  les  gloses  du  manuscrit  de  Leyde,  et  lève  définiti- 
vement les  doutes  qu'on  aurait  encore  pu  avoir  mu-  1  interprétation  du  texte 

de  l'orlunal . 

'i.  Clotaire  l,r,   roi  des  Francs,  mourut  eu  561.  Ce  ne  tut  point  de  son 

temps  qu'eut  lieu  la  dédicace  de  I  église  de  Nantes,  dont  la  date  se  place  entre 
le  ;ill  septembre  567,  année  où  Fortunat  se  fixa  à  Poitiers,  et  le  i!i»  sep- 
tembre r>7;?.  année  où  mourut    EufroniuS,   arcliex  è.pie  de    Tours. 


4  C1IR0NIC0N  [c.  ii,  an.  821-840] 

dédication  ainsi  faitte  très  sollempiiellement,  icelle  église 
demoura  en  tel  honneur  et  sans  nulle  corruption  dempuix 
celui  temps  jucques  au  temps  que  les  Normans  encore  païens 
vindrent  par  navire  et  la  destruisirent  du  tout  (F,  f°  92  r°). 


II. 


Quo  tempore  crevit  grande 
malum  in  regno  Francorum. 
Namque  iste  Ludovicus,  fi- 
lius  Karoli  magni,  quatuor 
filios  genuit,  scilicet  Clotha- 
rium,  Pipinum8,  Ludovicum 
et  Karolum  Calvum,  quos  in 
vita  sua  reges  instituit,  dere- 
licto  Karolo  adhuc  puerulo, 
et  eis  omne  regnum  distri- 
bua, retenta  tamen  in  domi- 
natu  suo  Neustria  solum- 
modo.  Unde  mater  valde 
tristis,  plus  diligens  Karolum 
Calvum  quam  alios,  precibus 
assiduis  deprecata  est  patrem 
ut,  antequam  morti  obiret, 
illum  in  regem  sublimaret. 
Pater  vero,  monitis  matris 
commotus,  hune  Karolum, 
aliis  filiis  nolentibus  et  calum- 
niam  imponentibus,  in  regem 
levavit,  et  Neustriam  sibi  re- 
gnum concessit,  ac  etiam 
Aquitaniam,  quamvisPipinus 
jam  invaserat,  tune  addidit. 


En  celui  temps  sourdirent 
et  s'esmeurent  grans  maulx 
et  divisions  ou  royaume  de 
France.  Pour  la  cheson  des- 
queulx  cognoestre  plus  piai- 
llement est  asavoir  que  l'em- 
pereur  Loys,  filz  de  Charles 
le  Grant,  engendra  quatre 
filz,  savoir  Clotaire,  Pépin, 
Loys  et  Charles  le  Chauve, 
desquelx  il  institua  les  troys 
ainsnez  roys  en  sa  vie,  et  leur 
distribua  tout  son  royaume, 
fors  la  contrée  de  Neustrie 
seullement,  laquelle  il  retint 
à  lui.  Mais  laroyne,  sa  femme, 
qui  mieulx  amoit  Charles  le 
Chauve  que  les  autres,  très 
dollente  de  ce  qu'il  ne  lui 
avoit  ordonné  une  porcion  du 
règne  ainsi  qu'à  ses  frères, 
pria  le  roy  son  mari  par  re- 
questes  ententives  que,  anc- 
zois  qu'il  mourut,  il  eslevast 
Charle,  leur  moindre  filz, 
en   majesté    royalle.    Lequel 


II.  A  F.  —  a)  primum  A,  corrigendum  est  Pipinum  ex  F. 


fc.  m,  an.  810-8'd]  NAMNETENSE  o 

Mis  itaque  pactis,  nec  multo  Loys l'empereur,  tneu  par  les 
post  tempore,  vitam  finivit1.  amonnestemensde  sa  femme, 
Post  cujusb  mortem,  Clotha-  concéda  audit  Charles  le 
rius,  Ludovieus2  et  Pipinus  Chauve  le  royaume  de  Neus- 
simul  foederati  in  fratrem  trie  oultre  le  gré  de  «es  frères, 
simm  Kai'olum  iusurgunt,  vo-  et  oultre  plus  lui  adjousta 
lentes  eum  deponere  et  de  toute  Aequittaine,  combien 
regno  abjicere.  Sed  Neus-  que  Pépin  l'eust  desjà  oceup- 
trienses,  sumptis  viribus,  ut  pée.  Peu  après  finit  le  roy 
meliores  totius  Galliae  mili-  Loys  sa  vie.  Après  la  mort 
tes,  dominum  suum  Karolum  duquel,  Clotaire,  Loys  et  Pé- 
ri partem  sibi  eonecssam,  pin  ensemble  alliez  s'esle- 
certantes0  magna  bella,  for-  vèrentcontre  leur  frère  Char- 
titudine  defendere8.  les,  voullans  le  depposer  et 

le  chacer  hors  du   royaume  : 
mais  les  Xeustriens  prindrent 
les  armes,  et,  corne  les  meil- 
leurs chevalliers  de  toute  France,  par  grant  force  de  batailles 
dépendirent  (maries,  leur  seigneur,  et  la  porcion  lui  concé- 
dée. [F,  f°  I  10  v°). 


III 


Quorum    enim   auxilio   ex  [De  quov,  dit  l'acteur  de  la 

utraque  parle  multi   nobiles      Chronicque    de    l'église    de 

II.  —  h)  quorum  ./  corrigendum  est  cujus  ex  /•'.  —  c)  ccrtavcrunt  J. 
corrigendum  esse  videlur  rortantcs. 

ni. a  /)  /•;  f. 

1.  L'empereur  Louis  le  Pieux  mourut  le  '20  juin  840. 

2.  Louis,  après  la  mort  de  Bon  père  Louis  le  Pieux,  ne  s'allia  point  avec 
Lothaire  et  Pépin  contre  Charles  le  Chauve,  mais  au  contraire  il  s'unit  à 
Charles  pour  lutter  contre  Lothaire. 

3.  Ce  chapitre  n'est  pas  très  exact  au  point  de  vue  historique,  mais  il  est 
intéressant  parce  qu'il  l'ail  connaître  quelles  étaient  les  notions  générales  •!  Iii>- 
loire  île  fiance,  qui  avaient  cours  à  Nantes  dans  la  seconde  moitié  du 
\i'-  siècle.  ()n  était  alors  beaucoup  mieux  informé  sur  l'histoire  locale  et  pro- 
vinciale que  sur  l'histoire  générale  du  royaume. 


6                                                      CHRONICON  [c.  in,  an.  840-841] 

milites  et  fortes  ex  plu  ri  bu  s  Nantes,   que,]    en    l'aide    de 

regionibus  occurrerunt,    in-  l'une  et  de  l'autre  part,   s'as- 

ter  quos  Lambertus l,  ex  ter-  semblèrent     maints     nobles 

ritorio  Namnetensi  ortus  et  ehevaliers   de    plusieurs   ré* 

bene  eallidus,  et  Rainaldus2,  gions,  et  que  entre  les  autres 

Pictaveusis    nobilis  miles  et  alla  au  rov  Charles  le  comte 

magnae  potentiae  homo,  ad  Lambert  qui  estoit  du  terri- 

adjuvandum   Karolum  vene-  toire  de  Nantes,  homme  ma- 

runt,  requirentes  ab  illo  ho-  lieieux  et  eault  à  faire  batail- 

nores  et  praemia8,  sib  bella  les.  Aussi  y  alla  Rainaldus  de 

a  fratribus  sibi  illata  viucere  Poietou,    noble   chevalier  et 

posset.  His  autem  contentio-  homme  de  grand  puissance, 

nibus   mediantibus,   Francia  requérants  lesdits  Lambert  et 

est  devastata  et  etiam  Neus-  Rainaldus  honneurs  et  lovers 

tria  ac  Aquitania,  ac  raonas-  audit  Charles,  si  par  leur  aide 

teria  remanserunt  déserta  et  il  vainquoit  les  assauts  de  ses 

terra  vepribus  et  spinis  oecu-  frères.    Si    furent    par     ces 

patac.  In  his  autem  tempori-  contentions   gastées  France, 

bus  Normanni  et  Dani,  pi  i-  Xeustrie  et  Acquitaine  [E,  p. 

muni  per  mare  Oceanum  ut  99),    et    aussi  les    moustiers 


III.  —  a)  prima  A.  —  b)  sibi  A.  —  c)  ac  monasteria  remanserunt  déserta 
et  terra  vepribus  et  spinis  occupata  désuni  D. 


1.  Lambert,  nantais  d  origine,  était  certainement  parent  et  peut-être  fils 
d'un  autre  Lambert,  qui  fut  comte  devantes  sous  lempereur  Louis  le  Pieux, 
et  qui,  disgracié  pour  cause  de  rébellion  en  834,  mourut  en  Italie  en  836. 
Ces  deux  comtes  appartenaient  à  la  puissante  famille  des  ducs  de  Spolète.  Cf. 
Wûstenfeld,  Ueber  die  Herzoge  von  Spoleto  ans  dem  Hanse  der  Gui- 
donen  dans  les  Forschungen  zur  deutschen  Geschichte,  année  1863. 

2.  Renaud  était  comte  du  pays  d  Herbauge  et  non  pas  simple  chevalier.  Il 
apparaît  comme  comte  d  Herbauge  en  835  et  839  (Chroniq.  d'Angoule/ne 
et  Adémar  de  Chabannes,  dom  Bouquet,  VI,  223,  224,  241  et  308.  note  e). 
—  Son  origine  poitevine  semble  certaine.  En  839,  Bernard,  frère  d  Emenon 
comte  de  Poitiers,  chassé  par  lempereur  Louis  le  Pieux,  se  réfugia  en  Her- 
bauge auprès  de  Renaud.  En  853,  un  autre  Renaud,  comte  d'Herbauge,  fils 
sans  doute  de  celui  dont  il  est  ici  question,  est  signalé  comme  cousin  de  Ram- 
nulf,  comte  de  Poitiers  (Adémar  de  Cliabannes,  dom  Bouquet,  MI,  226). 
Renaud  était  donc  allié,  suivant  toute  vraisemblance,  à  la  famille  d  Emenon 
et  à  celle  de  Ramnulf.  Sur  ces  deux  familles,  voir  dom  Yaissèlc.  Histoire  de 
Languedoc,  éd.  Privât,  t.  H,  p.  279  et  suiv. 


[c.  m.  an.  840-8ii]                   KAMNETENSE  7 

antiqui  piratae  navigante»,  demonrèrent  désers  et  la  terre 
oras  Francorum  et  Neusl  rio-  occupée  d'espines  et  de  huis- 
rum  nraritimas  depraedari  sons  (F,  f°  111  r°  .  Car  en 
coeperunt1. Necnon etNome-  celuy  temps  les  Norwégiens 
aoius,  pro  tune  Britonum  et  les  Danois,  nageans  par 
princeps,  territorium  Nam-  l'Océan  en  manière  d'anciens 
neticum  et  Redonicum  devas-  pyrathes,  pilloient  les  région  s 
tare  coepit,  nulli  regum  in  maritimes  des  François  el 
hoc  hello  dignans  lacère  au-  des  Neustriens.  Et  Nenie- 
Xtlium*.  Sed,  quuni  isti  in  sa  ni  noius,  le  prince  de  Bretagne, 
reges,  terrain  dévastantes  et  gastoit  les  territoires  de  Ren- 
vicos  ac  castella  ineendentes,  nés  et  de  Nantes,  et  ne  daigna 
de  contentione  sua,  variis  faire  aide  a  nuls  desdits  rois. 
eventibussatiscrudeliterpro-  [selon  ladite  Chronieque]  (E, 
tracta,  ad  nullum  finem  vie-  p.  09).  Mais,  corne  ces  roys 
toriae  possenl  pervenire,  de  France  for  ce  nez,  dégas- 
eongregaverunt  utrique  Im-  tants  la  terre  et  ambrasans 
mensumexercitumapudFon-  villes  et  chasteaux,  de  leur 
Lanetumd,  Pictavii  territorii  contencionse  feussent  cruel- 
vicum8;  exquibus  très  proe-  letnenl  maintenu/,  par  diver- 
liantes  adversus  Karolum*  ses  adventures,  ne  encores 
speraverunt  per  potentiam  ne  fussent  parvenus  à  nulle 
gentis  suae  illuni  vincere.  At  fin  de  victoire,  ilz  assemblè- 
ille,  lortium  virorum  et  helli-  rent    l'un    et  l'autre    innum- 

III.  —  cl)  Fontaneum  /). 


1.  Depuis  l'année  820  1rs  Ilot  tes  dos  Normands  avaient  à  diverses  reprises 
ravagé  les  côtes  occidentales  de  la  Gaule;  mais  ce  fut  en  S '*;>  que  ces  pirates 
pénétrèrent  pour  la  première  fois  dans  1«'  cours  d<-  la  Loire.  Cf.  Malùlle.  Les 
invasions  normandes  dans  la  Loire,  litbl.  de  V École  dos  Chartes, 
1869,  p.  168-169 

2.  Cette  incursion  de  Nominoé  eul  lieu  entre  les  mois  d'avril  si  de  juin 
S'il.  Cl'.  \.  de  la  Borderie,  Examen  ehronol.  des  chartes  du  Cartul,  de 
Bedon,  liihl.  de  l'École  des  chartes,  1864,  p.  277. 

:!  Erreur  du  chroniqueur  de  Nantes,  quia  confondu  Fontenoy-en-Pui- 
Hye,  près  d'Auxerre,  avec  Fontenaj  le-Comte,  en  Poitou.  —  La  bataille  de 
Fonteno)  eul  lieu  !<■  'J.'i  juin  S'il. 

i.    \  oir  plus  haut,  p,  .").  il.  2. 


8  CHRONICON  [c.  iv,  an.  841-843] 

geratorum  manum  validam  brable  exercite  de  gens  d'ar- 
secLim  habens  quamvis  mo-  mes  à  Fontenay,  une  ville  du 
dicam,  tamen  acriter  eis  res-  territoire  de  Poitou.  Entre 
titit  et  fortiter  pugnans  fuga-  lesquelx  eut  dure  bataille  et 
vit  eose,  victorque  existens  espérèrent  les  troys  comba- 
Karolus  se  adjuvantibus  do-  tans  à  l'encontre  de  Charles 
nariaf  distribuit.  vaincre  par   la  puissance  de 

leur  gent  ;  mais  ledit  Charles, 
ayant  avecques  lui  main  val- 
lable,  combien  que  elle  feust 
petite,  toutesfoiz  leur  résista  il  aigrement,  et  les  en  chacza 
par  vertueusement  combatre  [F,  f°lll  r°).  [Et  après  recouvra 
Nemenoius  la  cité  de  Nantes,  et  la  manière  comment  ce  fut 
rapporte  l'acteur  de  la  dessusdite  Chronicque  de  l'église  de 
Nantes,  et  dit  que,]  quand  Charles  fut  ainsi  demouré  victeur 
de  ses  frères,  il  distribua  plusieurs  dons  à  ceux  qui  luy 
avoient  aidé  [E,  p.  99). 


IV. 


Lambertus  vero  valde   ex  Et  adonc  Lambert,  lequel 

longo  tempore  in  comitatum  désiroit  de  long  temps  avoir 

Namneticum  inhians,  petiit  a  la  comté  de  Nantes,  demanda 

regeutillumsibiconcederet:  au  roy   Charles   qu'il    la   luy 

Richowinus1  enim,  qui  eum  donnast:  car  le  comte  Richo- 

antea    regebat,    ceciderat  in  vvinus,  qui  par  avant  la  gou- 

proelio".  Sed  rex,  timens  ne  noit,  avoit  esté  occis  en  celle 


III.  —  e)  ex  quibus  très  proeliantes,  etc.  usque  ad  fugavit  eos  desunt  D. 
—  f)  admirantibus  donativa  A. 

IV.  A  D  E  F.  —  a)  Richowinus  enim,  qui  eum  antea  regebat,  ceciderat  in 
proelio  desunt  A. 


1.  Richowinus  succéda  à  Lambert  comme  comte  de  Nantes  en  834.  Dès  835, 
il  apparaît  en  cette  qualité  dans  une  charte  du  cartulaire  de  Redon,  tenento 
Richovino  comptatiun  Namneticum  {C art.  de  Redon,  p.  357).  Il  fut  tué  à 
Fontenoy  le  25  juin  841. 


[c.  iv,  an.  841-843                     NAMNETEKSE  9 

Qonfîdelis  sibiexisteretprop-  bataille.  Mais  Charles,  crai- 

ter  Britannorum  vicinitatem,  gnant   (jn'il   ne   luy  fust  pas 

;ic  ne  illis  associaretur,  quum  lovai    pour    la  vici[ni]té    des 

etiam secundum mores eorum  Bretons  qui  luyestoienl  con- 

iiuiritiis  essetb,  o  m  ni  no  illi  traires,  et  qu'il  s'associast  à 

dareprohibuit.  Rainaldovero  eux,    mesmemenl    comme  il 

Pictavensi    dédit  comitatum  eust   été    pourry   et   instruit 

NamneticumetPictavensem1.  selon  leurs  mœurs,  refusa  la 

Ob  quam  causam  Lambertus  luy  donner:  et  donna  a  Rai- 

Namneticus,     alia    donariac  naldusde  Poictou ladite  com- 

minime    curans    accipere,   a  té  de  Nantes  et  celle  de  Poic- 

rege d  recessite,  el  ad  Nome-  tiers.    Pour    Laquelle    chose 

noium,Britanniaeprincipem,  Lambert  se  départit  de  luy, 

accessit. PrimumitaqueLam-  et     n'eut    cure    de    prendre 

bertus,  vituperans   Karolum  autres  dons  du  roy,  mais  vint 

regem  et   multa  ei   adjiciens  à   Nemenoius,   le  prince    de 

opprobria,  ipsum  etiam  No-  Bretagne.   Et    premièrement 

menoium  prineipem   et    snos  Lambert, vitupérant celuy roy 

Britones  callidissime  docuit  Charles  et  luy  adjoustant  plu- 

et  instigavil  adversus  urbem  sieurs  opprobres,  excita  celuy 

Namneticam    el    territorium  prince  Nemenoius  et  les  Bre- 

ejns.  ///,  per  potentiam  pâli-  tons  en  ire  contre  la  cité  de 

dameamaggredientes9Karoh  Nantes  et  le  territoire  d'elle, 

régi  auferrent,  ac  etiam  in-  afin  qu'ils  l'assaillissent  par 

colas  ej us  des tr lièrent  {>  Qui-  puissance   vallable   et   qu'ils 

bus  auditis,  Rainaldo  manda-  Postassent  audit  roy  Charles 

lunt  Xamnetiei  ut  ipsosdeten-  et    qu'aussi     ils    destruissen! 


IV.  —  b)  quum  etiam  Becundum   mores  eorum  nutritus  essel  désuni  A. 
c)  donativa  ./.  —  d)  A  addit  Gallorum.  —  e)  excessil  I).  —  f)  ut  per 
potentiam  etc.  usque  ad  destruerenl  désuni  A  h:  hure  restituenda 
videntur  ex  E. 


I.  Renaud  fui  comte  de  Nantes  de  841  au  J'i  mai  843,  jour  où  il  fut  tué  à 
Blain  dans  un  combat  contre  Lambert.  Geai  à  tort  que  le  chroniqueur  de 
Nantes  dit  que  Charles  le  Chaîne  donna  à  Renaud  en  S  1 1  le  comté  de  Poitou. 
Ce  comte  depuis  839  appartenait  à  Ramnulf  qui  le  conserva  jusqu'en  866, 
date  de  sa  mort 


10                                                  CURONIGON  [c.  iv,  an.  8il-8i3] 

deret  :   qui,    collecta  magna  les  habitans  d'elle.  Si  fut  celle 

militum     Namnetensium     et  chose  bien  cogneùe   par  les 

Pictavensiummultitudine,  ad  Nantois,  qui  mandèrent  à  Rai- 

Meciacumg  usque,   territorii  naldus,  leur  comte,  qu'il  les 

Namnetici  vicum1,  pervenit,  deffendist;  lequel  Rainaldus 

ubi  dimidium  exercitum  Bri-  assembla  grand  multitude  de 

tannorum,  qui  jam  Viceno-  chevaliers  des  Nantois  et  des 

niam  2  transierat,   reperiens,  Poictevins,  et  vint  jusques  à 

pugnavit  contra  eos.  Qui  Rai-  Meczac,  une  ville   dudit  ter- 

naldi  impetum  sustinere  non  ritoire  nantois   sus   le  fleuve 

valentes,   in  fugam  conversi  de  Villaigne,   où  il  trouva  la 

sunt.  Talique  eventu  illis  lu-  moitié  de  l'exercite  des  Bre- 

gatis  seu  caesis,  reversus  est  tons,  qui  avoient  passé  ledit 

Rainaldus   cura    brevi   laude  fleuve,  contre  lesquels  il  fist 

victoriae    usque   Blanii3  vi-  bataille,  et  ne  peurent  sons- 

cum  h  ;  ibique  omnino  securus  tenir  assaut,  mais  tournèrent 

et  de  Britannorum  minis  mi-  en  fuite.   Et,  après  que  Rai- 

nime  timidus  cum   suo  exer-  naldus  eut  ainsi  desconfit  les 

citu  super  Isarvi4  ripas  flumi-  Bretons  par  celle  adventure, 

nis  in  herbis  pi'atorumviren-  il     s'en     retourna     avecques 

tibus    requievit.     Lambertus  briefve     loenge    de    victoire 

autem,  exspectans  Britannos  jusques  à  Bleign,  et  là  du  tout 

Dialetenses%  minime  in  pri-  asseuré   et   peu   craintif  des 


IV.  —  g)  Messiacum  D.  —  h)  burgum  de  BleigniJ,  Bleing  D,  corrigea- 
dum  esse  videtur  Blanii  vicum.  Cf.  inferius. 


1.  Messac.  Ille-et-Vilaine,  arr.  Redon,  canton  Bain. 

2.  La  Vilaine,  rivière  qui  servait  de  limite  aux  pays  de  Nantes  et  de  Vannes. 

3.  Blain,  Loire-tnférieure,  arr.  Saint-Nazâire.  chef-lieu  de  canton.  —  Ce 
combat  de  Blain  est  du  24  mai  843.  Les  Annales  de  Saint-Serge  d'Angers 
(voir  plus  loin,  c.  vi)  rapportent  que  la  bataille  fut  livrée  trente  jours  avant 
la  prise  de  Nantes  par  les  Normands.  Or  Nantes  fut  pris  le  jour  de  la  saint 
Jean-Baptiste,  24  juin  843.  Cette  date  est  confirmée  par  la  Chronique  d'Aqui- 
taine :  Rainaldus,  IX  Kalendas  junii  a  Lamberto  perimitur  (dom  Bou- 
quet, VII,  223). 

4.  L'Isac,  rivière  qui  prend  sa  source  non  loin  de  Blain  et  se  jette  dans  la 
Vilaine  auprès  de  Rieux. 

5.  Le  chroniqueur  de  Nantes  emploie  habituellement  l'expression  Britannot 
Dialetenses  au  lieu  de  Britannos   Aletenses  pour  désigner  les  Bretons  du 


[c.  v,  an.  843]  NAMNETENSE  11 

mohuiusbellicongressu  esse  menasses  des  Bretons  se  re« 
potuit.  Sed  postea,  audita  posa  avec  tout  son  exercite 
Britonum  stràge,  per  Redo-      sur  les  rives  du  fleuve  de  Ysax 

oense  territorium  cum  ilhs  et  herbes  des  prez  verdo- 
festinanter  equitans,  prose-  yants.  Le  dessus  dit  Lambert, 
ciiius  est  Rainaldum  usque  parce  qu'il  attendoit  les  Bre- 
Blanii  '  vicum  ;  ibide nique,  ex  tonsAlethenses,  ne  peut  estre 
improvisoillumetomnes-suos  au  premier  conflit  d'icelle 
inermesaggrediens,  si  no  ni  la  bataille  :  niais  après,  quand  il 
misericordia  occidit  et  de-  oit  la  desconfiture  des  Bre- 
truncavit.  tons,  chevaucha  hastivement 

avecques  ceux  qu'il  avoit  as- 
semblez par  le  territoire  Ren- 
nois,  et  suivit  Rainaldus  jus- 
ques  à  Bleign,  où  il  l'assaillit  en  despourveu  lny  et  les  siens 
sans  armes  et  sans  ordonnance,  lesquels  il  oeeist  et  détran- 
cha sans  nulle  miséricorde  [E,  p.  99  et  100). 


InteiTccto  itaque  Rainaldo  Et  le  comte  Rainaldus  ainsi 

cum  suis,  Lambertusade  tali  occis  et  toute  la  noblesse  des 

triumpho  gloriosus  cum  ma-  Nantois    et    des    Poictevins, 

gna  victoriae  b  lande  ad  No-  Lambert  s'en  retourna  ii  Ne- 


IV.  —  i)  Blaing  D 

\    A  I)  /:  /•'.  —  a)  deest  !)    —  I»)  superbie  D. 


pays  »1  Ueth.  ( '.«((»»  forme  Dialetenses,  qui  ne  se  rencontre  jamais  chea  les 
écrivains  plus  anciens,  a  <lù  prendre  naissance  au  t*  «>n  xr  siècle  par  suite 
«I  une  identification  tardive  faite  entre  la  civitas  Diablintum  de  la  Notitia 
Galliaruin  el  l'évèché  d'Alelh.  On  »nit  que  la  civitas  Diablintum,  la 
9*  cité  de  la  III1'  Lyonnaise,  fui  supprimée  dassea  bonne  noure,  vers  le  mi  - 
lieu  du  \ ■*'  siècle  probablement  Les  écrivains  postérieurs,  se  piquant  de 
quelque  érudition,  voulurent  retrouver  dans  les  circonscriptions  civiles  ou 
religieuses  existant  de  leur  temps  la  trace  de  I  ancien  territoire  ^.il I- >- 
romain  indiqué  par  la  Notitia  Galliarum.  Cette  préoccupation  se  mani- 
feste à  partir  du  v  siècle  dans  les  variantes  ajoutées  au  texte  «le    la  y<>titi'i 


12                                                    CHRONICON  [c.  v,  an.  8i3; 

menoium    reversus    est,    qui  menoius,  glorieuxdecetriom- 

adhuc  de  tantae  caedis  san-  plie,  et  avecques  très  grand 

guine  minime  satiatus,  pejus  loenge    de    victoire.    [Et    de 

et  gravius  malum  contra  ur-  ceste  bataille  rapportée  par 

bem  Namneticam  proeuravit.  l'acteur    des  Chronicques  de 

NamqueNormannosetDanos,  l'église  de   Nantes...]  Après 

quos  superius  diximus,  fines  laquelle  bataille  [selon  ladite 

Gallorum    et   Neustriensium  Chronicque  de    Nantes],     le 

maritimos    navigando    saepe  dessusdit  Lambert  ne  fut  pas 

depraedantes c,    ut   erat  affa-  encores    content,    mais    pro- 

bilis  et  pro  tune  fuit  inventor  cura   la    prise  de  la    cité    de 

malorumd,  alloquensinduxit,  Nantes   et  (E,  p.  100),  ainsi 

ut,  per  mare  Oceanum  navi-  comme  il  estoit  bien  emparlé 

gantes,     Britanniam     novam  et    inventeur   de    maulx    (F, 

circumirent,    et  per    alveum  f °  1 1 1  v°),  induisit  celéement 

Ligeris  tutissime    ad    urbem  les    Danois  et    Norvégiens, 

Namneticam  capiendam  per-  qui    souventes   fois   pilloient 

venirent.  Mortui  enim  et  in-  les    contrées    maritimes   des 

terfecti  erant  omnes  quorum  François   et  des  Neustriens, 

defensione  illa  innitebatur  e.  afin  que,  nageans  parla  mer 

Addidit    quoque    eis,    ut  ca-  Occéane,   ils  environnassent 

piendi   spolia,    aurum   et  ar-  la   neufve   Bretagne   et    par- 

gentum  valde  cupidis,  et  pro-  vinssent  hastivement  a  pren- 

posuit  quod  templum  in  hac  dre  ladite  cité  :  car  tous  ceux 

V.  —  c)  depraedatos  D.  —  d)  ut  erat  affabilis  et  pro  tune  fuit  inventor 
malorum  desunt  D.  —  e)  imminebatur  A. 


par  plusieurs  copistes,  qui  interpolèrent  à  la  suite  de  la  simple  mention 
civîtas  Diablintum  les  mots  id  est  Carifes,  ou  bien  quae  alio  nomine 
Aliud  vel  Adalia  vocatur.  Cf.  Mommsen,  édition  de  la  Notitia  dans  les 
Monumenta  Germaniae,  section  in-4°,  Auctores  Antiquissiini,  IX,  587. 
Il  est  assez  naturel  que  l'on  ait  songé  à  considérer  le  territoire  de  lévèché 
d'Aleth  comme  répondant  à  celui  de  la  cité  disparue  de  Diablintum,  et  c  est. 
je  crois,  pour  donner  quelque  force  à  cette  hypothèse  que  1  auteur  de  la  chro- 
nique de  Nantes  applique  aux  habitants  d'Aleth  ainsi  qu'aux  évèques  de  cette 
ville  le  titre  de  Dialetenses,  dont  la  forme  se  rapproche  sensiblement  de 
Diablintum.  Mais  il  ne  faudrait  pas  prêter  trop  d  importance  à  cette  opinion 
d'un  écrivain  du  xie  siècle  pour  déterminer  remplacement  réel  de  1  ancienne 
cité  gallo-romaine. 


[c.  v,  an.  843]                           NAMNETENSE  13 

eadem  urbe  auro  et  argento  estoient   morts   par  lesquels 

tegebatur  \  Illi  autem,  auditis  elle  avoit  esté  garnie  de  def- 

sermonibushujuseemodi,  ma-  fense.   Et,  pourtant  que  les- 

gno    desiderii    affectu    corn-  ditsNorwégicnsestoient  con- 

moti,  ingentem   navium    co-  voiteux  de  prendre    et   ravir 

piam   ex    multis    regionibus  despouïlles    et   richesses,    il 

congregaverunt,  et  impleve-  leur  fist  entendre  que  le  tem- 

runt   eas  de  turbis  crudelis-  pie   d'icelle    cité   estoit   tout 

simorum    virorum,    et    acci-  couvert  d'or  et  d'argent,  dont 

pientes  iter  cum  magna  classe  ils  furent  moult  esineus,   et 

navigii,  sicut  ipse  Lambertus  par  grand  désir  assemblèrent 

indicebatf,    qui    semper   eis,  de    plusieurs    régions    abon- 

([uumper  angulos  Britanniae  dance   de  navires,  lesquelles 

navigabant,      primus      erat,  ils  remplirent  de   tourbes  de 

usque    insulam    Bas2   perve-  très   cruelles  gens.   Et,  pre- 

nerunt.     Et     deinde    urbem  nans    le     chemin    ainsi    que 

Namneticamceperunt  ettem-  celuy    Lambert    leur    ensei- 

plum    in  illa  mirabiliter  lac-  gnoit,  qui   toujours  estoit  le 

tu  m    destruxerunt,   et  virum  premier  comme  ils  nageoient 

sanctum    Gunhardum*  épis-  par  les  anglets  de  Bretagne, 

copum3,  ante  altare  «Sursum  parvindrent  iusques   à    Bas, 

corda  »  dicentem,  decollave-  une  isle  du  territoire  de  Nan- 

runl  et  omnem   populum  ju-  tes  (E,  p.    100  et  101). 
gulaverunt,  ut  sequitur: 


V.  —  f)  indicaverat  A.  —  g)  Guichardum  . /. 


1.  Ce  récil  de  l'intervention  de  Lambert  auprès  des  Normands  n'esl  pas 
vraisemblable  el  esl  contredit  par  un  passage  extrait  d'annales  contempo- 
raines (voir  plus  loin  ch.  vu).  Le  chroniqueur  de  Nantes  s'est  l'ait  ici  l'écho 
(lune  légende  qui  semble  être  le  résultai  de  la  haine  conçue  par  certains 
Nantais  contre  Lambert. 

2.  Hat/,  Loire-Inférieure,  arr.  Saint-Nazaire,  canton  Le  Croisic 

'A.  Gunhardus,  appelé  vulgairement  Gohard,  esl  signalé  comme  évêque  de 
Nantes  le  Ier  avril  837  dans  le  testament  d'Aldric,  évéque  du  Mans;  il  fut 
assassiné  par  les  Normands  le  24  juin  843.  Voir  au  chapitre  Buivant  le  récit 

de  sa  mort. 


14  CHRONICON  [c.  vi,  an.  843] 


VI1. 

Annales  S.  Sergii       Anno  ab  incarnatione    Salvatoris  DGCGXLIII,    ab  urbe   autema  condita 

Andegnv.  , 

MDXC\  b,  qui  est  annus  Karoli  trierarchac  c  tertius,  Rainaldus,  eximius  Ka- 

roli  aux,    génère   Aquitanicus,    Namneticae d  urbis   cornes,  contra   Britones, 

multa  amicorum  et  propinquorum  manu  collecta,  super  fluvium  Vicenoniam, 

in  loco  qui  dicitur  Meciacus  e,  dimicat,   et  primo  quidem  congressu  Britones 

fortiter   pressi  terga  vertunt  f  ;   demum  S,   Lamberto  suppetias  ferente,   adeo 

persequentibus  acriter  resistunt,  ut  ante  h  quos  prius  fugiebant,  fugere  com- 

pellant  * ,  tantaque  eos  caede  bacchantur,  ut,  ingenti   multitudine  cum  duce 

prostrata,  copiosas  domum  manubias  reportarint,  non  modica  ob  commercium 

turba  servata2.   Praefuit  autem  Britannorum  bello  Herispogius  3,    pâtre  No- 

menoio  i  gravi  langore  detento,  habens  secum  praedictum  Lambertum  trans- 

fugam,  qui  in  Namneticae  urbis  comitatum  inhians,    stragis  hujus  ductor  et 

incentor  exstitit.  Quibus  patratis,    Lambertus  diu  exoptato  potitur  voto,  non 

diu,  nam,  exortis  utrimque  simultatibus,  idem   mox  ab  urbe  ac  regione  pcl- 

litur4. 


VI.  A  B  D  F.  —  a)  vero  G.  —  b)  DXGV  G,  porro  ab  orbe  condito 
juxta  bebraicam  verilatcm  IVMDCCXCV,  juxta  LXX  interprètes  VP'CLXIII 
addunt  A  B,  indictione  VI  addit  B.  —  c)  triarchae  B.  —  d)  Namnetis  G. 
—  c)  Metiacus,  Namnetici  territorii  B.  —  f)  vertcrunt  B.  —  g)  deinde  B.  — 
li)  dcest  B.  —  i)  compellerent  G.  — j)  Nomengio  G. 


1 .  Tout  ce  chapitre  VI  est  la  reproduction  intégrale  d'un  récit  composé 
vers  860  par  un  témoin  oculaire,  semble-t-il,  de  la  destruction  de  la  ville  de 
Nantes.  Ce  récit  a  été  trouvé  par  d  Argentré  dans  un  manuscrit  de  l'abbaye 
de  Saint-Serge  d'Angers,  publié  par  lui  dans  son  Histoire  de  Bretagne, 
p.  165,  et  réimprimé  par  Mabille  et  Marchcgay  (Chroniques  des  églises 
d'Anjou,  p.  129-132).  Je  désigne  par  la  lettre  G  le  manuscrit  de  Saint-Serge, 
qui  ofTre  quelques  variantes  avec  A,  B  et  D. 

2.  Un  auteur  contemporain  signale  la  façon  dont  les  Bretons  se  compor- 
taient vis-à-vis  de  leurs  prisonniers  ;  ils  envoyaient  en  Bretagne  les  seigneurs 
pour  en  tirer  rançon,  et  se  contentaient  de  dépouiller  de  leurs  armes  les  autres 
captifs.  Seniores  capti  in  Britanniam  directi  sunt,  reiiquis  populis  iner- 
mibus  reversis  (Chron.  Fontanelle  use,  ad  annum  850,  dom  Bouquet, 
VII,  42). 

3.  C'est  la  première  action  d  éclat  à  laquelle  Erispoé  semble  avoir  pris 
part.  Ce  prince  devint  duc  de  Bretagne  à  la  mort  de  son  père  Nominoé 
en  851. 

4.  Lambert,  après  s'être  emparé  du  comté  de  Nantes  en  juin  843.  le  retint 
en  son  pouvoir  jusque  vers  le  mois  de  juillet  846,  époque  où  le  roi  Charles  le 
Chauve,  ayant  fait  la  paix  avec  Nominoé,  enleva  à  Lambert  le  gouvernement 
du  pays  nantais  et  lui  donna  en  échange  le  comté  d'Anjou.  Cf.  Guerres  d'in- 


[c.  vi,  an.  «13]  NAMNETENSK 

Trigintak  autem  posl   btoc  elapsis 

(licl)us,  m  en  se  junio  ' ,  Normanno- 
rum  fcrox  natio,  numerosa  classe 
advecti,  Ligerim  fluvium,  qui  rater 
novarn  Britanniam  '  etultimos  \i|ui- 
taniac  fines '"  in  occiduum  mergitur 
Ooeanum,  ingrediuntur.  Deinde, 
<l;ito  classibus  zephiro0,  ad  urbem 
Yunneticam,  impiissimo  Lamberto, 
crebro  explora  tore  °,  praecognitam, 
oeleri  carbasorum  volalu  pariter  et 
pemorum  impulsu  oontendunt  ;  quatn 
inox  navibus  cgrcssi  undique  val- 
lanli*,  et  sine  mora,  nullo  propugna- 
tore,  capiunt,  vastant,  diripiunt.  Alii 
quippe  scalis  murum  subeunt,  alii  op- 
pilatum  olim  adilinn  ofïendentes  '1, 
infringunt  et  pénétrant.  Porro*  ci- 
vitatis  episcopus,  vocabulo  Gunliar- 
diis  \  vit  innooens  et  omni  pietatc 
repletus1,  et  clerus  omnis  cum  nio- 
nachis,  qui  ei  vicino  coenobio,  cnjns 
vocabuluin  est  Antnnn  n,  quod  ante- 
fati  anmis  ictilero  gurgite  undique 
cingilnr v,  ad  urbem,  copiosum  ec- 
clesiac  tbesaurum  secum  x  babentes, 
eonfugerant2,  cumque  reliqua  vulgî 


15 


Trente  jonrs  après  Ja  bataille  des- 
susdite,  icelie  cruelle  nation  dei  Nor- 

mans,  saillans  subitement  d<  M  fins  de 
la  région  de  Danucinarchc  et  menani 
rie  piraticque,  après  ce  qu'ils  curent 
deslriiicl/  les  lieux  contigUZ  et  prou- 
ebains  de  la  mer  de  Bretaigne  par  le 
conseil  et  aide  du  très  mauvais  «lue 
Lambert  entrèrent  ou  ileuve  de  Laire 
et,  souillant  zepliirus,  vindrcnl  abon- 
der leur  navire  jouxte  les  murs  de  la 
cité  de  Nantes,  laquelle  ilz  avironnè- 
rent  d'un  coslé  et  d  autre,  après  ce 
qu'Us  furent  issuz  de  leur  dit  navire  : 
et.  les  ungs  rampans  contre  mont  les 
murs  par  escbielles,  les  autres  des- 
froissans  et  pénétrans  les  clostures, 
nul  ne  leur  dényant  l'entrée,  entrè- 
rent en  despourveu  en  laditte  cité  le 
sollempnel  jour  de  la  Nativité  sainct 
Jehan- Baptiste.  De  celle  cité  de 
Nantes  estoit  lors  évesque  Gobardus, 
homme  simple,  débonnaire  et  crei- 
gnant  Nostre-Seigneur,  auquel  tout 
le  clergié  estoit  afï'uy  avecques  les 
moinnes  d'un  moustier,  appelle  la 
Fosse,  voisin  de  la  cité,  lequel  est  de 


VI.  —  k)  tribus  addit  G.  —  1)  junii  A  B  D.  —  m)  vcl  cpiasi  addunt  A  D. 

—  n)  zephiro  classibus  apto  A  1).  — ■  o)  crebro  exploratore,  td  est  Lamberto 
Al).  —  p)  volant  A.  —  (j)  effodientes  ./.  —  r)  Namneticae  addunt  A  P. 

—  s)  Guihardus  ./  G,  —  t)  et  prac  ceteris  laudabilis  addit  li.  per  cuncta 
laudabilis  addunt  AD.  —  u)  vocato  Eindre  A.  —  v)  juxta  fluvium  Ligeris 
litualo  cl  ex  gurgite  ejusdem  lluvii  circumdato  addunt  A  /).  —  x)  deest  G. 


dépendance  de  la  Bretagne  sous  Nominoé  et  Erispoé,  dans  la  Revue  de 
Bretagne  et  de  Vendée ,  année  1891. 

1.  Cette  expression  novam  Britanniam  doit  s'entendre,  je  crois,  des  nou- 
velles limites  données  à  la  Bretagne  par  le  traité  d  Angers  conclu  en  S'il  entre 
Charles  le  Chauve  el  le  duc  Erispoé.  \u\  termes  de  ce  traité,  les  frontières 
de  la  Bretagne  furenl  étendues  au  sud  jusqu'à  la  Loire,  Cf  plus  haut.  p.  12, 
la  même  expression,  employée  par  le  chroniqueur  de  Nantes,  qui  la  em- 
pruntée vraisemblablement  à  l'auteur  de  ce  récit. 

2.  Indre,    Loire-Inférieure,   arr.  et   canton  de   Nantes*   —  Le  monastère 

d  Indre  a\ail  été  fondé  Vers  <>7(.'  par  saint  llerinelaud  dans  une  île  de  la  Loire 


16 


multitudine,  quos  vel  metus  hostis 
incluserat,  vel  Praecursoris  quae  ine- 
rat  nativitas [  non  solum  ex  vicinis 
regionibus  et  vicis,  sed  etiam  ex  pro- 
cul  positis  urbibus,  attraxerat,  cer- 
nentes  intra  moenia  hostem,  certatim 
cuncti  ad  templum  apostolorum  Pétri 
et  Pauli.  quod  in  urbe  nobilius  et 
pulchrius  erat,  utpote  ignari  certa- 
minis,  concurrunt,  obseratisque  >r  os- 
tiis  aedis,  solum  quod  supererat  coe- 
litus  auxilium  anxie  flagitabant.  At 
gentiles,  effractis  ostiis  fenestrisque 
propulsis,  templum  feraliter  irrum- 
punt,  imbellem  pariter  et  inermem 
multitudinem  gladio  feriunt,  tanta- 
que  crudelitate  in  Christi  gregem 
saeviunt  z  ,  ut,  praeter  quos  sive  cap- 
tivandi  sive  distrahendi  gratia  in  na- 
ves  transtulerunta  ,  omnem  multitu- 
dinem sacerdotum,  clericorum  atque 
laicorum  eu  m  praedicto  antistite  intra 
ecclesiam  gladio  sternerent 2.  Mona- 
chorum   vero    quosdam    extra,    alios 


OIIRONICON  [c.  vr,  an.  843] 

toutes  pars  avironné  de  l'eau  du 
fleuve  de  Laire,  et  avoient  iceulx 
moinnes  avecques  eulx  porté  le  thré- 
sor  de  leur  église  ;  mesmementy  avoit 
en  la  cité  autre  grant  multitude  de 
peuple,  non  pas  des  régions  voisines 
seullement,  mais  auxi  des  loingtaines 
citez  qui  se  y  estoient  encloz,  les 
ungs  pour  la  peur  de  leurs  ennemis, 
les  autres  pour  la  sollemnité  de  la 
feste,  lesqueulx  touz,  regardans  leurs 
ennemis  entre  les  murailles,  couru- 
rent ensemble  estrivement  au  temple 
des  appostres  Saint-Pierre  et  Saint- 
Paul,  lequel  estoit  en  la  cité  très  bel 
et  très  noble,  et  les  huys  et  portes 
dicelui  barrèrent  contre  l'impétuosité 
des  persécutans,  demandans  le  divin 
aide  de  leur  délivrance,  quelle  chose 
ilz  ne  povoient  par  eulx  faire  humai- 
nement. Mais,  comme  les  péans  fu- 
rent arrivez  jucques  davant  celui 
temple,  ilz  en  froissèrent  les  huys  et 
arrachèrent  les  fenestres  en  le  débri- 


VI.  —  y)observatisque  D,  obscecratisque  A.  —  z)  in  Christi  saeviunt  gre- 
gem B  G.  —  a)  transferunt  A  B  D. 


en  aval  de  Nantes.  Le  fleuve  tout  autour  de  cette  ile  était  réputé  dès  le 
vne  siècle  pour  être  abondant  en  poissons  (cf.  Vie  de  saint  Hermeland,  Acta 
S  S.,  25  mai,  §  15). 

1.  La  fête  de  saint  Jean -Baptiste  attirait  alors  à  Nantes  une  foule  considé- 
rable. C'était  1  église  de  Saint-Jean,  qui  était  le  rendez-vous  principal  des  pè- 
lerins. Voir  plus  loin,  Miracula  ecclesiae  Namnetensis,  ch.  iv. 

2.  Gunhard  fut  assassiné  par  les  Normands  sur  l'autel  de  saint  Ferréol,  qui 
se  trouvait  dans  l'aile  gauche  de  la  cathédrale  de  Nantes  (cf.  dom  Bouquet, 
VII,  369).  Il  fut  honoré  dans  la  suite  comme  un  martyr,  et  on  montrait  jus- 
qu'au siècle  dernier  dans  la  crypte  de  la  cathédrale  de  Nantes  la  pierre  d'autel 
sur  laquelle  son  sang  avait  rejailli.  Ses  reliques  furent  conservées  pendant  tout 
le  moyen  âge  dans  l'église  de  Saint-Pierre  d'Angers.  Elles  étaient  accom- 
pagnées de  deux  plaques  de  plomb  sur  l'une  desquelles  était  écrit:  In  hac  se- 
pultura  quiescit  Itumilis  Gunhardus,  Namnetensium,  et  sur  l'autre, 
pater  et  martir  (Lobineau,  Vie  des  saints  de  Bretagne,  p.  180,  et  Acta 
SS.,  t.  VI  de  juin,  p.  246). 


[c.  vi,  an.  843] 
[ntra   ecclesiamb\    plerosque    autem 
Buper  ipsam  templi  aram  instar  hos- 
tiae    trucidant,    reliquos   vero   noctis 
crepusculo  secum  abducunt  classi<|u«- 
[raponunt.   Quis,  j>roli  dolor!    illius 
diei  dolorem6'  explicare,   quis  expli- 
cando   a  lacrimis  valcat    tcmpcrarc, 
quando  mortuarum  înatrum  cruorem 
pro    laclc    suggentes    pcndebant    ad 
ubera    nati,    quando  sanctorum  san- 
guine,  hostili   nmerone  fuso,   templi 
pavimenta  madent,  altaria  sacra  in- 
nocentium  cruore  oblita  ûuunt?  Post 
baec,  erasis  omnibus  opibusd',  cum 
gregibus    captivorum    utriusque   or- 
< I  î  1 1 i  -     sexus  e',   aetatis  ad  naves  rc- 
meant.    \«l    quorum  postmodum  re- 
demptionem   plurimum  a  cladis  su- 
perstttibus  collatum  est.  Quibus  per- 
actis,  coenobium  Insularum,  cujus1' 
supra   meminimus,    natalitio  aposto- 
porum  Pétri  et  Pauli,  scaphis  adeunt, 
restant,   incendunt*.   Quos  ex  tune, 
praeter  intestinos,  usque  in  praesen- 
Irm    antedicti    régis    annum,    nullo 
propugnatore,    utpote   studiis  in  di- 
rersa  imo  in  perversaS  tendentibus, 
terra  marique  externos  hostes  assidue 
patimur  -. 


NAMNETENSE 


17 


gant  cruellement,    tant  que  à    force 
entrèrent  dedans,   et  celle  multitude 
de  peuple  que   il/,  y   trouvèrent   fï-ri- 
rent  de  leurs  glaives  -ans  espargner 
à  asge  ne  à  sexe  ;  par  si  grant  cruaulté 
se    forcennoient   contre  eulx    que   le 
dessusdit  Gohardus,   prestre  et  éves- 
que,    célébrant  la   sollemnité    de    la 
messe  et  disant,  Sursum  corda,  oc- 
cirent    cruellement,     et    aucuns    des 
moinnes  dessusdietz  hors  1  église,  les 
autres  dedans  et  pluseurs  sus  les  au- 
tcilz,    avecques   grant    multitude    de 
prestres,  de  clercs  et  de  laiz,  occirent 
par  fer  et  leur  transchèrent  les  en- 
trailles,   si  que   nul  ne  pourroit  ex- 
primer   par    parolles    la   callamîté  et 
pestillence  d  iccllui  jour  doloreux,  ne, 
en  L'exprimant,  de  lermes  se  abste- 
nir: car  les  enflons  des  mères  mortes 
pendoient   à    leurs  mammelles,   suc- 
zans  leur  sang  en  lieu  de  lait,  les  pa- 
vcmens   du    temple   rougissoient    du 
sang  des  saints  hommes  espandu  par 
l'espée  hostille,  et  les  saincts  aultiers 
esloient    souillez    et    découloient    du 
sang    des    innocens.     Et.    après    ces 
choses,  dégastèrent  les  péans  toute  la 
cité  et  la  desgarnirent  de  toutes  ses 
richesses,  puix  embrasèrent  le  tem- 
ple, cl  avecques  grant  multitude  de 
cbiettifs  de  l'un  et  de  l'autre  sexe  et 


W.  —  h")  quosdam  extra  ecclesiam,  alios  intus  /i  D,  alios  penitus  A.  — 
c)  maestitiam  II.  dampnum  A.  —  d)  deest  G.  —  e)  deest  G.  —  f)  de 
quibus  G.   —  g")  perverse   (i . 


1.  Le  monastère  d  Indre,  complètement  détruit  par  le>  Normands  le 
'.)(.i  juin  S'ii!.  ne  se  releva  jamaisde  Bes  ruines.  Gf  Mabillon,  Annales  S.  Be- 
nedicti,  II.  640. 

2.  L'auteur  de  ce  récil  écrivait  ces  lignes  après  la  seconde  invasion  des  Nor- 
mands dans  la  Loire  en  S;j;>,  mais  probablement  peu  de  temps  après,  et  certai- 
nement avant  la  mort  de  Charles  Le  Chauve,  arrivée  en  S77.  connue  en  té- 
moigne L'expression  usque  in  praesentem  antedicti  régis  annum. 

•> 


18  CflRONICON  [c.  vu,  an.  843-845] 

de  ordres  différentes,  lesquek  ilz  avoient  espargne  à  occire  pour  en  avoir 
loier,  remontèrent  en  leurs  nefs.  Et  ne  se  oblians  pas  de  leur  cruauté,  le  jour 
de  la  feste  Saint  Pierre  et  Saint  Poul  ensuivante,  allèrent  par  petit  navire  au 
moustier  des  Islcs,  de  quoy  a  esté  parlé  dessus,  lequel  ils  asségèrent  et 
prindrent  à  force  (F,  f°   112,  r°  et  v°). 


VII 


Notarii  autem8,  qui  hujusmodib  annalia  scripta  descrip- 
serunt1,  minime  narrationem  rerum  cunctarumc  curaverunl 
per  ordinem  referre,  sed,  sicut  quaeque  singuiaria  a  refe- 
rentibus  eis  adnuntiabantur,  sub  nimia  brevitate  denotavere. 
Et,  quia  illorum  inertia  aut  incuria  tanta  necessaria  memo- 
riae  digna  oblivioni  data  sunt,  nec  satis  laudandid  sunt  nec 
vituperandi6. 

Igitur,  quum  isti  crudelis-  [Et  dit  l'acteur  de  la  des- 

simifNormannisNamneticam  sus  nommée  Chronicque  de 
urbem  et  territorium  ejus,  Nantes  que]  les  Danois,  quant 
vicosh  et  castella  Metallicae  ils  eurent  destruit  la  cité  et 
regionis  et  Theophalgiae1  et  le  territoire  de  Nantes,  avec- 
Herbadillicae2  dissipassent,  ques  les  villes  et  chasteaux 
oneratis  navibus  suisplurima  de  Maulge,  de  Thiffaulges  et 
multitudinecaptivorumatque  d'Erbauges,  ils  chargèrent 
magna   congerie   auri   et  ai-      leurs  nefs  d'or,   d'argent  et 


VII.  A  B  D  E  F.  —  a)  deest  B.  —  b)  bec  B.  —  c)  certain  B.  —  dj 
laudandayl.  —  e)  vituperanda  A.  —  f)  deest  D.  —  g)  pagani  A.  —  b)  ejus 
lerritorii  vicos  AD.  —  i)  Tbeolfagiae  B  D. 


1.  Sur  ces  Annales,  dont  a  fait  usage  le  Chroniqueur  de  Nantes  et  qu  il  a 
cru  bien  à  tort  devoir  arranger  à  sa  guise,  voir  ce  que  j'ai  dit  dans  1  Intro- 
duction. 

2.  Les  pays  de  Mauge.  de  Tiffauge  et  d  Herbauge  étaient  limitrophes  du 
cours  inférieur  de  la  Loire  et  s'étendaient  au  sud  de  ce  fleuve  jusqu  aux  ri- 
vières du  Lay  et  du  Thouaret.  L'invasion  des  Normands  dans  ces  pays  en  843 
est  signalée  par  l'auteur  contemporain  des  Miracula  S.  Martini  Vertavensis 
(dom  Bouquet,  VII,  "369).  Pendant  près  de  cent  ans,  cette  région  fut  de 
toutes  les  contrées  occidentales  de  la  Gaule  la  plus  dévastée  par  les  Normands 
qui  s'étaient  établis  à  l'embouchure  de  la  Loire. 


v.  vu,  an.  843-845]                   NAMNBTENSE  10 

genti  et   ornamenti,  per  al-  d'autres  despouilles,  et  avec- 

veum  Ligeris  navigantes,  us-  ques  très  grande  abondance 

que  Herio  insulam1  regressi  de   captifs  retournèrent  na- 

suni.  Et,  capta  illa,   placuit  geani  par  Loire  jusques  en 

eis   suac  rapinae  congestum  l'isle  Hério,  laquelle  ils  prin- 

dividere  ;    qua    in    presentia  tirent,  et  leur  pleul  là  diviser 

major  uni  el  juniorum^  ad  ri-  l'assemblée  de  leurs  rapines. 

pain  delata,  illi,  visa  immen-  Mais,  quand  elle  fut  apportée 

sitate  pecuniae,  omnis  timo-  au  rivage  en  la  présence  de 

ris  principal  us  sui  obliti,  ut  tous  etqu  Ils  virent  l'immen- 

canes  ad  carnes  devorandask,  site  de  leur  pécune,  ils  ou- 

coeperunt    omnia1    violenter  blièrent    la    peur    de    leurs 

iterumm  arripere11.  Unde  in-  princes,     et    commencèrent 

1er  eos  magna  seditiono  coin-  derechef  à  la  s'entreravir vio- 

mota,    in    illa    die    multi    ex  lentement,    dont    entre    eux 

dielis  Normannis0  voluntate  s'esmeut  grand  sédition,  par 

divina    perierunt    interfecti.  laquelle     périrent    plusieurs 

Captivi  vero  christianip,  vi-  celuv  jour,  occis  par  la  vo- 

dentes   hune    turbinem,   per  lonté  divine.  Et  les  captifs, 

abdita   insulae  omnes    luge-  véants   celle    sédition,    s  en- 

runl  ;    allamen    ex    his    fuit  fuirent  par   les  lieux   secrets 

iiims  magnae  invasionis  au-  de  l'isle  (E,  p.  101).  Toutes- 

dax,  qui  bibliothecam,  quae  foiz  entre  elx  en  fut  ung  hardi 

asque  hodie  in  ecclesiaNam-  et  de  grand  invasion  qui  print 

nelensi'1  hahelur,  ineollo  suo  en  son  coul  l'armaire  où  es- 

aceipiens    fugit,    ut    se    sicut  toit     gardée    la    bible    et    les 

alnl*  latitaret8.    Pacificantes-  autres  livres,    laquelle   juc- 

<|iie  se  tandem  ipsi   diabolici  ques  au  jour  de   huv  est  gar- 

viri'de   tanta  discordia  cum  dée  en  l'église  de  Nantes,  et 


\  II.  —  j)  minorum  ./  />  —  10  \it  canes  ad  carnés  devorandas  désuni  D. 
—  1)  deest  II.  —  m)  deesi  /i.  —  n)abripere  />.  —  <>)  ei  dictia  Normannis 
désuni  /l  —  |)"i  deest  />.  —  (|)  Namnetis  A.  —  r)  miseri  addit  A  —  s) 
attamen  ex  lus  fui!  unus,  etc.  usque  ad  latitarel  désuni  D.  —  l)  ipsi  Nor- 
manni  h. 


1.   L'Ile  de  Noirtnoutier.  Vendée,  arr.  Sables-d'Olonne. 


20                                                  UIRONICON  [c.  vu,  an.  8i3-84o] 

luctu  et  doIoreu  naves  àscen-  s'enfuit,   affin   qu'il   s'émuc- 

derunt.    Captivos    vero    qui  zast  entre  les  autres  miséra- 

inde  fngerant,  Dei  virtute  et  blés   chiettifs.    En   la  par  fin 

timoré     Lambertiv,     minime  iceulx    homes    dyabolicques 

ausi  fueruntpersequi1:  timor  pacifiiez  de  si  grant  discorde 

etenim  magnus  invaserat  il-  remontèrent    en   leurs    neffs 

los.  Et  volentes  inde  ad  re-  avecques  pleur  et  doleur,  ne 

gionem  suam  navigare,  ven-  onques  n'osèrent  ensuir  les 

tus  Aquilox  violentiay  coactos  chiettifs,  qui  d'illecques  es- 

usque    adz  Galliciam    dedu-  toient  fuiz  et  par  la  vertu  de 

xita.  Gallicii  vero,  se  ab  eis  Dieu  délivrez  de  leurs  mains, 

in  fortitudine  magna  defen-  Car  grand   crainte  les   avoit 

dentés,  omnes,  exceptis  tri-  espouvantez,  et  de  illecques 

ginta  navibus,  interfecerunt.  en  après   ceulx   Dannoys    et 

Quibusb    inde    fugatis,   ipsi-  Normans,  voulans  nager  vers 

met  a  zephiro   dedueti0  re-  leur  région  se  mirent  en  mer. 

dierunt    Burdegalam  ;     qua  Mais  le  vent  de  Acquilée  les 

devastata,    navigaverunt  us-  pourforcza,  et  par  la  violence 

queSantonas2,ibique,  magnis  de  ses  sifïleis  les  mena  juc- 

rapinis  captis,  ad  suam  inde  ques  en  Gallice.  Contre  les- 

patriam  valde  desideratamd  queulx  les  Galliciens  assem- 

remeaverunt,  satis  ditissimis  blèrent  leurs  forces  et  en  soy 

spoliis  oneratie .  Praefati  au-  deffendant   d'eulx  par  grant 

tem    captivi,  mare    retracto,  vertulesoccirenttouz excepté 

de  Herio  insula  exeuntes3  et  xxx    neffs;    lesquelx    d'illec 


VII.  —  u)  cum  luctu  et  dolore  desunt  D.  —  v)  Dei  virtute  liberati  A;  Dei 
virtute  et  timoré  Lamberti  desunt  D.  —  x)  deest  B.  —  y)  violentus  B, 
violenter  D.  —  z)  usque  ad  desunt  B.  —  a  )  redux.it  AD.  —  b  )  qui  D.  — 
c')  inde  fugatis  ipsimet  a  zephiro  dedueti  desunt  D.  —  d)  valde  desideratam 
desunt  D.  —  e  )  satis  ditissimis  spoliis  onerati  desunt  D. 


1.  Cette  crainte,  inspirée  par  Lambert  aux.  Normands,  prouve  que  ce 
comte  n'avait  point  fait  alliance  avec  les  pirates  danois  et  contredit  le  récit 
légendaire  rapporté  plus  haut  (p.  13,  note  1). 

2.  C'est  en  l'année  suivante  844  que  les  Normands  parvinrent  en  Gallice 
éï  en  845  qu'ils  arrivèrent  à  Saintes,  après  avoir  dévasté  1  Aquitaine  et  la  ville 
de  Bordeaux  {Annales  Bertin.,  dom  Bouquet,  VII,  63  et  64). 

3.  Il  paraît  certain  que  les  Nantais,  emmenés  prisonniers  dans  1  île  de  Noir- 


[c.  vu.  an.  8*3-845]                    NAMNETENSE  21 

de  tam  praeclarissimis  rébus  enchacez  retournèrenl  àBor- 
perditis,  scilicet  vasis  aureis,  deaux  et  dégastèrent  la  pro- 
ttrgenteis  coronis,  aureis  or-  vince,  puix  nagèrent  jucqueg 
namentis,  pretiosis  libris1  et  à  Seinctes,  et  d'iilecques, 
regalibus  testamentis*',  so-  prinses  grandes  ra j)i im-s ,  re- 
lummodo  secum11  bibliothe-  tournèrent  à  leur  pays  lon- 
ciiiii  afférentes,  et  quasi  a  guement  désiré,  assez  char- 
morte  résurgentes,  eum  gau-  gez  de  richesses  et  de  des- 
dio  inenarrabilis  exultationis  pouilles.  Et  les  davant  dittz 
ad  urbem  Namneticam  deso-  chiétiffs,  quant  la  mer  fut 
latam,  devastatam,  ad  nihi-  retraitte,  issirent  de  Tisle 
lum  redactam,  nullum  gu-  Hério,  et  de  toutes  leurs  ri- 
bernatorem  habentem,  e1  ad  ehes  choses  qu'ilz  avoient 
domum  Dei  violât  a  m,  conta-  perdues,  comme  vesseaux 
minatam,  omnique  dedecori  d'or  et  d'argent,  coronnes 
dcditam  venerunt* .  Congre-  d'or,  aournemens  précieux, 
gatisque  undique  Superstiti-  livres  et  royaux  test  amen  s, 
bus,  qui  a  clade  remanseranl ,  avecques  eulxtantseullement 
templum  sanctum,  a  paganis  apportèrent  la  librairie  des- 
corruptum  e1  sanguine  sanc-  susditte,  cl  ainsi,  comme  se 
torum  infectum,  lacrîmabili-  résucitans  de  mort  avecques 
ter  expurgantes,  mandave-  j°yc  et  liesse,  vindrent  en  la 
ru ii  1  venerabili  Susannoj,  cité  de  Nantes  désolée,  dé- 
Venetensium  episcopo1,  ut,  gastée  et  ramenée  à  néani  el 
fraterna  dilectione  ad  eus  <|ui  n'avoil  nul  governeur; 
veniens,  î  11  ml  reconciliaret.  puix  allèrenl  à  la  maison 
\claque    fuit    haec    reconci-  Dieu   viollée,  souillée  et   pri- 


\  II.  —  1')  deest  II.  —  g)  libris  addit  B.  —  h)  deest  II.  —  V)  Haec 
yaucis  ver  bis  abbreviai  D,  —  j  )  advocarunl  Susannum  />. 


moutier,  se  sauvèrenl  par  le  passage  du  (lois.  seul  endroit  de  1  il»*  paroù  l  <>n 
puisse  gagner  la  terre  Ferme  à  marée  basse.  Ge  passage,  qui  n'a  que  quatre  kilo- 
mètres de  largeur,  se  découvre  complètement  lorsque  la  mer  s'est  retirée  et  les 
piétons  venant  de  Beauvoir  utilisent  encore  cette  route  pour  aller  à  Noirmoutier 
1.   Susan,  év.  de  Vannes  de  S:iK  a  848,  année  où  il  fut  déposé  parNominoé 

(v.  La  Bordçrie,  Examen du  Cartul.  de  Redon,   />//>/.  de  l'Ee.  des 

eh..  \W  .  1863-64,  p.  415). 


22  CHRONICON  [c.  vin,  an.  843] 

liatio  pridie  kalendas  octo-  vée  de  toute  sa  beauté  accous- 
brisk',  in  ipsa  die  qua  ejus-  tumée,  et  là  s'assemblèrent 
demtempli  prima  consecratio  les  demourans  qui  de  la  pes- 
fuit1.  Ex  quo  tempore  urbs  tillance  estoient  demourez, 
Namnetica  mala  semper  us-  qui  le  saint  temple  corrompu 
que  nunc  frequentia  passa  par  les  païens  et  infait  par  le 
est  habere,  sicut  in  série  hu-  sang  des  sains,  nettoièrent  en 
jus  relationis  continetur1 .  pleurs  et  en  lermes,  et  man- 

dèrent à  Susan,  évesque  de 
Yennes,  que  par  dilection 
fraternelle  il  veneist  à  eulx 
pour  icelui  temple  réconcilier.  Lequel  Susan  très  volentiers 
se  octria  à  leur  requeste,  et  fut  ceste  réconciliacion  faicte  le 
jour  devant  les  kalendes  d'octobre,  en  celui  jour  que  la  pre- 
mière consécration  d'icelui  temple  avoit  esté  faitte  [F,  f°  113 
r°  et  v°). 


VIII 


Lambertus   vero   ille,    qui  Et    adonc    Lambert,     qui 

haec    omnia    superius    dicta  avoit  perpétré  toutes  ces  cho- 

peregita,  comitatum  Namne-  ses,  print  la  comté  de  Nantes, 

ticum      impudenter b      inva-  et  la  distribua  à   ses   cheva- 

dens  2,  militibus   suis   distri-  liers,   c'est  à  scavoir  à  Gun- 

buit,  scilicet  Gunferioc,  ne-  frov,    son    neveu,   la    région 


VIT.  —  k  )  anno  post  incarnationem  Domini  DCCGXLTII,  quo  fuere 
kalendae  januarii  II  feria,  rogationes  V  kalendas  junii,  anno  IV  post  obitum 
Hkidovici  serenissimi  imperatoris  addit  D.  —  1  )  habetur  B. 

VIII.  A  B  D  E  F.  —  a)  qui  haec  omnia  perpetrarat  D.  —  b)  deest  D.  — 
c)  Gueferio  AD. 


J .   Cette  consécration  eut  lieu  le  30  septembre  843. 

2.  L'antipathie  manifeste  du  chroniqueur  de  Nantes  pour  Lambert  montre 
que  plus  d'un  Nantais  au  xie  siècle  considérait  comme  un  crime  1  infidélité  au 
roi  de  France,  fût-ce  au  profit  du  duc  des  Bretons. 


[c,  vin,  an.  843                          SAMNETENSE  ft 

poti  suo,    regionem    Herba-  d' Er bauges ,     à      Rainarius 

dillicam,  Raineriod  Metalli-  Maulge  et  à  Girard  Thiffaul- 

cam,     Girardo0     Theophal-  ges,  et  toutes  ces  choses  leur 

giam  1  ,     quae     omnia     illis  concéda  par   droict   héritel. 

hereditario    jure    eoncessit.  Après     la     mort    Rainaldus, 

Adversus  quos    Bego,    postf  constitua  le    roy  Charles   un 

in  ter  i  tu  m  Rainaldi  (lux  Aqui-  autre  duc  en  Acquitainc  pour 

taniae  Cactus,  qui  supra  lipam  dcfFendre  la  province,  appelle 

Ligeris   reconter   non   longe  Bégo,  lequel,  [selon la Chro- 

al>  urbe  Namnetis  castellura  nicque  de  Nantes],  forma  un 

construxerat  et  nomen  suum  chastel  sur  la  rive  du  fleuve 

Imposuerat,     insurgens,     ah  de  Loire,  assez  près  de  la  cité 

his  regionibus  voluit  eos  om-  de  Nantes,  auquel  chastel   il 

binoabjicere8.  Qui  ex  impro-  imposa  son  nom.  Et  voulant 

visoprimumin  Ilerhaclillieain  celuy  duc    Bégo    chasser    et 

cum  multitudine  militum  in-  débouter  les  dessusdits  nom- 

grediens'1,     Gunferium     mi-  me/    Gunfroy,    Rainarius    et 

aime    potuit    invenire  ;    res  Girard  de  celles  régions,  vint 

etenim  illa   sihi   bene  inno-  en  despourveu premièrement 

tuerat.    Post  cujus  reditum,  en  Ilerbaulge  aveequos  mul- 

Gunferius,    advocatis    sociis  titude  de  chevaliers    cuider 

suis  Rainerio  '  et  Girardo  sihi  assaillir  Gunfroy,  lequel  il  ne 

in  auxilium,  furtive equitans,  trouva  pas,  car  il  avoit  eu  co- 

consecutus    est    illum    jam1  gnoissance  de   sa   venue,   et 

vada  Blesonis  fluminis  tran-  s'estoit  absenté.   Mais,  ainsi 


\\\\.  —  il)  Uamcrio  /).  —   o)  (îiraldo  A.  —   1)  Begopus  A  D.  pro   Bégo 
post. —  g)  abi^erc  I).  —  li)  aggrediens  A  I).  —  i)  Ramerio  D. —  j)  juxta  I>. 


I.  (le  chapitre  NUI  a  un  réel  intérêt  au  point  de  sur  historique;  car  il 
renferme  le  récil  d'événements  qui  ne  sont  rapportés  nulle  pari  ailleurs,  Il 
offre  (tailleurs  de  grandes  garanties  d'exactitude,  car  il  n'es!  guère  douteux 
(|u  il  ne  soit  la  reproduction  presque  intégrale  d'une  de  ces  notes  annalistiques 
d  origine  contemporaine  dont  parle  le  chroniqueur  de  Nantes  au  commen- 
cement du  chapitre  précédent.  L'existence  de  Renier  el  de  Girard,  lieutenants 
de  Lambert,  n'est  connue  que  par  ce  récit.  Quant  à  Gonfier,  neveu  de  Lam- 
bert, la  lin  de  ce  même  chapitre  nous  apprend  qu  il  m'  maintint  au  moins  (US 

<|u  eu  853  eu  possession  d'une  partie  du  pays  d  Herbauge 


24  GHRONICON  [c.  vin,  an.  843 

seuntem1  ;  et,  cumjam  média  que    Bégo    s'en    retournoit, 

pars  militum  vada  transierat,  Gunfroy  appella  ses  compa- 

cucurrit  Gunferius  eu  m  ma-  gnons    Rainarius    et    Girard 

gno    impetu   super   ultimam  en    son    aide,    et  chevaucha 

aciem,    et,    plurimis    in    illo  celéement  tant  qu'il   accon- 

certamine  interfectis,  fugavit  suivit  Bégo  ainsi  qu'il  passoit 

omnes.  Inter  quos  Bego,  dux  lesguésdeBléson.  Et,  comme 

Aquitanorum,  fugientes  ceci-  jà  la  moitié  des  chevaliers  eus- 

dit  interfectus 2.  Cujus  corpus  sent  trespassé  lesdits  gués,  il 

sepultumestapudDurenumk,  courut   sus    impétueusement 

Theophalgiae  vicum3.  Gunfe-  à    la    dernière     compagnie, 

VIII.  —  k)  Durenium  A,  Dureium  B. 


t.  Le  Blaison,  affluent  de  la  Maine,  qui  elle-même  se  jette  dans  la  Sèvre- 
Nantaise.  M.  Dugast  Matifeux  croit  que  les  gués  dont  il  est  ici  question  sont 
ceux  de  la  Guérinière  (Congrès  archéologique  de  France,  tenu  à  Fon- 
tenay-le- Comte,  Paris,  1865,  in-8,  p.  63). 

2.  La  mort  de  Bégon  se  place  dans  les  derniers  mois  de  l'année  843.  —  Cf. 
Guerres  d'indépendance  de  la  Bretagne  sous  Nominoé  et  Erispoé,  livre 
cité.  —  On  ne  sait  de  Bégon  que  ce  qu'en  dit  ici  le  chroniqueur  de  Nantes. 
Il  est  probable  que  Bégon  n'eut  jamais  le  titre  ni  les  fonctions  de  duc  d  Aqui- 
taine. Le  duché,  qui  lui  fut  confié  par  Charles  le  Chauve,  venait  d'être  con- 
stitué en  faveur  de  Renaud  pour  faire  obstacle  aux  invasions  des  Bretons  ;  il 
s'étendait  certainement  sur  les  pays  d  Herbauge  et  de  Nantes  et  peut-être  sur 
ceux  d'Angers  et  de  Rennes.  Renaud,  prédécesseur  de  Bégon,  portait  déjà  le 
titre  de  duc;  c'est  ainsi  qu'il  est  désigné  par  le  chroniqueur  contemporain  de 
Fontenelle  et  par  l'auteur  des  annales  de  Saint-Bertin  (dom  Bouquet,  Vil, 
41  et  62).  Bernard  et  Hervé,  successeurs  de  Bégon,  sont  appelés  markiones, 
marquis,  par  un  auteur  du  temps:  ce  qui  contribue  à  prouver  que  le  duché, 
auquel  ils  étaient  préposés,  était  marche  de  Bretagne  et  par  conséquent 
distinct  du  duché  d'Aquitaine. 

3.  Durin  est  aujourd'hui  Saint-Georges  de  Montaigu  (Vendée,  arr.  La 
Roche-sur-Yon,  canton  Montaigu).  Le  village  de  Durenum  est  mentionné 
dans  la  vie  de  saint  Martin  de  Vertou,  qui  y  fonda  un  monastère.  Au  ixe  siècle, 
ce  monastère  devint,  comme  Vertou,  un  prieuré  dépendant  de  Saint-Jouin  de 
Marnes.  Cf.  Mabillon,  Acta  SS.  ord.  S.  Bened.  saec.  I,  p.  374,  note  c. 
La  situation  bien  déterminée  de  Durin,  village  de  Tiffauge,  sur  la  rive  droite 
du  Blaison,  prouve  qu'au  ixe  siècle  le  Blaison  servait  de  frontière  commune 
aux  deux  pays  d'Herbauge  et  de  Tiffauge,  comme  plus  tard  aux  deux  diocèses 
de  Nantes  et  de  Poitiers.  En  effet,  Gonfier,  chargé  par  Lambert  de  la  défense 
du  pays  d'Herbauge  et  poursuivant  Bégon  et  son  armée  pour  les  chasser  de  la 
région,  les  rejoignit  lorsque  déjà  ils  s'apprêtaient  à  traverser  les  gués  du  Blai- 
son. Cette  expression  indique  que  Bégon  était  sur  le  point  de  sortir  d'Her- 
bauge, et,  de  fait,  ayant  été  tué  en  cette  rencontre,  il  fut  enterré,  à  quelques 
kilomètres  plus  loin,  à  Saint-Georges  de  Montaigu,  village  du  pays  de  Tiffauge. 


[c.  ix,  an.  843-844[  NAMNETENSE  25 

rius  vero,  veniens ad  castrum  donl  il  occist  plusieurs  en 
Begonis  l,  cepit  illud,  ethabi-  l'estrif,  ci  les  autres  enchâssa, 
tavit  ihi,  douce  Normanni,  entre  lesquels  fuyants  Bégo, 
iicc  multo  post  tempore1,  ite-  duc  des  Acquitains,  lut  occis 
m  m  per  Ligerim  remeantes  el  ensevely  à  Durenum,  une 
ad  urbes,  ripis  ejus"  finiti-  ville  de  Thiffaulges.  Et  lors 
mas,  devastandas,  longa  sta-  vint  Gunfroy  au chastel  Bégo, 
tione  castrorum  captum  vio-  lequel  il  print et  l'habita  jus- 
lenter  concremaverunt 2.  ques  à  ce  que  les  Norwégiens 

peu   après  retournèrent  par 
Loire  à  gaster  les  citez  voi- 
sines des  rives  diceluy  fleuve, 
qui  par  long  siège  prindrent  violentement  ledit  chastel  (E9 
p.   101  et  102). 


IX. 


Mis    itaque    peractis,    ille  Et  ces   choses    ainsi    par- 

miser  populus  Namnetensis,  faictes,  le  meschanl     peuple 

a  pastore  orphanus  el  in  de-  de  Nantes,  orphelin  de  pas- 

solationein    oinnino    derelic-  leur  et  du   tout  en    tout    dé- 

tns,  misii  tamen  de  clericis  a  laissé  en  désolacion,  envoiea 

tanta  caede  superstitibus,  ad  des   clercs   qui    de   loccision 

domnum  Amalricum,  hono-  estoienl  demorez  à  Amauri, 

rabilem    virum  ,     Turonicae  archiévesque    du    siège    de 


NUI.  —  L)  secunda  vice  addunt  AD.  —  m)  deest  AD. 

i  \ .  .  /  /;  / •'. 


1.  Le  château  de   Bégon,  castrum   Begonis,  doit   être  identifié  avec  la 
motte  de  Bougon,  située  sur  la  rive  gauche  de  la  Loin-,  tout  près  de  Nantes, 
dans  la  paroisse  de  Saint- Pierre  de  Bouguenais.  Sur  cette  motte,  voir  Con^ 
archéologique  (!<■  France  tenu  <i   Nantes  eu    Î856  (Caen,    1857,  in-8), 
i».  ;'.  ci  i o.'). 

2.  I-  invasion  des  Normands,  dont  il  est  ici  question,  esl  celle  de  853,  au 
cours  <lc  laquelle  ils  ravagèrent  Nantes  el  loua  les  pava  avoisinanU 


'26  CHRONICON  [c.  ix,  an.  843-814] 

sedis  archipraesulem1,  ut  ec-      Tours,  afïîii   qu'il  leur  don- 


clesiae  Namnetensi  miser- 
rimae  consilium  claret,  quo- 
modo  gubernatorem  recupe- 
raret.Qui,exclericisecclesiae 
suae,  voluntate  et  conces- 
sione  Karoli  régis,  juvenem 
eligens    nobilem,    Actardum 


nast  conseil,  comme  la  misé- 
rable église  de  Nantes  peust 
recouvrer  son  gouverneur  : 
lequel  Amauri  archevesque 
esleut  entre  les  clercs  de  son 
église  ung  noble  juvenceau, 
appelle     Attardus,     sage    et 


nomine,  sapientem  et  omni-      aourné     de     toutes     bonnes 
bus  bonis  moribus  ornatum,       meurs,  et  le  consacra   éves- 


Namneticae  urbi  desolatae 
consecravit  episcopum  ~  ;  et 
mittens  illum  diligentissime 
doctum  ad  urbem  Namneti- 
cam  desolatam  consolandam 


que  de  la  cité  de  Nantes,    à 
laquelle  il  le  envoiea  pour  la 
consoller,   par    le    consente- 
ment du  roy  Charles  le  ChaufF 
de  France.   A    l'advénement 
eta  ad  illam    paterna    erudi-      duquel,  tout  le  peuple   nan- 
tione    erudiendam    et    recto      tais  receut    grant   fiance    de 
tramite  gubernandam,  prae-      seurté, combien  que  pluseurs, 
cepitb  ut,   bonus   pastor  su-      encore    espouventez    par    la 
perc     eam    vigilansd,     pro-      rage  des  Normans,  se  fussent 
videntissime    observaret    et      loign  fuiz  [F,  f°  114  r°). 
audacissime    intenderet    de- 
fendere.  Ad  cujus  adventum 
omnis     populus     occurrens , 
quamvis    multi,    adhuc    rabie   Normannorum   pavidi,  longe 

IX.  —  a)  deest  A.  —  b)  praecipit  B.  —  c)  sic  B.  —  d)  vigilet  A. 


1.  Il  y  a  là  une  erreur.  Amauri  ne  devint  archevêque  de  Tours  que  vers  le 
mois  de  février  851.  A  cette  date  de  843,  c'était  Ursmar  qui  gouvernait 
l'église  de  Tours. 

2.  Actard  était  certainement  d'origine  tourangelle:  il  avait  été  baptisé, 
élevé  et  ordonné  prêtre  dans  l'église  de  Tours  (Migne,  P.  L.,  t.  124,  col.  880). 
De  plus,  avant  d'être  élu  évêque  de  Nantes,  il  avait  gouverné  un  monastère 
en  Touraine  (dom  Martcne,  Thésaurus  novus  anecdotorum,  III,  col..  866). 
Sa  nomination  comme  évêque  de  Nantes  est  postérieure  au  30  septembre  843, 
puisqu  à  cette  date  les  Nantais  eurent  recours  à  Susan,  évêque  de  Vannes, 
pour  faire  la  dédicace  de  leur  cathédrale.  L  élection  d  Actard  doit  être  des 
derniers  mois  de  843  ou  du  commencement  de  844. 


c.  x,  an.  8U-852]  NAMNETKNSE  -■ 

diffugissent,  val  de  gavisus  est,  et  per  ejus  consolationem 
magnae  securitatis  fiduciam  recepit.  Quae  autem  in  episco- 
patu  adversitatis  cl  détriment!  sustinuit,  salis  in  futuro 
uarrabitur,  sicul  séries  hujus  relationis  exiget. 


X. 


Nune  vero  primum  est  ré- 
férendum8 quomodo  Actar- 
diis  episcopus  Lambertum 
perfidum  et  comitatus  urbis 
Namneticae  invasorem  ab  illa 
regione  dejecit  et  expulit1. 
Nam  Lambertus,  semper 
Namnetensibus  infestus  et 
vaille  odiosus,  voluit  domum 
luam  in  principal]  arce  hujus 
urbis    aedificare  et   per  hoc 


Adonc,  [selon  ladite  Chro- 
nicque,]  voulut  Lambert  édi- 
fier sa  maison  en  la  souve- 
raine tour  de  la  cité  de  Nan- 
tes, et  seigneurier  à  Àctardus 
et  à  tous  les  citoyens  et  y 
avoir  principauté,  laquelle 
ebose  tous  d'un  commun  ac- 
cord luy  prohibèrent.  Pour 
quoy  Lambert,  meu  dire  con- 
tre eux,  fist  maintes  oppres- 


\.  A  11  I)  E  F.  —  a)  nobis  addit  />'. 


1.  Certains  détails  historiques  et  dignes  de  foi,  rapportés  dans  ce  chapitre, 
ont  été  mêlés  au  récit  d'événements  qui  ont  été  certainement  dénaturés.  11 
tsl  vraisemblable  que  le  chroniqueur  de  Nantes  aura  remanié  à  sa  guise  d'an- 
ciennes annales,  dont  il  faisait  usage  et  qui,  comme  il  le  dit  (ch.  vu), 
avaient,  à  son  avis,  interverti  l'ordre  des  temps.  Pour  donner  plus  de  clarté 
au  récit,  il  l'a  complètement  obscurci;  de  telle  sorte  qu  il  esl  devenu  au- 
jourd'hui à  peu  près  impossible  de  dire  quel  rôle  l'évèque  Ictard  a  pu  jouer 
au  Bujel  de  l'expulsion  de  Lambert  du  comté  de  Nantes.  Le  plus  probable 
cependant  esl  que  l'intervention  d  Retard  auprès  de  Charles  le  Chauve  date 
de  l'année  851.  V  celle  époque,  lors  du  traité  d'Angers,  il  est  certain  que  le 
roi  obtint  du  duc  de  Bretagne  que  Lambert  ne  conserverait  pas  la  possession 
du  pays  de  Nantes.  Mais  alors  le  duc  de  Bretagne  n'était  pas  Nominoé,  mort 
depuis  quelques  mois;  c'était  son  fils,  Erispoé.  Notre  récit  renfermerait  d  »nc 
une  cireur,  imputable  sans  doute  au  chroniqueur  de  Nantes  Au  lieu  de  No- 
îninoé.  il  faudrait  lire  Erispoé,  et  en  conclure  qu'Actard  Bervil  d  intermé- 
diaire entre  Charles  le  Chauve  et  Erispoé,  avant  la  signature  du  traite 
d  Vngers  (fin  de  851),  et  qu'il  obtint  du  duc  breton  la  promesse  d  !  cfa 
Lambert  de  Nantes.  (  le  serait  alors  que  Lambert  se  serait  enfui  jusqu  à  (  iraon 
La  fin  du  récit  est  pleinement  continuée  par  le-  autres  chroniques  con- 
temporaines. 


28                                                    CHRONICON  [c.  x,  an.  844-852] 

episcopo   et  civibus    canctis  sions,   et  lors  l'évesque  Ac- 

dominari  et  prineipatum  ha-  tardus  alla  au  roy  Charles,  et 

bereb.  Quocl  episcopus  .et  alii  luy  remonstra  les  maux  que 

omnes,  Lamberto  c  coutradi-  Lambert  faisoit  à  luy  et  aux 

eentes,  modis  omnibus  pro-  citoyens  de    Nantes.  Sur  la- 

hibuerunt    fieri.    Qua   de  re  quelle  complainte  ledit  Char- 

Lambertus d,    adversus    eose  les   print   conseil,   et  manda 

in  iramf  accensus,  coepit  illis  par  celui  mesme  Actardus  à 

multa  mala  agere.  Sed   épis-  Nemenoius,  prince  des  Bre- 

copus Actardus sapienter pro-  tons,  par  l'aide  et  confiance 

videns  g    quomodo    malitiam  duquel  Lambert  avoit  occupé 

ejus  tanto  tempore  continua-  le  droict  de    la  cité  de  Nan- 

tamh  exstinguere  posset,  ad  tes,  que,  s'il  le  mettoit  hors, 

Karolum  regem  perrexit,  et  il  luy  pardonneroit  toutes  les 

ostendit  ei  quanta  mala  sibi  offences  qu'il  luy  avoit  faites, 

et  civibus  Namnetensibus  fe-  Et  à   celles  choses    adjousta 

cerat  Lambertus1.  Unde  rcx,  l'évesque  Actardus  de  sa  part, 

consilium  accipiens,   Nome-  que  si  Nemenoius  n'obéissoit 

noio,  Britannorum  principi,  audit  Charles    en  déboutant 

cujus  fi  du  ci  a  et  auxilio  Lam-  Lambert,   lesdits  Charles  et 

bertus  jus    regiumj  Namne-  Lambert  feroient  paix  ensem- 

ticae  urbis  invaseratk,  man-  ble,  et  luy  seroient  tous  deux 

davitper  hune  episcopum  ut,  contraires.    Laquelle    chose 

si  hune  perfidum  a  se  expel-  oye    par    Nemenoius,    com- 

leret,    offensas    sibi    ab    illo  bien   qu'il  craignist  peu   les 

lactas     dimitteret.    Ad    haec  menaces  dudit  Charles,  tou- 

quoque    episcopus   ex    parte  tes     fois    pour    ce    qu'il    lut 

sua   addidit  quod  si   Nome-  reprins  par  ses  gens,  il  manda 

noius  reginonobediret,Lam-  à  Lambert  que  s'il  ne  se  dé- 

bertus  cum  rege  concordiam  partoit  de  la  comté  de  Nan- 

faceret  et  sibi  postea  omnino  tes,    il  luy  courroit    sus  par 

contrarius  esset.  Quo  audito,  armes.  Si  lut  Lambert  espou- 

Nomenoius,    quamvis     régis  vanté  de  ces  maudemens,  et 

X.  —  b)  sed  A.  —  c)  sibi  B.  —  d)  deest  D.  —  c)  omnes  D.  —  f)  illiun 
J).  — ■  g:)  praevidens  B.  —  b)  continuam  B.  —  i)  deest  B.  —  j)  deest  D. 
—  10  sibi  attribuebat  A  D. 


[c.  x,  an.  844-852]                     NAMNETENSE  2$ 

timorem    pàrvipenderet,    ta-  s'enfuit  à  Craon,    une  ville, 

mena  suis  reprehensus,  Lam-  qui  lors  estoil  du  territoire 

berto   mandavit   ut,    si    jura  de  Nantes,  y  appartenant  par 

régis  el   comitatum  Namne*-  le  droict  de  Saint-Clément, 

licum1  non  «I i m i ttcrct rn,  ipse  un  monastère  de  la  cité,  au- 

equidem  armatus  illi"  occur-  quel  la  sœur  d'iceluy  Lambert, 

reret.Quibus  mandatis,Lam-  nommée  Doda    présidoit.  Et 

bertus    nimis    pavefactus   ti-  <le    là    fist    Lambert    maints 

mini  ni  rex  et  Nomenoius  in  assauts  aux  régions  voisines, 

iiiiuin    conglobati    illum     ex  contre  lequel  plusieurs  s'es- 

tmproviso  confoderent0.  Di-  levèrent,  qui  s'en  retournè- 

mittens    autem     comitatum,  rent  desconfits.  Ht  entre  au- 

fugil     usque  p    Credonem  l,  très   Guy,  comte  du  Maine, 

lune  temporis  Namneticiter-  espérant  le  vaincre,  l'assaillit 

ritorii vicum,jureSanctiCle-  avecques  grand    nombre  de 

mentis   civitatis  Namneticae  chevaliers  qu'il  mist  en  fuite, 

monasterio  pertinentem,  cui  Et,  quand  il  eut  ainsi  vaincu 

abbatissa,     hujus    Lamberti  ses  résistans,   il  composa  un 

Boror,  nomine   Doda2,   prae-  chastel    sur  la   rive  d'Udon; 

sidebat  ;  ac  indeqmulta  mala  et  prenant  de  là  en  après  en  sa 

vieinis  regionibusintulit.  Ad-  domination  le  territoire  d'An- 

versus  quem  multi,  ad  eum  gers,  si  comme  Mayenne  des- 

debellandum  insurgeâtes,  ab  cendant  en  Loire,  le  tint  par 

eo  vieti    recesserunt.    Porro  sa  puissance  jusques  à  la  fin 

Guido,    Cenomannensis    co-  de  sa  vie  [E,  p.  102  et   103  . 

mes8, speranseumfortitudine  Mais,   comme,   après  ce  que 

V  —  I)  si  jura  ecclesiae  Namnetensis  el  civium  A.  —  m)  ois  in  paoe  addit 
A.  —  n)  Lambertu  A  D.  —  o)  confunderent  A. —  p)  Ciron,  id  est  addunt 
A  D.  —  (|)  in  dies  li. 

1.  Craon,  Mayenne,  arr.  Château-Gontier,  chef-lieu  de  canton.  —  L'église 
de  (  Iraon  devint  au  \i°  siècle  un  prieuré  dépendant  de  la  Tri  nid'  de  Vendôme. 
Elle  et  ail  nuis  le  patronage  de  sainl  Clément;  ce  <[ui  témoigne  de  son  an- 
cienne soumission  au  monastère  de  Saint-Clément  de  Nantis. 

-.  On  ne  >ait  rien  sur  l'abbesse  Doda.  ni  d  ailleurs  sur  le  monastère  de 
Saint-Clément  qu'elle  dirigeait  à  Nantes  el  qui  disparut  lorsque  les  Normands 
s''  furent  au  v  siècle  emparés  de  cette  cité  el  j  eurent  établi  leur  dominatiou. 

.').  Gui,  comte  du  Maine,  (ils  et  successeur  du  comte  Gui,  lequel  avait  été 
tué  en  (Sol  au  service  de  l'empereur  Louis  le  Pieux,  gouvernail  la  parti 


30  CHRONICON  [c.  x,  an.  844-852] 

magna  militum  vincere,  in  Lambert  eut  esté  trop  volun- 
fugam  versus  est.  Devictis  taire  de  parolle  et  d'euvre,  et 
itaquesibiresistentibus,  cas-  aussi  de  son  glayve,  jamais 
trum  super  ripam  Uldonis  n'eut  cessé  d'espandre  sang 
composuit  ',  etaccipiensinde  humain  et  eust  fait  innum- 
in  dominatu1'  suo  Andega-  brables  maulx  en  terre,  en 
vense  territorium,  sicut  Me-  la  parfîn  il  fut  occuppé  de 
duana  in  Ligerim  descendit2,  mort  subite,  et  finit  sa  vie 
ille  bellicosus  homo  tenuit  temporelle.  Si  fut  enseveli 
illud  territorium8  violentia  apud  Saponarias,  une  ville 
sua  usque  ad  finem*  vitae  de  la  comté  d'Angeou  (F,  f° 
suae.  Quumautem,  postquam  1 14  v°). 
juvenis  factus  nimis  volun- 
tarius  verbo,  opère  ac  etiam 

gladio  suo,  de  effusione  humani  sanguinis  nunquam  cessas- 
set  ac  innumerabilia  mala  in  terra  fecisset,  tandem  a  morte 
subitanea,  tanto  tempore  exoptata,  occupatus,  vitam  finivit 
temporalem  et  recepit  infernalem3,  sepultusque  est  apud 
Saponarias,  Andegavensis  territorii  vicum4. 

X.  —  r)  dominicatu  B.  —  s)  deest  B.  —  t)  fîdem  B. 


cidenlale  du  Maine  limitrophe  de  la  Bretagne.  Il  y  avait  à  la  même  époque 
un  autre  comte  du  Maine,  Gauzbert,  qui  administrait  la  partie  orientale  de 
ce  vaste  comté. 

1.  Il  s'agit  probablement  ici  du  château  de  Craon,  bâti  sur  l'une  des  rives 
de  l'Oudon,  affluent  de  la  Mayenne. 

2.  La  partie  de  l'Anjou,  dont  Lambert  s'empara,  fut  après  sa  mort  cédée 
par  Charles  le  Chauve  au  duc  Erispoé,  comme  le  prouve  une  charte  du 
25  août  852,  postérieure  de  quatre  mois  seulement  à  la  mort  de  Lambert,  où 
on  lit  :  Dominante  Erispoe  in  totam  Britanniam  et  usque  ad  Medanam 
fluvium  (Cartul.  de  Redon;  p.  367). 

3.  Lambert  fut  tué  ou  plutôt  assassiné  le  1er  mai  852  par  Gauzbert,  comte 
du  Maine.  Il  y  avait  alors  dans  1  ouest  de  la  Gaule  un  puissant  parti  favorable 
à  Lambert.  Le  roi  Charles  le  Chauve  lui-même  semble  avoir  regretté  la  mort  de 
son  ancien  auxiliaire.  Car  les  Nantais  s'étant  emparés  par  ruse  du  comte 
Gauzbert  et  l'ayant  livré  à  Charles  le  Chauve,  ce  prince  le  ht  décapiter 
(mars  853).  Cet  ac!e  de  représailles  occasionna  un  soulèvement  contre  le  roi 
en  Aquitaine.  Cf.  Annales  Fuldenses ,  Chron.  Aquitanie.,  Adémar  de 
Chabannes  (dom  Bouquet,  VII,  165,  223  et  226). 

4.  Savennières,  Maine-et-Loire,  arr.  Angers,  canton  Saint-Gcorges-sjr- 
Loire. 


[c.  xi,  an.  845-8 iô 


NAMNETENSE 


•I 


XI 


Sicque  infelice  Lamberto 
defuncto,  Nomenoius1,  lune 
temporis  propter  Britonum 
multitudinem  superbus,  ac 
régis  Ivaroli  principatum  pro- 
pter fratris  sni  Lotarii  defen- 
sionem,  volentis  totum  re- 
gnum  Francorum,  sicutprius 
pteterat,  in  iiiniin  admittere, 
pêne  declinatum  providens8, 
undique  congregata  fortitu- 
dine  sua,  Ligerim  transiens, 
m  Aquitaniam  ingreditur,  et 
longius  progredicns,  popu- 
lum  per  rura  repertum  înte- 
l'cinit ,  aedificiisque  igné  con- 
sumais, neceeclesiisnee  mo- 
nasteriis  parcens,  regionem 
devastavil  ;  primumvero  mo- 
naeterium  Glonnae8  obsedil 
destruxitque  ;   ïndeque   lon- 


Après  la  mort  Lambert, 
qui  fui  ensevely  à  Saveniè- 
res,  une  ville  du  territoire 
d'Anjou,  Ncmenoius,  ^selon 
l'acteur  des  Chronicques  de 
Nantes],  en  celuy  temps  moult 
eslevé  pour  la  multitude  de 

ses  Bretons ,  assembla  de 

toutes  parts  ses  forées,  puis 
passa  le  fleuve  de  Loire  et 
entra  en  Acquitaine,  et  tirant 
Xemenoius  plus  avant,  oceist 
le  populaire  qu'il  trouva  aux 
champs,  et  gasta  le  pais  en 
bruslant  les  édifices  sans  es- 
pargner  église  ne  monstier. 
Et  tout  premier  assaillit  celuy 
Nemenoius  le  monastère  de 
Glonna  et  le  destruisit..., 
ai ns  procéda  plus  avant  con- 
tre les  Angevins,  et  s'efforça 


XI.  n  n  i:  / 


1.  Il  >  a  là  une  erreur.  Gomme  je  l'ai  déjà  dit,  Nominoé  moarul  avant 
Lambert  (voir  plus  haut.  p.  27,  note  1). 

2.  L'intervention  de  Lothaire  dans  les  affaires  du  royaume  de  Charles  le 
Chauve  n'est  pas  mentionnée  ii  cette  date  par  1rs  chroniqueurs  contemporains. 
<'.c  lait  parai  I  avoir  été  imaginé  par  le  chroniqueur  de  Nantes  pour  expliquer 
le  peu  de  difficultés  que  Nominoé  el  Erispoé  rencontrèrent  pour  rétablir  I  in- 
dépendance du  royaume  breton. 

;>.  Montglonne,  abbaye  fondée  à  la  lin  du  vu1,  siècle  sur  les  bords  de  la 
Loire  par  saint  Maufon,  aujourd'hui  Saint  Florent-le-Vieil,  Maine  et  Loire, 
arr.  Cholet,  chef-lieu  de  canton.  La  destruction  de  l'abbaye  de  Ifontgkmne 
par  Nominoé  eut  lieu  dans  le  courant  de  L'été  en  845  (cf.  K.  Merlet.  Guerres 


32                                                    CHRONÎCON  [c.  xi,  an.  845-849] 

gius  contra  Andecavos  pro-  dépopuler  le  païs  par  fer  et 

cessit  Nomenoius,  regionem  par  flamme.  Àllencontre  du- 

ferro  et  igni  depopulari  con-  quel  vint  le  roy  Charles  avec- 

tendens.    Cm    venit    obviam  ques     merveilleux     exercite 

Karolus  rex  cum  insigni  exer-  pour  luy  obvier  :   et  fut  faite 

citu,  datoque  interea  praelio,  bataille  entre  eux,  en  laquelle 

superatus  est  Karolus,  mul-  ledit  Charles   fut    surmonté, 

tis  Francorum  millibus  occi-  et  furent  occis  maints  milliers 

sis  l.  Nomenoius  igitur  valde      des  siens [Etraconte  l'ac- 

superbus8    urbem    Namneti-  teur  de  la  Chronicque  de  l'é- 

cam  et  Redonicam,  ac  etiam  glise  de  Nantes,   et  dit  que], 

Andegavense  territorium   et  quand  Nemenoius  eut  prins 

Cenomannense  usque  ad  Me-  et  retenu  en  sa  propriété  les 

duanam    invasit.    His    autem  citez  de  Rennes  et  de  Nantes 

urbibus  et  territoriis   nomi-  avec  leurs  territoires,  il  des- 

natis  in   proprietate  sua   as-  prisa  du  tout  en  tout  le  droict 

sumptis,    fuit    superbior    et  royal  des  François  et  pensa 

excellentior  ;    contemptoque  en  son  courage  qu'il  se  feroit 

jure     Francorum    regio,    in  roy.    Et,     en    cherchant    en 

corde  suo  cogitavit  ut  se  re-  maintes   manières   comme  il 

gem  faceret2:  multisque  mo-  pourroit    celle    chose    faire, 

dis  investigans,  ut  erat  dolo-  ainsi  qu'il  estoit  cault  et  sub- 


XI.  —  a)  undique  congregata  fortitudine  sua,  etc.  usque  ad  valde  superbus 
desunt  B. 


d'indépendance  de  la  Bretagne,  mém.  cité,  appendice,  note  D).  Cette  des- 
truction a  été  racontée  par  un  témoin  oculaire  dans  une  pièce  de  vers  plusieurs 
fois  éditée  (  dom  Bouquet,  Vil,  306-307). 

1.  La  bataille,  mentionnée  ici,  fut  livrée  à  Ballon,  auprès  de  Redo-.i,  le 
22  novembre  845.  Sur  cette  bataille,  voir  A.  de  la  Borderie,  Bulletin  de  l'As- 
sociation bretonne,  année  1857,  p.  125  et  152. 

2.  Le  chroniqueur  de  Nantes  commet  ici  un  grave  anachronisme.  Ce  ne 
fut  que  pendant  l'hiver  850-851  que  Nominoé  s'empara  des  pays  de  Rennes 
et  de  Nantes  et  envahit  les  comtés  d'Anjou  et  du  Maine,  deux  ans  environ 
après  l'époque  où  il  déposa  les  évêques  bretons  simoniaqueset  se  fit  couronner 
roi.  Cette  erreur,  qui  est  reproduite  mot  à  mot  dans  \  Indiculus  de  episco- 
porum  Britonum  depositione,  montre  que  ce  document  n'est  qu'un  extrait 
de  la  chronique  de  Nantes  et  non  pas  un  récit  d'ouigine  contemporaine, 
comme  l'ont  cru  les  érudits  du  siècle  dernier.  Voir  ce  que  j'ai  dit  à  ce  sujet 
dans  l'Introduction. 


,  .  xi,  an.  845-849]  SAMNi 

sus  et  fraudulentus,  quomodo 
lioc  abominabile  institueret, 
reperit  ut  episcopos  totius 
suae  regionis,  manu  Franco- 
iii  ii)  regia  facto  s,  aliqua  se- 
ductionea  sedibus  suis  expel- 
leret,  et  alios,  concessione 
sua  constitutos,  in  locis  illo- 
l'iim  subrogaret;  et,  si  sic 
fieri  posset,  faciliter  per  hoc 
ad  regiam  dignitateiti  ascen- 
derel  '.  Qiium  autem  haec 
fallacia,  tamdiu  in  corde  suo 
excogitata,satis  reversaretur, 
accedens  tandem  ad  Cono- 
veum2,  monasterii  Redoni  ab- 
I  ta  Ici  u,  vi  ru  m  si  m  pli  ce  ni  et  in- 
nocentent, etsubspecie  veri- 
liiatis  il  1  ii m  seducens,  expo- 
suit  illi  fabulose,  ut  erat  al- 
loquax,  de  dignitate  regni 
Britanniae,  et  quomodo  reges 
Francorum  injuste  invaden- 
trs  i  1 1  ii il  destruxerant,  quod 
volebal  renovare,  si  siln  con- 
silium  daretur  ;  et  quod  illius 
episcopi,  per  pecuniam  ordi- 


TENSE 


33 


til,  il  imagina  qu'il  mettroil 
hors  par  quelque  manière  les 
évesques  de  sa  région  faits 
par  la  puissance  royalle  des 
François,  et  en  subrogeroit 
d'autres  en  leurs  lieux  cons- 
titue/, par  son  octroy,  si  pour* 
roit  par  ce  moyen  plus  légiè- 
rement  monter  à  la  dignité 
royalle.  Et,  comme  il  eut 
celle  chose  assez  longuement 
excogitée  et  reversée  en  sa 
pensée,  il  appella  Convoyon, 
abbé  de  Redon,  homme  sim- 
ple et  innocent,  et  luy  exposa, 
ainsi  qu'il  estoit  éloquent, 
l'antiquité  du  royaume  de 
Bretagne,  et  comme  les  rois 
de  France  Tassaillans  injus- 
tement Tavoient  destruit  ; 
pouiquov  il  le  vouloit  renou- 
vcller  si  conseil  luy  en  estoit 
donné.  Et  que  les  évesques 
de  celle  région,  ordonnez  par 
pécune  et  in  faniez  d'autres 
crimes,  indignement  traie- 
tans  l'office  épiscopal  estoient 


I.  l'ont  Le  récit  de  La  déposition  des  évêques  bretons,  tel  qu  il  ■  été  publié 
par  dom  Lobineau  (Hist.  de  Bretagne,  II,  col.  39-40),  doit  être  rejeté  comme 
n'appartenant  pas  à  La  Ghronique  de  Nantes.  1).  Lobineau  n'a  fait  que  repro- 
duire le  document  connu  bous  Le  nom  d'Indiculus  de  episcoporum  Britonum 
depositione,  qui  a  été  plusieurs  fois  édité  (cf.  dom  Bouquet,  VII,  288).  Le 
véritable  texte  de  la  (  Ihronique  de  Nantes  est  fourni  par  />'.  que  Le  Baud  traduit 
presque  mol  à  mot,  disant  que  cette  narration  est  l'œuvre  de  Yaeteur  de  l<i 
Chronicque  de  l'église  de  Nantes, 

'1.  Gonvoion,  fondateur  de  Labb.de  Redon,  la  gouverna  de  S:>"2  à  868. 
^  .  La  Border ie,  Examen...  du  Cartul.  de  Redon.  Bibl.  Ée.  des  Ck.t  \W  . 
1863-6'*,  p.  i22. 


3i                                                  CHRONICON  [c.  xi,  an.  840-849] 

nati    et    Je   aliis    criminibus  à  déposer  et  en  ordonner jus- 

infamati,     indigne     officium  tement     d'autres     en      leurs 

episcopale  tractantes,   depo-  lieux,  qui  régulièrement  fus- 

nendi  essent,  et  alii  in  sedi-  sent  évesques,  moyennant  le 

bus  eorum  juste   ordinandi,  consentement  du   pape.   Le- 

qui  regulariter  fuissent  épis-  quel  Convoyon  print  la  cure 

copi.   Auditis  autem  vir  Dei  de   ceste   légation    et   alla    à 

hujus    tyranni   locutionibus,  Rome  devers  le  pape  Léon, 

omnis    fallaciae    ignarus,    et  auquel  il  présenta  de  la  part 

existimans  haec  esse  pro  pa-  de  Nemenoius  un  riche  vais- 


triae  certitudine  et  gentis  sa- 
lute  relata,  omnino  ei  credi- 
bilis  exstitit,  ac  etiam  auxi- 
lium  promisit  ut  efficeretur l. 
Acceptisque  a  Nomenoio  ma- 
guis  auri  argentique  raune- 
ribus,   Romam  perrexit  ;  of- 


seau  d'or,  fait  de  subtil  et 
merveilleux  ouvrage,  et  luy 
remonstra  diligemment  l'in- 
tention Nemenoius  de  la  dé- 
position des  évesques  de  Bre- 
tagne et  de  la  rénovation  du 
royaume.  Aquoy  Léon,  pape, 


ferensque    papae    Leoni2  ex  respondit,  [selon  ladite  Chro- 

parte  hujus   tyranni  aureum  nicque    de    Nantes],    que    si 

vasmirabiliterfactum3,  omnia  Nemenoius    vouloit   déjetter 

verba   ejus  diligentissime  ei  les  évesques  de  sa  région  et 

intimavit,  videlicet  ut  de  re-  constituer    autres     en    leurs 

gno  Britanniae  renovando  et  lieux,  que  premièrement  ils 

de  episcoporum  depositione.  fussent  accusez  par  vrais  tes 

Cui  papa  respondit  nunquam  moins     en    la    présence     de 

se  audivisse,  praedecessorum  Amaury,      archevesque      d< 

suorum    temporibus ,     hanc  Tours,  et  de  certain  nombre 

minorem    Britanniam    reges  d'autres   évesques  :    et,    s'ils 


1.  Cette  intervention  de  Nominoé  auprès  de  l'abbé  de  Redon  est  contredite 
par  la  vie  même  de  Convoion,  rédigée  par  un  moine  de  Redon,  qui  vivait  au 
ixe  siècle.  D'après  cet  auteur,  ce  fut  Convoion  qui  accusa  de  simonie  plusieurs 
évêques  bretons  auprès  de  Nominoé.  Voy.  Mabillon,  Acta  SS.  ordinis  S.  Be- 
nedicti,  saec.  IV,  pars  2,  p.  212. 

2.  Léon  IV,  ordonné  pape  le  10  avril  847,  mort  le  17  juillet  855. 

3.  D'après  la  vie  de  Convoion,  ce  ne  fut  pas  un  vase  d'or,  mais  une  cou- 
ronne d'or,  ornée  de  pierres  précieuses,  que  Nominoé  offrit  au  pape.  Voy.  Ma- 
billon, livre  cité,  p.  212. 


[c.  xi,  an.  845-819]  NAMNETENSE 

habuisse,  nec  in  archivis  Ro- 
manae  ecclesiae  reperisse  ; 
praesertim  ex  quo  tempore 
Francia  primum  reges  habuit, 
[lia  semper  Britannia  usque 
nu  ne  illi  subdita  fuit  :  nec 
decebal  Romanam  ecclesiam 
contra  l'as  el  patrum  statuta 
quaerere,  ut  regnum  Franco- 
pum,  tam  valente  herede,  id 
est  Karolo  Calvo,  ae  nepote 
Karoli  Magni,  de  potentia 
sua  minueretur.  Addidit  quo- 
que  praeterea  de  episcopo- 
i -u ni  depositione,  ut,  si  vellet 
eosNomenoius  a  sedibus  suis 
dejicere,  et  alios  in  locis  co- 
nnu constituere,  primum  ad- 
vocato  illius  provinciae  mé- 
tropolitain) Turonensi,  id  est 
domno  Àmalrico  *,  cum  legi- 
limo  episcoporum  numéro,  a 
veridicis  testibus  accusaren- 
tur  ;  e1  postea,  si  ici  eorum 
ludicio  comprobarentur,  alii 
in  eorum  sedibus  compone- 
rentur;  aliterque  minime  fie- 
pet  \    Quibus    ita    Léo    papa 


estoient  par  leurs  jugemen- 
trouvez  coulpables,  fussent 
autres  mis  et  ordonnez  en 
leurs  sièges,  et  autrement  ne 
fust  fait.  Lesquelles  choses 
ainsi  disposées,  donna  pape 
Léon  ii  l'abbé  Convoyon  le 
chef  sainct  Marcellin,  pape, 
et  concéda  à  Nemenoius  qu'il 
se  fist  duc  sur  le  peuple  de 
Bretagne,  et  portast  cercle 
d'or,  si  comme  les  autres  ducs 
par  avant,  c'est  à  sçavoir  du- 
rant l'oppression  que  les 
François  leur  avoient  faite  : 
et  celles  responses  oves  par 
l'abbé  Convoyon,  après  ce 
qu'il  eut  receu  le  chief  des- 
susdit, il  s'en  retourna  joyeux 
à  son  lieu  reporter  à  Neme- 
noius la  response  de  ses  de- 
mandes. Lequel  Nemenoius, 
quand  il  l'eut  entendue,  pensa 
faire  autrement  ;  car,  le  plus 
tost  qu'il  peut,  il  assembla 
les  évesques  de  la  province, 
et  leur  dist  que  le  pape  luv 
avoit    mandé    qu'il    déposas! 


1.  V  cette  date  ce  n'était  pas  Amauri,  mais  Landrafi,  qui  était  archevêque 

M  Tours. 

2.  La  lettre,  adressée  par  le  pape  Léon  IN  au  duc  Nominoé,  est  perdue  : 
mais  te  chroniqueur  de  Nantes,  qui  semble  en  avoir  eu  une  copie  entre  les 
m. uns,  nous  en  donne  ici  une  analyse  qui  mérite  confiance.  Le  lait  même  que 
Léon  l\  écrivit  alors  à  Nominoé  au  sujet  des  évoques  simoniaques  de  Bretagne 
est  prouvé  par  le  témoignage  du  pape  Nicolas  [•*  (voir,  plus  loin,  ch.  X.\  Il  h. 

aH)  qui  cite  texlui'IliMUcnt  un  passade  uV  ivlto  leltiv  :   «   .Xttm  Xominoio,  consit- 
«  lenti  quid  de  Spiritus  Sancti  gratiam  venumdantibus  oporterei  fi  cri. 


30                                                  CHRONICON  [c.  xi,  an.  845-849] 

dispositif  venerabili  Conoveo  les  évesques  infâmes,  et  ins- 

abbatij   suppliciter  sibi  dari  tituast  d'autres  en  leurs  lieux; 

reliquiaspetenti,caput  sancti  et  aussi  qu'il  renouvellast  le 

Marcellini    papae    porrexit,  royaume  de  Bretagne,  et  s'en 

atque  Nomenoio  concessit  ut  fist  roy.    [Et  dit  après  ledit 

dux  super  populum  Britan-  acteur  que],  quand  il  eut  in- 

niae  fieret,    et  circulum  au-  vite  au  monastère  de  Redon 

reum,sicutalii duces, in festis  les  évesques  qu'il  vouloitdif- 

diebus    deferret.    His   autem  famer,  comme  il  fust  douteux 

Conoveus  abbas  responsioni-  par  quel  moyen  il  peust  tirer 

bus  auditis  et  praefati  sancti  son  emprinse  à  effet,  l'un  de 

capite    recepto,    gaudens  et  ses  familiers  dist  ausdits  éves- 

exultans  ad  locum   suum  re-  ques,  qui  estoient  à  déposer, 

versus  est  ;  referensque  No-  par  grand  secret  que  s'ils  ne 

menoio     de     ejus    mandatis  confessoient,    oyant   tout    le 

Leonis  papae  responsionem,  convent  des  autres  évesques 

sancti  Marcellini  caput  se  at-  et  des  lavs,  estre  justement 

tullisse  ostendit1.  Qui  super  condemnez,  ils  seroient  occis 

his  auditis  valde  laetatus,  et  sans    intermission.   Laquelle 

totis  praeceptis  papae  dimis-  chose  oye,  ceux  malheureux 

sis,  aliter  agere   excogitavit.  évesques,   contre  les   statuts 

Namque,  quam  citius  potuit,  et    ordonnances    de    saincte 

ex    aliis    provinciis   congre-  Église,  promirent  dire  toutes 

gatis    suae    fallaciae  insciis,  choses,  plutost  que  souffrir 

narravit  quod  Léo  papa  sibi  la  mort.  [Et  dit  encores  ledit 

mandaverat  utepiscopos  Bri-  acteur  que]  le  lendemain,  ce 

tanniae   infâmes    deponeret,  senne  assemblé  au  monstrier 

et  alios  in  locis  eorum  resti-  de  Sainct- Sauveur,  s'eslevè- 


«  re  s  pondit,  nihîl,  inquiens,  praeter  quod  sancti  canones  super  his  praeci- 
«  piunt.  »  Léon  IV  en  même  temps  écrivit  une  seconde  lettre  aux  évèqués 
de  Bretagne,  leur  indiquant  la  marche  à  suivre  pour  instruire  le  procès  des 
évêques  simoniaques.  Le  texte  de  ce  document  nous  a  été  conservé  et  a  été 
plusieurs  fois  édité  (v.  Migne,  P.  L.,  t.  115,  col.  667).  Ces  deux  lettres  pon- 
tificales ont  été  écrites  au  plus  tôt  en  8i7  et  au  plus  tard  en  849. 

1.   Le  chef  de  saint  Marcelliu  fut  déposé  solennellement  dans  l'abbaye  de 
Redon  un  dimanche  du  mois  de  février  de  l'année  848  (Cartulaire  de  Redon, 

p.  88). 


[c.  xi,  an.  845-849]                   NAMNETENSE  37 

tueret,  et  se  faciendo  regem  rent  aucuns  faux  tesmoins 
regnum  Britanniae  rénova-  contre  ces  misérables  ot  pres- 
ret  ;  invitatisque  episcopis  ad  que  désolez  évesques,  et  les 
eos  infamandos  apud  monas-  accusoient  de  plusieurs  cri- 
térium Redoni1,  nunquam  mes:  c'est  à  scavoir  Susan  de 
iste  filins  perditionis  in  cogi-  Vennes,  Salomon  d'Ale- 
tationibus  suis  meditarî  po-  thense,  Félix  de  Corisopi- 
tuit,  quomodo  eos  juste  infa-  tense  et  Libéral  d'Occis- 
mare  posset.  Quum  autcm  de  mense,  constituez  esdits  sic- 
tali  molimine  ambiguus  esset  ges  par  la  puissance  des 
quomodo  ad  fin  cm  voluntatis  François.  Lesquels  évesques, 
suae  pertraheret,  fuit  unus  si  comme  on  dit,  moult  espou- 
ex  familiaribus  suis,  qui pro-  ventez  n'osèrent  respondre. 
misit  ci  facere  illos  sine  ulla  Mais,  après  qu'ils  furent  assez 
purgatione  infamatos.  No-  interrogez  par  les  autres  éves- 
menoius  qualitate  promissi  ques  si  les  accuseurs  disoient 
laetusnimisefficitur. Atipse,  vérité,  confessèrent,  oyanl 
qui  haec  promiserat,  ape-  tout  le  convent,  estre  coul- 
riens  illis  episcopis  sub  ma-  pables  :  si  mirent  jus  leurs 
gnae  confessionis  velamento  verges  et  leurs  anneaux,  et 
quod,  nisi  reos  se  esse  cras-  s'enfuirent  de  là  au  royChar- 
tina  «lie,  audiente  conventu  les  le  Chauve,  et  Nemenoius 
aliorum  episcoporum  et  lai-  constitua  d'autres  en  leurs 
corum,  infamationibus  sibi  lieux.  [Et  dit  semblablement 
alalsis  test ibusimmissis,  pro-  ledit  acteur  que]  il  diminua 
fiterentur,  et  juste  se  clam-  leurs  parroesses,  c'est-à-dire 
oatos  conclamarent,  certis-  leurs  diocèses, et  institua  trois 
sime  sine  ulla  intermissione  évesques  nouveaux  :  c'est  à 
decollandi  essent.  Quo  audi-  scavoir  unau  monstier de Dol 
•o,  episcopi  uimis  pavefacti  qui  estoit  du  diocèse  d'Ale- 
contra  las  et  statuta  sanctae  thense  ;  l'autre  au  monastère 
Dei  eeelesiae  dieere.  anle-  de  Sainet-Brioue,  et  le  tiers 
quam  mortem  subirent,  pro-  eu  celuy  de  Sainct-Tugdual 


I.   Redon,  chef-liou  d'arrondissement  du  département  •!  [Ile-et-Vilaine. 


38                                                    CHRONICON  [c.  xi,  an.  845-849] 

miseront1.  In  crastina  autem  Pabnt  :  et  que   eeluy  qui  fut 

die,  illa  diabolica  synodo  in  évesque  de  Dol,  il  l'ordonna 

monasterio  sancti  Salvatoris  le  plus  grand,  et,  en  rescin- 

congregata2,  insurgentesfalsi  dant  la  province  de  Tours,  le 

testes    contra     hos    miseros  fist  métropolle    de    tous   les 

episcopos    et    prorsus    deso-      évesques    de    sa    région 

latos   accusaverunt  eos  mul-  [Dit  le  souvent  nommé  acteur 

tis   criminibus,    scilicet    Su-  des  Chronicques  de  l'église 

sannum  Venetensem  et  Feli-  de  Nantes,  que],  quand  il  eut 

cem  Corisopitensem  et  Salo-  déposé  ainsi  lesdits  évesques, 

conem   Dialetensem  et  Libe-  il  assembla   ceux  qu'il  avoit 

ralem     Ocismorensem  s,     in  substituez  en  leurs  lieux,  et 

illis  diebus  potestate    Fran-  tous  les  autres  prélats  de  sa 

corum  regia  constitutos.   Illi  région,  au  monastère  de  Dol, 

eqnidem,  ut  refertur,   valde  où   il   se    fist    oindre   en  roy 

perterriti,    minime    ad   haec  [E,  p.  103  à  109). 
respondere  audentes,  et  re- 
quisiti  satis  ab  episcopis,  si 
accusatores  vera  dicerent,  se 

culpabiles  esse,  toto  conventu  audiente,  prolessi  sunt  '*:  et, 
depositis  virgis  et  annulis,  fugerunt  inde  ad  regem  Ivarolum. 


1.  Dans  sa  lettre,  adressée  en  866  au  duc  des  Bretons,  le  pape  Nicolas  Ier 
témoigne  que  les  évèques,  déposés  par  Nominoé,  furent  condamnés  par  des 
laïcs  et  non  par  des  prélats,  et  que,  s  ils  avouèrent  être  coupables,  ce  fut 
contre  leur  gré  et  par  intimidation.  Le  chroniqueur  de  Nantes  s'est  évidem- 
ment inspiré  de  cette  lettre  pour  composer  son  récit. 

2.  Le  synode,  où  Norainoé  fit  déposer  les  évèques  bretons  accusés  de  si- 
monie, ne  se  tint  pas  à  Redon,  mais  dans  un  château  nommé  Coillouh,  dont 
l'emplacement  exact  est  inconnu  (Cartul.  de  Redon,  p.  87).  Les  érudils 
bretons  ne  semblent  pas  avoir  encore  déterminé  la  date  précise  de  ce  synode 
qui  parait  avoir  eu  lieu  en  848  '(voir  ch.  xvi). 

3.  Susan,  évèque  de  Vannes,  et  Félix,  évèquc  de  Quimper.  sont  signalés 
par  l'auteur  contemporain  de  la  vie  de  Convoion  comme  ayant  été  accusés  et 
convaincus  de  simonie  à  Rome  devant  le  pape  Léon  IV.  On  sait  par  la  lettre 
du  concile  de  Soissons  (voir  plus  loin,  ch.  xvi)  qu'en  866  Susan  de  Vannes  et 
Salocon  vivaient  encore  et  n  avaient  pu  recouvrer  leurs  sièges  respectifs. 
Quant  à  Libéral,  évêque  de  Saint-Pol-de-Léon,  son  nom  n'est  connu  que  par 
le  récit  du  chroniqueur  de  Nantes.  D'où  il  résulte  que  l'existence  même  de 
ce  prélat  est  douteuse. 

4.  D  après  la  lettre  du  pape  Nicolas  Ier,  il  est  certain  que  les  évèques,  cités 
en  jugement  par  Nominoé,  avouèrent  être  coupables  (voir  plus  loin,  ch.  xvjii). 


rc  xii,  an.  850-851  NAMNETENSE  39 

Nomenoius  vero,  hujus  falsitatis  patrator,  omnino  laetifica- 
ius,iii  Locis  eorum  alios  constituit,  adminuensque  parochias 
eorum,  videlicet  in  monasterio  Doli,  quod  tune  teroporis 
erat  ox  dioeesi  Dialetensis  ecclesiae,  e1  in  monasterio  Sancti 
Brioci  et  Sancti  Tutualis  Pabut,  episcopos  très  usurpativos 
instruxit1.  [Hum  sane,  qui  apud  Dolum  fuit  episcopus,  fecil 
sublimiorem  et  omnium  regionis  illius  episcoporum,  pro- 
vincia  Turonensi  recisa,  metropolitanum.  Ilis  itaque  omni- 
bus cum  fraude  et  cupiditate  magnae  elationis  peractis,  omnes 
hos  episcopos,  injuste  compositos  et  sanetae  ecclesiae  Dei 
invasores,  apud  hoc  monasterium  Doli"  convocans,  se  regem 
irreverenter  inungere  fecit. 


XII. 
Porro  ActardusNamneten-  [Et  dit  après  ladite  Chro- 

XII.  n  1:  F. 


1.  La  création  des  trois  évêchés  de  l)ol,  de  Saint-Brieuc  et  de  Tréguier 
n  esl  signalée  par  aucun  auteur  plus  ancien  que  le  chroniqueur  de  Nantes  : 
et,  comme  le  récil  de  celui-ci  renferme  à  ce  sujet  quelques  erreur-  évidentes 
et  qui]  a  été  rédigé  plus  de  deux  cents  ans  après  I  événement,  il  j  a  lieu  d  en 
conclure  qu'on  manque  de  preuves  certaines  pour  affirmer  que  Nominoé  soit 

I  auteur  de  la  division  île  la  Bretagne  en  neuf  évêchés.  Ce  qui  est  hors  de 
doute,  e 'est  que  Nominoé  établit  un  archevêché  à  Dol  et  qu  il  affranchit  les 
diocèses  de  Bretagne  de  la  juridiction  de  la  métropole  «le  l'un-  I.  autorité  du 
chroniqueur  de  Yuiie>  serait  beaucoup  plu-  grande,  si  l'on  constatait  qu'il  ait 
mis  eu  œuvre  dans  ce  chapitre  quelque  ancien  récit  d  origine  breton ue  ;  mais. 

à  part   la  vie  de  Gonvoion,  dont   il  a    l'ait  usage  eu   la   remaniant  à  sa  guis 

la  lettre  du  pape  Léon  l\  .  dont  il  nous  a  conservé  l'analyse,  il  semble  n'avoir 
utilisé  que  des  traditions  ecclésiastiques  assez  confuses  et  hostile-  à  Nominoé 

II  était  dailleurs  lui-même  partisan  déclaré  de  la  suppression  tle  l'archevêché 

de    Dol   et   de  fa   réunion  des    évêchés  bretons  à   la   province    de  Tours,  et  cela 

enlève  encore  quelque  crédit  à  son  récit  Cette  question  de  L'origine  de-  trois 
évêchés  bretons  reste  donc  l'un  des  points  les  plu-  obscurs  de  I  histoire  <\>- 
Bretagne,  et.  pour  L'éclaircir,  il  n  \  a,  à  mou  avis,  rien  à  tirer  du  récit  de  l.i 
Chronique  de  Nantes.  M.  l'abbé  Duchesne  a  étudié  récemment  ce  problème 

délicat  ;    mais   il  parait   a\oir  accordé    beaucoup  trop  de    confiance  au   chroni- 
queur de   Nantes,  qui   n'écrivait  pas  au  iv.  mais  à  la  lin  du  xi*  siècle.  N  .>\ 
Catalogues  épiscopaux  de  l<t  province  de  /'ours.  p.  83-99, 

2.  Dol,    [Ile-et-Vilaine,    arr.   Saint    Malo.  chef  lieu  de  canton.    La   date   du 

couronnement  de  Nominoé  à  Dol  comme  roi  de  Bretagne  est  de  s  «S  ou  849. 


40                                                  CHRONICON  [c.  xn,  an.  850-851] 

sis,    ad    hanc    institutionem  nicque  que]  Nemenoius  avoit 

invitatus,  moclis  omnibus,  ve-  mandé  Actardus,  évesque  de 

nire    contempsit.    Ob    quam  Nantes,  aller  à  son  institution, 

causam  a  sede  sua  dejectus,  lequel  s'en  refusa  ;  pour  quov 

ad  Amalricum,   Turonensem  il  le  décréta  de  son  siège,  et 

archiepiscopum,   fugit,  refe-  s'enfuit  Actardus  à  Amaury, 

rens  illi  quae  Nomenoius  agi-  archevesque  de  Tours,  auquel 

taverat1.  At  ille,  hoc  rumore  il  raconta  les  choses  que  Ne- 

auclito,  tristis  valde  effectus,  menoius  avoit  faites.  [Et  dit 

régis    Karoli    curiam   petiit,  encore  après  que]  ledit  Amau- 

requirensque    ab    illo    quid  ry,  grandement  triste  pour  la 

vindictae  de   perfido  Nome-  rescision  de  son  diocèse,  s'en 

noio,regnumFrancorumtam  alla  à  la  court  du  roy  Charles 

praesumptive    invadente,    ac  le  Chauve  luy  requérir  ven- 

etiam  coronam  regalem  ferre  geance  duclit  Nemenoius,  di- 

audente,  fieri  posset,  nullum  sant  qu'il  avoit  présomptueu- 

inde   auxilii    responsum   ha-  sèment  assailly  le  royaume  de 

bere    potuit.   Nam  rex,   tum  France,   et  osoit  porter   co- 

temporis  a  bellis   fratris  sui  ronne  royalle  :  mais  que  ledit 

Hlotarii   valde    constrictus  2,  Amaury  ne  peut  avoir  aucune 

omnem   de   his  vindictam  in  response     d'aide    dudit    roy 

futurum    protulit.    Attamen  Charles,  pourtant  que  en  ce 

interea  episcopos,  pro  fideli-  temps    il    estoit    moult    op- 

tate  sua  a  sedibus  suis  dejec-  pressé    par   les  batailles    de 


1 .  Ce  n'est  point  pour  avoir  refusé  d'assister  au  sacre  de  Nominoé  qu' Ac- 
tard  fut  chassé  de  1  évêché  de  Nantes  ;  car,  au  moment  de  son  sacre,  Nominoé 
ne  possédait  pas  la  ville  de  Nantes,  que  le  comte  Amauri  administrait  alors 
au  nom  du  roi  Charles  le  Chauve.  Ce  ne  fut  que  deux  ans  plus  tard,  dans  la 
seconde  moitié  de  l'année  850,  que  Nominoé  s  empara  de  Nantes,  fit  pri- 
sonnier le  comte  Amauri  et  rasa  les  murailles  de  la  cité  (Chronic.  Fontanell. 
et  Cliron.  Aquitan.,  ad  ann.  850).  Actard  fut  alors  forcé  de  s'enfuir  de 
Nantes,  et  Nominoé  élut  à  sa  place  Gislard  comme  nouvel  évoque.  Actard 
ne  se  réfugia  pas  immédiatement  auprès  de  1  archevêque  de  Tours,  mais  il 
partit  aussitôt  pour  Rome,  d'où  il  revint,  vers  le  mois  de  janvier  851,  por- 
teur d'une  lettre  du  pape  Léon  IV  pour  Nominoé.  Quelques  fragments  de 
cette  lettre  sont  parvenus  jusqu'à  nous  (cf.  Migne,  P.  L.,  t.  115,  col.  673  ; 
voir  aussi  plus  loin,  chapitre  xvn,  note  1). 

2.  Charles  le  Chauve  n'était  pas  alors  en  guerre  avec  son  frère  Lothaire  ; 
même  remarque  que  plus  haut,  p.  31,  note  2. 


[c.  xii,  an.  850-851]  NA.MM 

tos,  honorifice curavit  obser- 
vare,  douce  bella  sua  ad  fi- 
iiciii  perducere  posset.  Ac- 
tardus  equidem  Turonis  ciun 
archiepiscopo  remansit,  (lo- 
uée episcopus  Tarvanensis1 
defunctus  est.  Quo  defuncto, 
concessit  illi  rex  episcopatum 
Tarvanensem  possidere,  do- 
uce ad  Namnetensem  redire 
posset.  Sieque  Actardo  eum 
aliis  episcopis  ;i  sede  sua  de- 
jecto,  Nomenoius,  eligcns 
Gislardum*,  ex  urbe  Vene- 
lensi''  progenitum,  in  urbe 
Namnetica  constituit  pseudo- 
episcopum.  Rexit  autem  iste 
usurpative  Namneticam  ec- 
clesiam  quinque  annis s  usque 
ab  obitum  Nomenoii. 


TENSE  il 

son  frère  Lothaire,  et  différa 

la  vengeance  de  toutes  telles 
choses  au  temps  à  venir. 
Toutesfois  que  ledit  Charles 
eut  en I  re  huit  soin  de  traicter 
honorablement  les  évesquès, 
ci  il  i  pour  sa  fidélité  avoieul 
esté  déjettez  de  leurs  sièges, 
jusques  à  ce  qu'il  eust  peu 
mener  ses  batailles  à  fin.  Et 
ainsi  demoura  Actard  avec- 
ques  l'archevesque  de  Tours, 
jusques  à  ce  que  l'évesque  de 
Chartres  mourut,  lequel  tres- 
piissé  le  roy  Charles  donna 
audit  Actardus  l'évesché  de 
Chartres  à  posséder  jusques 
à  ce  qu'il  peust  retourner  à 
Nantes.  Et  quand  Actardus 
lut,  ainsi  que  les  autres  éves- 
quès, déjetté  de  son  siège, 
Nemenoius  esleut  Gislard, 
nav  de  la  cité  de  Nantes,  et  le 


\ll.  —  a)  \  enctica  D,  Nantes  /.. 


1.  Le  manuscrit  do  la  Chronique  de  Nantes  que  Le  Baud  avait  entre  les 
mains  portail  ici  Carnotensis.  La  bonne  leçon  esl  certainemenl  Tarvanensis. 
—  Le  chroniqueur  de  Nantes  n'était  qu'incomplètement  informé  sur  Retard; 
car  ce  ne  lut  qu'en  870  qu  Retard  devint  évêque  de  Thérouanne,  Longtemps 
après  avoir  été  rétabli  sur  son  siège  épiscopal  de  Nantes. 

_.  On  m'  sait  guère  sur  Gislard  que  ci'  qu'en  rapporte  le  chroniqueur  de 
Nantes.  Il  est  certain  que  Gislard  lui  institue  évêque  de  Nantes  par  Nominoé  ; 
la  lettre  du  pape  Léon  IN  en  fail  toi  (Migne,  P.  /...  t.  11."),  col.  »>7;>). 
Gislard  ne  gouverna  l'église  de  Nantes  que  pendant  un  an.  Lors  du  traité 
d  A.ngers  (fin  de  8ÔI).  Retard  lut  remis  eu  possession  de  l'évéché  de  Nantes 
cl  Gislard  condamné  à  être  enfermé  dan-  le  monastère  de  Saint  Martin  de 
[ours  ;  mai-  il  e-t  douteux  que  celle  dernière  sentence  ail  été  mise  à  exécu- 
tion. Cf.   'i.V  opuscule  d  lliucinar;   Sinnond.   Op.   Huirnuiri.  11.  749. 

:>.    Erreur,  Gislard  ne  gouverna  l'église  de  Nantes  que  pendant  un  an.  Noir 

la  note  précédente. 


42  CHRONICON  [c.  xin,  an.  851-857] 

constitua  évesque   en  son  lieu,  lequel  Gislard  gouverna  l'é- 
glise de  Nantes  jusques  à  la  mort  Nemenoius  (E,  p.  109). 


XIII. 


Quo  mortuo  l,  surgens  fi- 
lms ejus  Herispogius  pro  eo, 
sicut  pater  ejus,  pseudo-rex 
exstitit.  Hic  ergo  minime 
tyrannidem  sequens  patris 
siii,  fuit  piissimus  liomo  et 
ecclesiarum  validus  restau- 
rator,  faciensque  pacem  cura 
Karolo  rege,  sedema  Nam- 
neticam  dimisitquietam,  atta- 
men  marcham  et  comitatum 
semper  in  potestate  sua  reti- 
nuit2.  Facta  autem  hac  pace, 
ab  urbe  Namnetensi  Gislar- 
dus  fugit,  et  Britannorum 
violentia  apud  Quiriacam  au- 
lam  hospitatus  est,  ex  pris- 
cis  temporibus  juris  episco- 
porum  Namnetensium,  quae 
ab  ipsis  Britannis,  nunc  loci 
illius  incolis ,  Guerranda  b 
nuncupatur3:  faciensque  ibi 


[Et,  du  roy  Herispogius, 
dit  l'acteur  des  Chronicques 
de  l'église  de  Nantes  que,] 
quand  Nemenoius,  son  père, 
fut  mort,  il  s'esleva  et  fut 
faulx  roy  comme  luy  ;  toutes- 
fois  qu'il  n'ensuivit  pas  sa 
tirannie,  mais  fut  homme 
très  débonnaire  et  vaillant 
restaurateur  des  églises.  Et, 
faisant  paixavecques  Charles 
le  Chauve,  laissa  à  l'évesque 
Actardus  le  siège  de  la  cité 
de  Nantes  :  mais  qu'il  retint 
tousjours  en  sa  puissance  la 
marche  et  toute  la  comté. 
Après  laquelle  paix  faite, 
Gislard,  que  le  roy  Neme- 
noius avoit  institué  évesque 
de  Nantes,  s'enfuit  de  ladite 
cité,  et  par  la  violence  des 
Bretons  se    logea  à  la  salle 


XIII.  A  B  D  E  F.  —  a)  urbeni  B.  —  b)  Guerrandia  A  D. 


1.  Nominoé  mourut  à  Vendôme  le  7  mars  851.  Cf.  Guerres  d'indépen- 
dance de  la  Bretagne,  livre  cité,  appendice,  note  G. 

2.  Le  traité  de  paix  entre  Erispoé  et  Charles  le  Chauve  fut  signé  à  Angers 
dans  les  derniers  mois  de  l'année  851.  Aux  termes  de  ce  traité,  Erispoé  con- 
serva la  possession  du  comté  de  Nantes  et  d'une  partie  de  l'Herbauge,  connue 
sous  le  nom  de  pays  de  Retz  (Ann.  Berlin.,  ad  ann.  851). 

3.  Guérande,  Loire-Inférieure,  arr.  Saint-Nazaire,  chef-lieu  de  canton. 


r.  xiii,  an.  851-857]  .Y\.\l.\h 

usurpative  scdom  suani,  ar- 
ripuit  omnem  parochiam 
Namneticam1  a  flumine  He- 
redaecusque  ad  Vicenoniamd 
el  Semenoneme,  el  usque  ad 
fine  m  vitae  suae  a  Romanis 
episcopis,  videlicet  Nicolao, 
Benedicto,  ceterisque  totius 
Galliae  episcopis  excommu- 
nicatus,  sic  eara  violenter  te- 
niiii . -.  Actardus  vero,  volenti 
animo  Tarvanensem  eccle- 
siam  dimittens,  scdom  Nam- 
neticam, cul  fuerat  ordina- 
t us,  recuperavit3;  alii  aulem 
episcopif,  qui  ejccli  fuerant, 
minime  sedes  suas  recupe- 
rare  potuerunt.  Nam  rex  Ka- 
rolus,  adhuc  a  bellis  fratris 
sui  Hlotarii,  ut  praedicitur 
valde  oppressus  \  et  illas  se- 


riiNSE 


',:; 


Quiriacque,   qui   par  lesdits 

Bretons  liabitans  lo  lieu  osL 
maintenant  appellée  Guer- 
rande,  laquelle  au  temps  de 
paravant  estoit  du  droict  des 
évesques  de  Nantes.  Et  là 
faisant  Gislard  usurpative- 
ment  son  siège  forl  rahit  toute 
la  parroesse  de  Nantes  depuis 
le  fleuve  d'Erdc  jusques  à  ce- 
luy  de  Villaigne,  et  la  tint 
violentement  jusques  à  la  fin 
de  sa  vie,  excommunié  par 
les  évesques  romains  Nicolas 
et  Benoist,  et  mesmemenl 
par  tous  les  autres  évesques 
de  Gaule.  El  adonc  Actardus 
laissa  de  bon  gré  l'église  de 
Chartres  el  recouvra  le  siège 
de  Nantes,  où  il  avoit  pre- 
mier esté  ordonné  :  mais  les 


Mil.  —  c)  Herdae  />'.   —  d)  Vicenonam   ./  D,  —  c)  Selvenonem  B.  — 

I)  dcrsl  /y. 


1.  Cette  partie  «lu  diocèse  de  Nantes,  comprise  entre  la  Loire,  1  Erdre,  le 
Samnon  el  la  Vilaine,  constitua  plus  lard  L'archidiaconé  de  la  Mée. 

2.  Il  \  a  lieu,  j<'  crois,  (rajouter  loi  à  ce  récit  des  derniers  actes  «le  la  vie 
«le  Gislard.  (le  prélat,  bien  qu'il  eûl  été  condamné,  dans  un  concile  d'évéques 
francs,  à  être  enfermé  dans  1«'  monastère  «1«-  Saint-Martin  de  Tours,  put  se 
soustraire  à  sa  condamnation  <•!  se  constituer,  grâce  à  l'appui  du  duc  des 
Bretons,  un  évêché  indépendant,  avec  Guérande  pour  chef-lieu,  au  détriment 
«lu  diocèse  «!<>  Nantes.  Vprès  la  mort  de  Gislard,  le  duc  des  Bretons  réunit  ce 
territoire  à  L'évèché  de  Vannes,  et  ce  l'ut  seulement  dans  les  premières  années 
«lu  xe  siècle  que  les  évôq  les  de  Nantes  recouvrèrent  1<-  droit  d'exercer  leur 

juridiction  dans  celte  contrée. 

3.  Ce  fui  en  effel  à  cette  époque,  vers  la  fin  de  l'année  851,  qu'Actard  fut 
réinstallé  dans  son  évêché  de  Nantes,  mais  il  n'eut  point  à  abandonner  pour 
cela  le  diocèse  de  Thérouanne,  dont  il  n'entra  «mi  po ion  que  vingt  an- 
plus  tard.  i'A'.  p.  'i  I .  note  I . 

ï.   Noir  plus  haut  p.  31,  note  2  et  p.  i0.  note  2. 


44                                                  CHRONICON  [c.  xiv,  an.  857] 

des  ac  etiam  coronam  regiam  autres  évesques,  qui  avoient 

Herispogio  viventi  concessit  esté  expulsez  par  le  rov  Ne- 

habere1.  Audiens  autem  Ac-  menoius  ne  peurent  retour- 

tardus  benignitatem  et  devo-  ner  à  leurs  sièges.  Car,  [selon 

tionem    Herispogii,     curiam  ladite  Chronicque  de  Nantes,] 

ejus   petiit8,    faciensque   il  1  i  le  roy Charles  le  Chauve,  en- 

querimoniam    calamitatis    et  cores   oppressé  par   les   ba- 

miseriae11  ecclesiae  suae,  re-  tailles  de  son  frère  Lothaire, 

tulit    quomodo    post    confu-  laissa  au  roy  Herispogius  les- 

sionem  1    Normannorum     de  dits    sièges    et    la    couronne 

rébus  suis  despoliata   erat  et  royalle.   Aclonc   ledit   Actar- 

ad  nihilum  omnino  redacta.  dus, évesquedeNantes, quand 

Qui,  auditis  hujusmodi  que-  il  fut  retourné  à   son   siège, 

relae    sermonibus ,    restituit  ovant  la  bénignité  et  dévo- 

ecclesiae  Namnetensi  medie-  tion  dudit  Herispogius,  s'en 

tatem  telonei  Namneticae  ci-  alla  à  sa  court,  et  luyremons- 

vitatis,  ut  sequitur j .  tra  la    misère    de   son  église 

advenue  par  l'oppression  des 
péans.  (E,  p.  112  et  113). 


XIV2. 

In  nomine  sanctae  et  indi-  Lequel  Herispogius  donna 

viduae  Trinitatis  Divinitatis-      [à    Actardusj    la    moitié    des 


XIII.  —  g)  expetiit  AD.  —  h)  et  miseriae  desuiit  B.  —  i)  per  ferocita- 
tem  AD.  —  j)  ut  sequitur  desunt  B. 
XIY.  A  D. 


1.  Lors  du  traité  d'Angers,  Charles  le  Chauve  accorda  à  Erispoé  le  droit 
de  porter  les  insignes  royaux  (V.  Ann.  Bertin.,  ad  ann.  851). 

2.  L'authenticité  de  cette  charte  d  Erispoé  a  été  démontrée  par  M.  A.  de 
la  Borderie  dans  un  opuscule,  intitulé:  Défense  d'un  diplôme  du  roi  Eris- 
poé (Rennes,  Catel,  1853,  in-8,  16  p.).  Dans  cet  article,  M.  A.  de  la 
Borderie  a  publié  un  diplôme  inédit  du  roi  Charles  le  Chauve  confirmant  la 
charte  d  Erispoé.  Ce  diplôme  provenait  des  archives  capitulaires  de  l'église  de 
Nantes  ;  le  texte  en   a  été  donné  d'après  un  vidimus.    On  y  lit  les  passages 


[c.   xiv,  an.  857]  NAM.NK 

que  unicae  ".  Herispogius, 
sentis  Britannicae  rex9  om- 
nisque  suae  gentis  Habilitas 
christ ianae  religioni1.  Quum 
petitionibus  sacerdotum  (  'hris- 
//,  iitililati  mu.timae  ecclesia- 
rinn  sibi  corn missarum  perli- 
nentibus,  assensum  praebe- 
mus,  voci  omnipotentis  Dei 
obedimus,  qui  suas  nos  audire 
ammonet  ministres,  dicens  : 
qui  vos  audit,  me  audit,  ac 
qui  vas  s p émit  me  spernit. 
Ac  per  hoc  regni  nostri  pa- 
triaeque  consuetudinetn  exer- 
ccnda  Habilita  iuusat(pic  Domi. 
ni  sanctorumque  gratiam  nos 
adepturos  confidimus.  Igitur 


TENSE  tô 

coustumes  de  la  cité  de  Nan- 
tes, pour  la  rédemption  de 
l'âme  de  son  père  Nemenoius, 

pour  colle  de  la  roi  ne  Mar- 
mouceh,  sa  femme,  et  de  sou 
très  amé  compère  Charles, 
rov  de  France,  avec  le  con- 
sentement  de  Salomon,  son 
cousin,  ainsi  qu'il  est  con- 
tenu par  ses  chartres  E,  p. 
113).  A  laquelle  restitution 
furent  présens  :  Marmoech, 
la  royne,  mère  [sic)  du  dit 
Herispogius,  Sallomon,  son 
cousin,  Conan,  Paschuetain, 
le  comte  Nain,  Bodoan,  Gur- 
guethan  et  plusieurs  autres 
[F,  f°  117,  v°). 


XIV.  —  a)  Divinitatisquc  unicae  desunt  D. 


suivants  :  Dilecti  iiobis  compatris  et  fidelis  nostri  fferispogii,  cui  siqui- 
dem  marcam  sive  comitatum  Nanneticum  beneficiario  jure  habenaum 
et  secundum  nostratn  fidelitatem  tenendum  largiti  fuimus,  preeibus 
instantibus,  juxta  commonitionem  et  supplicem  petitionem  venerandi 
sanctae  sedis  aecelesiae  Nanneticae  pontificis  Attardi,  co  (juod  eadem 
aecclesia,  saeculi  innumerabilibus  cladious  urgentibus,  facultatibus 
sut  /uns  des  ti  tut  a  habetur,  concessimus  eidem  praesuli  Attarde  et, 
Deo  auctore,  successoribus  ejus  habendam  medietatem  omnis  merci- 
moud,  undecumque  <t<l  praeaictae  civitatis  portum  sive  navigio  sive alio 
quolibet  modula,  mercatis,  carragine  atque  tabernis  omnibus,  minis- 
terialium  officinis  decurrentis  vel  advenientis,  vel  undecumque  aliquid 
teloneum  exigi  potest...  proaeterna  retributione  animarum  Herispogii 
et  uxoris  suae  Marmohec.  —  Ce  diplômée!  la  charte  d'Erispoé  datent  de 
l'année  857  (cf.  p.  'i7.  note  1). 

1.  Bien  que  cette  charte  Boil  omise  par  B,  il  es!  certain  qu'elle  était  trans- 
crite loul  entière  dans  la  Chronique  de  Nantes  En  effet,  un  vidimus  de  ce 
documenl .  trouvé  par  M.  V.  de  la  Borderie  dan-  les  anciennes  archives  du 
chapitre  de  Nantes,  mentionne  en  termes  formels  que  cette  charte  riait  trans- 
crite dans  une  Chronique  ancienne,  escripte  en  parchemin  en  lettres  de 
forme,  gardée  "u  trésor  des  lettres  de  ladite  église.  C'est  le  manuscrit 
même  original  de  la  Chronique  de  Nantes,  qui  est  ainsi  décrit  (voir  l'Intro- 
duction). Je  désigne  par  la  lettre  //  ce  vidimus,  daté  du  1  'i  mars  1  l'ji. 


46  CHRONIGON  [c.  xiv,  an.  857] 

iiotiun  esse  volumus  omnibus  fidelibus  sanctae  Dei  aecclesiae, 
praesentibus  alque  futuris,  quia  vir  venerabilis,  Namneticae 
sedis  Actardus  episcopus,  postulavit  nostram  benes>olentiam 
atque  religionem,  aecclesiae  sibi  conimissae  consulens,  ut  ei 
solatium  atque  consolationem  de  rébus  aecclesiae  ejusdem 
faceremus  per  scripturarum  sérient }  quod  nos  fecisse  mons- 
iratur  indicio  Jiujus  cartulae.  Quuni  ergo  prius  aecclesia 
praedicta  multis  olim  rébus  mullisque  possessionibus  ac 
mercimoniis,  theloneis,  nundinis  atque  apparatibus  foret 
ditata,  aecclesiasticis  praevalenle  comitatu]\  ac  pravorum 
hominum  potestate  necnon  etiam  piratica  ac  paganorum 
çastatione1  ita  destituta  habetur  propria  facultate,  ut  çi- 
deatur  etiamc  fabricae,  in  honore  principes"  apostolorum, 
sancti  Pétri,  et  doctoris  gentium,  sancti  Pauli,  fundatae, 
ruinaà  casusque  lapsus  imminere.  Cujus  precibus  libentis- 
si/ne  annuentes  faventesque  votis,  ob  lionorem  Dei  et  sancto- 
rum°  apostolorum  praedictorum,  et  pro  animae  nostrae 
remedio  genilorisque  ac  Marmohec  f,  conjugis  nostrae  2} 
sive  pro  amantissimo  compatre  nostro,  Karolo,  Francorum 
rege*,  sine  niora  reddimus  aecclesiae  Sancti^  Pétri  limina- 


XIV.  —  b)  ecclesiasticis  prevalende  comitatus  A.   —  c)  autem  A.  —  cl) 
ruinac  A.  —  e)  deest  D.  —  f)  Mornmhcc  D.  —  g)  deest  D. 


1.  Erispoé  fait  ici  allusion  à  l'invasion  de  853,  au  cours  de  laquelle  les 
pirates  danois  pillèrent  la  ville  de  Nantes  et  s  établirent  dans  les  iles  de  la 
Loire  proches  de  la  cité.  Les  Normands  ne  quittèrent  plus  1  embouchure  du 
lleuve  jusque  vers  le  mois  de  juillet  856,  et,  pendant  leur  séjour  en  cette 
région,  ils  dévastèrent  entièrement  le  diocèse  d  Actard.  Après  qu'ils  curent 
été  chassés  de  Bretagne  par  Erispoé  en  857,  la  ville  de  Nantes,  malgré  les 
efforts  d'Actard,  ne  put  se  relever  de  ses  ruines.  Charles  le  Chauve,  écrivant 
en  867  au  pape  Nicolas  Ier,  lui  disait  que  depuis  dix  ans  Nantes  était  presque 
changé  en  désert,  civitas,  olim  florentissima,  nunc  exusta  et  funditus 
dirula,  redacta  per  decennium  cernitur  in  eremum  (dom  Bouquet,  VII, 
559). 

2.  Marmohec,  femme  d  Eri?poé,  paraît  avoir  signé  deux  chartes,  dont 
quelques  fragments  sont  parvenus  jusqu'à  nous  :  lune  de  852,  où,  après  la 
signature  d  Erispoé,  se  lit  celle  de  Mormoet  (Cartul.  de  Redon,  p.  367), 
l'autre  de  855,  signée  Mormohet  {ibidem,  p.  370). 

3.  Erispoé  avait  conclu  avec  le  roi  des  Francs,  vers  le  mois  d'avril  de 
l'année  précédente,  856,  un  traité  d'alliance  définitive,  et  avait  fiancé  sa  fille  au 


[c.  \iv,  an.  857  N  IMNETENSï  .7 

rihus  et  dicto  episcopo  et  suis  successovibus,  Deo  aueto/e9 
atque  episcopatui9  juxta  morem  aliarum  cwitatum,  in  perpe- 
tuum  habendam,  atque  confirmamus  per  ha  ne  scripturam 
medietatem  thelonei  omnis  mercimonii,  undecumque  ad  praes- 
criptae  cwitatis  portum  sive  navigio,  sive  alio  (juolibei  mo- 
dula, mercatis,  carragine,  rolatico  atque  tabernis  omnibus, 
comministerialibus  officiais,  defluenlis  et  advenienlis,  pel  un- 
decumqae  aliquidh,  ut  dictum  est,  thelonei exigi  potest,  jure 
perpétua  possidendam,  imprecantes  Dei omnipotentis  tremen- 
dissimam  potestatem,  ut  qui  kujus  thelonei  medietatem  a 
praedicta  aecclesia  praesumpserit  auferre,  suam  senliat 
ultionem  propriique  corporis  luminis  mu/ctationem,  nec  me- 
veatur  clavigeri  regni  coelestis  sancti  Petit  paradisicam  in- 
Irodactionem,  per  cujus  reliquiarum  clavem,  aura  subor- 
natam,  bac  reddimus ;  sed  polius  incurrat  Dathan  et  Abiron 
subversionem.  Et  quicumque  banc  nostram  redditionem  et 
confirmationein  servaverint,  sentiant  dwinam  consohuianem 
et  dexteram  suam  contra  suas  adversarios  victricem.  Qua- 
propter,  ut  bac  nostram  fa  et  uni  inviol abile  servetur,  fie  ri 
jussimus  boc  scriptum,  per  quod  manifestetur  reddidisse  nos 
atqae  confirmasse  medietatem  thelonei  omnis  Namneticae 
cwitatis  nécessita tibus  et  utilitatibus  ecclesiae  ejusdem  pasto- 
ribus  accipiendam1  et  habendam  per  suas  proprios  minis- 
teriales,  îiostris  et  f'uturis  temporiùas.  l'A,  ut  haec  nastrae 
redditionis  et  confirai  a tionis  auctoritas  certius  credatur  et 
diligentius  conservetur,  manu  propria  eam  subter/irmavimus 
atque  sigillo nostro  j ussimus insigniri,  ut,  puisa  calumniatore , 
omni  (empare  valent  inviolabilis perdurare* .  Signant  ^  Ile- 

\I\  .  —  h)  deesi  D.  —  i)  recipiendam  A. 


fiU  de  Charles  le  Chauve  (cf.  Ami.  Bertin,  adann,  856  Celle  charte  d  Eris- 
poé  el  celle  de  Charles  le  Chauve,  citée  plus  haut,  p.  'i'i.  note  2,  témoignent 
des  bonnes  relations  qui  existaient  encore  en  857  entre  le  chef  breton  et  le  roi 
1.  Cette  charte  <l  Erispoé  date  certainement  «le  tannée  857.  En  effet,  les 
pirates  danois,  qui,  en  .v>;;.  s'étaient  établis  dans  les  il<_s  .l»>  la  Loire  voisines 
de  Nani.s,  n'abandonnèrent  leurs  stations  que  vers  le  mois  de  juillet  856,  s  la 


48  CHRONICON  [c.  xv,  an.  856-866] 

rispogii,  régis  Britannicae*  gentis,  qui  hanc  praeceptionis, 
restitulionisk  et  confirmationis  auctoritatern  fieri  et  affirmare 
rogavit.  Signum  ^  Marmohec,  ejus  conjugis.  Signum  Ko- 
nanix .    Signum   Bodoan.   Signum  Bran.   Signum  Predren™. 

o  c  o 

Signum  Riwelen  n.  Signum  Romel.  Signum  Bertualdt.  Signum 
Huengenis.  Signum  Vuicomarc0.  Signum Salomonis,  consen- 
tientis.  Signum  Gurguethenv.  Signum  Pascuetani.  Signum 
Blaeidic.  Signum  Dunwallon.  Signum  Sennac.  Signum  Sapio- 
timarcher.  Signum  Theharno.  Signum  Halep.  Signum  Ko- 
mesnani.  Signum  Alluretti.  Signum  Kqthodic.  Signum  Gor- 
fand.  Signum  Matuedoiq. 


XV 


Postquam   autem    iste    vir.  [Selon  l'acteur  de  la  Chro- 

venerabilisActardus,inquan-  nicque  de  Nantes.]  Actardus, 

tum  potuit,  ecclesias  civita-  plaignant  les  dommages    de 

tis      Namneticae      dissipatas  son    église   faits  par   les   as- 

summo  animi  studio  non  in  sauts  des  Norwégiens,  et  sus 


XIV.  —  j)  Britanniae  A  D.  —  k)  rcstitutionem  H .  —  1)  Gonan  A  D.  — 
m)  Predien  H.  —  n)  Rivelen  //,  Ruuellen,  A.  —  o)  Signum  Bertualdt. 
Signum  Huengenis.  Signum  Vuicomarc  desunt  AD.  —  p)  Guergenteni  H. 
—  q)  Signum  Pascuetani,  etc.  usque  ad  Matuedoi  desunt  A  D. 

XV.  B  E. 


suite  d'une  attaque  dirigée  contre  eux  par  Erispoé  et  Sidroc,  chef  d  une  autre 
bande  de  Normands.  Pour  se  venger  du  duc  breton,  les  pirates  pénétrèrent 
alors  dans  le  cours  de  la  Vilaine  et  allèrent  piller  le  monastère  de  Redon, 
puis  ils  se  dirigèrent  vers  la  ville  de  Vannes,  où,  au  mois  de  mars  857,  Eris- 
poé, accompagné  des  comtes  PascAvelen  et  Salomon,  avait  concentré  ses 
forces.  Pascweten  et  l'évêque  de  Vannes,  Courantgen,  furent  faits  prisonniers 
par  les  Danois  ;  mais  Erispoé  ne  tarda  pas  à  tirer  vengeance  de  ses  ennemis  : 
il  les  attaqua  en  bataille  rangée,  les  mit  en  déroute  et  les  chassa  de  Nantes  et 
des  îles  de  la  Loire  (cf.  Le  Baud,  Histoire  de  Bretagne,  p.  115;  Cartul. 
de  Redon,  p.  21  et  369;  Chron.  Britann.  et  Gesta  SS.  Boton.).  La  déli- 
vrance de  la  ville  de  Nantes  eut  lieu  vers  le  mois  de  mai  857:  la  charte  d'Eris- 
poé  est  d'ailleurs  peu  postérieure  à  cette  date,  car  Erispoé  mourut  lui-même 
au  mois  de  novembre  857.  Cf.  A.  de  la  Borderie,  Examen...  du  Cartul. 
de  Redon,  Bill,  de  l'Éc.  des  Cit.,  XXV,  1863-64,  p.  394. 


[c.  xv,  an.  856-866]  NAMNETENSE  H 
dignitate  honoris  pristina  toutes  autres  choses,  plus 
aec  in  lande  pulchritudinis  griefvemeot  et  plus  tri  ste- 
mms habita,  sed  satis  in  ment  coudoient  sa  parroesse, 
inferiori,  de  facultatibus  suis  et  le  siège  de  la  salle  Qui- 
restituit,  condolens  semper  riacque  qui  luy  avoit  esté 
suam  parochiam  sibi,  sicut  fortraite  violentement  par 
Buperius  refertur,  ablatam,  Gislard,  en  fist  plusieurs  fois 
Bunquam  eam  reclamare  ces-  clamo  aux  évesques  romains 
savit.  Nam  et  post  non"  mul-  et  à  tous  les  autres  éves- 
to  tempore,  Amalrico,  Tu-  ques  de  Gaule  :  mais,  pour 
ronensiarchipraesuledefunc-  L'excommunication  d'eux,  ne 
to\  sueccssit  in  loco  ejus  pour  l'obédience  de  saincte 
domnus  Ilerardus,  vir  venc-  église,  il  n'en  peut  avoir 
rabilis,  et  verbo  et  doctrina  droit  ne  la  recouvrer.  Et  ce- 
satis  Laudabilis  :  cui  ipse  ac-  pendant  mourut  Amaurv,  ar- 
rêtions querimoniam  fecit  chevesque  de  Tours,  et  suc- 
quomodo  Britanni  suam  pa-  céda  en  son  lieu  Ilérard,  au- 
rochiam  invaserant,  et  etiatn  quel  Actardussemblablement 
archiepiscopatum  Turonen-  fist  grand  complainte  des 
Bem  resciderant.  Quo  audito,  choses  dessusdites,  spécia- 
isle  vir  venerabilis,  dcplan-  lement  de  ce  que  les  Bretons 
gens  graviter  Turonicae  se-  avoient  occupé  sa  parroesse, 
dis  abscisionem  et  Xamne-  el  rescindé  larehevesque  de 
ticae  ecclesiae  ablationem,  Tours,  et  Hérard  luy  promist 
promisit  in  futuro,  si  Deus  la  requérir.  Puis  après,  [le- 
illi  vitae  statum  permitteret,  dit  acteur  de  la  Chronicque 
haecomnia  requirere.  Postea  de  Nantes  dit  qu'au  tiers  an 
Butem,  in  tertio  ordinationis  de  l'ordination  dudit  Hérard, 
suae  anno,   Salomon,   nepos  archevesque  de  Tours,  Salo- 

\\ .  —  a)  deest  />'.-  min  addendum  esse  videturex  I. 


1.  Vinaui'i.  élu  archevêque  de  Tours  vers  K"  mois  de  mars  851,  mourul 
au  mois  tl<'  le \  rier  856.  Tous  les  catalogues  >  accordent  à  lui  donner  quatre  ans 
Il  onze  mois  depiscopal  Sou  successeur  Hérard  fui  consacré  1«'  dimanche 
21  mars  856.  Voy.  abbé  Duchesne,  Catalogues  épiseopaux  de  la  province 
df   Tours,  p.  30. 


i 


î>0                                                    GHRONJCÔN  [c.  xv,  an.  806-8(36] 

Nomenoii 1,  cupiditate  magna  mon,  neveu  du    roy   Neme- 

ductus,  Herispogium  regem,  noius,  meu  de  grand  convoi- 

cognatum  suum,   furtive  ag-  tise,    assaillit   furtivement  le 

grediens,   ut    iniquus  et  do-  roy  Herispogius,  son  cousin, 

losus  interfecit,  arripiensque  et,   comme  desloal,    l'occist, 

coronamcapiti  suo  imposuit2.  et  luy  arracha  sa  couronne, 

Herardus    vero   archiepisco-  laquelle  il  imposa  à  sa  teste, 

pus,    Actardi    episcopi    pru-  —    En    celuy   temps,    [ainsi 

dentia  et   probitate    diligen-  que  rapportent  les  Chronic- 

tissime  cognita,  quasi  filium  ques  de   l'église  de  Nantes,] 

carissimum     semper     secum  Actardus,    évesque  de  ladite 

familiariter     habere     voluit.  église,  et  Hérard,   archeves- 

Eodem  autem  tempore3,  pos-  que  de  Tours,   allèrent  à  la 

tulantes  régis  Karoli  curiam,  cour  du  roy  Charles  le  Chauve, 

misericorditer    ejus    benevo-  et  luy  prièrent  que  pour  l'in- 

lentiam    deprecati   sunt,    ut,  vasion  de  son  royaume,  pour 

per  ejus  licentiam  et  jussio-  la  rescision  de  l'archevesché 

nem,  primum  pro  regni  sui  de  Tours,  et  pour  la  diminu- 

invasione,  deinde  pro  Turo-  tion  du    diocèse  de  Nantes, 

nica  rescissione,  necnon  pro  dont  les  Bretons  provocquez 

parochiae    Namneticae  abla-  àjustice  jusques  alors  avoient 

tione,    de    quibus    Britanni,  différé   l'amender,    il  assem- 

saepe    ad    justitiam    vocati,  blast  à  Soissons  un  senne  des 

omne  judicium  usque    modo  évesques    de   Gaule  ;   ce  que 

declinaverant,   synodus    om-  ledit  Charles  le  Chauve  leur 

ni  uni  episcoporumtotius  Gai-  octroya.  Et,  quand  ils  furent 

liae  apud  Suessionis    civita-  là  convenus,    c'est  à    sçavoir 

tem  congregaretur.  Quorum  Remigius,      métropolle      de 

rex    petitioni     libenter     an-  Lyon,    Hingomarus,    métro- 


1.  Salomon  est  dit  cousin  d  Erispoé  dans  deux  chartes  de  l'abbaye  de 
Redon  (Carlul.  de  Redon,  p.  366,  371).  Son  père,  Rivallon,  était  proba- 
blement frère  de  Nominoé. 

2.  Erispoé  fut  assassiné  par  Salomon  au  mois  de  novembre  857,  la  seconde 
et  non  pas  la  troisième  année  de  1  épiscopat  d  Hérard. 

3.  Erreur  ;  le  concile  de  Soissons  est  de  neuf  ans  postérieur  à  la  mort 
d;  Erispoé. 


[c.  xvi,  an.  866]  NAMNETENSE  M 

miens,  ipse,  missis  cpistolis,  polie  de  Reims,  Hérard,  mé- 
invitavit  archiepiscopos  et  tropolle  de  Tours,  Wénilo, 
episcopos  Galliae,  ut  pro  his  métropolle  de  Rouen,  Hégilo, 
rébus  emendandis  Suessioni  métropolle  de  Sens,  Leot- 
civitati  omnes  occurrerent.  bertus,  métropolle  de  Ma- 
Quum  autem  ibi  congregati  gunce ,  Frotharius,  métro- 
fuerunt,  decreverunt  pariter  polie  de  Bordeaux,  avec  les 
banc  epistolam  scribere,  et  évesques,  leurs  suffragans, 
per  manum  Aetardi  episeopi  après  avoir  oye  la  complainte 
Nicolao,  summo  pontifici,  dudit  Act ardus,  évesque  de 
mittere,  quae  in  série  hujus  Nantes,  ilsdécrétèrentescrire 
paginae  continetur.  une  épistole  au  pape  Nicolas, 

qu'ils  luy  envoyèrent  par  le- 
dit Actardus  E,  p.  115  et 
11G). 


XVI  V 


Sanctissimo  ac  reçerendis- 
simo  domno  pnpae  Nicolao, 
reverenda  synodus,  Suessio- 
nis  AT'1  Kalendas  septem- 
bris*  auctoritate  sanctiprae- 
suldins  vestri  habita,  aeter- 
nam  in  Domino  felicitatem. 
jDuurn  respect  us  fidefium  od 
apostolicae  sedis,  ma  tris  scili- 
cet   omnium,  pin    ubera    op- 


Rn  laquelle  épistole  fai- 
soient  lesdits  évesques  com- 
plainte audit  Nicolas,  pape, 
des  choses  dessusdites,  et 
que  les  Bretons  ne  vouloicnt 
aller  à  leurs  sennes,  mais 
oppressoienl  les  églises etles 
hommes  d'Anjou,  du  Maine 
et  de  Neustrie:  et  (pie  des 
évesques    par     eux    déjettez 


Wl.  il.  —  a)  Ml  il. 


1.  Cette  lettre,  que  l'auteur  de  la  Chronique  de  Nantes  a  insérée  dans  son 
ouvrage,  a  été  souvent  éditée.  Elle  est  de  nouveau  publiée  ici  d'après  l'édition 
•  If  Labhc  {Collection  des  Conciles,  NUI.  s:>7).  collationnée  avec  il. 

'2.  Le  concile  de  Soissons  avait  été  convoqué  à  cette  date  du  18  août  86t> 
par  le  pape  Nicolas  Ier.  Cf.  lettre  de  Nicolas  à  Hincmar  (dom  Bouquet,  VU. 
Ml). 


o2  CHRONICON  [c.  xvi,  an.  866] 

portune  intendat,  fraternitas  demeuroit    encores    Salacon 

nostra  propter  variarum  re-  de  Dol  débouté,  au  lieu  du- 

rum  eventus,  suaeque  oppor-  quel    ils    se   ventoient   avoir. 

tunitatis subsidia,  propterque  métropolle,  et  avoient  subro- 

pastoralitatis  jura    divinitus  gé  deux  évesques  l'un  après 

tanto  patri  et  papae  dignan-  l'autre    en    son    lieu,    qu'ils 

ter  collata,  frequentibus  api-  avoient    surnommez    arche- 

cibus  apostolatus  vestri  cul-  vesques.      Aussi     demeuroit 

men  pulsare  decertat;  quo  et  Susan  de  Vennes  à  recouvrer 

in  /lis,  in  quibus  minus  debito  son  siège,  et  avoit   Salomon 

sufficit,     pastorale    solatium  leur  roy  restitué  de  sa  parole 


sumat,  et  beneficentiae  ves- 
trae  copiositate  referta,  sanc- 
tarum  etiam  institutionum 
documentis  informata,  adma- 


seulement,  sans  nul  autre 
ordre,  aucuns  qu'il  avoit  co- 
gneu  estre  de  sa  gent  et  de 
sa    langue,    tout   ainsi    qu'il 


jora    et    meliora  quotidianis      luy  avoit   pieu    par    barbare 


délibération  et  sans  déter- 
mination ecclésiastique  [E, 
p.  116). 


i fie  re  mentis,    Deo  sibi  mise- 

rante,  proficiat.    Vestram  si- 

quidem  non  la  ter  e  beatitudi- 

nis  excellentiam  novimus,  dio- 

cesin  Turonicam   austeritate 

Britonum  diutino  a  sua  me- 

tropoli  divulsam  penitusque  discissam,  ita  ut,  sicut  idem  Tu- 

ronicus   metropolitanus  Herardus,    pariterque    Na/nneticus 

Actardus   frequenti    indagine,    necnon  etiam    in  praemissa 

Suessionica  synodo  evidenti  atque  multipliai  stylo  pariter  et 

sermone  nobis  intimavere,  licet  nobish  multis  praecedentibus 

indiciis  haec  eadem  non  possent  latere,  jam  vicenus,  et  eo 

licet paululum,  adsitannus1,  quo,  tyrannica  feritate  resumpta , 


XVI.  —  h)  nos  B. 


1.  Allusion  au  synode  que  Nominoé  convoqua  dans  le  château  de  Goitlouh, 
et  où  fut  décrétée  1  indépendance  des  diocèses  bretons  vis-à-vis  la  métropole 
de  Tours.  Si,  comme  on  peut  le  supposer,  les  prélats,  assemblés  à  Soissons 
en  866,  étaient  bien  informés  sur  les  affaires  ecclésiastiques  de  Bretagne,  ce 
passage  de  leur  lettre  au  pape  pourrait  servir  à  fixer  la  date  du  synode  de 
Coitlouh,  que  l'on  hésite  à  placer  en  848  ou  849.  Malheureusement,   la  for- 


[<-..  xvi,  an.  86fi]  NAMNETENSE  53 

nec  comprovincialia  cum  Turonico  metropolitano  célèbrent 
concilia,  nec  in  episcoporum  conseerationibus  ad  eumdem 
quidquam  respiciant,  illi quoque  sedi  nullo  pacto  se  subdant. 
Sed  neque  ad  generalitatis  nostrae  synodum,  si  quando 
apostolatus  vestri  auctoritas  nostram  fraternitatem  pro  qui- 
buslibet  emer gentil) us  vel  imminentibus  negotiis  aggregandam 
dcccrnlt,  illorum  praesentiam,  légat  os,  litteras,  qunm  infra 
si  nu  ni  occlduae  Galliae  conimorentur,  et  nec  j  usa  mont  lu  ni, 
nec  marinum  pelagus,  sed  neque  gravis  intercapedo  terrarum 
convolare  prohibeat,  nostrae  unanimitati  quem quant  habere 
meruimus.  Undc  fit  ut  nullus  cultus  religionis  inter  eos, 
nul  lus  disciplinae  vigor  liaheri  possitin  illis  :  quoniam,  quum 
sint  barbari,  feritate  ni/nia  tu/nidi,  nullis  sacris  institutis 
obediunt,  nullis  praeceptionibus  sanctorum  patrum  se  sub- 
dunl ;  sedpro  libltu  insipientiae  malevolentiaeque suaec cuncta 
pe'ragunt.  Frequentibus  iidem  apicibus  mat  ris  et  magistrae 
sanctaed  sedis  Romanae  decessorumque  vestrorum  ad  munit  i% 
et,  ut,  feritate  deposita,  quia  sunt  nomine  tenus  christiani, 
apostolicis  (tt(/ue  canonicis  decretis  se  subderent,  sunt  vocati, 
sicut  evidenti  indicio  in  archivis  sanctae  Romanae  aecclesiae, 
si  place! ,  valetis  reperire ;  sed  quidam  illorum  nec  sibi  legl 
ncc  passi  sunt  audl/'c1  :   ncque   ullo  pacto  a  coepto  prawitatis 

XVI.  —  c)  sua  B.  —  d)  deest  li. 


mule,  jam  vicenus,  et  eo  tiect  paululum,  adsii  a/mus,  auo,  etc.,  semble 
prêter  à  L'équivoque.  Si  cette  phrase  signifie  il  y  a  déjà  plus  de  vingt  uns, 
on  devrait  en  conclure  que  le  synode  de  Coillouh  est  de  Tannée  846  :  ce  qui 
esl  inadmissible,  car  l'on  est  certain  que  cette  assemblée  est  postérieure  au  mois 
de  février  8'i8.  Mais,  après  le  mot  paululum,  on  peut  sous-entendre  minus 
aussi  bien  que  magis,  et  alors  celte  phrase  signifierait:  déjà  la  vingtième 
année  est  proche,  quoiqu'elle  ne  soit  pas  encore  arrivée.  Il  on  résul- 
terai! qu'au  mois  d'août  866,  date  du  concile  do  Soissons,  on  n'était  encore 
cpie  dans  la  dix-neuvième  année,  comptée  à  partir  du  synode  de  Coitlouh,  et 
par  conséquent  la  date  de  ce  Bynode  se  placerait  entre  le  mois  de  février  et 
le  mois  d  août  de  l'année  8'i8.  — -  Il  faudrait  pour  changer  celle  conjecture 
en  certitude  que  quelque  autre   élément    chronologique  vint  la   corroborer.    Il 

\  a  là  un  problème  digne  de  tenter  la  sagacité  des  érudits  bretons. 

1.  Le  duc  Nominoé  avait  refusé  d'écouter  la  lecture  d'une  lettre  que  le 

Cape  Léon   l\    lui  avait  adressée  en   850.    Les  évèques,    assemblés  (Mi  concile  à 
ours  en  janvier  851.  lui  on  firent  le  reproche  :  Ne  litteras  quidem  ipsae 


54  CHRONICON  [c.  xvi,  an.  866] 

suae  repressi  surit  itinere.  Hinc  fit  quod  hactenus  parochiam 
Namneticam  a  muro  ejusdem  urbis  praesignato  fratri  nostro 
Actardo  subreptam  habeant1 :  sed  et  res  omnes  ejusdem  sedis 
obstinata  pervasione  detineant.  In  nullo  dissimilia  Turonicae 
metropoli  et  Andegavensi  aecclesiae pariterque  Cenomannensi 
in  rébus 9  quae  ipsis  sunt  attiguae,  certum  est  eos  agere.  Sed 
et  omnis  pêne  Neustriae  aecclesia  crudelem  eorumdem  feri- 
tatem  perpetitur,  rebusque,  quibus  Mis  convicinatur,  cupide 
denudatur .  Quibus  autem  injuriis,  oneribus  atque  servitiis 
utriusque  ordinis,  condilionis  et  sexus  homines  opprimant, 
melius  viva  voce  celsitudo  beatitudinis  vestrae  poterit  nosse. 
De  episcopis  autem  ab  eis  temere  et  irreverenter  non  solum 
absque  vestri  pontificatus  notitia,  verum  etiam  absque  ullius 
synodici  consent  us  ejectis,  id  est,  de  Salacone e  Dolensi, 
adhuc  quide/n,  licet  expulso,  superstite2,  cui  loco  se jactitant 
sedem  metropolim  contra  fas  liabere,  praedicto  quldem  fratre 
expulso,  atque  duobus  in  ipsa  sede  nuncupatwe  subrogatis'' 
absque  metropolitae  scientia  vel  consensu,  Susanno  etiam  Ve- 
netensi  adhuc  superstite",  alioque  suae  sedi  indebite  substi- 

XVI.  —  e)  Saloconc  B. 


recepisti.  —  Epistolam  sedis  apostolicae  respuisti,   existimans  aliqua 
in  ea  tibi  noxia  contineri  (dom  Bouquet,  VII,  504  et  505). 

1.  Les  pères  du  concile  de  Soissons  désignent  ici,  suivant  toute  vraisem- 
blance, le  diocèse  de  Guérande,  qui  fut  créé  par  Erispoé  en  faveur  de  Gislard 
et  qui  s'étendait  jusqu'aux  portes  de  Nantes. 

2.  Salocon  mourut  dans  l'abbaye  de  Flavigny,  où  il  s'était  retiré  après 
avoir  été  chassé  de  Bretagne  par  ÎNominoé.  Son  obit  est  porté  au  4  juillet  dans 
le  nécrologe  de  Flavigny.  D  après  Hugues  de  Flavigny,  Salocon  serait  mort 
en  864.  C'est  une  erreur,  puisque  les  évoques  assemblés  à  Soissons  témoignent 
qu'il  était  encore  vivant  en  866.  Sur  Salocon,  voir  abbé  Duchesne,  Catalo- 
gues épiscopaux  de  la  province  de  Tours,  p.  96. 

3.  Cette  phrase  me  paraît  signifier  que  le  diocèse  de  Dol,  depuis  l'expul- 
sion de  Salocon,  avait  été  successivement  administré  par  deux  prélats,  tandis 
qu'à  Vannes  l'évêque  Susan  n'avait  encore  eu  qu'un  successeur.  Il  faut  re- 
marquer qu  il  n'est  fait  aucune  allusion  dans  cette  lettre  à  la  création  de  trois 
évèchés  en  Bretagne  par  Nominoé.  Le  chroniqueur  de  Nantes  est  le  premier 
auteur  qui  ait  mentionné  ce  fait  dune  manière  formelle;  et,  comme  il  écrivait 
plus  de  deux  cents  ans  après  lévénement,  son  autorité  n'est  que  relative  et  de- 
manderait à  être  confirmée  par  quelque  témoignage  plus  voisin  des  origines. 

4.  C'est  le  seul  document  qui  nous  apprenne  que  Susan  de  Vannes  vivait 
encore  en  866. 


[c.  xvi,  an.  866]  NAMNETENSE  55 

tuto,  frequens  ad  sanctam  Romanam  aecclesiam  processif 
mentio,  quum  adhuc  ipsi  exules  demorentur,  licet  quosdam 
idem  dax  Britannicus  infra  praesentis  anni  spatium,  vestrae 
auctoritatis  institutis  praemonitus,  qàos1  suae  gentis  et  lin- 
guac  esse  noverat,  absque  synodi praesentia,  sine  ullo  recon- 
ciliationis  vel  restitutionis  ordine,  verbo  suo  solummodo  res- 
tituer itKf  etquomodo  qualiterque  placuerit  sedes  amissas  reci- 
pere,  non  aecclesiastica  determinatione,  sed  barbarie  a  deli- 
beratione permiserit .  Fnterea,  ut,  more  praecessorum  suorum, 
idem  auctor  Britonum  pdentissimo  filio  vestro,  do  m  no  et  se- 
niori  nostro  Karolo,  in  cunctis  obtempère^  sua  que  omni  lui- 
miliatione  débita  colla  submittat  annuosque  census persolvat*, 
quia  isdem  specialis  filius  rester  diverso  undesecus  Northman- 
norum  aliorumve  agitatur  incommode*,  vestris  suasionibus  et, 
ut  expedit,  redargutionibus8,  quaesumus,  decernite.  Qui,  si 
contra  hortamenta  salubria  praecellentiae  vestrae  demum 
aspirare  nititur,  gladio  sancti  apostolatus  vestri  se  percel- 
lendum  débita  cosnoscat  libramine.  Mis  eriro  ita  breviter 
praelibatis,  ne  aliquod*  vestrae  pietatis  excellentiae  gene- 
remus  incommodum,  a  praesenti  sj/nodo  fratrem  et  consa- 
cerdotem  nostrum  Actardum  vestrae  paternitatis  aspectibus 
pertractavimus  destinandum,  qui  viva  voce  veroque  sibi  no- 
tissirna1  sermone  ad  liquidum  haec,  quae  succincte  prosequi- 
mur,  poterit  resera re.  Cui  petinins  liumililerque  deposcimus 
ut  sanctae  benignitatis  vestrae  sublimitas  aurem  pietatis  cle- 


\\  I.  —  1")  non  solummodo  addit  fi.  —  g)  adhortari  addii  B.  —  h)  quod 
/{.  —  i)  notissimo  li. 


I.  On  ignore  quels  évêques  le  duc  Salomon  avait  rétablis  en  8(if>.  M.  1  abbé 
Duchesne  (Jiivre  cite,  |>.  82,  88)  suppose  que  ce  fui  Félix,  évéque  de  Quimper, 
b1  Libéral,  évéque  de  Saint-Pol-de-Léon.  Pour  le  premier,  le  l'ail  est  possible, 
mais  n'est  pas  prouvé;  quant  à  Libéral,  son  existence  même  n'est  pas  certaine 
(voir  plus  liant,  p.  38,  note  3). 

'1.  En  863  Salomon  s'était  engagé  ii  donner  au  roi  Charles  le  Chauve  un 
tribut  annuel  :  il  le  paya  en  864  ;  mais  cette  lettre  prouve  que,  tirs  866,  il 
avait  refusé  <lc  remplir  ses  promesses  Ce  «lut  rire  nue  des  causes  de  la  rup- 
ture qui  éclata,  en  oette  année  866,  entre  !<•  due  des  Bretons  et  le  roi  «1rs 
Francs.  Cf.  Ann.  Bertin.,  ad  ann.  863,  864  et  866. 


56  CHRONICON  [c.  xvi,  an.  866] 

mente?'  accommodet,  eique  solitae  maman  mansuetudinis 
por'rigat,  videlicet  ut  rébus  omnibus,  id  est  sede  sua\  in  qua 
spes  nulla  recuperandi  sibi  est,  cum  parochia  exspoliatus, 
pietatis  vestrae  adminiculo  adjuvetur,  et  sicut  expulsus  peni- 
tus  a  propria  sede  utriusque  gentis  Northmannor um  et  Bri- 
tonum  feritate  et  continua  persecutione  habelur,  censura  çes- 
tri  moderaminis  relevetur.  Omnibus  ergo  ad  ubera  materna 
convolantibus,  opemque  sibi  ferrik  postulantibus  \  sicut  sem- 
per  impendere  munificentiae  vestrae  benignitate  misericordi 
largitate  suestis,  ita  et  huic  petitioni,  quam  frequenti  et  neces- 
sario  stylo  vestrae  praecellentiae  offerimus,  misericorditer 
subvenire,  eor unique,  de  quibus  agilur,  liactenus  indomitam 
feritatem  principali  mucrone  comprimere,  et  aecclesiae  sanc- 
tae  filiis  pastorali  sollicitudine  dignaminim,  quaesumus,  ef- 
ficaciter  succurrere,  pater  et  papa  beatissime. 

Hi  episcopi  praesenti  interfuere  concilio  :  Remigius,  Lug- 
dunensis  metropolis  sedis  episcopus ;  Hincmarus,  Remorum 
metropolis  episcopus  ;  Herardus,  Turonorum  metropolis  epis- 
copus ;  Wenilo,  Rotomagensium  metropolis  episcopus;  Hegilo, 
Senonum  metropolis  episcopus;  Leotbertus,  Moguntionum 
metropolis  episcopus  ;  Frotarius,  B urdegalensium  metropolis 
episcopus  ;  Rothadus  n,  Suessionum  episcopus  ;  Erpuinus, 
Silvanectis  episcopus  ;  Hunfridus,  Morinensiuni  episcopus  ; 
Erchanraus,  Catalaunensium  episcopus;  Hincmarus,  Lau- 
dunensis  episcopus  ;  Odo,  Bellovacensis  episcopus  ;  Rainel- 
mus,  Tornacensis  episcopus  ;  Johannes,  Cameracensis  epis- 
copus; Aclardus,  Namuetensis  episcopus  ;  Agius,  Aurelia- 
nensis  episcopus  ;  Gislebertus,  Carnotensis  episcopus  ; 
Hildegarius,  Meldensis  episcopus  ;  Abbo,  Nivernensis  epis- 
copus; Fulcricus0,  Trecassensis  episcopus;  Aeneas,  Pari- 
siensis  episcopus  ;  Hildebrannus,  Saiorum  episcopus  ;  Rot- 
bertusy  Cenomannensis  episcopus  ;  Ercambertus,  Baiocassium 
episcopus  ;  Seginandus,  Constantinensis  episcopus  ;  Hilduinus, 


XVI.  —  j)  deest  B.  —  k)  ferre  B.  —  1)  poscentibus  B.  —  m)  dignemini 
B.  —  n)  Rothardus  B.  —  o)  Fulcharius  B. 


[c.  xvii,  an.  850-866  NAMNETENSE  M 

Ebrocensis episcopus ;  Isaac,  Idngonensis  episcopus;  Liudovf 
Aedttorum  episcopus;  Girbaldus  \  Cabilonensis  episcopus. 

XVII. 


Jara  saopc  Actardus  epis- 
copus pro  his  rébus  recla- 
mandis  Romam  petierat  ;  jam 
Leoni  papae1  atque  Bene- 
dicto2,  (jus  successori,  de 
Iiis  querelas  magnas  fecerat  : 
sed  de  responsionibus,  quas 
al)  illis  scriptas  attulit,  nulla 
apud  nos  mcmoria  repcritur, 
nisi  tantummodo  haec  epis- 
tola  hic  inferius  scripta,  quam 
papa  Nicolaus  régi  Britonum 
Salomoni  misit.  Et  hoc,  ut 
visu  m  est  uobis,  non  est  mi- 
rum,  quia,  quando  Normanui 
item  m  tempore  Karoli  Sim- 
plieis  urbem  Namneticam 
oranino  desertam  feccmul  \ 
haec  omnia  deperierunt,  et, 


Lesquelles  choses  et  plu- 
sieurs autres  à  la  vitupération 
du  roy  Salonion  et  des  Bre- 
tons contenues  en  ladite  épis- 
tole,  porta  ledit  Actardus  au 
pape  Nicolas;  et  de  celles 
choses  avoit  par  avant  fait 
grand  complainte  à  Léon  et 
à  Benoist,  prédécesseurs  du- 
dit  Nicolas.  Mais,  [selon  le- 
dit acteur  de  la  Chronicque 
de  Nantes,]  il  n'en  est  trouvé 
aucune  response,  fors  une 
épistole  escrite  de  la  part  du- 
dit  Nicolas,  pape,  à  Salonion, 
roy  cle  Bretagne,  qui  com- 
mance,  Nicolaus  episcopus 
Salomoni  régi  Britonum  [E, 
p.  116  et  1  17). 


XVI.  —  p)  Litduinus  II.  —  q)  Erbaldua  II. 

wii.  n  /:. 


1.  Le  voyage  d'Actard  à  Homo  auprès  du  pape  Léon  l\  Be  place  entre  les 
mois  de  juillet  el  i\c  décembre  Soi). 

2.  Benoil  III.  pape  d'octobre  855  à  avril  858.  Nicolas  I  ûgnale  une  lettre 
que  Benoil  III  écrivil  sans  doute  au  duc  des  Bretons,  Salomon.  Mais  cette 
lettre  est  perdue  (voir  plus  loin,  |>.  59,   noie  I).  Si  ce  lui  pour  obtenir  cette 

Lettre  qu   \.ctard  alla  une  seconde  fois  à  Rome,   son  \,.\u::<<  serait  de-  premiers 

mois  d(>  l'année  S5S. 

;>.  Celle  dévastation  de  Nantes  par  les  Normands  sous  le  règne  de  Charles 
le  Simple  eut  lieu  en  919  (cf.  plus  loin,  ch.  xxyiii). 


58  CHRONICON  [c.  xvm,  an.  866] 

nisi  haec  epistola  in  sede  Turonica,  ubi  temporibus  nostris 
reperta  fuit1,  servaretur,  minime  reperirentur. 

XVIII2. 

Nicolaus3  episcopus,  serçus  servorum  Dei*,  Salomoni,  régi 
Britonum.  Benedictus  Deus  et  pater  domini  nostri  Jesu 
Christi,  cpri  per  magnae  misericordiae  suae  gratiam  adeo 
tuae  cor  sublimitatis  illustrare  dignatus  est,  ut  merito  pro 
sapientiae  tuae  fulgore,  ubi  habitas,  non  j  a  m  occidens,  sed 
oriens  habeatur.  Ortus  enim  est  in  vobis  sol  justitiae,  quod 
ipse  Christus  est,  et  infidelitatis  tenebraeh  defecerunt.  Sed 
rogamus  eumdem  omnipotentem  Deum,  ut,  sicuti  rectae  fidei 
agnitionem  pie  concessit,  ita  quoque  bonae  operationis  beni- 
gnus  largiatur  effectum.  De  cetero,  fili,  sciât  prudenlia  tua 
nos  de  ejectis  et  in  locis  illorum  aliis  subrogatis  episcopis 
diligenter  in  archivis  sanctae  Romanae,  cui  magna  oinnipo- 
tentis  Dei  misera tione  deservimus,  aecclesiae  recuisisse,  et 
multo  aliter  in  exemplaribus  epistolarum,  quae  a  decessoribus 


XVIII.  B.  —  a)  servus  servorum  Dei  desunt  B.  Cf.  E,  supra  cap.  XVII. 
-  b)  tempora  B. 


1.  Les  recherches,  que  le  chroniqueur  de  Nantes  témoigne  avoir  été  faites 
de  son  temps  dans  les  archives  de  la  cathédrale  de  Tours,  furent  occasionnées 
par  la  reprise  du  procès  en  cour  de  Rome  entre  la  métropole  de  Bretagne  et 
celle  de  Tours.  G  est  dans  lintervalle  qui  sépare  le  concile  de  Reims  du  con- 
cile de  Tours,  c'est-à-dire  de  1050  à  1060,  que  les  deux  parties  durent  s'ef- 
forcer de  trouver  des  documents  à  1  appui  de  leurs  prétentions  (voir  ce  que 
j'ai  dit  à  ce  sujet  dans  l'Introduction). 

2.  Cette  lettre  du  pape  Nicolas  Iei\  a  été  plusieurs  fois  éditée  (cf.  Jafîë, 
Beg.  pontif.  rom.,  2e  édit.,  t.  I,  n°  2708).  Le  texte,  reproduit  ici,  est  celui 
de  l'édition  de  Labbe  (Collection  des  Conciles,  VIII,  509).  J  ai  rejeté  en 
notes  les  variantes  fournies  par  B  et  par  le  manuscrit  latin,  n°  34,  de  la 
bibliothèque  communale  de  Nantes,  manuscrit  que  je  désigne  par  la  lettre  /. 
Ce  manuscrit  contient  1  histoire  des  conciles  de  la  province  de  Tours  pai 
l'abbé  N.  Travers.  On  y  lit  au  folio  442  le  texte  de  la  lettre  du  pape  Nicolas 
à  Salomon,  texte  collationné  par  Travers  avec  une  copie,  faite  d'après  le 
Chronicon  antiquum  Namnetense  et  conservée,  dit-il,  in  scriniis  ecclesiat 
Namnetensis . 

3.  Nicolas  Ier,  ordonné  pape  le  24  avril  858,  mourut  le  13  novembre  867. 


[c.  wiii,  an.  866]  NAMNETENSE  59 

meisy  beatae  videlicet  memoriae  Leone  ac  Benedicto  pontifi- 
cibus,  (if(jue  a  me  Nominoio  et  tibi,  necnon  et  archiepiscopo 
Turonicox  et  tui  regni  episcopis  missae  sunt,  invertisse,  quant 
tu  in  litteris  tuis  perhibes,  quamvis  necipse  '//Cas  in  apicibus 
luis  sanctae  recordationis papam  Leonem  Nominoio  consilium 
vel  auctoritatem  deponendi  episcopos  tribuisse:  quippe  quem 
constat  multifarie  multisque  modis,  ne  hoc  ah  aliis  quant  a 
certo  episcoporunt  numéro  fieretc9  praecepisse.  Narn  Nomi- 
noio, consulenti  quid  de  Spiritus  Sancti  gratiam  venumdan- 
tibus  oporteret  fieri,  respondit,  nihil,  inquiens,  praeter  quod 
sancti  canones  super  hispraecipiuntd,  ipsas  régulas  apicibus 
suis  interferens.  Nain  qualiter  et  a  quot  vel  a  quibus  sanxit 
episcopos  condemnari,  scribens  eodem  tempore  Britannicae 
regionis  episcopis,  évidente/'  inter  cetera,  ut  eadem  ipsa  verba 
ponamus,  dccrevit,  aeque e  praeeipiens,  ut  omnia  sint  in 
conciliis  episcoporum.  Nam  Qullam  damnationem  episcopo- 
rum  esse  unquara  censemus,  nisi  aut  ante  legitimum  nume- 
riim  episcoporum,  qui  sit  per  XII  episcopos,  aut  certe  pro- 
bata  sententia  per  LXXII  idoneos  testes,  qui  taies  sint,  qui 
et  accusare  possint,  et  prius  ad  sacra  Christi  quatuor  evan- 
jgelia  sacramenta  praestent,  quodnil  falsum  depromant,  sicut 
nobis  beatus  Silvester  tradidit  et  sancta  Romana  tenere  vi- 
aetur  aecclesia.  Quem  secutus  decessor  meus  sanctae  memo- 
riae Benedictus,  quia,  contra  decessoris  sut  decretum,  non 
ah  episcopis,  sed  a  laicis  episcopos  in  regione  tua  cognoverat 
esse  /lejccios,  multa  moestitia  et  indignatione  replet  us,  scripsit 
quod  nul/a  ratio  sinercl  episcopos  a  sedihus  suis  pelli,  quos 

XVIII.  —  c)  lieri  II.  —  <l)  preceperunt  /.  — •  c)  ita  />'. 


I.  Le  pape  LéonrV  écrivil  deux  lettres  à  Nominoé  et  une  autre  aux  évêques 
de  Bretagne  (voir  plus  haut,  p.  35,  n.  '2  et  40,  n.  1).  Nicolas  [«  avait  déjà 
.'•(•ni  deux  lettresauduc  Salomon  et  une  à  l'archevêque  de  Tours  (Jaffé,  h 
2ecdit.,  n"-  2789,  2806  el  2807).  (Juan!  à  la  lettre  du  pape  Benoit  III,  à 
laquelle  il  esl  encore  fait  (illusion  quelques  lignes  plus  loin,  le  texte  en 
esl  perdu.  Benoît  III  ayant  été  élu  pape  postérieurement  à  la  mort  de  Nominpé, 
sa  lettre  élail  sans  doute  adressée  au  «lue  Salomon,  seul  destinataire,  parmi 
■eux  mentionnés  ici,  ù  qui  elle  puisse  convenir. 


60  CHRONICON  [c.  xvm,  an.  866] 

duodenarius  numerus  non  ejecisset.  Quorum  vestigia  et  ego 
quoque  secutus,  eadem  censui,  imo  et  censeo  ;  nec  ullam  posse 
episcopos  sui  honoris  sustinere  jacturam  delibero,  quos  non 
constat  fuisse  a  XII  episcopis,  praesente  prima  mque  sententiam 
metropolitano  episcopo  obtinente,  quum  examinarentur ',  au- 
ditos.  Qui,  etsi  crimen  aliquod£  confessi  esse  dicuntur,  potest 
credi  quod  ci  vel  fonnidine  fassi  tantum,  et  non  confessi 
fuerint  quod  non  fecerant,  quia  çidebant  laicos  et  saeculares 
quosque  una  cum  rege  contra  se  conspirantes,  quod  nec  sal- 
tem  audierant.  Siquidem  qui  ore  tantum  et  non  corde  pro- 
fert  quod  dicit,  non  confitetur,  sed  loquitur,  quamvis  non 
çideatur  justa  confessio,  quae  non  legitimo  provocatur  exa- 
mine. De  Gislardo  autem  et  Actardo  episcopis,  de  quibus 
scripsisti,  multo  aliter,  quam  tua  referebat  epistola,  in  scrinio 
nostro  reperimus.  Licet  non  bene  faciat  Actardus,  quia  denuo 
consecrat  quos  Gis/ardus  in  eodem  gradu  dignoscitur  ordi- 
nasse,  tamen  Actardus  inçenitur  ante  Gislardum  episcopatus 
offîcium  suscepisse.  Denique  sanctissimus  Léo,  papa,  No/ni- 
noio  scribens,  inter  cetera  praecipuum  virum  Actardum 
appellat,  et  hune  sanum  saper e  et  sanum  docere,  vivere  ac 
permanere  denuntiat  ;  Gislardum  çero  tanquam  praedicti 
Actardi  subdolum  invasorem  dénotât.  His  ergo  ac  hujusmodi 
controversiis  ac  difficultatibus  enumeratis  et  ita  repertis, 
habitis  ac  compertis,  non  possumus  a  régula  sanctorum  Pa- 
trum,  aut  a  sedis  hujus8  institutionibus11  indebite  declinare. 
Sed,  si  pis  Dei  omnipotentis  benedictionem  percipere,  vel  si 
veraciter  nostra  consequipraecepta  desideras,  consilium  meum 
accipe,  et  quod  tibi per  hanc  paginant  indico,  libenter  attende. 
Hortamur  enim  gloriam  tuam,  et  cum  aequivoco  tuo  sapien- 
tissimo  Salomone  dilectionem  tuam  admonemus,  dicentes : 
Audi,  fili  mi,  disciplinant  patris  tui,  et  ne  dimittas  legem 
matris  tuae.  Haec  quippe  sunt  praecepta  Dei,  patris  tui,  et 
haec  est  lex  aecclesiae,  matris  tuae,  videlicet  ut  omîtes  epis- 
copos regni  tui  ad  Turonensem  archiepiscopiun  mittere  non 

XV11I.  —  f)  aliud  B.  —  g)  nostre  B.  —  h)  quoque  addit  B. 


[c-,  xviii,  an.  866  NAMNETENSE  'il 

detrectes,  ipsiusque  judicium  postulare  non  dedigneris.  Ipse 
enim  est  métro politan us  omnesque  episcopi  regni  tui  ej'us 
suffraganei  sunt,  sic  ut  conscriptiones  praedecessorum  meorum 
évident er  ostendunt,  qui  praedecessores  luos,  quia  Mas  ab 
ipsius  cura  substraxerunl,  forti  inveclione  eorripere  studue- 
ru/it,  quamvis  hec  nostra  scripta,  super  hac  re  miss  a,  déesse 
videantur.  Quumque,  coram  praesignato  Turonensis  aeccle- 
siae  praesule  et  integro  numéro  collegarum,  id  est  XII  epis- 
coporum,  celebrato  conventu,  fuerint  ejecti  episcopi  régula- 
riter  examinati,  apparueritque  quod  canonice  fuerint  ejecti, 
ipsis  in  sua  dejectione  manenlibus,  quicumque  in  locis  eorum 
cousecrati  sunt,  poterunt  utique  episcopatus  honore  potiri. 
Quod  si  ejecti  episcopi  insontes  fuerint  déclaratif  /us  amotis 
qui  iliis  subrogati  sunt,  aecclesias  suas  ipsi  recipiant.  Naiu, 
qitum1  antecessores  mei,  Romani  praesule  S,  ejectionem  eorum 
episcoporum,  qui  ab  aecclesiis  suis  expulsi  sunt,  non  admi- 
serint1  nec  approbaverinV* y  nec  ipsos,  qui  eis  subrogati  sunt, 
viventibus  Mis,  legitimos  episcopos  dixerunt.  Sane  si  forte 
ad  Turonensem  archiepiscopum  mittere  dedignaris,  stude 
duos  episcopos  de  expulsis  et  duos  de  subrogatis,  una  eum 
g/oriae  tuae  legato,  ad  apostolicam  sedem  beati  Pétri  trans- 
mit 1ère,  ubi  digna  exuminulione praemissa,  qui  legitimi  epis- 
copi sint  a ppareat,  et  suas  aecclesias  irrégularité/-  non  (unif- 
iant. Nihil  enini  aliud  est  quod  in  praesenti  negotio  penitus 
diffiniri  possit.  Quia  vero  magna,  quis  sit  metropolitanus, 
apud  Britannos  contentio  est,  licet  nu/la  memoria  sit  vos  in 
vestra  regione  ullam  habuisse  metropolitanam  '  aecclesiam9 
lumen,  si  libcl,  postquam  Deus  inter  vos  pacem  et  dilectum 
filium  nostrum  karolum  gloriosum  constituent  l,  facile  hoc 
polerilism    advertere.    Quod  si  a<teon  conlentiosius  agendum 


\\  NI.  —  i)  etiam  /.  — j)admiserun1  /.  —  k.)  approbaverunt  I.  —  1)  me- 
tropolim  H.  —  m)  poteris  />'.  —  n)  ideo  />. 


1.  La  paix  entre-  Salomon  et  Charles  le  Chauve  ne  l'ut  conclu.'  qu'en  oc- 
tobre  867.  Cf.  Ann.  Berlin.,  nd  «un.  867. 


62  CIIRONICON  [c.  xvin,  an.  866] 

creditis,  ad  nostrum  aposto/atum  destinare  contendite,  qua- 
tenas  nostro  libramine,  quae  fuerit  apud  vos  antiquitus  °  ar- 
chiepiscopalis  aecclesia,  luce  clarius  innotescat,  et  deinceps, 
omni  ambiguitate  recisa,  quem  sequi  episcopi  vestri  debeant, 
incunctanter  agnoscant .  Neque  enim  aecclesias  Doinini  per 
discordiam  regumv  dwisiones  aliquasq  pati  velv  damna  ne- 
cesse  est,  quu m  quantum  ex  se  est,  pacem,  quam* praedicant, 
servare  sludeant  in  invicem  et  in  omnes.  His  ita  praelibatis, 
per  nos  tua  m  scire  çolumus  excellentiam,  quia,  si  nostrls1 
monitis  paternisu  obedieris  v,  et  tam  de  jure  metropolitani 
quam  de  renovatione  examinis  ejectorum  episcoporum  nos 
audire  studuerisx ,  erit  pax  et  coneordia  et  omnis  legitimus 
ordo  in  regno  tuo.  Quod  si  nos  tantum  interrogare  et  non 
auscultare  decreveris,  scandala  et  discordia  et  omnis  con- 
fusio  non  deerunt  tibi  in  cita  tua.  Porro  Jegatos  tu  os,  quos 
ad  nostrum  pont/ ficium  destinasti,  dilectioni  tuae  commendare 
curamus,  quorum  prudentiam  et  /idem  circa  îios  considé- 
rantes, pJurimum  in  Domino  gratulati  sumus.  Deus  omnipo- 
tens  gloriam  tuam  et  claram  conjugem  tuam  cum  nobilibus 
natis1  atque  cuin  omnibus,  qui  sub  tuo  regimine  sunt,  omni 
gaudio  et  omni  benedictione  pie  circumdet2. 


XVIII.  —  o)  deest  B.  —  p)  et  addit  B.  —  q)  aliqua  B.  —  r)  deest  B. 

—  s)  qui  B.  —  t)  preceptis  et  addit  B.  —  u)  deest  B.  —  v)  obedierilis  B. 

—  x)  studueritis  B. 


1.  De  son  mariage  avec  Wembrit,  Salomon  eut  deux  fils,  Riwallon  et 
Wigon,  et  une  fille,  Prostlon,  mariée  au  comte  Pascwiten  (voir  Cartul.  de 
Redon,  p.  39,  188  et  209).  Sa  femme  Wembrit  mourut  au  mois  de 
juillet  866.  Cf.  A.  de  la  Borderie,  Mém.  cité,  Bib.,  XXV,  de  l'Ecole  des 
Chartes,  1863-64,  p.  397. 

2.  Jaffé  (Regesta  pontif.  roman.,  2e  édit,  t.  I,  n°  2708)  a  daté  cette 
lettre  du  pape  Nicolas  Ier  à  Salomon  de  862  environ.  Je  crois  que  ce  docu- 
ment est  plutôt  de  l'année  866.  D'abord  il  est  certainement  antérieur  au  mois 
de  juillet  866,  époque  de  la  mort  de  Wembrit,  femme  de  Salomon,  à  laquelle 
le  pape  envoie  ses  bénédictions.  De  plus,  il  doit  être  postérieur  aux  deux  lettres 
écrites  par  le  même  pontife,  l'une  à  Salomon,  l'autre  à  Festinien.  archevêque 
de  Dol,  au  mois  de  mai  866  (Jaffé,  2e  édition,  nos  2789  et  2807).  Nicolas 
dit  ici  à  Salomon  qu'il  lui  a  déjà  écrit  ainsi  qu'à  l'archevêque  de  Tours  (voir 
p.  59,  note  1).  Or,  dans  sa  lettre  à  Festinien  de  Dol,  il  prévient  ce  prélat 
qu'il  a   adressé  en   même  temps  une   autre  lettre  à  Hérard,   archevêque  de 


[c.  x:x,  an.  8Ô8-872] 


\\mm:ti:nsi; 


63 


XIX. 


Perlecta  autem  hae  epis- 
tola  in  auditu  Salomonis,  ré- 
gis usurpativi,  atque  pluribus 
aliis,  a  pontificibus  romanis 
missis,  in  presentia  praede- 
cessorum  suorum,  videlicet 
Nomenoii,  cujus  fallacia  ac 
pravitas  primutn  inventa  fuit, 
atque  etiam  Ilerispogii1  filii 
perlectis,llerardus  luronicus 
archipraesul,  atque  Actar- 
dus,  Namneticus  episcopus, 
diebus  vitae  suae  super  hac 
injustitia  condolentes,  atque 
querimoniam  magnam  facien- 
tes,  nec  per  apostolicam  se- 
dem  tam  saepe  repetitam,  nec 
per  régis  Karoli  vindictam, 
née  per  omnium  episeoporum 


[Et  dit  encores  ledit  acteur 
que]  celle  épistole  leiie  eu  la 
présence  du  roySalomon,  et 

plusieurs  autres  envoyées  ;ui 
ro\  Nemenoius  et  à  llerispo- 
gius,  son  fils,  ne  pour  le  siège 
apostolique,  pour  les  menaces 
de  vengeance  du  rov  Charles 
le  (mauve,  ne  pour  les  ex- 
communs  des  évesques  de 
Gaule,  llérard  larchcvesque 
de  Tours  et  Actard  évesque 
de  Nantes  ne  peurent  rien 
recouvrer.  [Et  dit  ledit  acteur 
en  cest  endroit  plusieurs  lé- 
gendes du  rov  Salomon  et 
des   Bretons...]    [E,  p.   117). 


\l\   BE. 


Tours.  Jaffé  a  cru  que  la  paix  que  le  pape  souhaite  voir  rétablie  entre  Salomon 
et  Charles  le  Chauve  est  celle  qui  lui  conclue  en  863.  11  s'agit  plutôt  de 
celle  qui  l'ut  signée  en  867  (voir  p.  61.  note  1).  Dès  866,  les  rapports  des 
Bretons  et  des  francs  étaient  liés  hostiles.  Les  pères  du  concile  de  Soissons, 
au  mois  d'août  866,  constatent  que  Salomon  e>l  en  mauvais  termes  avec 
(  .hailes  le  Chauve,  à  qui  il  ne  donne  plus  le  tribut  qu'il  s'était  engagea  payer 
en  863  (voir  p.  55,  note  2).  (lest  sans  doute,  pour  obtempérer  eu  une  cer- 
taine mesure  aux  injonctions  du  pape,  que  Salomon.  dans  le  cours  de  cette 
année  866,  rétablit  sur  leur  siège  certains  évoques  bretons,  qui  avaient  autre- 
fois été  déposés  par  Nominoé.  La  Lettre,  émanée  du  concile  de  Soissons,  té- 
moigne de  ce  rétablissement,  antérieur  par  conséquent  au  mois  d'août  866. 
—  Il  résulte,  à  mon  avis,  de  ces  considérations,  que  la  lettre  du  pape  Nicolas, 

publiée  ici,  a  été  écrite  entre  le  mois  de  mai  et  le  mois  de  juillet   866 

I.    On  n'a  pas  la  preuve  que  Léon  l\  OU  Benoit  III  ail  jamais  écrit  de  lettre 
à  Erispoé. 


6i  CHRONICON  [c.  m,  an.  858-872] 

Galliae  excommunicationem,  ullam  recuperationis  rectitudi- 
nem  consequi  potuernnt.  Nec  mirum,  quia  in  illis  Britannis 
nullus  cultus  religionis,  nullus  timor  christianitatis,  nullus 
amor  perfectae  dilectionis  videtar  haberi  :  nec  leges  custo- 
diunt,  nec  praeceptis  obediunt,  nec  ullis  decretis  intendunt. 
Ipsi  equidem,  in  sua  fîrmitate  confidentes,  sunt  superbi  et  ultra 
modum  elati,  iracundia  et  dolo  pleni,  omnibus  resistentes, 
rapina  viventes,  sorores  suas,  neptes,  consanguineas  atque 
aliénas  mulieres,  nihil  timentes  Deum,  adultérantes,  necnon 
et  hominum,  quocl  pejus  est,  libentissime  interfectores.  Sic- 
que  illi  cliabolici  viri  nullam  justitiae  viam  cognoscentes,  et 
in  malitia  sua  persistentes,  jus  Turonicae  metropolis  violen- 
tia  sua  exscissum,  disruptum,  atque  parochiam  Namneticam 
cum  sede  Quiriacae  aulae  usque  modo1  retinuerunt,  niin- 
quam  inde  poenitentiam  agentes.  Ilis  itaque  calumniis,  sicut 
superius  narratur,  satis  peractis,  et  ad  nnllum  finem  pro- 
tractis,  constituit  domnus  Ilerardus  in  Turonica  sede  gene- 
ralem  synodum  XVII  kalendas  junii,  in  qua  quaedam  sanc- 
torum  canonum  capitula  excerpsit  atque  firmiter  custodienda 
sanxit.  Postea  vero,  vivens  XII  annis  in  sede  sua,  honorabilis 
archiepiscopus  quievit   in  pace2.  Post  cujus  decessum  cle- 


1 .  Le  chroniqueur  de  Nantes  emploie  ici,  comme  ailleurs,  1  expression  usque 
modo  non  pas  dans  le  sens  de  usque  nutic,  jusqu'aujourd'hui,  mais 
comme  synonyme  de  usque  tune  (cf.  plus  haut,  page  50  :  Britanni, 
saepe  ad  justitiam  vocati,  omne  judicium  usque  modo  declinaverant). 
Cette  phrase  signifie  donc  que  les  évêques  de  Vannes  jusqu'au  temps  de  Sa- 
lomon  retinrent  en  leur  pouvoir  Guérande  et  son  territoire.  Ce  serait  une 
erreur  de  croire  que  notre  auteur  ait  voulu  dire  que  Guérande  n'avait  point 
encore  été  restitué  à  l'évèque  de  Nantes  à  l'époque  où  il  écrivait,  c'est-à-dire 
vers  1060  ;  car  il  rapporte  au  chapitre  xxvi  que  cette  restitution  eut  lieu  sous 
l'évèque  Foucher,  vers  l'an  900. 

2.  Les  canons,  promulgués  par  Hérard,  sont  édités  dans  Migne,  P.  L., 
t.  121,  col.  763  et  suiv.  Ils  sont  ainsi  datés  :  anno  incarnationis  Dominicae 
DCCCLVIII,  ordinationis  quoque  nostrae  111°,  indictione  VIXa,  XVII 
Kalendas  junii  ;  ce  qui  répond  exactement  au  16  mai  858.  Hérard  mourut 
le  30  juin  871,  treize  ans,  et  non  pas  douze,  après  cette  date.  Mais  ceci 
prouve  que  le  chroniqueur  de  Nantes  connaissait  le  catalogue  des  archevêques 
de  Tours,  indiquant  la  durée  de  chaque  épiscopat.  Sur  ce  catalogue  Hérard 
est  marqué  comme  ayant  gouverné  l'église  de  Tours  pendant  quinze  ans  et 
trois  mois.  Le  chroniqueur  de  Nantes  a  soustrait  de  ces  quinze  ans  les  trois 
années,  répondant,  selon  lui,  à  la  date  inscrite  en  tète  des  canons  promulgués 


[c.  xx,  an.  872-880  circa]  NAMNETENSE  65 

ricî  Turonenses,    eligentes  Actardum,  Namnetensem   epis- 
copum,  constituerunt  in  urbe  Turonica  archiepiscopum1. 


XX 


Actardus  vero  Hermengarium,  ccclesiac  Namneticae  deca- 
num,  eligens,  eidemecclesiaeconsecravitepiscopum.  Postea, 

vivons  quatuor  annis  in  sede  Turonica,  defunctus  est2.  Iler- 
mengarius  vcro,  diligentissime  ecclesiam  suam  regens,  et 
de  ornamentis  et  aliis  instrumentas  eam  honorificans,  repe- 
rit  in  quadam  capsa  vetere  reliquias  de  pilis  barbae  et  ca- 
pitis  apostolorum  Pétri  et  Pauli,  et  in  signo  Domini  argen- 
tëo  eas  honorifice  reposuit;  quod  de  tam  praeclarissimis 
signis  Domini  solummodo  post  devastationem  Normannorum 
in  ecclesia  Namnetensi  usque  hodie  habctur,  et  nomen  suum 
ibi   scriptum   imposuit,    sicut  hic  scribitur:    Hermengarius, 

BACERDOS,    FECIT    HOC    SIGNUM    IN     HONORE    PETRI    ET    PàTJLI.    Qui 

vcro,  postea  minime  vivons  longo  tomporc,  ad  patres  suos 
appositus  est3.  Cui  successit  Landramnus,  vir  honorabilis  et 


tmabilis  Karolo  régi. 


\\  II. 


par  Hérard,  ordinationis  quoque  nostrae  111°  anno.  Q  a  commis  ainsi  une 
erreur  d'un  an.  Car,  en  réalité,  il  n'y  avait  que  deux  mis  et  deux  mois 
fcni'Hérard  avait  été  ordonné  archevêque  lorsqu'il  édicta  les  décisions  capitu- 
paires  dont  il  est  ici  question.  Cf.  abbé  Duchesne,  Catalogues  épiscopaux 
de  la  province  de  /ours,  p.  30. 

1.  Vctard  fut  nommé  archevêque  de  Tours  par  le  pape  Adrien  II  lui- 
même  vers  le  mois  de  décembre 87 1  :  il  dut  être  ordonné  en  janvier  87*2  (voir 
Héfélé,  Histoire  des  Conciles,  traduction  de  l'abbé  Delarc,  t.  NI,  p.  79). 

2.  D'après  tous  les  catalogues  épiscopaux  de  Tour-.   Retard  occupa  le  - 
métropolitain  de  cette  cité  trois  ans,  un  mois  et  vingt  et  un  jours.  Il  en  résulte 
fru  il  mourut  en  Février  ou  mars  875.  Cf.  abbé  Duchesne,  Catalogues  épis- 
copaux de  ht  province  de  Tours,  p.   13-17. 

I».  Hermengarius,  élu  évêquede  Nantes  en  872,  vivait  encore  le  12  juin  878 
{Carlul.  de  Redon,  p.  183).  Il  dut  mourir  vers  880.  Landran  lui  avait  déjà 
succédé  en  886,  époque  delà  prise  de  Nantes  par  les  Normands. 


G6 


CIIRONICON 


[c.  xxi,  an.  874-889] 


XXI 


Eodem  autemtempore,  Sa- 
lomon, rex  Britanniae,  a  Bri- 
tannis  suis  interfectus  est2. 
Audientes  autem  Normanni 
mortemejus,  coeperunt redire 
pera  fluvium  Ligeris  usque 
urbem  Namneticam,  omnia 
depraedantes3.  Pro  quorum 
devastatione  et  timoré,  Lan- 
dramnus  episcopus ,  régis 
Karoli  celsitudinem  adiens  4, 


[Et  rapportent  les  Chro- 
nicques  de  l'église  de  Nantes 
qu'Japrès  que  Salomon,  roy 
de  Bretagne,  fut  occis  par  ses 
Bretons,  les  dessusdits  Nor- 
wégiens  oyants  sa  mort,  com- 
mencèrent à  retourner  par  le 
fleuve  de  Loire  jusques  a  la 
cité  de  Nantes,  dévastants 
toutes  choses.  Pour  la  crainte 
desquels  Landranus,  qui  avoit 


XXI.  ABDEF.  —  a)deest  B. 


1.  Ce  chapitre  xxi  est  conçu  en  termes  différents  dans  ledition  de  dom  Lo- 
bineau.  Le  véritable  texte  est  celui  qui  est  fourni  par  le  manuscrit  de  la  Char- 
treuse du  Val -Dieu  (Z?),  texte  que  la  Chronique  de  Saint-Brieuc  (A)  repro- 
duit mot  à  mot  et  que  Le  Baud  (E  et  F)  traduit  presque  littéralement. 

2  Salomon  fut  assassiné  par  son  gendre  Pascwiten,  comte  de  Vannes,  et 
par  Gurvand,  comte  de  Rennes,  le  25  juin  874  (A.,  de  la  Borderic,  Méni. 
cité,  Bibl.  de  l'Ecole  des  Chartes,  XXV,  p.  399). 

3.  Cette  nouvelle  invasion  des  Normands  dans  la  Loire  date  de  Tannée  886. 
D  une  part,  en  effet,  Rainon  était  alors  évèque  d'Angers  ;  or,  ce  prélat  fut 
consacré  en  880:  il  en  résulte  que  le  roi  Charles,  dont  il  est  ici  question,  ne 
peut  être  que  Charles  le  Gros,  qui  devint  roi  en  Gaule  en  885  et  mourut  le 
12  janvier  888.  D'autre  part,  on  sait  qu  Hasting,  chef  des  Normands  établis 
sur  la  Loire,  signa  en  882  une  trêve  de  quatre  ans  avec  les  Francs  et  fit  re- 
prendre la  merà  ses  compagnons  (Annales  de  Saint-Vaast  et  Annales  Ber- 
tiniennes,  à  l'année  882,  et  Dudon  de  Saint-Quentin,  édition  J.  Lair, 
p.  136  et  137).  Le  renouvellement  des  hostilités  sur  les  bords  de  la  Loire  est 
donc  au  plus  tôt  de  886.  Mabille  a  prouvé  de  son  côté  que  cette  invasion  des 
Normands  est  postérieure  au  13  décembre  885  et  antérieure  au  mois  de 
juin  887  (Invasions  normandes  dans  la  Loire,  Bibl.  de  l'Ec.  des 
Chartes,  XXX,  p.  184,  note  2,  et  186,  note  3).  En  résumé,  on  peut  consi- 
dérer comme  à  peu  près  certain  que  la  fuite  de  Landran  de  Nantes  à  Angers 
date  de  l'été  886  (cf.  plus  loin,  l'expression  aestivis  temporibus,  qui  paraît 
avoir  été  empruntée  à  un  diplôme  de  Charles  le  Gros). 

4.  L'empereur  Charles  le  Gros  fut  choisi  comme  roi  par  les  Francs  peu 
de  temps  après  la  mort  du  roi  Carloman,  arrivée  le  6  décembre  884.  Charles 
le  Gros  séjourna  en  France  pendant  l'été  et  l'automne  de  l'année  886.  C  est 
alors  que  Landran  dut  avoir  recours  à  lui. 


[c.  xxi,  an.  874-889  WM.Nt: 

petivitut  aliquis  locus  sibi  da- 
retur,  ubi  pro  illorum  diabo- 
lorum  feritate  aestivis  tem- 
poribus  t utus  quiescere  pos- 
sci .  Qui  in  urbe  Andegavinab 
dédit  ci  refuerium  et  de  reera- 
libus  proprietatibus,  quas  ibi 
habebat,  sil>i  et  clericis  suis 
jussit  dari  stipendia,  ibique 
honorifice0  cum  domno  Rai- 
Qone,  Andegaveiisi  episcopo1, 
permanens,  exspectavit,  do- 
uer Alanus  Magnus  Britan- 
niae  dux  factus  est2.  Quo 
facto,  minime  Normanni  tem- 
poribus  suis  ausi  fuerunt  in- 
trare  Ligferim3.  Cuius  curiam 
Landramnus   repetens,    que- 


TENSE  6*î 

esté  ordonné  évesque  de  la- 
dite   cité  d<1   Nantes,    s'enfuit 

ii  refuge  au  roy  Charles  de 
France,  qui  luv  donna  lieu 
et  niansion  en  la  cité  d'An- 
gers, et  commanda  que  ses 
despenz  luv  fussent  adminis- 
trez, et  aussi  à  ses  clercs, 
des  propriétez  royalles  qu'il 
avoit  en  ladite  cite.  Et  dit 
l'acteur  des  Chronicques  de 
l'église  de  Nantes  nue  1  é- 
vesque  Landranus,  qui  s'en 
estoit  luv  pour  les  péans,  at- 
tendit à  Angers  avecques 
Caynon,  évesque  de  celle  cité, 
iusques  à  ce  qu'Allain  le 
Grand   lut    fait  duc   de  Bre- 


\\[.   —  h)  Andegava   II.  —  c)  deesi  A 


I.  Haiiion,  élu  évêque  «I  V.ngers  en  880,   \\\<\\\  encore  en   '.-05.  (-1'.  abbé 
Duchesne.  Catal.  épisc.  de  Ut  prov.  de  Tours,  p.  5 '. ' - 6 1 . 

'1.    Main,  comte  de  Vannes,  après  la  mort  de  son  frère  Pascwiten  en  ^77 
partagea  à  celle  époque  le  gouvernement  de  la  Bretagne  tout  entière  avec  Judi- 
cael.  comte  de  Rennes.  Mais  il  j  eut  dans  la  suite  nue  longue  lutte  entre  eux 
feu  sujel  île  ce  partage.    V  dater  de  i  année   8  S  *  > .    Main  combattit  courageu- 
sement les  Normands,  irai,  profitant  des  dissensions  survenues  entre  les  princes 
bretons,   avaient    envahi    le   pays  de   Vannes  jusqu'à    la  rivière  du    Blavet 
En   SKS,   Main  el  Judicaël,  ayant  enfin  nui   tontes  leur-  forces,   parvinrent 
pans  une  bataille  décisive  à  chasser  de  Bretagne  la  pin-  grande  partie  de  leurs 
adversaires .   Cette   bataille  eut  lieu  à  Questembert  près  de  Vannes,  Judicaël 
péril   dans   le  combat  et    Main  devint  alors  seul   duc  de  toute  la    Brel 
M.  de   la  Borderie  a  prouvé  que  ces  trois  événements,   bataille  «le  Questem- 
bert, mort  de  Judicaël  el  élection  d'Alain  comme  due  de  Bretagne,  ont  eu 
lieu  entre  le    l''1  août  et   le  S  novembre  888  I  Mém,  cite  Bibl.  de  l'Éc.  des 
Chartes,  \\\  .  p    405-410). 

II.  Les  Normands  ne  furent  définitivement  chassés  de  Bretagne  qu'en  \ 

à  la  su  île  de  deux   nom  elles  victoires   renip  >rl  ■.  -  9Ur  6UX,  I  une   par  iVn  iij.t. 

pis  de  Judicaël,  comte  de   Bennes,   |>rès  de  la  rivière  du  Couësnon,  L'autre 
par  le  due   Main,  non  loin  delà  Loire,  dans  le  pays  de  Nantes  \     de  la 

Borderie.  Mém.  cite,  et  Annales  de  Saint-  Vaast,  à  l'année  890) 


68  CilRONICON  [c.  xxir,  an.  889] 

rimoniam  illi  fecit  quomodo  tagnè,  au  temps  duquel  les 
Normanni  res  ecclesiae  suaed  Norwégiens  n'osèrent  entrer 
devastaverant,  et  prece  hu-  en  Loire  (JE,  p.  124  et  125). 
mili  deprecatus  est  ilium  ut      L'an  de  Nostre  Seigneur  ouyt 


de  rébus  suae  ecclesiae,  a 
praedecessoribus  suis  per 
ignorantiam  detentise,  aliquid 
restitutionis  sibi  faceret.  Qui 
satis  beniofnissimus  et  mise- 
ricors  reddidit  illi  villam  Ca- 
nabiacum,  in  pago  Constan- 
tino  constitutam  ',  sicut  in 
carta,  hic  inferius  scripta, 
narratur. 


cens  IIIIXX  et  IX  se  trans- 
porta Landramnus,  évesque 
de  Nantes,  à  la  court  dudit 
Alain  le  Grant  et  lui  fîst  com- 
plainte comme  les  Normans 
avoient  dégastées  les  choses 
de  son  église  et  par  humble 
prière  lui  supplia  qu'il  lui 
fèist  aucune  restitution  des 
choses  d'icelle  église,  qui  par 
ses  prédécesseurs  luy  avoient 
esté  ostées  [F,  f°  127  r°). 


XXII 


Fir miter  credimus  et  nul- 
latenus  dubitamus  adimmor- 

talitatis  praemium  perlinere 
in  mimer e  quodcumque  in  hac 
vita  laboriosa  geritur  pro  Dei 
sanctorumque  omnium  vene- 
ratione,    dicente    Scriptura  : 


Lequel  Allain  très  débon- 
naire et  miséricors  lui  rendit 
la  ville  de  Canabiac,  située 
ou  pays  de  Constantin,  pour 
l'absolution  de  sa  conscience 
et  de  Droguen,  sa  femme,  et 
aussi  pour  le  pardon  et  indul- 


XXI.  —  d)  deest  B.  —  e)  ablatis  B. 

XXII.  A  D. 


1.  Ici  s'arrête  brusquement  le  texte  du  manuscrit  de  la  Chartreuse  du 
Val-Dieu  (/?).  Dom  Martène,  en  publiant  le  texte  de  ce  manuscrit,  a  ajouté 
après  la  phrase  in  pago  Constantino  constitutam  les  mots  et  cetera  ;  non 
plura  codex  inaniiscriptus.  Ce  qui  montre  qu  il  y  avait  là  comme  une  cou- 
pure dans  la  copie  que  dom  Martène  avait  sous  les  yeux,  et  que  le  texte  inter- 
rompu à  cet  endroit  devait,  suivant  dom  Martène,  avoir  originairement  une 
continuation. 


[C,  xxii,  an.  880]  NAMNETENSE  80 

Omnes  honorificantes  me  ho-      genec  de  son  frère  Pasceue- 
norificabo,  et    <jni    spernunt      tenus,  pour  Judicaël,  Collè- 
ge erunt  ignobiles.  Et  iterum      doch  et  autres  ses  prouchains 
movemur,  dicente  Sapientia  :      (F,  f°  127  r°). 
Age  quod  agis,  opcrare  qttod 
opéra  ris,    non   cesse  t    matins 
tua    vel  pcs    luas,    quia   née 

opus  née  ratio  nec  misericordia  est  apud  inferos  quo  tu  pro- 
peras.  Ideoque,  ego  A/anus,  BritonuiH a  gratia  Dei  dux, 
quia  cor  meum  et  caro  mea  exultaverunt  in  Deum  vivum, 
sanctorum  gloriam  fide  devota,  mente  sincera  cupiens  mer- 
cari,  dum  licet ,  anno  igitur  incarna  tionis  Dominicae 
DCCCLXXXVIIII,  nota  m  //cri  dignum  du. rimas  omnibus 
sanclae  Dei  ecclesiae  fidelibus  praecipueque  successoribus 
nostris,  quomodo  vel  qualiter  venerabilis  Namneticae  sedis 
Landramnus  episcopus,  una  cum  consens u  et  hortatu  Colc- 
dochh,  fidelis  nostri\  nostram  adiens  celsitudinem,  signifia 
eu  vit  nobis  res  quondam  proprii  privilegii  beatorum  aposto- 
lorum  Pétri  et  Pauli  ordine  iniquo  fuisse  sublatas  a, 
praedecessoribus  nos/ris,  postulans  obnixeque  dépose ens,  ut 
quod  illi  commiserunt  per  cupiditatis  culpam,  nos  emendare 
stiulcumus  pro  vita  acicma  consequenda.  Cujus  petitionibus 
libenter  annuendo,  in  primis  pro  Dei  amore  seu  etiam  pro 
ghriosissimorum  principum  Pétri  et  Pauli,  neenon  etiam 
beatissimorum  martirum  Donatiani  et  Bosatiani  veneratione 
et  nostrorum  peccatorum  absolutione,  per  hoc  praesens  deli- 
berationis  nostrae  testamentum  praefatae  denuo  ecclesiae  cas 
res  designamus,  ita  ut,  ab  hodierna  die  et  in  rettquum  ibidem 
jure  perpétua  subditac,  cum  omnibus  sibi  perlinentibtts  de- 
se/viant  sine  alicujus  impulsionis  repetitione.  Quae praefatae 
res  sunt  situe  in  pago  Constantino,  in  territorio  cujus  poca- 

WII.  —  a)  Britanniae  reponis  A.  —  1))  Caledocb  ./. 

I.  Goledocfa  vivail  encore  en  903,  époque  où  il  fît  une  donation  à  l'abbaye 
d«'  Redon  pour  le  repos  de  l'âme  du  <\\u-  Main  (Cartul,  de  Redon,  p.  376, 
note  _)• 


70  CHRONICON  [c.  xxii,  an.  889] 

bulum  est  villa  Canabiacum  i;  quod  totum  et  ad  integrum, 
sicut  a  principio,  cum  omnibus  suis  appendentiis,  nwbilibus 
et  inimobilibus,  quaesilum  et  adquirendum,  misericordia  Do- 
mini  indigentes,  praefatae  Sancti  Pétri  reforma/nus  ecclesiae, 
primo  videlicet  pro  absolutione  reatus  nostri,  necnon  etîam 
pro  venia  et  indulgentia  fratris  nostri  Pascuitanï1,  ut  ei Do- 
minus  vilam  concedere  dignetur  perpétuant,  seu  etiam  ami- 
corum  et parentum  nostrorum  incolumitatis  et  sanitatis  statu, 
Oreguen6,  uxoris  nostrae,  Judicaelh,  Coledoch  et  pro  omnibus 
propinquis  atque  consanguineis0  nostris,  tam  pro  viçis  quant 
et  pro  his,  qui  ex  hoc  jam  saeculo  transierunt,  ut  eis  Rex 
regum  et  Dominus  domihantium  sua  pietate,  intercedentibus 
omnibus  sanctis  suis,  vitam  concedere  dignetur  perpétuant  ; 
et  nos,  qui  in  isia  positi  sumus  peregrinatione,  pro  sua 
gratuita  bonitate  gubernet,  sua  quoque  providentia  intcr 
mundanas  protegat  tempestates  et  conserve*,  ut  ad  illam  lu- 
cem,  in  qua  ipse  cum  sanctis  suis  gloriosus  est,  féliciter  in 
beneplacito  suo pervenire  cum  fructu  bonorum  opum  concédât. 
—  [Praetera*,  subnixis  precibus,  praefatum  çloriosissimum 
principem  apostolorum  Pelrum,  fusis  lacrimis,  postulamus, 
cui  ab  ipso  Domino  specialiter  est  collata  potestas  ligandi 
atque  solçendi  in  coelo  et  in  terra,  dicente  Domino  :    Tu  es 

XXII.  —  c)  atque  consanguineis  désuni  D. 


1.  Peut-être  Canisy,  Manche,  arr.  Saint-Lô. 

2.  Pascwitcn,  comte  de  Vannes  et  frère  d'Alain,  mort  en  877  (La  Borderie, 
Mém.  cité,  BibJ,.  de  L'Ecole  des  Chartes,  XXV,  p.  399). 

3.  Les  manuscrits  A  et  D  portent  ici  la  leçon  Droguen,  qui  est  une  mau- 
vaise lecture.  La  femme  du  duc  Alain  le  Grand  est  appelée  Or  gain  dans  une 
charte  de  l'église  d'Angers  (dom  Lobineau,  Histoire  de  Bretagne,  II,  65)  ; 
et  Ohurguen,  dans  une  autre  charte  publiée  plus  loin.  Son  nom,  diversement 
orthographié,  correspond  à  celui  d' Oreguen,  Oregun,  que  l'on  rencontre  en 
plusieurs  actes  du  Cartulaire  de  Redon. 

4.  Judicaël,  comte  de  Rennes,  tué  par  les  Normands  en  888,  était  par  sa 
mère  petit-fils  d  Erispoé  (voir  plus  haut,  p.  67,  note  2,  et  Réginon,  ad  an. 
874,  Perlz,  Mon.  Germ.  SS.,  I,  587).  Son  fils  Bérenger  devint  comte  de 
Rennes  après  lui,  et  son  petit-fils  Conan  duc  de  Bretagne  en  990. 

5.  Tout  le  passage,  imprimé  entre  crochets  et  rédigé  sous  forme  d  invo- 
cation à  saint  Pierre,  semble  être  une  interpolation,  faite  vers  le  xie  siècle  à  la 
charte  authentique  du  duc  Alain  le  Grand. 


r.  wii.  an.  889  N  ^MNETENSE  71 

Petrus,  et  super  hanc  pet va  m  aedificabo  eçclesiam  meam,  et 
tibi  dabo  cfaves  regni  coelorum,  et  quodcumque  ligaveris  su- 
per terrain  cri/  ligatum  cl  in  coelis,  et  quodcumque  solveris 
super  terra  m  eril  soin  tu  m  et  in  eoelis.  Ut  ipse  venerabilis 
princeps,  junctis  secum  sanctorum  omnium  ckoris,  suis  pre- 
ci  If  us  apud  piissiniuin  Doniinuiu  absolutionem  obtinere  decer- 
tando  satagat,  ut  nobis,  pins  et propitiusy  adhuc  in  bac  va  fie 
laerimaruni  degcnlibns,  o/n/iia  bona  profutura  concédât,  et 
tribuat  in  firfe  credibililatem,  in  labore  virtutem,  in  actibus 
prosperitatem9  in  pace  faetitiam,  sensus  nostros  dlrigat,  in 
prosperis  adsistat,  in  a<h>ersis  manuin  porrigat,  in  tentations 
adjuvet,  in  in  ji  nuit  a  le  relevet,  in  anxietate  laetijicet,  detque 
nobis  angelum  suum  custodem  Michaelem,  qui  nos  custodiat 
in  omnibus  viis  nostris,  actus  probet,  opéra  nostra  confir- 
me^ et  vota  per/iciat  ;  ipse  quoque  Re.v  regum,  Dominas,  ab 
alla  sede  coelorum  praeterita  nobis  peccata  indulgent,  prae- 
sèntia  emendet,  futura  moderetur,  sicque  manus  ejus  au.vi- 
liatrix  et  brachium  sanctum  ejus  ab  omni  incursu  malo  nos 
protegat  /agiter  et  defendat,  sitque  ejus  misericordia  super 
nos  et  pietas  il  lias  praeveniat  et  sequeturs  ut,  sine  alla  offen- 
sione,  majestatis  suae  praecepta  servando,  ipso  opitulante} 
ad  gaudia  aeterna  féliciter  pervenire  valeanius,  ut  vider e 
possimus  Deum  deorum  in  Syon.]  —  Praesens  vero  testa- 
méntum,  pro  reverendis  cultibus  rite  solemniterque  celebran- 
dis,  manu  lutin  il/ ta  lis  /loslrae  pro  pria  sublerfirmavimus,  et 
annula  nostro  insigniri  jussimus,  atque  nobilium  virorum 
manibus  astipulandum  commisimus  \  ut  pleniorem  per  suc- 
cedentia  tempora  obtinere  valeat  vigoremy  in  nomine  su  m  mi 
et  omnipolentis  Dei.  Si  quis  \'ero,  daemoniaco  arreptus  spi- 
ritu}  ab  hodierna  die  et  deinceps  hoc  recuperatum  testamentum 
infringere  velmodo  quolibet  contraire  tentaverit,  indissolubili 
nodo  anathematizatus,  sententiam  perpetuae  damnationis  in- 
currat,  parilcnpie  cum   Dal/ian  et  Abiron  ac  Jnda  proditore 


1.   Les  souscriptions  annoncées  i>i  n'ont   point  été  transcrites  par  le  chro- 
niqueur d«v  Nantes. 


72  CIIRONICON  [c.  xxin,  an.  889-897] 

ignein  aeternum,  qui paratus  est  diabolo  et  angelis  ejus,  sine 
fine  possideat,  nullamque  recuperationis  gratiam  neque  in 
hoc  saeculo  neque  in  future  co?isequiposse  confidat,  Jiisi,  quart- 
tocius  resipiseens  atque  omnipotenti  Deo  satisfaciendo  et  ad 
veniam  provocando,  quod  urtquam  appetere  tentavit  velociter 
emendare  festinet.  Precamur  etiam,  per  sanctam  vivificae 
Trinitatis  majestatem,  sive  per  ûeum  ac  tremendum  judi- 
cium  a  ut  diem  judicii,  queni  omnes  çenturum  exspectamus, 
successorum  nostrorum piam  reçerentiam,  ut  hoc  nostrimemo- 
rialis  testamentum  ita  perpetuis  temporibus  salvum  et  inte- 
grum  serçare  studeant,  quemadmodum  suafacta  a  suis  ae que 
successoribus  optant  perpetuis  saeculis  servari  indemnata  *, 


XXIII. 

Rediens   autem  Lanclram-  Dempuix  vesqui  Landram- 

nus    eu  m   hac   enrta  restitu-      nus  VIII  ans  en  dignité  épis- 
tionis  ad  urbem  Namneticam,      copalle,   puix   mourut   {F,  f° 
multa   restauranda    et  dissi-       127  r°). 
pata  a  Normannis  in  totis  ec- 
clesiis  foris  et  intus  invenit, 

quae  ipse,  ut  potuit,  emendare  condolenter  curavit.  Ipse 
equidem,  postea  in  ecelesia  Namnetensia  cumb  maerore  et 
tristitia  VIII  annis  vivens,  finivit  vitam  temporalem,  sepul- 
tusque  est  in  basilica  sanctorum  Donatiani  et  Rogatiani2  in 
tumulo  marmoreo,   nonis  februarii3. 

XXIII.  AD.  —  a)  postea  in  ecelesia  Namnetensi  desunt  D.  —  b)  tum  D. 


1.  Les  formules  d'anathème  qui  terminent  cette  charte  du  duc  Alain,  à 
partir  des  mots  si  quis  vero  daemoniaco  arreptus  spiritu,  me  paraissent 
être  rédigées  suivant  le  style  qui  était  de  mode  au  xie  siècle,  plutôt  que  selon 
celui  qui  était  en  usage  à  l'époque  carolingienne.  Il  est  possible  qu'elles  aient  été 
ajoutées  à  l'acte  après  coup,  peut-être  par  le  chroniqueur  de  Nantes  lui-même. 

2.  Saint  Donatien  et  son  frère  saint  Rogatien  furent  martyrisés  à  Nantes 
au  ine  siècle.  L'église,  où  étaient  conservées  leurs  reliques,  se  trouvait  alors 
en  dehors  de  la  cité.  Cf.  chapitre  xxv,  page  75. 

3.  Le  renseignement,  que  nous  fournit  ici  le  chroniqueur  de  Nantes,  a  du 


[c.  xxiv,  an.  897-900  circa]       NAMNETENSE 


XXIV. 


Post  cujus  obitum  ordina- 
tus  estFulcherius  episcopus1, 

vir  probus  et  sapions,  qui 
multum  studuit  pari  êtes  ec- 
clesiae  principalis  "  aposto- 
lorum  Pétri  et  Pauli1'  diru- 
tos  reficere  et  eos  longius 
extendere  et  amplificare  et 
summopore  cooperire.  Hic, 
valde  pauper  pro  Norman- 
Qorum  vastitate,  vix  in  toto 
episcopatu  suo  reperit  unde 
sihi  et  clericis  suis  alimenta 
potuisset  administrare  :  villae 
etenim  et  vicicvicini  Ligeri 
totius  suae  parrochiae  devas- 
tati  erant,  ae  etiani  sine  ullo 
habitatore  deserti.  Sed  ille, 
validus  et  minime  piger,  fra- 


Et  lui  succéda  Fuleherius, 
qui  au  duc  Allain  demanda 
sa  miséricorde  que  il  lui  feist 
aide  selon  sa  puissance,  afïin 
qu'il  amendast  son  église  et 
qu'il  peust  ses  clercs  nourrir 
et  substenter.  Lequel  Allain, 
rempli  de  grand  pitié,  con- 
céda à  lui  et  à  ses  clercs  une 
petite  abbaye  appartenant  à 
l'église  de  Saint-André,  qui 
est  construite  hors  le  mur  de 
la  cité  de  Nantes,  entre 
Saint-Donatien  et  les  murs 
d'icelle  cité  sus  le  fleuve  de 
Herde,  en  perpétuelle  au  moi- 
ne et  pour  l'éternelle  rému- 
nération de  son  àme  (F,  f°  l  27 
r"). 


\\l\ .  ./  /).  —  a)  principaliter  A.  —  1>)  apostolorum  Pétri  cl   Pauli  dé- 
suni I).  —  c)  de  est  /). 


être  emprunté  à  1  épitaphe  môme  gravée  sur  la  tombe  de  Landran.  Il  en  ré- 
sulte que  cet  évêque  mourut  le  5  février  897. 

1.  boucher,  élu  évêque  de  Nantes  en  S(.»7.  a  souscril  une  charte  du  li!  sep- 
tembre 900  (Mabille,  fnv.  norm.  dans  la  Loire,  Bibl.  de  l'Éc.  des  (h.. 
\\\.  p.  'i'i.')).  Il  étail  déjà  mort  en  L'année  (.M2. 

2.  La  cathédrale  <l<-  Nantes,  qui,  en  857,  à  la  suite  des  dévastations  des 
Normands,  étail  tout  en  ruines  (voir  plus  haut,  p.  i6),  n'avait  pu  depuis 
lois  rire  reconstruite  en  entier;  car  <le  8f>7  à  890,  les  pirates  danois  ae  quit- 
tèrent pas  pour  ainsi  dire  l'embouchure  de  la  Loire,  et  les  évèques  de  Nantes 
ne  pouvaienl  entreprendre  de  réédifier  un  monument,  qui  avait  souvent  déjà 
excite  la  convoitise  de  leurs  dangereux  voisins.  Ces  travaux  de  restauration, 
laits  à  la  cathédrale  par  Poucher,  prouvent  bien  que,  sous  le  gouvernement 
du  due  Main.  Les  Normands  >  étaient  définitivement  éloignés  de  Bretagne. 


74  CHRONICON  [c.  xxv,  an.  900  cifea] 

tribus  suis,  vicinis  episcopis,  ac  etiam  comitibus  et  proceribus 
vicinarum  regionum  de  hac  vastitate  magnam  querelam  fa- 
ciens,  preeatus  est  misericorditer  precibus  obnixis'1,  ut  suac 
inopiae  ete  suae  eeclesiae  subvenirent.  Qui  vero,. his  queri- 
moniis  auditis,  omnesf,  suae  miseriae  condolentes,  de  pro- 
prietate  sua  plurima  administraverunt,  unde  suam  ecelesiam 
restauraret.  Que-  tempore,  Alani,  ducis  Britonum,  quaesivit 
misericordiam,  ut  de  possibilitate  sua  sibi  auxilium  faceret,  ut 
inde  ecelesiam  suam  emendaret  et  clericos  suos  alere  possetg. 
Qui  vero,  magna  pietate  repletus11,  abbatiolam  Sancti  An- 
dreae  .*,  prope  muros  Namnetis  sitam,  sibi  et  clcricis  suis 
eoncessit  et  cartam  inde  scribere  jussit,  quac  in  série  bujus 
narrationis  scribitur. 


Multiplicité!'  multiplex  Dei  misecordia per  plurimum a  voluit 
Iwnorare  genus  humanum,  du  ni  cuique  mortaliumh  largiri 
clignât  us  est  ut  ex  terrenis  rébus  possit  coelestia  régna  mer- 
cari,  et  ex  teinporalibus  et  transitoriis  sempiterna  praemia, 
dicente  Domino  :  Date  eleemosinam,  et  omnia  munda  fient 
vobis.  Quapropter  nos,  in  nomine  omnipotentis  Dei,  Alanus 
7-ex2?  summus  Britonum  dux,  in  loco  ac  castello  nomine 
Seio3  eu  m  militum  multitudine  consistentes,  percognitum0  et 


XXIV.  —  cl)  misericorditer  precibus  obnixis  desunt  D.  —  c)  suae  inopiae 
et  desunt  D.  —  f)  vero  bis  cmerimoniis  auditis  omnes  desunt  D.  —  g)  ut 
inde  etc.  usque  ad  alere  posset  desunt  D.  —  h)  vero  magna  pietate  repletus 
desunt  D. 

XXV,  AD.  —  a)  per  plurimum  desunt  D.  —  b)  mortali  A.  —  c)  quod 
cognitum  D. 


1.  L'abbaye  de  Saint-André  était  en  dehors  des  murs  de  la  ville,  construite 
près  de TErdre  et  non  loin  de  l'église  Saint-Donatien  (voir  la  ebarte  suivante). 

2.  Alain  prend  le  titre  de  roi  dans  une  charte  de  la  même  époque,  souscrite 
par  Foucher,  pour  l'église  d'Angers  (dom  Lobineau,  Histoire  de  Bretagne, 
II,  65). 

3.  Plessé,  Loire-Inférieure,  arr.  Saint-Nazairc,  canton  de  Saint-Nicolas.  — 


xxv,  an.  900  circa  NAMNETENSE  75 

manifestum  fore  cupimus  cunctis  Ghristi  et  aecclesiae  ipsius 
fidelibus  omnibus  que  Britonum  cpiscopis  et  du  ci  bus,  quoniam 
accessit  a<l  nostrae pietatis  ac  paternitatis  familiaritatem  hu- 
milis  et  venerandus  sa  ne  ta  e  sedis  beati  Pétri,  aposlolorum 
'principisy  Namneticorum  Fulcherius  episcopus,  déplora ns 
"graviter  et  prodens  rerum  aecclesiae  suae  dispendia,  et  peue 
totius  suae  patriae  ac  episcopiae  suae  adnullationem  '', 
propter  scilicet  frequentissimam  Normannorum  deçasta- 
tionem,  fier  se  habere  ex  oui  ni  sua  parochia  unde  velrestau- 
rationem  suae  posset  conferre  aecclesiae,  vel  ibi  h<'<>  pro  ca- 
tholica  aecclesia  nul  sibi  famulantem  posset  alere  clerum, 
wimulque  flebiliter  expostulans  nostrae  pietatis  ac  paternitatis 
miser icordiam  quatinus  nos,  pro  aeternae  nostrae  rémuné- 
ra lion is  mercede,  pariterque  conjugis  nos! rue  0/turguc/iG  ac 
etiam  commuais prolis*  seu  et  pro  eleemosina  nostrorum  om- 
nium episcoporum  ne  insuper  mathibernorum,  abbatiolam 
quamdam  pertinentem  ad  aecclesiam  beati  Andreae,  quae  est 
constructa  extra  murum  Namnetis,  inter  Sanctum  Donatia- 
num  et  murum  ipsius  civitatis,  super  jluvium  llerdinr,  nos- 
trae propriae  ditioni  delegatam,  ad  stipendia  suicleri  sibique 
famulantium,  more  regio,  aecclesiae  suae  perpetualiter  ha- 
bendam  conferremus.  Cujus lacrimosam  deplorationem  intima 
dolore  compatientes  petitionemque  ipsius  audientes,  atque, 
(pua  /lis  eu  m  salis  indigere  cognoscebamus,  benignissime 
recipientes,  reminiscentes  insuper  bonitatem  et  misericordia  n 
Dei  omnipoteutis,  dicentis:  Quicumque  dederit  vel  calice  m 
aquae  frigidae  in  nomine  /ue<>  non  perdet  mercedem  sua///  ; 
et  etiam    aliud  evangelii  exemptant  :    Quod  uni   ex  mini  mis 

\\\  .  —  (1)  adnihilationem  /).  —  e)  Ohurgon  /). 


Ce  château  paratl  avoir  été,  avec  EUeux,  la  demeure  favorite  «lu  duc  Main 
(cl'.  Cartul.  de  Redon,  |>.  375  à  .!77). 

1.  On  connaîl  quatre  fils  ués  'lu  mariage  d'Alain  el  il  Ohurguen  :  ce  >'>nt 
Guérech,  Pascwiten,  Budic  H  Derian  (cf  dom  Lobineau,  Histoire  de  Bre- 
tagne, II.  65,  66,  ri  Car/ut.  de  Redon,  376,  ;>77).  Alain  eut  en  outre  une 
fille  qui  <'•[>•  uisi  Mathuedoi,  comte  de  Poher  (voir  plus  loin,  p.  8 

*J.    I.  Erdro  se  jette  dans  la  Loire  à  Nantes  même. 


76  CIIRONICON  [c.  xxv,  an.  900  circa] 

meis  fecistis,  mihi  fecistis  ;  venite,  benedicti  Patris  mei, 
percipite  regnum  a  constilutione  mundi  çobis  paratum.  De 
tam  eçidentissimis  Domini  promissionibus  bene  securi,  pro 
remedio  animae  nostrae  ac  praefatae  conjugis  nostrae,  sed 
et  infantum  nostrorum,  omniumque,  ut  diximus,  Britanniae 
episcoporum  nostrorumque  mathibernorum  eleemosina,  seu 
et  pro  statu  regni  nostri,  prona  poluntate  et  piissima  mise- 
ratione  conferimus  et  perpetuo  condonamus  omnipotenti  Deo 
sanctorumque  apostolorum  ejus  principi  Petro,  ut  ipse,  sicut 
potestatem  a  Domino  acceptant  habet  ligandi  atque  solvendi, 
nostrorum  omnium  sohat  çincula  delictorum,  praetitulatam 
Sancti  Andreae  abbatiam,  in  pago  Namnetico  sitam,  et  in 
praescripto  suburbii  ioco  constructam  in  honore  ipsius  aec- 
clesiam,  cum  hominibus  utriusque  sexus  desuper  comma- 
nentibus  et  cum  omnibus  rébus  ad  eaindem  aecclesiam  vel 
abbatiam  pertinentibus  et  aspicientibus,  in  quibuscumque 
adjaceant  locis,  videlicet  cum  curte  quae  vocatur  Migro1  cum 
omnibus  appenditiis1 .  Ea  quidem  ratione  firmitatis  praeno- 
minatam  aecclesiam  et  abbatiam  Sancti  Andreae  sub  bona 
integritate  de  nostra  potestate  et  de  nostro  jure  in  jus  et  po- 
testatem sanctae  matris  aecclesiae  Sancti  Pétri  Namnetensis 
condonamus,  contradimus  atque  tr a nsfundimus perpétuai iter 
ad  possidendam,  ut  tam  praesens  domnus  et  venerabilis  Fui- 
cherius  episcopus,  qui  super  hoc  negotio  nostram  requirit 
humanitalem,  qua/n  etiam  successores  ipsius  ab  hodierna die 
faciant  exinde  quicquid  voluerunt  sive  in  proprios  usus  s'we 
in  suorum  vel  aecclesiae  famulantium,  et  ut,  quum  hujus 
nostrae  donationis  eleemosinam  per  futura  tempora  succes- 
sores ipsorum  recordati  fuerint,  in  suis  precibus  nos  semper 
adapt.emur,  et  rememoremur  in  sacris  oralionibus,  nostrumque 
regnum  propriis  eorum  intercessionibus   semper  in  Domino 

XXV.  —  f)  Miguo  D,  Niguo  À  ;  Icgendum  esse  Migro  puto. 


1.   Il  s'agit  probablement  ici  de  Migron,  Loire-Inférieure,  arr.  Paimbœuf, 
canton  de  Saint-Père-en-Retz,  commune  de  Frossay. 


[c.  xxvi,  an.  900-915  circa]         NAMNEf ENSE  77 

roboretur.  Illud  praeterea  cum  consens u  omnium  nostrorum 
ûdelium  Dominum  imprecare  et  exoptare  ac  praesenti  nos- 
trac  Qonclusionls  auctoritate  inserere  plaçait,  ut,  si  fuerit 
ullo  nunquam  deinceps  (cm pore,  quod  futur um  fieri posse  ul- 
lomodo  credimus,  aliquis  tant  temerarius  successor  noster, 
dujc  et  princeps  Britonum,  vel  quisque  mathibernorum,  qui, 
mala  et  avida  cupiditate  seductus,  hujus  nostrae  delegationis 
et  concessionis  eleemosinam  infringere  tentuverit,  nisi citissime 
resipuerity  et  ex  hoc,  quod  injuste  contra  Dcam,  factorem  et 
redemplorem  suum,  sanctumque  principe  m  apostolorum  ejus 
Petrum  commiserit,  plenissimam  satisfactionem  reddiderit, 
primo  judicio  omnipotentis  Dei,  contra  que  m  se  erigere  ten- 
taverit,  deinde  increpatione  beati  Pétri,  cujus  res  invadere 
çolucril,  cum  Anania  et  ejus  uxore  Sapkira,  qui  ex  hoc  quod 
Dca  ad  usas  pauperum  contulerant,  aliquîd  retrahere  aut 
fraudare praesumpserunt,  perpetuoanathematis  vinculo  aeter- 
tiaquc  maledictione  feriatur  ita  et  corpore  et  anima,  et  in  die 
ultimi j udicii  perpetuo  igné  cremandus  donetur.  Nostrae  vero 
hujus  promplaeac  devotissimae  donationispraesens  auetoritas, 
nostris  filiorumque  nostrorum  sanctissimorumque  insuper 
episcoporum  ac  mathibernorum  nostrorum  manibus roborata , 
ai  Dei  nomine  firma  et  inviola bilis  in  aeternum  permanent . 
Signum piissimi  ac  misericordissimi  Britonum  régis,  Alani, 
(pu  hujus  eleemosinae  auctoritatem  fieri  et  aMrmarerogavit. 
Signa  m  Rodaldi.  Signum  Guerech.  Signum  Pascuitani.  Si- 
gnum Budici  '. 


XXVI. 
De   his    autem,    cum    hac  Si  estudia  ledit   Foulcher 

XXVI.  A  h  t.  /. 


1.   Rodald  clait  comte  <!<■   Vannes  en   909  (Cartul.  de  Redon,  y.  '1-')). 
Guérech,  Pascwiten  cl  Budic  Boni  les  lils  du  duc    Vlain.  —  Le  chroniqueur 


78  CHRONICON  [c.  xxvr,  an.  900-915  circa] 

carta  recuperatis,  atque  aliis  évesque,  [selon la  chronicque 

per  patrias  et  regiones  quae-  de  l'église  de  Nantes,]  reffaire 

sitis a,  bene  et  honorifice  Fui-  et   magnifier  honorablement 

cherius  episcopus  studuit  ec-  ladite    église,    et    composer 

clesiam   suam  refieere,  mag-  autour   d'ieelle    un   chasteau 

nificare    ac     etiam    castrum  fait  de  mur,  auquel  les  clercs 

mnro  factum  circa  eam  corn-  et  leslaiz,  si  nécessité  estoit, 

ponere,  in  quo  clerici  et  laici  fuissent  à  refuge  et  se  peus- 

ad  tutamentum,  si  nécessitas  sent  defFendre  desNormans: 

fuerit,   fugientes,    se  a  Nor-  car   la  cité   de  Nantes  estoit 

mannis    defendere     possent.  grande,    et  avoit  ja   souvent 

Civitasenim  Namnetismagna  esté   prinse    de    ses    anciens 

erat  et  ab  antiquis  expugna-  expugnateurs,    par    lesquels 

toribus  jam  saepe  capta  et  per  elle  avoit  esté  desrompue  par 

partes,  sicut  usque  hodie  de-  parties,     comme    jusques    à 

monstratur,   ab  illis  diruta1,  présent  Ton  peut  cognoistre  : 

neenon  et  cives,  tantis  vicibns  mesmement      les       citoyens 

a  Normannis  capti  et  detrun-  avoient  par  tant  de  fois  esté 

cati  ac  per  hoc  valde  dimi-  prins,  qu'ils  ne  la  pouvoient 

nuti,  minime  eam  defendere  defFendre.  Et  pour  cause  que 

valebant.     Fuit    autem     iste  celuy  Foulcher  fut  moult  fa- 

episcopus  Alano,    Britonum  mi  lier    à  Alla  in,    et  par    luy 

du  ci,  valde  familiaris  et  prae  aimé  plus  que  nul  autre  des 

eeteris  totius  Britanniae  épis-  évesques  de  Bretagne,  il  osa 

copis  dilectione  magna  ama-  premièrement    entrer    en    la 

XXVI.  —  a)  De  his  autem  etc.  usque  ad  quaesitis  desunt  D. 


de  Nantes  a  certainement  omis  de  transcrire  un  certain  nombre  des  souscrip- 
tions à  cette  charte.  On  ne  remarque  en  effet  ici  aucune  des  signatures  d  évo- 
ques annoncées  dans  les  clauses  finales.  D'autre  part,  il  semble  que  plusieurs 
passages  aient  été  remanies  dans  le  but  de  rajeunir  à  la  mode  du  xie  siècle  le 
style  de  l'acte  original. 

1.  Les  murs  de  Nantes  avaient  été  presque  entièrement  détruits  par  No- 
minoé  en  850  (Chronique  d'Aquitaine,  dom  Bouquet,  VII,  223).  C'est  ce 
qui  explique  la  facilité  que  les  Normands  trouvèrent  depuis  lors  à  pénétrer 
clans  cette  cité.  L'enceinte  fortifiée,  construite  par  Fouchcr  autour  de  la  cathé- 
drale, ne  put  résister  aux  assauts  des  pirates  danois  en  919  :  elle  fut  recon- 
struite vers  940  par  le  duc  Alain  Barbetorte  (voir  plus  loin,  ch.  xxvm  et  xxx). 


[c.  xxvi,  an.  900-913  circa  R  kMNETENSE 

bilis.  Namque  erat  in  consilio  parroesse  de  Nantes  qui  avoil 
providus,  in  responsione  cal-  esté  par  avant  ostée  à  ses 
lidus,  et  in  omni  verbo  sa-  prédécesseurs  jusques  à  Vil- 
pientiae  rationator  magnus.  laigne,  et  y  dédier  églises, 
Ipse  parochiam  Namneticam  et  faire  le  ministère  épisco- 
praedecessoribus  suis  abla-  pal,  combien  que  les  éves- 
tam  ausus  est  priraus  usque  quesdeVennes,  aprèslamorl 
\  ieenoniani  invadere,  et  ec-  Gislard,  l'eussent  saisie  [E, 
elesias  dcdicare,  etb  minis-  p.  126).  Il  estoit  toujours  pré- 
terium  episcopale,  nihil  feri-  sent  à  la  cour  du  duc  Allain 
tatem  Britonum  timens,  fa-  et  jugeoit  toutes  choses,  qui 
cere,  quia  ab  Alano  amabatur  en  sa  présence  estoient  dé- 
et  sustinebatur,  quamvis  Ve-  batues.  Et,  en  fesant  telles  et 
netenses  episcopi  post  mor-  semblables  euvres,  parvint  à 
tem  Gislardi  eam  invaserant.  la  fin  de  ses  jours.  Auquel 
Ipse  in  eu ria  ducis  seniper  succéda  Ysaias  qui  guères  ne 
aderat,  ipseomnia  judicabat,  vesquit  F,  f°  127  \  . 
ipse  cunctis,  si bi  parochiam 
suam  auferentibus,  omni  eu- 
ria  audiente,  calumniam  in- 

ferebat;  et,  quando  dux  de  plebibus  parrochiae  Namneticae 
pro  redemptione  animae  suae  alicui  sancto  doua  conferebat, 
ipse  cartas,  vidente  episcopo  Venetensi  el  nullam  si I > i  calum- 
niam  imponente,  confirmabat,  sicut  in  cartis  Sancti  Salva- 
toiis  reperitur1.  Sicque  iste  vir  venerandus,  in  rébus  suae 
ecclesiae  gubernandis  fideliter  persistens,  et  in  omnibus  édi- 
fions ejus  restituendis  viriliter  agens,  et  in  clericis  nutrien- 
dis    paterna   dilectione   intendens,    pastorque   bonus    supra 

\\\  I.  —  I»)  per  ./  I>  :  cl  restituendum  est  ex  /.'. 

I.  toucher  ne  Bgure  pas  dans  le  Partulaire  «le  Sainl  Sauveur  do  Redon, 
tel  que  ce  recueil  esl  parvenu  jusqu'à  nous.  Mai-  il  l'aut  observer  que,  par 
Suite  de  diverses  lacérations  dans  le  manuscrit,  plu-  de  cenl  chartes  appar- 
tenant à  I  époque  carolingienne  on!  disparu  de  ci'  cartulaire.  Il  □  \  a  du  reste 
aucune  raison  de  suspecter  ici  le  témoignage  du  chroniqueur  de  Nantes; 
au  contraire  une  garantie  que  notre  auteur  a  puisé  à  lionne  source  les  rens<  i- 
gnements  qu  il  nous  donne  sur  l'évèque  de  Nantes,  Foucher. 


80  CHRONIGON  [c.  xxvii,  an.  907-919] 

gregem  suum  vigilans,  ad  finem  vitae  suae  féliciter  pervenit, 
fuitque  honorifiee  sepultus  in  basilica  Sanctorum  Donatiani 
et  Rogatiani0.  —  Cui  successit  Isaias,  et  minime  vivens 
longo  tempore  defunctus  est  4. 

XXVII. 


Postea  vero  ordinatus  est 
Adalardus2,  cujus  temporibus 
coepit  ebnllire  rabies  Nor- 
mannorum  talis  qualis  nun- 
quam  steterat.  Namque  Ala- 
no,  piissimo  duce  atque 
magno  et  strenuissimo  defen- 
sore,  ab  hac  luce  defuncto  '\ 
qui  hos  saepe  forti  manu  ex- 
pugnaverat  et  ab  omni  re- 
gione  sua  Britannica  omnino 
expulsos  fugaverat,  nunquam 
diebus  vitae  suae  finibus  Bri- 
tanniae  appropinquare  ausi 
sunt  ;  sed  illi,  mortem  ejus 
tune  temporis  audientes, 
commoti  sunt  et  contre  m  uit 


Et,  après  la  mort  d'Ysaias, 
ordonna  le  duc  Allain  Ada- 
lardus  pour  gouverner  le 
siège  de  Nantes  (F,  f°  127, 
v°).  Après  la  mort  du  duc 
Allain,  [selon  l'acteur  des 
chronicques  de  l'église  de 
Nantes,]  la  rage  desdits  Nor- 
mans  recommença  à  eschauf- 
fer  tellement  que  jamais  elle 
n'avoit  esté  si  grande  :  car 
celuy  débonnaire  duc  et  grand 
deffenseur  Allain  décédé,  qui 
lesdits  Normans  souventes 
fois  par  puissance  avoit  ex- 
pugnez  et  du  tout  expulsez 
et  chassez  de  toute  ladite  ré- 


XXVI.  —  c)  Ipse  in  curia  ducis  etc.  usque  ad  Rogatiani  desunt  D. 

XX VII.  A  D  E  F. 


1.  Isaias,  évêque  de  Nantes,  a  souscrit  une  charte  de  Saint-Martin  de 
Tours,  datée  du  13  novembre  912  (Mabille,  Mém.  cité,  Bibl.  Ecole  des 
Chartes,  XXX,  p.  453).  Le  fait.  qu'Isaias  ne  gouverna  que  fort  peu  de 
temps  l'église  de  Nantes,  montre  que  l'évêque  Foucher  dut  mourir  vers  910 
et  Isaias  lui-même  vers  915.  Pour  Isaias  et  Adalart,  il  n'y  a  pas  de  compte  à 
tenir  des  dates  fournies  par  le  Gallia  christiana. 

2.  Adalart,  chassé  de  sa  cité  épisccpale  par  les  Normands,  en  919,  se  retira 
en  Bourgogne,  où  il  mourut  (voir  plus  loin  ch.  xxviu  et  xxxi). 

3.  Le  duc  Alain  le  Grand  mourut  en  907  (cf.  La  Borderie,  Mém.  cité, 
Bibl.  de  l'Éc.  des  Chartes,  XXV,  p.  409). 


[c.  xxvii,  an.  907-919]               NA.MNKTK.W.  81 

terra  a  facie  eorum.  Adversus  £41011 ,  el  qui  depuis  n'osèrenl 

(juos  Normannos  perfidos  et  nul  jour  de  sa  vie  approcher 

paganos   oullus    rex,    nullus  ses     fins,     iceux     Normans 

diix  Dullusque  defensor  sur-  oyants  doue  la  mort  d'Allain 

rexil,    qui    eos    expugnaret.  furent  tous  esmeus,  et  trem- 

Reges  enim Franciae  omnino  bla  la  terre  devant  leur  face: 

aduullati  et  adnihilati  erant,  contre    lesquels    ne    s'esleva 

pullaque     fortitudo,      nullus  nul  roy,  nul  duc,  ne  nul  def- 

vigor  defensionis  in  eis  erat;  Penseur   qui    les    déboutast. 

ac   etiam   filii    Alani    Magni,  Car  les   rois   de   France    es- 

ducis     Britanniae,      minime  toient   du   tout    annuliez,    et 

patris  vestigia  sequentes,  om-  n'avoient  en  eux  nullevigueur 

nino  defecti   fuerunt  1.  Tune  de  deffense.  Et  aussi  les  fils 

ipsi  Normanni,  viri  diabolici  d'Allain    le    Grand,    duc   de 

prudelissimique   et    perversi  Bretagne,     n'ensuivans     en 

homines,   primum   Franciam  rien  les  vestiges  de  leur  père, 

ftggredientes,  totam   provin-  furent  tous  lasches  et  défail- 

ciam  Rothomagensium  in  do-  lans.  Et  ainsi  ces  Normans, 

minicatu  suo   retinuerunt  et  hommes     diaboliques,     pre- 

Karolo    stulto   abstulerunt8.  mièremenl  assaillans  France; 

Deinde,  cum  ingenti  navium  retindrent  en  leur  seigneurie 

classe permareOceanumnavi-  toute  la  province  de  Rouen, 

tantes,  totam  Britanniam  de-  et  l'ostèrent  à  Charles  le  Sim- 

vastarunt;  fugientesque  inde  pie.  Et  de  là  en  après   avec- 

prae   pavore8  Normannorum  ques  très  grande   congréga- 

XXVII.  —  a)  timorc  /). 


! .  (  )n  ignore  pourquoi  les  lils  d  \lain  le  Grand  ne  succédèrent  pas  à  leur 
père  comme  ducs  <l<-  Bretagne.  Peut-être  étaient-ils  trop  jeunes,  toujours 
est-il  que  les  Bretons  à  la  mort  il  Main  choisirent  comme  chef  Gourmaëlon, 
comte  de  Gornouaille,  qu'aucun  indice  ne  permel  de  rattacher  à  la  famille 
d'Alain  le  Grand  (cf.  La  Borderie,  Mém.  cite,  l'util,  de  l'Ecole  des  chartes, 
W\.  p.  ill). 

2.  C'est  en  l'année  912,  à  la  suite  du  traité  conclu  à  Saint-Clair- sur-Epte 
entre  Charles  le  Simple  <•!  Rollon,  que  la  province  de  Rouen  l'ut  définiti- 
vement concédée  aux  Normands  établis  à  l'embouchure  de  la  Seine  (voir  Du- 
don  «le  Saint-Quentin,  édition  J.  Lair,  p.   165-171). 


82                                                  CHR0N1C0N  [c.  xxvn,  an.  907-919] 

territi    comités,    vicecomites  tion  de  navires  nageants  par 

ac  mathiberni  omnes  dispersi  la  mer  Occéane,  dégastèrent 

sunt  per  Franciam,  Burgun-  touteBretagne,  et  s'enfuirent 

diam  et  Aquitaniam  \   Fugit  les  comtes,  lesvicomtes  et  les 

autem  tunctemporisMathue-  barons  espouvantez   pour   la 

doib,   cornes  de   Poher'2,    ad  peur  d'eulx,    qui   se  disper- 

regem   Anglorum    Adelstan-  sèrent  par  France,  par  Bour- 

num  3   cum  ingenti   multitu-  gogne  et  par  Acquitaine  {JE, 

dine    Britonum,    ducens    se-  p.  128).  Entre  lesqueulx  no- 

cum    filium     suum,    nomine  blés,  qui  fuirent  pour  la  peur 

Alanum,   qui   postea  cogno-  des  Dannoys,  monta  sus  mer 

minatus      est      Barbatorta4,  Mathuedons,     le     comte    de 

XXVII.  —  b)  Matuedons  A. 


1.  A  cette  époque,  la  Bretagne  eut  à  souffrir  une  première  fois  des  ravages 
des  Normands  depuis  Tannée  913  jusqu'en  915.  Dès  912,  les  pirates  désolaient 
les  bords  de  la  Loire,  comme  en  témoigne  une  curieuse  charte  mise  au  jour 
par  Mabille  (Mém.  cité,  Biblioth.  de  l'Éc.  des  Chartes,  XXX.  p.  451).  Ei 
913  ou  914,  une  note  d'origine  contemporaine  nous  apprend  que  l'abbaye  de 
Landévennec.  près  de  Brest,  fut  complètement  détruite  par  les  Danois  (L. 
Delisle,  Littérature  latine  et  Histoire  du  Moyen- Age,  Paris,  Leroux, 
1890,  p.  19).  En  915,  la  flotte  normande  abandonna  la  Bretagne  et  fit 
voile  pour  l'Angleterre.  Les  annalistes  anglais  signalent  les  chefs  de  cette  expé- 
dition, qui  étaient  Otter  et  Roald  (Florentii  fVi.gom.chronic.  et  Ann.  Coin- 
briae,  Pétrie,  Mon.  historica  britannica,  p.  570  et  836).  En  917  et  918  une 
partie  de  cette  flotte  revint  en  Gaule  (ibidem,  p.  571)  ;  mais  ce  ne  fut  qu'en  919 
qu  au  témoignage  de  Flodoard  (dom  Bouquet.  VIII,  176),  la  nouvelle  inva- 
sion atteignit  sa  plus  grande  intensité.  Toute  la  Bretagne  fut  alors  mise  à  feu 
et  à  sang.  Les  Normands  de  la  Seine  se  joignirent  à  ceux  de  la  Loire  pour 
piller  cette  province,  qui  semble  dès  lors  leur  avoir  été  abandonnée  par  les 
Francs.  La  Bretagne  demeura  la  proie  des  Normands  pendant  dix-huit  ans, 
de  919  à  937. 

2.  Mathuedoi,  comte  de  Poher,  est  signalé  dans  deux  chartes  du  Cartulaire 
de  Redon  en  Tannée  913  (p.  223  et  224).  —  Le  comté  de  Poher  avait,  suivant 
toute  vraisemblance,  les  mêmes  limites  que  Tarchidiaconé  de  Poher  au  dio- 
cèse de  Quimper. 

3.  Adelstan  devint  roi  d'Angleterre  à  la  mort  de  son  père  Edouard  en  924  ; 
il  mourut  le  27  octobre  940  {FI.  Wig.  chron.,  Pétrie,  livre  cité,  p.  572-574). 

4.  Ce  ne  fut  pas  dès  919,  mais  après  924,  date  de  l'avènement  d'Adelstan, 
et  plus  exactement  en  Tannée  931,  qu  Alain,  après  plusieurs  essais  infructueux 
pour  chasser  les  Normands  de  Bretagne,  quitta  son  pays  et  se  réfugia  en  An- 
gleterre à  la  cour  du  roi  Adelstan.  Ce  fait  a  été  mis  en  lumière  par  M.  Lair, 
dans  son  édition  de  Dudon  de  Saint-Quentin,  p.  71  et  185. 


[c  xxvii,  an.  901  919]              KAMNETENSE  83 

quem  Alanum  ex  filia  Alani  Pohel  avecques  innumbrable 
Magni,  Britonum  ducis,  ge-  multitude  de  Bretons,  et  s'en 
uuerat,  et  quem  ipse  rex  An-  alla  au  roy  d'Angleterre, 
gliae  Adelstannus  jam  pr i u s c  Aauscence,  <'t  avec  lui  mena 
exlavacro  sancto  susceperat.  son  fils  nommé  Allain,  qui 
Ipse  rex  pro  familiaritate  et  dempuix  fut  seurnommé  Bar- 
amicitia  hujus  regenerationis  bctortc,  lecj uel  il  avoil  en- 
magnam  ineo  fidemhabebat.  gendre  de  la  fille  du  due 
Pauperes  vero  Britanni  ter-  Allain  le  Grant,  et  lequel 
ram  colentes  sub  potestate  iceluy  roy  Aauscence  ja  para- 
Normannorum  remanserùnt  vaut  avoit  levé  du  saint  fons 
absque  rectore  et  defensored.  de  baptesme.  El  pour  ceste 
Deinde  quomodo  isti  Nor-  amittié  et  familliarité  de  ceste 
nianni  furiosi,  per  fluvium  régénération  avoit  grant  foy 
Ligeris  cum  ingenti  strepitu  en  lui.  Mais  les  pouvres  Bre- 
navium  ascendentes,  cepe-  tons  cultivans  la  terre  de- 
runt  urbes  Namneticam,  An-  mourèrent soubz  la  puissance 
degavinam,  Turonicam  ae  des Normans.  D'illec  en  après 
eliani  Aurelianensem,  dëvas-  ceulx  homes  forcenez,  mon- 
tantes ecclesias  et  ineenden-  tans  par  le  fleuve  de  Laire, 
tes  monasteria,  vicos  et  eas-  avecques  grant  flote  de  nefTs 
tclla,  non  est  silendum,  sed  prindrent  la  cité  de  Nantes, 
sieut  in  pluribus  relationibus1  Angiers  et  Tours  jucques  à 
didicimus,  posteris  nostris  Orléans,  dégastans  et  ambra- 
nolilicare0  voluimus.  sans  églises,  mous  tiers,  villes 

et  ehasteaux  (F,  ï°  129  r°). 


XXVII.  —  c)  jam  prius  désuni  /).  —  d)  absque  rectore  et  defensore 
désuni  .t.  —  e)  Deinde  quomodo  isti  Normanni  etc.  usque  <id  uotificare 
Voluimus  désuni  I). 


1.  Le  récit,  que  le  chroniqueur  de  Nantes  annonce  ici  el  qu'il  dil  avoir 
Imprunté  à  d'anciennes  relations,  n'a  été  conservé  par  aucun  manuscrit.  Le 
paud  en  a  fort  heureusement  fait  une  traduction,  qu  il  a  insérée  dans  lune 
cl  I  autre  de  ses  rédactions  de  I  Histoire  de  Bretagne  (E  el  /•').  Ces  deux 

rédactions  n  offrent  pour  tout  ce  récit  que  des  variantes  de  peu  d  importance, 
preuve  que  Le  Baud  a  traduit  avec  exactitude  1«'  texte  latin 


8i 


CIIRONICON 


[c.  xxvm,  an.  919] 


XXVIII. 


Et  premièrement  avant 
toutes  autres  choses  envaï- 
rent1  la  cité  de  Nantes,  qui  au 
temps  de  lors  n'avoit  nul  bon 
deffenseur  sinon  les  petiz 
hommes  encores  demourans 
des  premières  pestillences. 
Si  la  prindrent  toute  fors  le 
chasteau  à  l'environ  de  l'église 
qui  avoit  esté  fait  pour  la 
crainte  d'eulx2  et  en  icelui 
s'en  estoient  fuiz  touz  les  ci- 
toyens grandement  espoven- 
tez,  fors  ceulx  que  ilz  avoient 
desjà  prins  chiétifs  et  ceulx 
qu'ilz  avoient  détruncé  par 
glayve,  affin  que  d'eulx 
mieulx  et  plus  fort  se  defïen- 
deissent;  mais  ilz  leur  peu- 
rent  petitement  résister,  et 
toutesfois,  en  se   dépendant 


Si  assaillirent  lesdits  Nor- 
mans  la  cité  de  Nantes  qui 
n'avoit  en  ce  temps  nul  def- 
fenseur, sinon  petits  hom- 
mes demourez  des  premières 
pestilences,  et  la  prindrent 
fors  le  chasteau,  qui  pour  la 
peur  d'eux  avoit  esté  faict, 
auquel  tous  les  citoïens  fui- 
rent, fors  ceux  qu'ils  avoient 
jà  prins  ou  occis,  afin  qu'ils 
se  peussent  mieux  deffendre; 
mais  ils  ne  leur  peurent  ré- 
sister. Toutesfois,  celuy  jour, 
se  deffendirent-ils  vertueu- 
sement et  se  sauvèrent  jus- 
ques  à  la  nuit.  Si  s'en  retour- 
nèrent les  Normans  las  à  leur 
navire,  quand  le  soleil  fut 
couché,  afin  qu'ils  mangeas- 
sent et  se  récréassent,  espé- 


XXVIII.  E  F. 


1.  Cette  invasion  des  Normands  dans  la  Loire,  au  temps  de  l'évêque  de 
Nantes  Adalart,  est  certainement  celle  que  Flodoard  mentionne  dans  ses  An- 
nales en  919.  Une  charte  du  Cartulaire  de  Redon  (p.  228)  signale  la  présence 
des  pirates  à  cette  époque  sur  les  bords  de  la  Loire.  Le  récit  du  chroniqueur 
de  Nantes,  emprunté,  comme  il  le  dit,  à  une  ancienne  relation,  offre  cet  in- 
térêt qu'aucun  autre  annaliste  contemporain  n'a  raconté  en  détail  la  marche 
suivie  par  la  flotte  danoise.  Notre  chroniqueur  a  ajouté  à  la  fin  de  ce  chapitre 
le  récit  d'un  épisode,  relatif  à  un  combat  entre  Normands  près  de  Nantes, 
qu'il  a  probablement  extrait  de  la  vie  de  saint  Convoion  (cf.  dom  Bouquet, 
VII,  364).  Cet  épisode  est  de  Tannée  856  et  non  de  919. 

2.  On  a  vu  précédemment  que  ce  château  avait  été  construit  vers  l'an  900 
par  l'évêque  de  Nantes,  Foucher  (p.  78). 


[c.  xxviii,  an.  919]                    NAMNETENSE  85 

celui  jour  par  grant  force,  se  rans    le    lendemain  prendre 

sauvèrenl    touz  jucques  à  la  ledit    chasteau   avecques  ses 

nuyt,  et  les  Normans  gran-  deffendans.  Mais  les  Nantois, 

dénient  hissez,  quant  le  sou-  espouvantez  par  la  grand 
leill  fut  cou selié,  s'en  retour-  multitude  d'eux,  prindrent 
lièrent  à  leur  navire,  affin  les  ornemens  de  l'église  et 
que  ilz  prenseissent  leur  toutes  les  choses  qu'ils  peu- 
vîande  et  se  récréassent,  es-  rent  porter,  et  s'enfuirent 
pérans  le  landemain  prendre  chacun  où  il  peut.  Et  alla 
le  chasteau  avecques  touz  l'évesque  Adalart  avecques 
ceulx  qui  le  deffendoient;  et  ses  clercs  en  Bourgoigne.  Et 
les  Nantays,  espoventez  pour  les  Normans  au  matin  des- 
la  grant  multitude  de  ceulx  cendirent  de  leurs  nefs  ar- 
cruelz  Normans,  prindrent  à  niez  et  retournèrent  au  chas- 
menuyt  les  ournemens  de  teau  ;  niais  ils  n'y  trouvèrent 
l'église  et  toutes  les  choses  rien.  Si  entrèrent  en  l'église 
qu'ilz  porent  porter  et  s'en  et  emportèrent  à  leurs  nefs 
fuirent  touz  es  lieux  où  ilz  les  despoïlles  et  les  ornemens 
porenl  estre  asseur,  et  s'en  qui  y  estoient  demeurez; 
fuit  Adalardus,  l'évesque,  puis  mirent  le  feu  en  la  cou- 
Bvecques  tous  ses  clercs  juc-  verture  de  l'église  et  la  brus- 
ques en  Bourgogne;  et  les  lèrent,  et  aussi  dérompirent 
Normans  au  bien  matin  des-  les  murs  du  chasteau.  En 
cendirenl  de  leurs  nelFs  et  après,  montèrent  ces  Nor- 
parvindrenl  au  chasteau,  où  mans  par  Loire  et  entrèrent 
ilz  ne  trovèrent  nulz  de  touz  au  fleuve  de  Mayenne,  et, 
le^  citoyens.  Si  entrèrent  en  quand  leur  veneue  fut  enten- 
l'église,  jà  moult  de  foiz  par  due  par  les  Angevins,  ils  lui- 
culx  destruitte,  et  tout  ce  rent  et  délaissèrent  la  cite,  à 
bue  estoit  illecques  demouré  laquelle  allèrent  lesdits  Nor- 
des  despoulles  et  des  aour-  mans,  et  bruslèrent  les  égli- 
neinens  portèrent  à  leurs  ses  et  ladite  cite,  ravissants 
nells  ;  puix  misdrent  le  feu  les  despouilles  qu'ilz  v  trou- 
en  la  couverture  de  L'église,  vèrent.  De  là  nagèrent  jus- 
laquelle  ilz  embrasèrent  du  ques  à  Tours  et  la  dissipèrent 
tout,  et  les  murs  du  chasteau  en  semblable  manière  qu'ils 


86  CHRONICON  [c.  xxvm,  an.  919] 

dérompirent.      Ces      choses      avoient     fait     Angers.     Puis 
ainsi    faittes,     nagièrent    les      après  allèrent    nageant   jus- 


Normans  contre  mont  Laire 
et  entrèrent  ou  fleuve  du 
Mainne  ;  pour  quoy  les  An- 
gevins qui  ceste  chose  ouï- 
rent s'en  fuirent  et  délais- 
sèrent   leur   cité,  à    laquelle 


ques  à  Orléans,  contre  les- 
quels les  Orléanois  s'eslevè- 
rent  et  s'appareillèrent  def- 
fendre  :  mais  après,  véants  la 
grand  multitude  desdits  Nor- 
mans, ils  eurent  peur,  et  leur 
allèrent  ces  homes  cliabolic-      donnèrent   grands   pécunes  : 


ques,  et  fortraïrent  les  des- 
pouilles  qu'ilz  y  trouvèrent 
et  embrasèrent  les  églises  et 
toute  la  cité.  Puix  d'ilecques 
en  après  montèrent  es  neffs 


par  quoy  ils  délivrèrent  eux 
et  leur  cité.  Lesquelles  pé- 
cunes receues  par  lesdits 
Normans,  ils  descendirent 
chargez  de  grandes  richesses 


et  nagièrent  jucques  à  la  cité  jusques  à  Bièce,  une  isle  si- 

de  Tours,  laquelle  ilz  destrui-  tuée  près  les  murs  de  Nantes 

sirent  en  semblable  manière  et  ainsi  qu'ils  y  séjournèrent 

qu'ilz  avoient  fait  Angiers,  et  survindrent  autres  Normans 

d'ilecques    se     départans    et  avecques  grand  abondance  de 

nageans,  montèrent  jucques  à  nefs,  qui  leur  demandèrent  la 

Orléans  ;   à  l'encontre    des-  moitié  de  toute  la  rapine  leur 

quelx  les  Aureliénoys  s'esle-  être  distribuée,  autrement  ils 

vèrent  et  appareillèrent  leurs  feroient  bataille  contre  eux 

armes  pour  soy  deffendre,  et  ausquels  les  premiers  moult 

toutesfoiz  grandement  espo-  contristez  respondirent  qu'ils 

ventez   de  veoir  celle   inum-  ne  leur  en  bailleroient  nulles, 


brable  multitude  de  Normans 
leur  donnèrent  grans  sommes 
de  peccunes  et  par  ceste  voye 
délivrèrent  eulx  et  leur  cité 


ains  se  deffendroient  d'eux. 
Et  adonc  prindrent  les  der- 
niers Normans  leurs  armes, 
et  assaillirent    les   premiers, 


de   leurs    mains.    Lesquelles  qui  tout   le  jour  leur   résis- 

richesses   prinses  et  saisies,  tèrent       aigrement  ;       mais, 

descendirent    par    le    chanel  comme  le  soleil  se  fust  j-à  ca- 

de  Laire,    chargez  de   grans  ché,  s'enfuirent  les  premiers 

despouilles  jucques  à  l'isle  de  délaissants   leurs  pécunes  et 

Bièce,  située  près  les  murs  de  leurs   nefs,    et   périrent  tant 


[c.  xxix,  an.  919-931  NAMNETENSE  87 

Nantes1,  et,  ainsi  qu'ilz  de-  des  premiers  que  des  der- 
mouroient  illec,  seurvindrent  niers  bien  les  deux  parts.  Les 
granl  habundence  d'autres  derniers  toutesfois  qui  Je- 
udis chargées  de  Normans,  mourèrent  victorieux  prin- 
(|iii  leur  requirent  que  ilz  drent  les  nefs  et  les  despouil- 
Leur  distribuassent  la  moitié  les,  et  par  le  ûeuve  de  Loire 
de  toute  la  rapine  cju'ilz  s'en  allèrent  en  la  basse  Bre- 
avoient  prinse,  ou  autrement  tagne  (E,  p.  128  et  129). 
ilz  feroient  bataille  avecques 
eulx.  Laquelle  chose  ouye, 
les  premiers  Normans  gran- 
dement atristez  respondirenl  (ju'ilz  ne  leur  donneroient 
nulle  partie  de  leurs  choses,  mais  se  de ffendr oient  d'eulx 
vigoreusement.  Et  adonc  les  derroins  Normans  prindrent 
leurs  armes  et  combatirent  contre  les  premiers,  qui  tout  le 
jour  aigrement  leur  résistèrent.  Et  toutesfois,  comme  le 
souleill  se  couschoit,  s'en  luirent  les  premiers  délaissans 
toutes  leurs  proyes  et  navires,  et  périrent  tant  des  premiers 
que  des  derroins  les  deux  pars.  Mais  les  derroins,  qui  es- 
loienl  démolirez  victeurs,  substraïrent  toutes  leurs  nefis, 
peccunes  et  despoulles,  et  par  le  fleuve  de  Laire  retournèrent 
plus  avant  en  Bretaigne  (F,  1°  129  r°etv°). 


XXIX. 

Civitas   autem    Namnetica  Et   la  cité  de  Nantes  de- 

sine  ullo  habitatore  vacua  et      moura    vuide    et    par    long 

\\l\   A  DEF. 


I.  L'île  de  Biesse  esl  aujourd  bui  comprise  dans  la  ville  même  de  Nantes. 
II  existe  encore  à  Nantes  une  prairie  (jui  porte  ce  nom,  et  deux  rue-  appelées 
rue  <le  Petite  et  de  Grande-Biesse.  -  Comme  je  l'ai  dit  plu-  haut,  le  récit 
de  ce  combat,  li\  ré  entre  deux  bandes  de  pirates  bous  les  murs  de  Nantes,  a  dû 
être  emprunté  par  notre  chroniqueur  &  la  vie  de  suint  Gonvoion.  liais  cel 
nement  eut  lieu  eu  «S ,~) ( i .  au  temps  du  duc  Ërispoé.  I  !  est  par  erreur  qu  il  esl 
rattache  ici  à  I  invasion  de  9  i  9. 


88  CHROMCOIN  [c.  xxix,  an.  919-937] 

omnino    longo   tempore    de-  temps    déserte    sans    aucuns 

serta     remansit '  ;     nain    isti  habitans.  Car  ces  Normans  et 

Normanni  et   alii,    sperantes  les  autres  espérans  la  tenir  en 

eamin  potestate  sua  retinere,  leur   puissance  de   leur   bon 

ita   déserta  m  consulte  fade-  gré  la  faisoient  déserte,  affin 

bant,  ut  cuhores prae  pavore  que    les    cultiveurs    pour    la 

eorum  nunquam  ad  eam  pos-  peur  d'eulx  jamais  ne  retour- 

sidendam     redirent.     Sicque  liassent  à  la  possider.  Ainsi 

civitas  Namnetica  per  plures  demonra  la  cité  de  Nantes  dé- 

annos    derelicta,     vastata,    et  laissée  en  gast  par  pluseurs 

veprïbus    spinisque   occupata  ans  et  plaine  de  ronces,  d'es- 

remansit*,  donec  Alanus  Bar-  pines   et  de   grans   buissons 

batorta,  Alani  Magni  nepos,  [F,  f°  129  v°  et  130  r°),  jus- 

surrexit    et    hos   Normannos  qu'à  ce  qu'Allain,  surnommé 

ab  omni  regione    Britannica  Barbetorte,  neveu  d'Allain  le 

et  a  fluvio  Ligeris,  qui  illis  Grand,  s'esleva,  qui  débouta 

erat   nutrimentum   magnum,  lesdits  Normans   de  toute  la 

omnino  depulsos  dejecit.  Iste  région    de   Bretagne     et    du 

vero  Alanus  cum  rege  Anglo-  fleuve  de  Loire,  qui  leur  es- 

rum   Adelstanno  ab   infantia  toit      grand      nourissement. 

fuit  nutritus,  corpore  validus  [Duquel  Allain,  dit  outre  ledit 

et    fortiter    audax,    apros    et  acteur   de   la  Chronicque  de 

ursos  in  silva  minime  curans  l'église  de  Nantes,  qu']il  fut 

eos  cum  ferro   occidere   nisi  fort    de    corps,    puissant    et 

cum   lignis   silvaeb.  Congre-  hardy,  en  tant  qu'il  ne  dai- 

gata  navium   parvitate,    cum  gnoit  occire  les  sangliers  ne 

his  Britannis,  qui  ibidem  ad-  les  ours  par  fer  ne  par  glaive, 

hue  superstites   erant,  venit  mais  avecques  un  baston  seu- 

per   licentiam  régis  revisere  lement.   Si  assembla  en  An- 

XXIX.  —  a)  nam  isti  Normanni  etc.  usque  ad  occupata  remansit  desunt 
A  D  •  addenda  et  sic  restituenda  esse  videntur  ex  E  et  F.  —  b)  apros  et 
ursos  etc.  usque  ad  lignis  silvae  desunt  D. 

1.  L'occupation  de  Nantes  par  les  Normands  dura  dix-huit  ans,  de  919  à 
937.  En  921  et  927,  la  possession  du  comté  de  Nantes,  que  les  pirates  avaient 
en  fait  depuis  plusieurs  années  déjà,  leur  fut  officiellement  reconnue  par  les 
Francs  (cf.  Annales  de  Flodoard,  dom  Bouquet,  VIII,  177  et  184). 


[c.  xxix,  an.  919-9  :                 \WIM;ï  ENSE  85 

Britanniam1.    Quum    autem  gleterre     petit    nombre     de 

primum     applicuisset     l)ol<>  nefs,    et,    après  ce  qu'il  eut 

monasterio,    reperil    ibidem  prins  congé  du  royAdelstane, 

turbam   Normannorum   nup-  repassa  en  Bretagne  aveeques 

tfas   celebrantem,    quam    ex  les  Bretons,  qui  encores  luy 

improviso  aggrediens  detrun-  estoientdemourez  :  et,  comme 

cavil    oranem  °,    Deinde,  au-  il  arrivast  premièrement  au 

(liens    quod    apud    Sanctum  monastère  de  Dol,  il  y  trouva 

Briocum  alia  habebatur,  na-  une  tourbe  de  Normans  qui 

vigavit  illuc  et  quoscumque  célébroieni  festes,  nopces  «  i 

tnvenit  Normannos  gladio  in-  esbatemens,  laquelle  il  assail- 

terfeoit.  Hoc  rumore  audito,  lit  en  clcspourveu,   et  la  dé- 

qui  erant  per  totam  Britan-  trancha  et  misl  en  pièces.  Et 

niae   regionem   dispersi,   to-  de  là  en  après  pour  ce  qu'il 

lam  terram  dimiserunt.  l>ri-  entendit   qu'à   Sainct-Brieuc 

tanni  vero,  Normannis  fuga-  y  en  avoit  une   autre  multi- 

tis,  ex  totis  partibus  venicn-  tude,    il  nagea  celle  part,   et 

les  ad  Alanum,   illum   super  occist  tout  ce  qu'il  en  trouva, 

seducem  erexerunt  et consti-  Et,  quand  les  autres  qui  cs- 

tuerunt2.  Interea,  duni  haec  toienl  dispersez  par  toute  la 

Bgerentur,  auditum  est  quod  région  oïrent  celle    rumeur, 

apud      urbem      Namneticam  ils  délaissèrent  la   terre.    Et 

magna    Normannorum    plia-  les  Bretons,  qui  ainsi  les  eu- 

langa   habebatur,  qui   Ipsam  renl  chassez,  convindrenl  de 

urbem     volebant      habitare.  toutes  paris  à  Allain,  lequel 

\  \  I  V  —  c)  omnes  I). 


1.  Ce  fut  en  936,  grâce  aux  Becours  qu'il  reçut  du  mi  idelstan,  qu  Main 
put  quitter  l'Angleterre  et  rentrer  avec  une  petite  armée  en  Bretagne  :  Brit- 
tones  a  transmarinis  regionibus,  Alstam  régis  praesidium  rêver  tentes, 

terrain  snam  repetunt  (  Flodoard,  Annales,  ml  an.  936). —  Le  séjour  d'Alain 
eu  Angleterre  auprès  d'Adelstan  lui  donc  de  cinq  ans  (931  à  936).  Il  est  fort 
possible  (lue,  dans  sa  jeunesse,  Main  ail  été  mené  par  son  père  Mathuedoi  à 
m  cour  du  roi  Edouard  cl  \  ail  vécu  quelque  temps  en  compagnie  d'Adelstan, 
lils  de  ce  prince.  On  saii  que  les  rapports  de-  rois  anglais  avec  les  Bretons 
étaient  fréquents  au  commencement  du  \(<  siècle.  D'après  le  chroniqueur  de 
Nantes,  ce  serait  Adelstan  Lui-même  qui  aurait  tenu  Alain  sur  le-  fonts  bap- 
tismaux (voir  plus  liant,  p.  83). 

2.  Cette  élection  d'Alain  connue  duc  de-  Bretons  esl  de  L'année  937. 


90                                                  CHRONICON  [c.  xxix,  an.  919-937] 

Quare  dux   Alanus,    congre-  ils  constituèrent  seigneur  et 

gatis    militibus    non   multis,  prince    sur  eux.    Et,   comme 

equitavit  usque  ad  hanc  ur-  ces  choses  ainsi  se  fissent,  il 

bem,    reperiensque     eos     in  fut  rapporté  à  Allain  qu'en  la 

prato  Sancti  Aniani  corn  in-  cité  de  Nantes  y  avoit  grand 

genti  multitudine  hospitatos,  nombre  desdits  Normans,  qui 

pugnavit  cum   eis.    Sed   illi,  ladite  cité  vouloient  habiter  ; 

fortitudinem    ejus    parvipen-  pour    quoy    il    assembla   des 

dentés,  fugaverunt  illnm  us-  chevaliers,    non     pas    grand 

([lie  ad  summitatem  montis.  nombre,  etchevauchajusques 

Ibique  valde    lassus    et   fati-  à  celle  cité,   où  il  les  trouva 

gatus  residens  et  sitim  mag-  logez  au   pré   Sainct-AVgnan 

nam  patiens,  deplorare  gra-  en  grand  multitude.  Si  com- 

viter    coepit   et    beatam  Ma-  bâtit  Allain  contre  eux;  mais 

riam,  Dei  genitricem,  humi-  les  Normans,  prisants  peu  sa 

libus  precibus  invocare,  ut  ei  force,  le  chassèrent  jusques  à 

succurrere  dignaretur  et  fou-  la  sommité  de  la  montagne, 

tem  aquae  vivae   aperiret  ad  où  Allain   résidant,   grande- 

potandum  sibi  et  suis  militi-  ment  las  ettravaillé,  souffrant 

bus,  unde  ipse  et  omnes  sui  soif  merveilleuse,  commença 

milites   potati  vires  résume-  à  plorer  griefvement,  et  par 

rentd.   Cujus  precibus  Virgo  humbles      prières      appeller 

Maria   ad   nutum  ejuse  ape-  l'aide  de  la  benoiste   vierge 

mit  illi  sitienti  fontem  aquae  Marie,   mère   de  Nostre-Sei- 

vivae,  quae  adhuc  fons  Sanc-  gneur,    qu'elle   luy   daignast 

tae  Mariae  vocatur1.   De  qua  ouvrir    une    fontaine    d'eau, 

aqua  illius  fontis  ille  Alanus,  dont  luy  et  ses  chevaliers  ab- 

dux  excellentissimus  et  om-  breuvez      reprinssent     leurs 

nés  sui  Britones,  ibidem  pro  forces.      Lesquelles     prières 

tune    existentes,   suffîcienter  oyes    par    la    Vierge    Marie, 

bibentes,    vires     receperunt.  elle  luy  ouvrit  à  son  vouloir 

Quibusgacceptis,  ad  pugnam  une  fontaine,  qui  encores  est 

redire    volentes     expugnan-  appellée  la  fontaine  Saincte- 

X\IX.  —  cl)  undc  ipse  etc.  usque  ad  vires  résumèrent  desunt  D.  —  e) 

pro  ad  nutum  ejus  D  habet  auditis.  —  f)  juxta  manerium  de  la  Hauterie 
prope  Namnctis  addit  A.  —  g)  viribus  D. 


[c.  \\\,  an.  939-940circa  NAMNETENSE  01 

tesque  fortiter  Normannos  et  Marie,  de  laquelle  luy  e1  les 
acriter  eis  resistentes,  omnes  siens,  suffisamment  r  aurai  s- 
detruncaverunt,  praeter  illos  chis  et  recréez,  recouvrèrenl 
qui  aufugerunt.  I|>si  equi-  leur  vertu,  e1  retournèrent 
dem  Normanni  valde  perter-  vaillants  à  la  bataille.  Si  as- 
riti  per  alveum  Ligeris  remi-  saillirent  fermement  les  Nor- 
gando  descendentes  luge-  mans,  et  leur  résistans  aigre- 
nint  '.  nient  les  occirent  et  détran- 

chèrent, lors  ceux  qui   s  en- 
fuirent, lesquels  grandement 
espouvantez  descendirent  nageants  par  le  lleuve   de   Loire. 
et  s'en  allèrent  {Et   [).    132  el    133  . 


Al  an  us  vero,  omnibus  Nor-  El  Al  lai  n  Bar  betorte,  quand 

mannis  devictis  et  ab  omni-  il  eut   vaincu  tous   les  Nor- 

bus    Britanniae    partibus    et  mans  et  chassé  de  toutes  ses 

(imbus  fugatis*,   intravit ur-  contrées,  entra  en  la  cité  de 

\\\.  AD  E  F. 


1.  Les  trois  combats,  livrés  par  Alain  contre  les  Normands,  à  Dot,  à  Saint- 
Brieuc  el  à  Nantes,  appartiennent  à  l'année  ;*:;7.  Flodoard,  dans  ses  annales, 
l'ail  allusion  à  ces  diverses  victoires  des  Bretons:  Brittones  ad  sua  loca  post 
diutinam  regressi  peregrinationem,  cum  Nortmannis,  qui  terram  ipso- 
rum  contiguam  sibi  pervaserant,  frequentihus  dimicant  preliis,  supe- 
riores  pluribus  existentes,  et  loca  pervasa  reeipientes.  (Flodoard,  ad 
(nui.  937).  Sur  le  combat  tic  Nantes,  voy.  dans  Séance  publique  de  la  So- 
eiété  académique  de  Nantes  (Nantes,  1825.  in-8,  p.  77  à  88),  un  article 
intitulé  :  Sur  le  champ  de  bataille  ou  Alain  Barbetote  défit  les  Nor- 
mands. 

2.  Ce  ne  lui  qu  à  la  suite  «I  une  victoire  définitive,  remportée  sur  les  Nor- 
mands !'■  I"  aoûl  939  par  le  «lue  Main.  Bérenger,  comte  de  Rennes,  et  llu- 
gues,  c'»inlc  du  Mans.  (|ii,-  la  Bretagne  lui  entièrement  délivrée  de  ses  enva- 
hisseurs Ce  combat  eut  lien  à  Trans  (Ille-et- Vilaine,  arr.  Saint-Malo, 
canton  de  Pleine-Fougères)  ;  pendanl  longtemps,  ce  lut  une  coutume  en  Bre- 
tagne de  célébrer  le  lep  aoûl  l'anniversaire  de  cet  événement  (cf  Le  Baud, 
Histoire  de  Bretagne,  p.  134  cl  138).  Flodoard,  à  l'année  939,  mentionne 
cette  bataille  :  Brittones,  cum  Nottmannis  confligentes,  Victoria  potiun- 
tur,  ci  quoddam  Nortmannorum  castellum  cepisse  feruntur. 


92                                                    CllIlONICOX  [c.  xxxi,  an.  939-940  circa] 

bem  Namneticam,  a  pluribus  Nantes(f£,  p.  133),  qui  par  plu- 

annis  desertam a,  et  ad  eccle-  seurs  ans  avoit  esté  déserte, 

siam  beatorum   apostolorum  puix  alla  a  l'église  de  Saint- 

Petri  et  Pauli  mucrone   suo  Pierre  et  de  Saint-Poul  avec- 

cum  omnibus  suis  Britannis  ques  touz  les   siens,   faisans 

viam  faciens,  veprium  spina-  voyes  à  leurs  espées,  et  trans- 

rumque    reseeando    densita-  chans  les  espines  et  les  ron- 

tem,  perveniensque  ad  eccle-  ces,  qui  par  touz  les  lieux  de 

siae  introitum,   ejns  parietes  la  cité  estoient  creues,  mais, 

dirutossine  ulla  tectura  repe-  corne  il   fut  parvenu   devant 

rit.  Oransque  ipse  atque  alii  l'entrée  de  l'église,  il  trouva 

Britones,  socii  sui,  unanimi-  les  apparoiz  dérompuz  sans 

ter    apostolorum     sufFragia ,  nulle  couverture.   Icelui  Àl- 

condolentesdeplanxerunt  eo-  lain  et  ses  compaignons  dé- 

rum  ecclesiae  pulchritudinis  prièrent  de  ungmesme  accord 

indicia.   Perspectisqne  intus  les  suffrages  des  apostres  (F, 

et  foris  f  totius  urbis  commo-  f°  131  r°),  plaignant  grande- 

ditatibus,   voluit    ibi    Alanns  ment  la  beauté  de  ladite  église 

sedem  suam  principalem  fa-  qai  estoit  détruite,   laquelle 

cere,    mandansque   omnibus  ils  cognoissoient  par  ses  in- 

Britannis  ut  victualibus  one-  dices.    Et  quand    Atlain   eut 

rati    sibib    Namnetis    occur-  regardé  les  rues,  les  marchez 

rerent,    praecepit   eis  terra-  et  les   commoditez  de  toute 

rium  magnum  in  circuitu  ec-  la  cité,  il  voulut  y  faire  son 

clesiae    facere,   sicut    munis  siège  principal,    et  manda  à 

prioris    castri    steterat:    quo  tous  les  Bretons  qu'ils  allas- 

facto,  turrem  principalem  fa-  sent  à  luy  à  Nantes  chargez 

ciens  seuc  reficiens,  in  ea  do-  de  vivre  ;    et,  quand  ils  y  fu- 

mum  suam  constituit.  rent,  il  leur  commanda  qu'ils 

fissent  un    grand  terrare  au 


XXX.  —  a)  pluribus  annis  desertam  desunt  D. 
faciens  seu  desunt  D. 


—   b)  civitati  D.   —  c) 


1 .   Le  Baud  traduit  ces  mots  par  «  les  rues  et  marchés  » .   Le  manuscrit 
qu'il  avait  sous  les  yeux  portait  vicis  et  foris  au  lieu  de  intus  et  foris. 


[c.  xxxi,  an.  940  circa  NAMNETENSE 

circuit  de  l'église,  comme  le  mur  <lu  premier  chasteau  avoit 
esté;  lequel  accomply,  il  refistla  tour  principale,  et  constitua 

sa    maison    dedans    [E,   [).    133). 


XXXI. 


Audientes  autem  comités, 
vicecomites  et  mathiberni, 
per  plurcs  regioues8  fugitivi 
et  adhuc  tune  temporis  su- 
perstites,  quod  idem  Alanus 
dux  et  dominus  totius  Britan- 
niae  erat,  fugatis  et  devictis 
Normannis,  accurrerunt  illi 
valde  laetificati  ;  inter  quos 
vero  Hostronusb,  britannus6, 
Sancti  Pauli  Leonensis  epis- 
copus1,  occurritd.  Cui  Alanus 


Quand  les  comtes  de  Bre- 
tagne, les  vicomtes  et  les  ba- 
rons, qui  encores  estoient 
fuît  ifs  et  démoulants  par  plu- 
sieurs régions,  oïrent  qu'AI- 
lain  Barbetorte,  neveu  du  duc 
Allain  le  Grand,  estoit  prince 
et  seigneur  de  toute  Bretagne 
et  avoit  chassé  les  Normans, 
ils  accoururent  moult  joyeux 
à  luy  ;  entre  lesquels  y  vint 
Hoctron,  évesque  de  Sainct- 


\\\l.  A  DE  F.  —  a)  per  plures  regioncs  désuni  /).  —  1))  Hoclronus  D. 
—  c)  deest  />.  —  d)  deest  I). 


1.  Hesdren  cul  pour  successeur,  comme  évêque  (te  Saint-Pol-de-Léon, 
Gonan,  qui  mourut  quelques  années  plus  lard,  vers  945  (cl'.  Létald,  Mira- 
cula  S.  Maximini ,  Migne,  P.  L.,  t.  137,  col.  809).  Dans  Le  même  temps, 
Hesdren,  devenu  évêque  <lc  Nantes,  est  signalé  avec  Wicohen,  archevêque  de 
Dol,  Blinlivet,  évêque  de  Vannes,  Salvator,  évêque  d'Alet,  Jean,  abbé  de 
Landévennec,  Bérenger,  comte  de  Rennes,  Hoël  cl  Guérech,  lils  du  duc 
Main,  cl  un  grand  nombre  d'autres  seigneurs  bretons,  comme  formant  I  i  n- 
tourage  du  duc  de  Bretagne,  Main  {('/titulaire  de  Landévennec,  dans  la 
Collection  drs  l >oc unieiits  inédits.  Mélanges  historiques,  l  .  V,  p.  562- 
56 'i).  —  Les  historiens  bretons  ont  généralement  cru  qu'il  3  avait  eu  a  cette 
époque  deux  évoques  de  Nantes  s  étant  Buccédé  à  quelques  années  d  intervalle, 
l'un  nommé  Hoctron,  qui  serait  celui  dont  il  e>l  ici  question,  le  second,  Hes- 
dren, connu  par  plusieurs  autres  document-.  M.  l'abbé  Duchesne  a  récem- 
ment conjecturé  qu' Hoctron  cl  Hesdren  n'étaient  qu'un  Beul  et  même  nom 
(Catal.  épiscop,  de  la  prov.  de  fours,  p.  74,  note  3).  On  peut  aujour- 
d  nui  regarder  celle  conjecture  connue  un  fait  certain.  La  cause  de  la  confu- 
sion provenait  d  une  mauvaise  Leçon  du  manuscrit  que  dom  Lobineau  mil  en 
œuvre  pour  sou  édition  de  la  Chronique  de  Nantes,  La  forme  Hoctronu 
remplacée  par   Hostronus  dans   les  meilleures  copies  de  la  Ghroniqu 


94  GHRONICON  [c.  xxxi,  an.  940  circa] 
dux  auctoritate  propria0  or-  Paul,  auquel  Àllain  concéda 
dinavit  ut  ecclesiam  Namne-  qu'il  gouvernast  l'église  de 
ticam  invita  sua  regeret,  quia  Nantes  durant  sa  vie,  car 
defunctus  erat  Adalarclusf,  Adalard  l'évesque  estoit  mort 
episcopus,  cum  suis  clericis,  [E,  p.  133),  avecques  touz 
exceptis  quatuor  canonicis,  ses  clercs,  exceptés  seulle- 
videlicet  Letardo,  archiclia-  ment  Létard,  archediacre, 
co7io,  Ogerio,  Hugone  et  Du-  Ogier,  Hugues  et  Durant, 
rando,  cognomine  Pabion^,  seurnommé  Pabion,  qui,  en- 
qui,  hoc  rumore  récupéra-  tendans  la  rumeur  de  ceste 
tionis  audito,  ad  urbem  Nam-  recouvrance,  parvindrentà  la 
neticam  pervenerunt.  Ipsi  cité  de  Nantes,  et,  pleignans 
equidem,  valde  condolentes  grandement  la  dignité  de 
ecclesiae  Namneticae  digni-  leur  église  et  la  noblesse  de 
tatem  et  suae  pulchritudinis  sa  beauté,  qu'ilz  avoient  re- 
nobilitatem,  quam  oculis  suis  gardée  de  leurs  yeulx,  rap- 
perspexerant,  satis  lacrima-  portèrent  par  mémoire  et  dé- 
biliter referebant,  quod  urbs  clairèrent  les  cens,  rentes, 
tota  Namnetica  in  potestate  possessions,  terres,  devoirs, 
cpiscoporum  steterat,  et  om-  privilèges,  libertez  et  fran- 
nes  ecclesiae  intus  et  foris  chises  de  par  avant  apparte- 
sitae,  et  terra  tota  ab  ipso  nans  à  ladite  église,  et  dont 
muro  civitatis  sita  usque  ad  les  chartes  royalles  estoient 
quinque  leugas11,  et  omnes  dépéries  par  l'oppression  des 
Ligeris  insulae  cum  omni  Normans  [F,  f°  131  v°).  Et 
piscatione  hune  terminum  divisa  Allain,  [selon  ledit  ac- 
continentes,  exceptis  curti-  teur,]  le  tribut  du  port  de  la 
bus  et  villis,  per  territorium  cité,  dont  l'évesque  par  avant 
Namneticum  et  per  Andega-  avoit  une  moitié,  et  l'ordonna 
vinum  pagumeonsistentibus;  en  trois  parties,  desquelles  il 


XXXI.  —  e)  auctoritate  propria  desunt  D.  —  f  )  Atardus  A.  —  g)  vide- 
licet  Letardo,  etc.  usque  ad  Pabion  desunt  A  ;  addenda  et  sic  restituenda 
sunt  ex  F.  —  h)  leuias  A  ;  corrigendum  esse  leugas  puto. 


Saint-Brieuc.   La  légère  différence,   qui  subsiste   entre  Hostronus  et  Iles- 
trenus,  s'explique  facilement  par  une  erreur  de  copiste. 


[c.  xxxi,  an.  9i0  circa]  NAMNETENSI  95 

ci  de  his  omnibus  canonici  retinl  la  première  à  luy,  la 
ecclesiae  Namnetieae  ad  eo-  seconde  donna  à  L'évesque,  el 
rum stipendia tertiam partem  la  tierce  aux  vicomtes.  Et 
possidebant1.  Et  deinde  Ala-  semblable  ment  divisa  la  cité 
mis  Barbatorta  proprietates  en  trois,  dont  il  bailla  audit 
episcopatus Namnetensis  val-  évesque  Tune,  qui  estoitter- 
de  adminuit1,  quia1  thelo-  minée  au  mur  par  devers  Ac- 
ncuin  Namnetense,  un  de  épis-  quillon  jusques  au  port  Ta- 
copi  medietatem habere  sole-  rarie  et  aux  prez  où  la  Vierge 
haut",  in  très  partes  divisit  :  Marie,  quand  il  eut  soil,  luy 
sibi  primamk partem retinuit,  ouvrit  la  fontaine,  et  les  au- 
secundam  episcopis  conces-  très  deux  parties  distribua  à 
sit,  et  tertiam  vicecomitibus  ses  chevaliers  (E,  p.  133). 
et  proceribus  $  et  simili  modo 
ipsam  urbem,  quam  episcopi 
usque  tune  ex  pristinis  tem- 

poribus  in  proprietate  sua  tenuerant,  totam1  in  très  distri- 
buit  partes.  De  quibus  pars  episcoporum  usque  in  ipso  muro 
civitatis  satis  evidenter  ab  Aquilone  terminata  apparet,  et 
jnxla  Sanctae  Mariae  cancellum3  per  quemdam  viculum  " 
descendit  "  usque  ad  portam  Carariam  \  quae  post  porticulam 
episcopalem  secunda  ad  austrum  habetur.  Terras vero, quae 


\\\l.  —  i)  adminueral  ./.  — j)  cum  sui>  clericis,  exceptis  quatuor  cano- 
nuis,  videlicel  Letardo  archidiacono.  etc.  usque  a<{  valde  adminuit  quia  de- 
su nt  I).  ■ — ■  k)  unaiu  />.  —  \)  quam  episcopi  usque  tune,  etc.  usque  ad  te- 
nuerant   totam    désuni  D.    —   m)  vinculum  -/  ;  viculum   legendum 
videtur.  —  m)  et  juxta  Sanctae  Mariae,  etc.,  usque  ad  descendit  désuni  D. 


1.  Vu  soin  que  prend  ici  Le  chroniqueur  de  Nantes  d'enumérer,  non  sans 
exagération,  tous  les  anciens  droits  et  les  possessions  de  I  évêque  el  des  cha- 
noines de  Nantes,  on  peut  présumer  qu  il  était  lui-même  membre  du  Chapitre 
de  cette  cité. 

2.  La  moitié  <ln  tonlieu  de  la  ville  de  Nantes  avait  été  accordée  à  l'évêque 
Retard  en  857  par  le  duc  Erispoé  (voir  plus  haut,  ch.  \i\  ). 

.'!.   Il  faut,  je  crois,  entendre  ici  par   cancelLus  Sanctae  Mariae  \<- 
mème  de   Notre-Dame  (voir  Glossaire  de  Du  CSange  au  mot  Cancellus). 
Sur  L'église  Notre-Dame  «le  Nantes,  ci',  abbé  Travers,   Histoire  de  la  ville 
cl  du  comté  (/c  Nantes,  I,   161. 

'i  "  La  porte  Gharière  était  entre  le  château  d'aujourd  hui  et  la  Tour  du 
o   Mûrier  »  (abbé  Travers,  ibidem,  I.  158). 


96  CHRONIGON  [c.  xxxn,  an.  9i2  circa] 

per  territorium  Namneticum  juris  ecclesiae  Xamneticae  et 
episcoporum  steterat,  militibus  suis  distribuât,  exceptis  qui- 
busdam  parochiis  eidem0  ecclesiae  Namnetensi  dimissis  p, 
videlicet1 


XXXII. 


Iste  dux  Al  an  a  s  fuit  vir  po- 
tens  ac  valde  adversus  ini- 
micos  suos  belligerator  fortis, 
babens  et  possidens  omnem 
Britanniam,  fugatis  inde  Xor- 
mannis,  sibi  subditam a,  et 
Redonicum  pagum  et  Nam- 
neticum. et  etiamtrans  Lisre- 
rim  Medalgicum,  Teofalgi- 
cum  et  Herbadillicum  ad  se 
retinuit  et  recuperavit,  ac  de 
ipsis  locisbcum  comité  Pic- 
tavensi,  Guillelmo,  cogno- 
mento  Caputde  Stupis2,  finem 
f'ecit,  sicut  ipsi  pagi  termi- 
nant, id  est  a  flumine  Ladio- 
nis4,  in  Ligerim  descendente, 


Ce  duc  Allain  [selon  ladite 
chronicque  de  Nantes]  fut 
puissant  et  grand  batailleur  à 
l'encontre  de  ses  ennemis,  et, 
après  ce  qu'il  eut  chassé  les 
Normans,  eut  toute  Bretagne 
snjète,  et  le  païs  de  Rennes 
et  celuy  de  Xantes,  et  mesme- 
ment,  outre  Loire,  Maulge, 
ThifFaulges  et  Herbauges  , 
dont  il  fist  fin  et  division 
avecques  le  comte  Guillaume 
dePoictiers,  surnommé  Teste 
d'Estoupes ,  ainsi  que  les 
Bretons  3  le  démontrent  : 
c'est  à  scavoir  du  fleuve  La- 
dion  descendant  en  Loire  jus- 


XXXI.  —  o)  ejusdem  A  ;  eidem  corrigendum  esse  puto.  —  p)  quae  post 
porticulam,  etc.,  us  que  ad  dimissis  videlicet  desunt  D. 

XXXII.  ADEF.  —  a)  fuit  vir  potens,  etc.,  us  que  ad  subditam 
desunt  D.  —  b)  ad  se  retinuit  et  recuperavit  ac  de  ipsis  locis  desunt  D  ; 
pro  /us  verbis  D  habet  :  de  quibus. 


1.  Le  manuscrit  À  offre  ici  une  courte  lacune  que  ni  la  traduction  de  Le 
Baud  (/:  et  F),  ni  l'édition  de  D.  Lobineau  (-0),  ni  aucun  autre  manuscrit 
actuellement  connu  ne  permettent  de  combler. 

2.  Guillaume  Tète  d'Etoupes,  comte  de  Poitiers  de  935  à  963. 

3.  Le  manuscrit  F  (f°  132  r°)  porte  ici  plus  justement  «  ainsi  que  les 
bournes  le  déclarent  ». 

4.  Le  Layon,  atlluent  de  la  rive  gauche  de  la  Loire. 


[c.  wxiii.  an.  946]  NAMNETENSE  '■•: 

usque  adlrumnam1  flumenet  ques  à  Dirimino,  îi  [a  Pierre 

Petram     Fictani  '    et    Ciria-  fichée,  nu  Tiriac  et  au  fleuve 

cumd  et  flumen  Ledii*,  quod  Lédy,  qui  décourt  eu  la  mer 

in  mare  Occidentale  decurrit.  d'Occident,    et  toutes  celles 

Haec  omnia  et  singula  idem  terres   tint  en   repos   durant 

Alanus  Barbatorta  in  vita  sua  sa  vie  (E,  p.  133  et  L34  . 
retinuit 3. 


XXXIII4. 

Contigitautem  quodeodem  [Aussi  dit  le  dessusdit  ac- 

tempore    Ludovicus,    Gallo-      teur     des     chronicques     de 
rmn  rex transmarinus,  Otho-      Nantes  qu']en  celuv  temps  le 


XXX II.  —  c)  Potram  Frictam  A.  —  d)  Airiacum  D. 

XXXIII.  A  EF. 


1.  L'Ironne  se  jette  dans  Le  Layon  à  Saint- Lambert-du-Lattay,  Maine-et- 
Loire,  arr.  Angers,  canton  de  Thouarcé.  —  Le  Layon  et  L'Ironne  formaient 
la  limite  orientale  du  pays  de  Mange,  cpi  ils  séparaient  de  1  Anjou. 

2.  Petraficta,  Pierrefitte,  Deux-Sèvres,  arr.  Bressuire,  canton  de  Saint- 
Varent;  Ciriacum,  Chiré,  Deux-Sèvres,  commune  de  Saint- Yarent ;  flumen 
Ledii,  le  Lay,  qui  se  jette  dans  l'Océan  et  servait  de  frontière  aui  pays  d'Her- 
bauge  et  de  Poitou. 

3.  La  date  de  ce  traité  entre  Alain  Barbetorte  et  Guillaume  Tête  d  Etoupes 
doit  être  I  année  '.''«1  ou  [)\2.  On  a  une  preuve  de  L'alliance,  <|ui  existait  entre 
ces  deux  seigneurs  en  (.)'i'2.  dans  le  voyage  simultané  qu'ils  firent  auprès  du  i"i 
pour  l'assurer  de  leur  fidélité  :  Willelmus  Pictavensis  et  Brittones  cum 
suis  principibus  ad regem  venerunt (Flodoard,  Annales,  ad  ann.  942;  cf. 
Richer,  II,  28). 

'i.  Le  récit,  contenu  dans  ce  chapitre,  a  un  caractère  Légendaire  très  ac- 
centué :  on  \  remarque  des  faits  erronés  et  confus,  mêlés  à  des  événements, 
<|iii  ont  L'apparence  de  la  réalité.  En  978.  L'empereur  Otton  II.  en  guerre 
contre  le  roi  Lothaire,  lit  Le  sièire  de  Paris  et  en  fui  repoussé  par  les  Francs. 
Pendant  ce  siège,  il  \  eut  un  combat  singulier  entre  l'un  des  seigneurs  en- 
fermés dans  Paris  et  un  guerrier  allemand  de  L'armée  d'Otton  (cf.  Lot,  Les 
derniers  Carolingiens,  p.  101,  note  I).  Ce  combat,  qui  frappa  vivement 
I  imagination  populaire,  est  certainement  l'origine  de  la  Légende  rapportée  ici 
par  le  chroniqueur  de  Nantes.  Mais  alors,    Main  Barbetorte  était  mort.   Le 

liège  de  Paris,  auquel  il   prit    part,   ne    peut    être   cpie    celui    de    946      V   cette 

date,  Louis  d 'Outremer  appela  à  son  aide  tous  >,  -  vassaux  ainsi  que  le  roi 
Oltou  1"',  afin  de  se  venger  i\<-<  Normands  et  du  duc  de  France,  Hugues  le 
Grand.  L'armée  des  deux  rois  assiégea  Paris  et  dévasta  les  environs  (cf.  Ri- 
cher, II.  56-58)    Il  est  hors  de  doute  qu'Alain    Barbetorte   vint   au   -.cour- 


»8  CHRONICON  [t.  xxxm,  an.  946] 

nio     imperatori     caluniniam  roy   Loys  transmarin   impo- 

imponens  de  Lotharii  regno,  sa    calumpnie   à    l'empereur 

bella  cum  eo  magna  habere  Othon  du  royaume  Lothaire 

voluit.  Adversus  quem  Otho-  qu'on   nomme    Lorraine,    et 

nius  imperator,  magnum  mo-  luy    voulut    faire    guerre.    A 

vens  exercitum,  venit  usque  l'encontre  duquel  ledit  Othon 

urbem  Parisius   ad   eam   ca-  empereur  meut  grand  exer- 

piendam.UnderexLudovicus,  cite,  et  vint  jusques  à  la  cité 

valde  iratus  et  adventum  im-  de  Paris  à  la  jDrendre.  [Et  dit 

peratoris    timens,    mandavit  après  ledit  acteur  des  chro- 

suis  commilitibusac  omnibus  nicques    de    Nantes    que]    le 

fidelibus,    et    etiam     illustri  roy    Loys,    pour    résister    à 

principi  Alano,  duci  Britan-  l'empereur     Othon,      manda 

niae,  cognomento  Barbator-  tous  ses  comtes  et  ses  féaux, 

ta,  jam  satis  fama  probitatis  et  aussi  Allain,  duc  de  Bre- 

ejus  etfortitudine  audita^ver-  tagne,  surnommé  Barbetorte, 

bis  amicabilibus  scripsit,  ut  dont  il  avoit  jà  assez  oye  la 

omnessibipotentivirtutesub-  renommée,    la   proesse  et  la 

venirent.  Quum  autem  omnes  force,    et  les  pria  qu'ils  luy 

ad  praefatam  urbem  defenden-  allassent  aider  avecques  leurs 

dam  congregati  fuerunt,  fuit  puissances.  Et,  quand  ils  fu- 

unus   ex   Saxonibus,   vir  po-  rent  tous  assemblez  à  defïen- 

tentissimus,  corpore  validus,  dre    la    dessusdite    cité,    fut 

ex  parte  Othonis  imperatoris,  [selon    ledit    acteur]    un   des 

fratris11    reginae2,  quae   erat  Saxons  très  puissant,  homme 

XXXIII.  —  a.  frater  A  ;  iegendum  esse  fratris  videtur  ex  E. 


de  son  suzerain;  mais  le  rôle  qu'il  joua  dans  cette  campagne  n'est  pas  connu. 
Quant  aux  faveurs  qu  il  obtint  alors  du  roi,  ainsi  que  son  alliance  avec 
Thibaut  le  Tricheur  et  les  événements  qui  en  furent  la  conséquence,  ce  sont 
des  faits  qui  rentrent  dans  le  domaine  de  l'histoire. 

1.  Louis  d'Outremer  connaissait  Alain  Barbetorte  autrement  que  par  la  re- 
nommée de  ses  exploits.  Ils  avaient  vécu  cinq  ans  ensemble  à  la  cour  d'Adels- 
tan,  roi  d'Angleterre.  Cette  vie  en  commun  sur  la  terre  d'exil  explique 
mieux  que  toute  autre  raison  les  bons  rapports  qui  existèrent  toujours  entre 
le  duc  des  Bretons  et  le  roi  des  Francs. 

2.  Gerberge,  femme  de  Louis  d  Outremer,  était  la  sœur  du  roi  de  Ger- 
manie, Otton  Ier. 


[c.  x.wm,  an.  9i6  NAMNETENSE 

uxor  illius  Ludovici  régis,  vaillant  de  corps,  de  la  pari 
qui  omni  die  comités  et  pro-  de  l'empereur  Othon,  frère 
ceres  Franciae  soins  provo-  de  la  roine,  femme  du  rov 
cabat,  ut  meliorem  et  fortio-  Loys,  qui  chacun  jour  appel- 
rem  ex  eis  eligerent,  qui  eu  m  loit  les  comtes  et  les  barons 
eopugnansdefenderet  melius  de  France  qu'ils  esleussenl 
et  justius  regnum  Francorum  le  meilleur  d'eux  à  combattre 
Ludovico  pertinere  quam  contre  luy.  et  deffendre  que  le 
Othoni  imperatori.  Quo  au-  royaume  de  France  mieux  et 
dito,  omnes  proceres  eteomi-  plus  justement  appartenist 
tes  Franciae  perspicientes  au  rov  Loys  qu'à  O thon.  La- 
staturam  Saxonis  et  magni-  quelle  chose  oye  par  tous  les 
tudinem,  nullam  inde  auda-  comtes  et  barons  françois, 
ciam  accipere  praesumpse-  regardons  sa  stature  et  sa 
runt.  Alanus  vero,  Britonum  grandeur,  ne  présumèrent 
(lux,  pluribus  diebus  exspec-  prendre  aucune  audace  de  ce 
fans,  ut  aliquis  ex  tantis  no-  faire.  Mais,  quand  Allain  le 
bilibus,  ibidem  congregatis  Breton  eut  attendu  plusieurs 
et  existentibus,  contra  Saxo-  jours,  et  eut  cogneu  que  nul 
nom  ad  jus  regium  defenden-  de  tant  de  nobles  hommes  ne 
dum  exiret,  magnam  indeve-  issoit  contre  luy  à  deffendre 
recundiam  habuit1.  Quadam  le  droict  royal,  il  fut  tout 
autem  die,  dum  ille  furibun-  honteux.  Et  un  jour,  comme 
dus  Saxo,  soins  in  prato  celuy  furieux  Saxon  demou- 
consistens,  omnibus  Francis  rast    tout    seul    en    la    prée, 


1.  M.  F.  Lot,  dans  un  très  intéressai) I  article,  intitulé  Geoffroi  Grist 
nelle  dans  l'épopée  {Romania^  \l\.  .'>77-;!(.i;>).  a  montré  qu'au  m''  siècle 
on  récitai!  dans  loues!  «le  la  France  des  poèmes  épiques,  célébrant  la  pari 
qu'avait  prise  le  comte  <l  Iniou  dans  la  lutte  du  roi  Lothaire  contre  les  \lle- 
mands  «mi  '.i7S.  Ces  poèmes  relataien!  entre  autres  épisodes  le  combat  singulier 
de  (  reoffroi  cl  d'un  Danois  sous  les  murs  de  Paris.  Les  circonstances  du  récil . 
analysé  par  M.  Lot,  offrent  la  plus  grande  analogie  avec  la  narration  «lu  chro- 
niqueur de  Nantes.  On  peut  en  conclure  que  les  Vngevins  attribuaient  à  leur 
comte  Geoffroi  l'honneur  dune  victoire  que  1«'-  Bretons  reportaient  à  leur 
duc  Main  Barbet  or  te.  Cette  substitution  d'un  personnage  à  un  autre  s'obs 
fréquemment  dans  les  chansons  de  geste.  —  Le  récit  <lo  la  Chronique  «le 
Nantes  n'a  |>a>  été  utilisé  par  M  Lot,  qui,  mieux  que  personne,  en  aurait  su 
lirer  parti. 


100                                                  CHRONICON  [c.  xxxm,  an.  9iC] 

opprobria  magna  et  convitia  reprouchant    les     François , 

exprobraret,  Alanus,  hoc  vi-  Àllain  print  secrètement  ses 

dens,  armis  latenter  acceptis  armes,  et  fist  appareiller  son 

et  equo  paratob,   fecit  navi-  cheval,   puis    se    fist  monter 

culam    per   fluvium    Secanae  par    un    petit    navire   sur   le 

ascendere  longe  ab  urbe,  ne  fleuve  de  Seine,  loing  de  la 

iter  demonstretur,  et  sic  flu-  cité,  afin  que  sa  voye  ne  fust 

vium  pertransivit1.  Equitans-  cogniïe :  et  ainsi  le  passa,  et 

que    per     pratum    adversus  chevauchant  par  la  prée  con- 

Saxonem,    pugnavit  cura  eo  tre  le  Saxon,  combatit  contre 

et    caput   ejusdem    Saxonis,  luy,  véants  tous  les  François, 


videntibus  cunctis  Francis  et 
Saxonibus  atque  Teutonicis, 
amputavit.  Quod  autem  ille 
dependens  sellae  suae  corri- 
giis  ligatum,  venit  ad  ripam 


les  Saxons  et  les  Theutoni- 
ciens,  et  lui  couppa  le  chef, 
lequel  il  pendit  à  sa  celle,  lié 
avecques  des  courroyes,  et 
retourna  à  la  rive  du  fleuve, 


fluminis,  ubi  parva  navis  sibi  où   la    nef  luy   estoit   appa- 

parata    erat,    in   qua    iterum  reillée,   en    laquelle  il  entra 

ascendens,      navigando      ad  derechef,     et    nageant    vint 

praefatam      urbem      portum  prendre  port  à  ladite  cité.  A 

XXXIII.  —  b.  percito  A  ;  parato  legendum  est  ex  E. 


1.  Dans  le  récit  relatif  à  GeoflYoi  Grisegonelle,  le  comte  d'Anjou,  avant  de 
traverser  la  Seine,  pour  aller  combattre  son  antagoniste,  passe  la  nuit  dans  la 
maison  d'un  meunier,  qui  le  lendemain  lui  fournit  une  barque  pour  franchir 
le  fleuve  (Lot,  livre  cité,  p.  378).  Cette  partie  de  la  légende  me  semble  avoir 
pour  origine  une  tradition  qui  avait  déjà  cours  à  la  fin  du  xu  siècle.  Richer 
(1.  II,  c.  57)  raconte  que,  lors  du  siège  de  Paris  par  le  roi  Otton  Ier  en  946, 
le  duc  Hugues  le  Grand  avait  donné  l'ordre  de  ne  laisser  aucune  barque  sur 
la  Seine,  pour  empêcher  l'armée  ennemie  de  traverser  le  fleuve.  Plusieurs 
soldats  d'Otton  pai  vinrent  néanmoins  à  passer  de  l'autre  côté  de  l'eau,  et, 
s  étant  mis  à  la  recherche  des  barques,  ils  arrivèrent  chez  un  meunier,  qui 
leur  donna  1  hospitalité  pendant  la  journée  et  une  partie  de  la  nuit,  et  leur 
fournit  enfin  le  moyen  de  s'emparer  d'un  grand  nombre  de  bateaux  et  de  les 
transporter  sur  l'autre  rive.  Tous  ces  éléments  légendaires  ont  donc  leurs 
sources  dans  divers  épisodes,  peut-être  réels,  des  deux  sièges  de  Paris  par  les 
Allemands  en  946  et  en  978.  Malgré  les  trente  années  qui  les  séparaient  l'une 
de  l'autre,  les  invasions  d'Otton  Ier  et  d  Otton  II,  notables  chacune  par  l'ap- 
parition  soudaine  des  Allemands  et  des  Saxons  en  France  et  par  un  siège  in- 
fructueux devant  Paris,  ne  devaient  pas  tarder  à  se  fondre  l'une  avec  l'autre 
dans  la  tradition. 


^J'of  S^ 


X 


r    LIBRARY 


CAMPBELL 
COLLECTION 


[c.  xxxiv,  an.  946]  NAMNETENSE  101 

accepit  ;  exilientesque omnes  l'encontre  duquel  saillirent 
de  civitate  nobiles  et  igno-  tous  ceux  de  celle  cité  de 
biles  contra  eu  m,  glorifica-  Paris,  nobles  et  non  nobles, 
verunt  Deum,  qui  superbos  glorifians  Nostre  Seigneur, 
humiliât  et  exaltât  huuiiles.  qui  humilie  les  orgueilleux 
Alanus,  superbo  hoste  devic-  et  exauce  les  humbles.  El 
to,  victor  gloriosus  factus,  quant  Allain  eut  ainsi  vaincu 
ostendit  régi  Ludovico  capnt  son  orgueilleux  ennemy,  il 
inimici  sui  amputatum.  Quo  s'en  alla  glorieux  victeur,  et 
facto,  Othonius  imperator  exaucé  sur  tous  les  habitans 
valde  perterritus  in  patriam  de  France  au  royLoys,  et  luy 
suaui  cum  suo  exercitu  rediit  en  montra  ledit  chef  tranché, 
tristis.  Sicque  urbs  Parisio-  Après  laquelle  chose  l'empe- 
riini  ab  infestatione  inimico-  reur  s'en  retourna  en  sou 
rum  suorum  per  manum  pais;  et  ainsi  fut  la  cité  de 
Alani  liberata  remansit.  Paris  délivrée  de  Tin festation 

de  ses  ennemis  par  la  main 
d'Allain  le  Breton  (E,  p.  134 
etl35). 


XXXIV. 

Regina   vero,    deplangens  [Et  (lient  après  les  chro- 

valde fratris sui opprobrium*,  nicques    de    Nantes  que]   la 

paravit  Alanimi  ducem  occi-  roine    Gerberge,    plaignant 

dere    furtive    aul    polionibus  grandement    la  honte  de  son 

mil    aliis  insidiis.  Quo  audi-  frère  Othon,  voulut  faire  oc- 

to,    Alanus    commeatum    a  cire  Allain    furtivemenl    par 

rege    requirens,    deprecatus  poison    ou    par    autres    sur- 

esl  eum,  ut  quicumque  ser-  prises.  Pour  quoy  Allain,  qui 

vus    vel     CollibertUS    Britan-  l'entendit,  se   partant   dn  rov 


\\\l\.  ./  DE  /•'.  —  a)  moriem   ./;    corrigendum  esse  opprobrium 

pUtO   Cl   E. 


102                                                   CHRON1CON  [c.  xxxiv,  an.  946] 

nia  m,  causa  manendi  ibi,  pe-  Loys   luy  pria  que  si  aucun 

tierit,  liber  ab  omni  servitute  serf    ou     affranchv    de    son 

concessione   sua   omni   tem-  royaume  venoit  en  Bretagne 

pore   permaneret.    Namque,  pour   y    résider,    il    y    peust 

timens     semper     ne     iterum  demourer  franc  de  toute  ser- 

Normanni  ad  eam  devastan-  vitude  sans  qu'il  le  vendicast  : 

dam    redirent,    volebat    pa-  car  il  craignoit  tousjours  que 

triam  populare  ut  melius  se  les  Normands  retournassent 

a  barbaris  posset  defendere1.  à    la  dégaster    et    la   vouloit 

Ac  etiam  addidit  ne  amplius  revestir,  afin  que,  quand  elle 

ad   curiam    ejus    invitaretur,  seroit  habitée,  elle  se  deffen- 

quandiu   regina  viveret.  Cui  dist  d'eux.  Si  luy  concéda  le 

rex  gratiose  concedens  om-  roy  Loys  lesdites  choses,  et 

nia,   sicut  ipse  postulaverat,  luy  donna  licence    avecques 

dédit  ei  licentiam  ut  ad  suam  action  de   grâces    qu'il    s'en 

regionem  cum  gratiarum  ac-  retournastà  sa  région.  Adonc 

tione  rediret.  His  itaque  pac-  se   départit   Allain,    qui    eut 

tis,  a  curia  discessit  Alanus  conducteur    en    son    chemin 

duxb,    habens    Theobaldum,  Thibauld  le  comte  de  Blois. 

comitem  Blesensem2,  ducto-  Lequel  Thibaud  fit  conven- 

rem,     qui     in     ipso     itinere  tion  avecques  Allain  du  ma- 

conventionem  cum  eo  de  so-  riage  de  sa  sœur,  et  la  mena 

rore  sua  faciens,  deduxit  eum  au     chasteau     de    Blois,    où 

usque     ad    castrum     Blesii  ;  Allain  demourapartroisjours 

manensque  ibi  tribus  diebus  etlespousa.  Puis  s'en  retour- 


XXXl\.  —  b)  Regina  vero  deplangens   etc.  usque  ad  Alanus  dux  dé- 
suni D. 


1.  M.  de  la  Borderie  a  montre  que  cette  suppression  du  servage  en  Bre- 
tagne avait  un  fondement  historique.  Une  étude  attentive  des  actes  du  Cartu- 
laire  de  Redon  et  des  autres  archives  monastiques  l'a  conduit  à  reconnaître 
qu'il  y  avait  au  ixc  siècle  des  serfs  en  Bretagne,  tandis  que  toutes  les  chartes 
des  xie,  xne  et  xme  siècles  attestent  l'abolition  du  servage  en  cette  province. 
C'est  donc,  suivant  toute  vraisemblance,  au  règne  d'Alain  Barbetorte  que  re- 
monte l'origine  de  cette  abolition  (La  Bretagne  aux  grands  siècles  du 
Moyen-Age,  Rennes,  1892,  in-12,  p.  22-23). 

2.  Thibaut  le  Tricheur,  comte  de  Blois,  de  Chartres  et  de  Chàteaudun,  de 
925  environ  à  975. 


[C.  xxxv,  an.  960  circa  NAMNETENSE  103 

affidavil    eam1.    Quam    vero  na  Àllain  Barbetorte  à  Nan- 

secum  lune  adducens  us(|iic  1rs,  où  il  mena  sa  femme,  e1 

adurbemNamneticam,  comi-  manda    ;i   ses  comtes,   à 

tibus    et    mathibernis    suis  vicomtes  età  ses  barons,  qu'ils 

mandavit  ui  ad  ejus  nuptias  vinssenl    à    ses   nopees.    Et, 

omnes   convenirenl  ;   quibus  quanl  ils  y  Curent  assemblez, 

congregatis,  cas  cum  magna  ils  les  célébrèrenl  par  huict 

làetitia  et  exaltationis  gloria  jours  en  grande  joye,  gloire, 

oeto   diebus   Namnetis  celé-  honneur    et    exaltation,     et 

bravit.   Postea   vero  quilibet  après  s'en  retournèrent  cha- 

eorum  ad  propria  rediitc.  cun  en  son  lieu2  (E,   p.    135 

et  136). 


XXXV. 


En  celui  temps  encore  es- 
toit  demouré  des  édifices  de 

l'église  des  appostres  Saint- 
Pierre  el  Saint-Poul  une  tour 
ou  milieu  d'ieelle  église  <le 
Nantes,  laquelle  osl <>i l  esle- 
vée  sus  ares  voullei/  el  en  la 
sommité  d'elle  soutenoit  une 
pome  dorée.  Pour  la  couve- 
use de  laquelle  Othron  IV- 
vesque  moult  souvent  déceu 
promet  loil     à    touz     (pic    s'il 


Et  en  celuy  temps,  [selon 
le  dessus  dit  acteur  de  la  chro- 
nicque  de  l'église  de  Nantes,] 
l'évesque  Hoctronfist  démolir 

une  tour  qui  encore  estoit 
demou  ré  e  des  anciens  édifices 
de  celle  église  pour  la  con- 
voitise d'une  pomme  dorée 
qui  estoit  sur  ladite  tour, 
dont  il  fui  mocqué  et  des- 
prisé par  ledit  duc  Allain,  ei 
par  honte  délaissa  l'évesché 


XXXIV.  —  c)  Postea  vero  etc.  usque  <id  rediil  désuni  I>. 

XXXV.  E  F. 


1.  On  ignore  le  nom  de  cette  sœur  du  comte  Thibaut.  Plusieurs  historiens 
(ml  cru,  sans  raison  valable,  qu'elle  s'appelait  Gerberge. 

2,  Le  manuscrit   /•'  (Jt°  133  r°)  ajoute  ces  m<>i>  :  o  En  la  manière  dessus- 
u  (lin,-  racontent  Les  Croniques  nantaises.  » 


104  CHRONIGON  [c.  xxxv,  an.  960  circa] 

povoit  avoir  celle  pome  qu'il      de  Nantes,  et  s'en  retourna  à 
restitueroit  tout  ce  qui  estoit      Sainct-Paul,    où   premier    il 
destruit  en  icelle  église,  et,       avoit  esté  ordonné  :  et  adonc 
ne  trouvant  manière  cornent      le  duc  Allain  esleut  Gaultier, 
il  y  peust  monter,  destruisit      fds    de    Wicohenus,    arche- 
toute  icelle  tour  dempuix  le      vesque  de   Dol,   et  l'institua 
fondement.  Laquelle  subver-      évesque    de    Nantes    (E,    p. 
tie,  il  trouva,  entre  tant  de      136). 
murailles      dérompues     une 
pome    de    léton    doré,    mais 
petit  d'or  y  trouva.   Et  pour 

ceste  sotise  grandement  desprisé  du  duc  Allain  et  de  touz 
autres,  délaissa  l'évesché  de  Nantes,  et  s'en  alla  à  Sainct- 
Poul,  où  il  avoit  premièrement  esté  ordonné,  et  lors  le  duc 
Allain  et  les  Nantays  esleurent  Gaultier,  filz  Viehohenus, 
l'archevesque  de  Dol,  et  le  ordonnèrent  ou  siège  épiscopal 
de  la  cité  de  Nantes1  (F,  f°  133  r°). 


1.  La  cause,  pour  laquelle  Hesdren  abandonna  l'évêché  de  Nantes,  est  assez 
obscure.  Celle  qui  est  indiquée  ici  est  inadmissible  ;  elle  dérive  d'une  tradi- 
tion ecclésiastique,  qui  permet  simplement  de  supposer  qu'Hesdren  était  impo- 
pulaire à  Nantes.  Il  est  d'ailleurs  à  peu  près  certain  que  ce  prélat  jusqu'à  la 
mort  d'Alain  Barbetorte  resta  dans  les  meilleurs  termes  avec  le  duc  des 
Bretons  (cf.  Cartul.  de  Landévennec,  dans  les  Mélanges  historiques,  V, 
564).  A  la  date  de  958,  Hesdren  était  encore  évoque  de  Nantes  (cf.  charte  du 
mois  de  septembre  958  dans  Baluze,  Histoire  généalogique  de  la  maison 
d'Auvergne,  II,  23)  ;  et  à  la  même  époque  il  y  avait  à  Saint-Pol-de-Léon 
un  évêque  du  nom  de  Mabbon  (cf.  Cartul.  de  Saint-Père  de  Chartres,  1, 
54).  Ce  Mabbon  se  retira  vers  960  au  monastère  de  Saint-Benoit-sur-Loire 
où  il  finit  ses  jours  (cf.  Miracula  S.  Benedicti,  édition  de  la  Soc.  de  l'hist. 
de  France,  p.  155,  et  Hugues  de  Fleury,  Migne,  P.  L.,  t.  163,  col.  889). 
C'est  alors  qu'Hesdren,  lassé  sans  doute  des  difficultés  qu'il  s'était  créées  avec 
ses  diocésains,  se  décida  à  abandonner  1  évêché  de  Nantes  et  retourna  à  Saint- 
Pol-de-Léon.  Chassé  de  cette  ville  par  une  invasion  des  Normands  en  963, 
Hesdren  se  réfugia  dans  l'abbaye  de  Saint-Benoît-sur-Loire,  où  il  mourut 
(cf.  Bollandistes,  Catalogus  cod.  hagiog.  lat.  Paris.,  III,  148-149). 
Hesdren  ne  fut  inscrit  sur  aucun  des  catalogues  épiscopaux  de  1  église  de 
Nantes  :  il  y  a  là  un  nouvel  indice  qu  il  abandonna  réellement  son  diocèse  et 
qu'il  vivait  en  mauvaise  intelligence  avec  son  clergé  (cf.  abbé  Duchesne, 
Catal.  épisc.  de  la  prov.  de  Tours,  p.  74).  —  Gautier,  fils  de  Wicohen, 
archevêque  de  Dol,  fut  élu  évêque  de  Nantes  entre  les  années  958  et  960 
(voir  plus  loin,  ch.  XXXVIII). 


[c.  xxxvi,  an.  952] 


NAUNKÏh.NSi; 


100 


XXXVI. 


Post  vero  noir1  longum 
tempus  Alanus  dux,  in  infir- 
mitatem  magnam  décidons, 
mandavit  Theobaldo,  comiti 
Blesensi,  ut  ad  se  visitandum 
veniret,  necnon  praelatos 
suos,  videlicet  archepisco- 
pum  Dolensem,  Redonen- 
scm,  Namnetensem,  Coriso- 
pitensem  ,  Macloviensem  , 
Venetensem,  Briocensem , 
Leonensem ,  Trecorensemb 
episcopos,  ac  comités  et  nia- 
thibernos  totius  Britanniae 
ammonuit,  ut  ei  Namnetis 
festinanter  venirent.  Quibus 
praelatis  et  proceribus  in 
cjus  praesentia  congregatis, 
jussit  ut  filio  suo  parvulo, 
nomine  Drogoni,  ex  muliere 
sua  ultima  tune  vivente  pro- 
genitoc,  suoque  sororio  Theo- 
baldo, (îlii  sui  praedicti  avun- 
culo,  eui  omnia  sua  bona  et 
filium  suuin  committebat,  fi- 
dem  lacèrent  et  jurainenta, 
ne  unquam  ei  in  jure'1  Bri- 
tanniae de  {mini  honore  ejus 
infidèles   fuissent.    Oui   qui- 


Si  ne  larda  pas  longue- 
ment après,  que  ee  due  Allain 
cheut  en  grand  maladie  et 
manda  à  Thibaud,  comte  de 
Blois,  frère  de  sa  femme,  qu'il 
veneist  à  luy  le  visiter;  et 
aussi  admonnesta  ses  comtes, 
ses  évesques  et  ses  barons 
qu'ils  se  hastassent  de  venir  à 
lu v  à  Nantes,  et,  quand  ils 
furent  tous  en  sa  présence. 
il  leur  commanda  qu'ils  fis- 
sent la  foy  et  serment  à  un 
petit  fils  qu'il  avoil  de  sa 
femme,  nommé  Drogo,  et  à 
son  beau-frère,  Thibauld  de 
Blois,  oncle  de  son  dit  fils, 
auquel  il  le  commettoit  en 
garde  avec  toutes  ses  choses  : 
que  jamais  ils  ne  luv  seroient 
desloyaux,  mais  garderoienl 
à  reniant  le  droit  et  1  hon- 
neur de  toute  Bretagne  :  les- 
quelles choses  parfaites,  il 
vesquil  peu  de  temps  depuis, 
et,  après  sa  mort,  lut  ensé- 
pulture  en  l'église  des  saincts 
martyrs  Donatian  et  Roga- 
tian.   Mais  le   lendemain   son 


\\\\l.  ./  /)  E  F.  —  a)  deest  A.  —  h)  necnon    praelatos   suos,  ete 
usque  ad  Trccorcnsoin  désuni  /).  —  c)  ex  muliere  etc.  usque  ad  pi 
nito  désuni  /).  —  à) pro  ei  in  jure  ./  habei  va  regione. 


106                                                  CHRONICON  [c.  xxxvi,  an.  952] 

dem  praelati  et  proceres  hoc  corps  fut  trouvé  sur  la  terre 

promiser u u te.  Quibus  perac-  descouvert;  laquelle  chose  fut 

tis,    parvo    vivens    tempore,  merveilleuse  à  tous  ceux  qui 

defunctus  est  Alanus  Barba-  l'avoient  ensevelv,  quiretour- 

tofta,  sepultusque  fuit  apud  lièrent  et  l'enterrèrent  deré- 

ecclesiamf  Sanctorum  Doua-  chef;  et,  afin  qu'il  ne  rele- 

tiani  et  Rogatiaui1.  In  cras-  vast,  le  chargèrent  de  pierres 

tino  autem  die  repertum  est  et    de    grands     troncs.    Et, 

corpus    ejus    super   terrain  ;  depuis    le    soir    jusques    au 

quod   mirabile  fuit   magnum  jour,   chevauchoient    grands 

omnibus   sepelientibus8,  ve-  multitudes  de  chevaliers  par 

nientesque  iterum  omnes  ad  toutes   les  rues   dehors    cité 

illum    infodiendum,    ne    un-  faisans  grand  bruit,  et  n'osoit 

quam  inde  resurgeret,  saxis  nul  s'eslever  par  nuict.  Mais 

magnis   et  truncis  onerarunt  néantmoins   par    trois   jours 

tumulum.  Facto  autem  hoc-  fut  le  corps  trouvé  nud  sur 

tis     crepusculo,     equitabant  la  terre,  et  la  charge  qu'on 

comités  per  omnes  vicos  ex-  mettoit    dessus    expulsée    ça 

tra  civitatem  cum  sonitu  ma-  et  là.  Et  comme  tous  les  Nan- 

gno  phalangae  militum  usque  tois  fussent  esmerveillez,  ne 

ad     gallicinium,     nullusque  sçavans    qu'ils     feroient    de 

nocte  consurgens  extra  civi-  celle    chose,    respondit   l'un 

tatem  valde  exterritus  aude-  qui  moult  avoit  esté  son  fa- 

batexire.  Sicque  per  quatuor  milier  en  sa  vie,  que   celuy 

dies  corpus,  omni  onere  su-  duc  Allain  sur  tous  les  saincts 

per  illud  misso  undique  ex-  avoit  aimé  la  Vierge  Marie, 

pulso,    super  terrain   iterato  et  toujours  l'avoit  appellée  en 

repertum  est.  Omnibus  autem  ses  nécessitez;  pour  ce,  con- 

Namneticae  urbis  nescienti-  seilloit   qu'ils    le   portassent 

bus  quid  de  illo  facerent,  res-  en  l'église  qu'il  avoit  édiffiée 

pondit  unus,  qui  valde  Alano  en  la  cité  de  Nantes  à  l'hon- 

XXXYI.  —  e)  qui  quidem  praelati  et  proceres  hoc  promiserunt  des\int  D. 

—  f  )  pro  apud  ecclesiam  A  habet  in  cimiterio.  —  g)  videntibus  D. 

1.   Le  duc  Alain  Barbetorte  mourut  en  952.  Ci'.  Annales  Floriacenses, 
dom  Bouquet,  VIII,  254. 


[c.  xxxvii,  an.  952-958  circa]       NAMNËTËNSE  103 

Invita  fuerat  familiaris,  quod      neur  d'elle,  el  que  certaine- 
file  dux nobilissimus  sanctara      ment   là  il   reposeroit.   Si  le 
Dei   genitricem  prae  ceteris      prindrent  el  l'y  apportèrent, 
sanctis  dilexerat  e1  in  omni-      et  ensevelirent;  et  adoncrepo- 
bus   necessitatibus  suisauxi-      sale  corps  et  cessa  le  tumulte 
liumipsius  gloriosae Virginia      [E9  p.  136). 
Mariae  semper   învocaverat, 
ita  ni  ad ejus  ccclesiam,  in  ur- 
beNamnetica  olim  ab  illo  post 

Normannorum  destructionem  reedificatam,  illud  déferrent, 
et  ihi  certissime  requiem  haberet.  Quo  audito,  accipientes 
illud  attulerunt  ad  ecclesiam  Beatae  Mariae  Namnetensem, 
ber  [psum  reedificatam  et  constructam  ac  etiam  dotatam, 
et  Ibidem  illud  sepelierunt;  quo  sepulto,  requievil  corpus 
ejus  cl  omnis  tumultus  inde  recessit'1. 


XXXVII. 

Deinde  qualitér  urbs  Nam-  Assez  tost   après   la    mort 

ketica  in  contention e  reman-  d'AUain  Barbetorte,  duc  de 

sil  el  quanta  mala  illi  evene-  Bretagne,    [selon    le    dessus 

runl,  sub  brevitate  notificare  dit   acteur  des   Cbronicques 

volumus,    ut    in    pagina    ist n  de   l'église  de  Nantes,]  Thi- 

lontinetur.    Namque    ïheo-  bault,    le    comte    de    Blois, 

baldus,  cornes  Blesensis,  Fui-  maria   sa   sœur,    qui    femme 

boni,    comiti    Andegavensi1,  dudil    Allairi    avoil    esté.    à 

tradens  sororem  suam,  relie-  Foulques,  comte  d'Anjou,  et 


\\\\  I.  —  h)  In  crastino  autem  die  repertum  est  corpus  ejus  etc.  //.svyw 
<id  inde  recessil  desunt  P. 
X\\\ll.  A  /)  E  /•'. 


1.  Foulques  le  Bon,  comte  d  Angers  de  942  ;i  968.  —  La  partie  de  la 
Bretagne,  sur  laquelle  Foulques  exerça  sa  domination  comme  tuteur  «lu  jeune 
Drogon,  comprenait  le  com  lé  de  Nantes  el  peut  .'tic  celui  de  Vannes;  les  comtes 
d  Angers,  successeurs  de  Foulques,  revendiquèrent  jusqu  au  \r  Biècle  le  droit 
de  suzeraineté  mu-  le  pays  de  Nantes  al  mit  celui  de  Mauge  qui  en  dépendait. 


108  CHRONICON         [c.  xxxvn,  an.  952-958  circa] 

tam Aluni Barbaetortaeducis,  luy    laissa    avoir,    tant    que 

in  uxorem,  ei  dimisit,  quan-  l'enfant    Drogo,    son    neveu, 

diu  Drogo  infans,  nepos  ejus>  fust    en   aage,    la    moitié    de 

adultus    esseta,    medietatem  toute  la  cité  de  Nantes  et  du 

urbis Namneticae et territorii  territoire   d'icelle,   le  tribut 

ejus    et    telonei    et   omnium  du  port  et  toutes  les  coustu- 

consuetudinum,    unde    telo-  mes,  et  généralement  la  moi- 

neum  exigi  poterat,  ac  etiam  tié    de    toute    Bretagne.    Et 

totiusBritanniae medietatem;  l'autre   moitié  que  le   comte 

et  residuam  partent  Britan-  Juhael  Bérenger  et  Wicohe- 

niae,  quam  Juhaelb  Berenga-  nus,   l'archevesque    de   Dol, 

riic  cornes *  et  \Yicohenusd  ar-  receurent  de  luv,  retint  celuv 

chiepiscopus    Dolensis2,    de  comte   Thibault  en  sa  puis- 

illo   receperunt,   in    sua   po-  sauce,  et  du  revenu  qu'il  en 

testât  e  retinuit3.  Et  de  expie-  eut  parfist  la  tour  de  Char- 

tis,    quae   inde  habuit,   Car-  très,    Blois    et    Chinon.     Si 

noti  turrem  et  Blesii  et  Cai-  print  le   comte  Foulques  sa 

nonis  perfecit4.  Quam  soro-  femme  et  Drogon,  le  fils  du 

XXXAII.  —  a)  \)ro  adultus  esset  A  habet  viveret.  —  b)  deest  A.  —  c) 
Berangarius  A.  —  d)  Wichohen  A. 

1.  Judicaël-Bérenger,  comte  de  Rennes,  et  ses  successeurs  reconnurent 
jusqu'à  la  fin  du  xc  siècle  la  suzeraineté  des  comtes  de  Chartres. 

2.  ATicohen  avait  été  élu  archevêque  de  Dol  en  944  :  son  prédécesseur, 
dont  on  ignore  le  nom,  avait  péri  dans  la  cathédrale  de  Dol  en  cette  année  944, 
lors  d  une  prise  de  la  ville  par  les  Normands  (Flodoard,  Annales,  ad.  ann. 
944).  W  icohen  fut  longtemps  en  lutte  avec  les  comtes  de  Rennes  au  sujet  du 
territoire  de  la  Domnonée.  sur  lequel  il  était  parvenu  à  étendre  sa  juridiction. 
Il  fut  vaincu  par  Gonan,  fils  de  Judicaël-Bérenger,  et  il  semble  qu'il  se  retira 
alors  pendant  quelque  temps,  de  967  à  969,  à  la  cour  du  duc  de  France, 
Hugues  Capet  (cf.  Le  Baud,  Histoire  de  Bretagne,  p.  138,  et  Lot,  Les 
derniers  Carolingiens,  p.  111,  note  1). 

3.  La  partie  de  la  Bretagne,  dont  Thibaut  le  Tricheur  se  réserva  la  suze- 
raineté, comprenait  le  comté  de  Rennes  et  toute  la  Domnonée.  Au  sujet  de 
la  domination  simultanée  de  Thibaut  de  Chartres  et  de  Foulques  d'Angers 
sur  la  Bretagne,  voir  R.  Merlet,  Les  Origines  du  monastère  de  Saint- 
Magloire  de  Paris  (Bibl.  de  l'Éc.  des  Chartes,  t.  LVI,  1895). 

4.  C'est  vers  955  que  Thibaut  le  Tricheur  construisit  les  donjons  de  Char- 
tres, de  Chàteaudun,  de  Blois  et  de  Chinon.  Sur  ces  différents  châteaux,  dont 
la  construction  suscita  contre  Thibaut  de  vifs  murmures  de  la  part  du  clergé, 
voir  une  très  curieuse  pièce  de  Arers,  écrite  au  commencement  du  xie  siècle  et 
publiée  par  Marchegay  et  Mabille,  Chroniques  des  églises  d'Anjou,  p.  247- 
252.  A  oir  aus^i  Cartulaire  de  Saint-Père  de  Chartres,  p.  23. 


[c.  xxxvii,  an.  952-958  rire.]       NAMNETENSE  109 

lemejusdemTheobaldi  Fulco  duc  Allain  et  d'elle,  en  garde 

bornes  in  uxorem  ducens,  ac  jusques  à  quinze  ans,  lesquels 

Drogonem,  infante  m  parvu-  il  mou;»  à  Angers,  e1  envoya 

luni,  in  custodîa  sua   ad    nu-  ses  serviteurs  à  composer  les 

triendum  accipiens  usque  ad  choses  de  la  cité  de  Nantes 

XV   arinos,  eosdem    matrem  qui  lui  avoient  esté  données, 

etfilium  deduxit  Andegavum,  ausquels  il  commanda  fin  ils 

niittensque  postmodum  ser-  luy  portassent  tout  à  Angers. 

vos  suos  ad  res  Namneticae  Et,  un  jour,  ainsi  qu'il  jouoit 

civitalis  sibi  datas  recipien-  aux    tables    en   sa    salle,    luy 

das,   eis  praecepit   ut  omnia  furent  portez  trois  sacs  pleins 

sibi  apud  Andegavum  affer-  de  deniers  et  quatre  challans 

pent.     Quadam     autem     die,  pleins    de    grands    poissons, 

dum  Fulco  cornes  in  aula  sua  dont  il  fut  moult  esmerveillé 

Amlegavis  jocai'ctur  ad  tabu-  en    son   courage,    et   raconta 

las,    1res    sacculos,    denariis  à  tous  les  assistans  qu'il  n'y 

plenos,    sibi   attulci'unt.   Qui  avoit  si  riche  ne   si  puissant 

veio    liaec    prospiciens,    in  en  tout  le  royaume  de  France 

corde  suo  valde  miratus  fuit,  que  celuy  ([ni  pouvoit  possé- 

el  dixit  cunctis  ibi  astantibus,  der  la  cité  Nantes.  Si  fut  lois 

quod  ii  u  1 1  us  vir  in  toto  Fran-  Foulques  prins  de  convoitise, 

coi  uni  regno  tam  dives  et  po-  et  pensa  que  si  Drogo,  le  fils 

tens  erat,  sicul  ille qui urbem  de  sa  femme,  estoit  mort,  il 

Namnelieam    possidere  vale-  pourroil    avoir     la     dite    cité 

bal.  Accedensque,  cupiditate  paisible;  pour  quoy,  comme 

pessima  ductus,  adnutricem,  desloyal    el    plein    île   toute 

<piae  Drogonem  puerum  nu-  malice,  vint  à  la  oourrisse  de 

triebat,    indieit    ei    ut    illum  Drogo,    laquelle    il     induisit 

occideret,  magna illi  promit-  qu'elle  L'occist,  luy  promet- 

tens  mimera,  et,  si  non  lace-  tant    grands    dons    et    loyers 

pet,  nunquam  viva  evaderet.  si  ainsi   le  faisoit,  et  luy  ad- 

Quo  audilo,  nutrix valde tur-  joustanl   menaces   qu'au    cas 

bâta    el    omnino    anxia     luit1'  qu'elle    v    dcIVailloit,    jamais 

quid   de  tanta  crudclitate   la-  elle      n'eschapperoit       vive  : 

WWII    _e)  pacta  ./ 


îiO  CIIRONICON        [e.  xxxvii,  an.  952-958  circa] 

cere  posset.    Tandem   minis  pour    lesquelles    ehoses    fut 

tvranni    perterrita,    ab     illo  ladite   nourrice   moult  trou- 

({uaesivit  quomodo  hoc  sce-  blée,   doutant   qu'elle    pour-* 

lus     perpetraret.    Ipse    vero  voit  faire  de  celle  crudélité. 

eam  docuit  ut,  quando  Dro-  Toutesfois    espouvantée    par 

gonis    balneum    temperaret,  les  menaces  du  tyran  luy  en- 

irigidum  faceret,  habensque  quist    comme    elle    pourroit 

in  patella,  supra  ignem  po-  perpétrer    ce    mauvais   cas  ; 

sita,    aquam  validissime   ca-  lequel  Foulques  luy  enseigna 

lidam,    illi    in    aqua    frigida  que,  quand  elle  tempéreroit 

balneanti super  caputinfunde-  le  baing  de  l'enfant,  elle  le  fist 

ret  ;    et,    quum    mater    ejus,  froid,   et   eust  sur  le  feu  en 

valde  intenta  ad  eum  obser-  une  poésie  eau  bouillante,  et 

vandum  et  timida  semper  ne  l'espandit   sur  la   teste,    afin 

eidem  filio   aliquod   impedi-  que,    quand    sa    mère,     qui 

mentumeveniret,  vagitus  ejus  estoit  attentive  à  le  garder  et 

audiret,  mox  accurreret,  re-  tousjours  craintive  qu'il  luv 

quirens  quid  infans  haberet,  veint  aucun   empeschement, 

tangensque   balneum,    frigi-  oïroit  ses  soupirs  et  y  accour- 

dum    inveniret  ;   sicque   sine  roit,     enquérante     qu'auroit 

culpa  hoc    facinus  perficere  ledit  enfant,  et,  attouchant  le 

posset.  His  autem  nutrix  ne-  baing,  elle  le  trouvast  froid, 

lundis     auditis,     fecit     sicut  et  ainsi  sans  coulpe  pourroit- 

comes,  vir  diabolicus,  docue-  elle  parfaire    celle    emprise. 

ratf,  et  sic  furtive  tali  ingenio  Lesquels   mauvais  enseigne- 

Drogo  infans  interfectus  est,  mensoïs  par  la  nourrice,  elle 

quem  mater  ejus  valde  gra-  fist  ainsi  que  celuy   cruel  et 

viter    deplorans,    semper    in  diabolique  homme  Foulques 

corde  suo   maestitiam    illi  us  luv  avoit    enseigné,  et  ainsi 

retinuit1.  mourut  Drogo,  le  très  noble 


XXXVII.  —  f)   magna  illi  promittens   munera   etc.    usque  ad  docuerat 
desunt  D. 


1.  La  légende  de  la  mort  de  Drogon  n'est  guère  admissible.  Foulques  d  An- 
gers ne  pouvait  trouver  aucun  avantage  à  faire  disparaître  son  pupille.  Ce  qui 
est  certain,  c  est  que  Drogon  mourut  à  Angers,   vers  l'an  958,  avant  d'avoir 


[c.  xxxviii,  an.  960  n  amnitknsi:  ni 

enfanl  du  très  fort  Alla  in,  duc  de  Bretagne,  lequel  sa  mer*' 
plora  griefvement  el  toujours  en  retint  la  tristesse  en  sou 
cœur   A,  p.   1 37). 


XXXVIII. 


Porro  Normanni,  piratici 
el  diabolici  viri,  morte  Àlani 
audita,  redientes  Britanniam 
coeperunl  depraedari  el  ve- 
nerunl  usque  ad  civitatem 
Nainnetensem.  Qui,  \\  alte- 
ri  m  m  episcopum  cum  pluribus 
aliis  capientes,  tetenderunl 
insidias  ul  castrum,  in  cir- 
cuitu  ecclesiae  Namnetensis 
al>  Alain»  duc*1  pro  metu  illo- 
rtun  ohm  factum,  capere  pos- 
sent  '.  Qua  de  re  Namne- 
tenses  valde  timidi  manda- 
verunt  Fulconi  comiti,  qui 
lune  ratione  dotalitii  uxoris 
suae  levabat  emolumenta 
Namnetis0,  ul  eissuccurreret; 
quod  lacère  promisit,  sed 
non  adimplevit .  [pse  etenim, 
legatum  rétro  remit  tens,man- 


Quand  les  Normans  oïrenl 
la  mort  d  Allain,  ils  recom- 
mencèrent à  piller  Bretagne, 
et  vindrenl  jusques  à  la  cité 
de  Nantes,  et  prindrent  l'é- 
vesque  Gaull  ier  et  plusieurs 
antres,  et  appliquèrent  leurs 
machines,  a  lin  qu'ils  peussent 
prendre  lechastean  qu'Allaill 

avoil  tait  pour  la  crainte  d'eux 
au  circuit  de  l'église  ;  de  la- 
quelle chose  furent  les  Xan- 
lois  moult  craintifs,  et  man- 
dèrent ii  Foulques  cpi  il  les 
secoiiiiisi ,  lequel  leurrenvoya 
leur  message,  et  leur  promisl 
qu'ainsi  le  feroit  briefvement. 
El  sa  femme,  qui  en  oït  la  ru- 
meur, et  cognoissant  assez 
sa  paresse,  pour  l'encourager 
de  ce  faire.  luy  rapporta  qu'un 


VWNIII.  ./  D  E  F.  — a) qui  tune  ratione  etc.  usque  ad  Namnetis  dé- 
suni I). 


.itlciiil  >a  quinzième  année.  Cette  mort  «le  I  béritior  Légitime  de  la  Bretagne 
lui  la  cause  première  il  une  lutte  longue  <•!  sanglante  entre  lea  Normands  et 
1rs  Bretons.  Voir  à  ce  sujet,  l\  Merlet,  Origines  du  monastère  de  Saint' 
Magloire  de   Paris,  mém.  cité. 

I .   Cette  attaque  «1«'  lit  ville  de  Nantes  par  l(  -  Normands  date  de  I  année  ! 
Cf.  Origines  du  monastère  de  Saint- Magloire  de  Paris,  ibid. 


1  12  CHRONICON         [c.  xxxix,  an.  960-975  circa] 

davit  ei  ad  praesens  suceur-  grand  pal  estoit  tombé  en  la 

rereb.  Conjuxautem  ejus,  hoc  rive  de  Loire   qui   avoit   fait 

rumore  audito  et  ejus  inertia  peur  aux  Normans.  Mais  les 

satis    cognita,    retulit    quod  Nantois,  quand  ils  eurent  at- 

palus  magnus,  in  ore  Ligeris  tendu  huict  jours  sans  avoir 

fixus,  metum  Normannis  fa-  nulle     aide      de     Foulques, 

ciens,  ceciderat.   Àt  Namne-  ils  combatirent  contre  lesdits 

tenses,  octo   diebus  exspec-  Normans,  et  par  grand  vertu 

tatis,  nullum  a  Fulcone  auxi-  les  vainquirent  et  chassèrent, 

lium  habentes,  cum  Norman-  Si  s'enfuirent  ceux  Normans 

nis  pugnaverunt,  ac  inde  cum  et      emmenèrent      l'évesque 

virtute magna eosfugaverunt.  Gaultier  et  les  autres  captifs 

Qui,  cum  Walterio  episcopo  à  Guerrande,  où  ils  receurent 

et    aliis     captivis    usque    ad  grand    rançon  d'eux,    et   les 

Guerrandiam  venientes,  ma-  laissèrent  aller  (E,  p.  138). 
gnamdeeis  ibiredemptionem 
receperunt1. 


XXXIX. 

Ilis  itaque  factis,  Namne-  [Et    rapporte   ledit  acteur 

tenses,   Fulconem,    Andega-  des  Chronicques  de    Nantes 

vensem   comitem,    dimitten-  que]    les   Nantois,    après    la 

tes2,  AlaniBarbaetortaefilios,  mort  Drogo,   délaissèrent  le 

videlicet8  Hoel  et  Guerech3,  comte  Foulques  d'Anjou,  et 


XXXVIII.  —  b)  sed  non  adimplevit  etc.  usque  ad  succurrere  desunt  D. 

XXXIX.  A  D  E  F.  —  a)  deest  D. 


1.  Sur  les  excès  que  les  Normands  commirent  alors  dans  les  faubourgs  de 
Nantes  et  sur  la  captivité  de  l'évêque  Gautier,  voir  plus  loin,  ch.  I  et  II  des 
Miracula. 

2.  Foulques  le  Bon,  comte  d:  Angers,  mourut  peu  de  temps  après  le  siège 
de  Nantes  par  les  Normands,  le  11  novembre  960  (cf.  Origines  du  monas- 
tère de  Saint-Magloire  de  Paris,  mém.  cité).  Peut  être  la  maladie  fut-elle 
cause  qu'il  ne  vint  pas  au  secours  des  Nantais. 

3.  Hoël  et  Guérech,  fils  bâtards  d'Alain  Bai'betorte  et  de  Judith.,  ont 
souscrit  vers  945  une  charte  de  leur  père  Alain  en  faveur  de  l'abbaye  de  Lan- 


c.  xxxix,  an.  960-975  ci rca]        flAMNETENSE  113 

in  urbe  Namnetica  dominos  constituèrent  seigneurs  et 
constitueront.  Hi  nempe  pro-  princes  en  [a  cité  de  Nantes 
genitiexnobilimatre, nomine  les  deux  frères  llocl  cl  Gué- 
Judith,  exstiterant,  a  ntequara  rech,  assez  nobles  jouven- 
Alanus  praefatus  sororem  ceaux,  qu'AUain  avoit  engen- 
Theobaldi,  comitis  Blesensis,  drez  d'une  noble  mèreappei- 
in  uxorera  duceret;  satis  no-  lée  Judich,  avanl  qu'il  preint 
biles  juvenes,  quorum  unus,  à  femme  la  sœur  du  comte 
seilieetGuerech,  nulrilus  fuc-  Thibauld  de  Blois,  desquels 
pat  cum  monachis  SanctiBe-  l'un,  c'est  à  sçavoir  Guérech, 
nedicli  '  apud  Auielianum.  avoit  este  nourrv  à  Orléans 
Ho  el  au  te  m  cum  matresuael  avecques  les  moines  deSainct- 
suis  parentibus  nutritus  exs-  Benoisl  ;  et  Iloel  avecques 
titeratb.  Isle  Iloel,  qui  erat  Judich,  sa  mère,  et  ses  au- 
maior  natu c,  omnem  princi-  très  parents.  Lequel  Iloel, 
patum  et  potestatem  acci-  prenantla  principauté  et  toute 
piens,  luit  cornes  validus  et  la  puissance  fut  moult  vail- 
potentissimus  el  multa  bella  lant  et  puissant  comte,  et  fist 
habuit  cum  Conano,  filio  Ju-  batailles  contre  Conan,  comte 
dicael d  Berengarii,  Redo-  de  Rennes,  fils  de  Juhael  Bé- 
densi  comité e,  qui  tune  tem-  renger,  qui  en  celuy  temps 
poris  majorem  partem  Hri-  tenoil  la  partie  de  Bretagne 
lanniae  tenebal  de  Theobal-  du  comte  Thibaud,  laquelle 
do,  comité  Blesensi;  quam  il  avoil  retenue  en  sa  main 
partem  ipse  cornes  Redonen-  après  la  mort  du  duc  Allain  : 
sis  in  manu  sua  post  inoitem  car  Iloel  requcroil  que  du 
Alani  tenuerat.  Et  sic  Iloel  droictd'AUain,  son  père,  Co- 
jpequirebat  patris  sui jus  et  ul  nan    le   recogneusl   seigneur 


\\\l\.  —  h)  nulrilus  exsliterat  desunt  D.  —  c)  qui  erat  major  natu  dé- 
suni /).  —  d)  Juchael  A.  —  c)  Rcdoncnsis  comitis  I). 


névennec  (Cartul.  de  Landévennec,  mélanges  historiques,  t.  V,  p.  564). 
Dans  une  lettre  du  pape  Jean  Mil  <!<•  (.*70  environ,  Hoël  el  Guérech  Bon! 
gîtes,  avec  Judicaël-fiérenger  el  Conan,  comme  principaux  chefs  des  Bretons 
(Jafte,  Reg.  /><>/i(.  rom.,  2e  édit.,  n°  3756). 

1.  Saint-Benoit-sur-Loire,  abbaye  du  diocèse  d  Orléans,  Loiret,  arr.  Gien, 
canton  d  Ouzouer-sur  Loire. 

8 


414  CIIRONICON  [c.  xl,  an.  981  circa] 

Conanus  de  jure  illo  se  do-      et  prince  :  mais  il  luy  résis- 
minum    et    principem    reco-      toit  et  ne    luy  vouloit    faire 
gnosceretetnondictumTheo-      obéissance:  pour  quoy  Hoel 
baldum1.   Sed  ille  Conanus,       pilla  le  territoire  de  Rennes, 
Redonensis  cornes,  illi  resis-       en  bruslant  les  maisons  jus- 
tens,    nuuquam    dominatum      ques  près  de  la  cité  (£,  p.  139). 
ejus    recipere    voluit.    Qua- 
propter     Hoel f    depraedavit 
totum     Redonicum     territo- 
rium  et  domos  usque  ad  mu- 
rum  eivitatis  concremavit 2. 


XL3. 

Conanus     autem,     videns  Et    adonc     Conan,     veant 

quia  non  poterat  ei  resistere,       ainsi  gaster  sa  terre  par  Hoel, 

XXXIX.  —  f  )  qui  tune  temporis  majorem  partem  Britanniae  etc.  usque 
ad  quapropter  Hoel  de  su  nt  D. 
XL.  A  D  E  F. 

1.  Conan  devint  comte  de  Rennes  à  la  mort  de  son  père  Judicaël-Bérenger. 
Judicaël  est  signalé  comme  vivant  encore  en  966  (cf.  Jane,  Reg.  pont,  rom.i 
2e  édit. ,  n°  3756);  il  décéda  peu  de  temps  après,  vers  970. 

2.  La  date  de  cette  guerre  se  place  enlre  lépoque  de  la  mort  de  Judicaël- 
Bérenger,  comte  de  Rennes,  et  celle  de  la  mort  de  Thibaut  le  Tricheur,  comte 
de  Chartres.  Thibaut  mourut  au  plus  tard  en  janvier  977  ;  Judicaël  décéda 
vers  970  :  il  en  résulte  que  la  lutte  entre  Hoël  et  Conan  doit  être  de  975  en- 
viron. —  La  soumission,  dont  Conan  témoignait  à  1  égard  de  Thibaut  le  Tri- 
cheur, n'était  pas  fictive.  Au  mois  d  août  979,  Conan  était  à  Chartres,  à  la 
cour  du  fils  de  Thibaut,  le  nouveau  comte  Eudes,  auquel  il  était  venu  sans 
doute  rendre  hommage  (Cartul.  de  Saint-Père  de  Chartres,  p.  66).  Sur  la 
suzeraineté  du  comte  Eudes  de  Chartres  vis-à-vis  de  Conan  de  Rennes,  voir 
Richer,  IV,  79,  81,  91. 

3.  Tous  les  faits,  rapportés  dans  ce  chapitre,  à  savoir  la  mort  de  Gautier, 
évêque  de  Nantes,  le  départ  de  Guérech  pour  Tours,  afin  d'obtenir  la  suc- 
cession de  Gautier,  et  lassassinat  du  comte  Hoël,  se  sont  succédé  dans  un 
très  court  laps  de  temps,  suivant  toute  vraisemblance  en  981.  En  effet,  ces 
événements  ont  immédiatement  précédé  la  guerre  que  Guérech  déclara  à 
Conan  de  Rennes  pour  venger  la  mort  de  son  frère,  guerre  qui  se  termina 
par  la  bataille  de  Conquereuil  en  cette  année  981.  D  autre  part,  on  verra 
plus  loin  (ch.  XLII)  que  Guérech,  après  la  mort  de  Gautier  et  d'Hôel  et  tan 
qu'il  vécut  lui-même,  retint  en  son  pouvoir  pendant  sept  ans  l'évêché  et  L 
comté  de   Nantes.  Il  eut  pour  successeur  comme  comte  de  Nantes  son   fils 


[c.  XL,  an.  981  circa]               N  \  MM!  T  i:\si-;  II:, 

ni  erat  dolo  plenus  el  nequi-  appella  secrettement  un  sien 

lia,  cum  quodam  milite  suo,  privé  chevalier,  nommé  Ga- 

nomine  Galuron,  latenter  lo-  luron,  et  luy  promist  grands 

cutus  est,  promittens  «•!  mu-  dons  et  loyers,  afin  qu'il  oc- 

nera  magna  ui  Hoelum  comi-  cist  led.il    Hoel.   Et  pourtant 

tem  aliquo  modo  perditionis  que     Galuron    enquéroit    Le 

[nterficeret.  Àddidil  quoque  méan  de  ce  faire  sans  ce  que 

illi,  requirenti  quo  pacto  îd  Hoel  l'ust  adverty,  Conan  luy 

âge r et,  ne  animadverteretur,  admonnesta  qu'il  print  noaise 

ul  cum  aliquo  de  familia  sua  à  aucun   de  sa  famille,  et  le 

rixas  faceret,  et  pro  hac  re  in-  guetta  s  1  quand  il  iroit  hors  la 

sidians  ci,  dum  extra  urbem  cité,  puis  le  navrast  et  s'en- 

Redonis  exiret,  illuin  vulne-  fuist  à  Nantes  audit  Hoel  qui 

raret,   sicquc,  pro  hoc  facto  le  recevront  fablement.  Si  le 

ad    Hoelum    comitem    Nam-  fist  Galluron,  ainsi  qu'il  luy 

netis  fugiens,  credibilis  reci-  avoit  esté  commis,  et  fut  receu 

peretur.  Qui,  ila  ut  commis-  honorablement      par     Hoel, 

sum  cral  si l>i  per  Conanum,  quand  il  oit  celle  rumeur,  et 

ad  Hoelum  fugit,  receptusque  Galluron    luy  promist   estre 

ah  eo  honorifice,  hoc  rumore  idoine  conducteur  à   faire  la 

audilo,  promisit  ut  conductor  guerre  contre  Conan.  Et  en 

existeret    idoneus    ad    bella  celuy  temps  mourut  Gaultier, 

Contra  Conanum  agenda.  Ko-  l'évesque  de    Nantes,   et   fut 

dein     tempore,     VValterius,  en  son  lieu  Guérech,  frère  du 

Namnetensis   episcopus,    de-  comte     Hoel,     lequel     esloit 

lu  net  us  erat,  et  in  loco  ejus  a  bien  instruiet  es  lettres  divi- 

blero  ci  populo Guerech,  Ira-  nés,  pourveu  en  toute  science 

1er    lloeli    comitis,    Namne-  et  assez  idoine  à  ce  mystère 

tensis  episcopus   electus  est.  (E9  p.  139).   Pour  quoy   il  ap- 

llic,    in    divinis  litteris  hene  pareilla    toutes  ses    necessai- 


Alain.  qui  vécul  très  peu  de  temps  et  m  ou  ru  I  certainement  en  990  (voir  plus 
pin,  eh.  X.L1II).  La  mort  de  Guérech  ne  sérail  donc  antérieure  que  d'une  ou 
le  deux  années  à  celle  de  son  fils  Uain.  En  la  plaçant  en  988  environ,  on  arrive 
à  dater  L'avènement  il»-  Guérech  comme  comte  de  Nantes  de  981,  l'année 
Blême  de  la  bataille  de  Gonquereuil.  (le- dates  ne  sont  qu'approximatives  ; 
mais  l'erreur  qu'elles  peuvent  comporter  ne  saurait  être  de  plus  d  un  an  <m 
■eux. 


116  CHRONICON  [c.  xl,  an.  981  circa] 

eruditus  et  in  omni  scientia  res,  et  se  parti  de  Nantes  pour 

bene  providus,    satis  ad  hoc  aller  àl'archevesque  de  Tours 

ministerium     erat     idoneus.  lui   requérir  qu'il    le   consa- 

Quapropter,   omnibus  neces-  crast   en   évesque.   Et  en    la 

sariis  suis  paratis,  Namnetis  première    nuict    se    logea    à 

egressus  est,  ut,   Turonensem  Varadcs,  une  ville  du   terri- 

archiepiscopum    adiensx,    ab  toire  de  Nantes.  En  celui  mê- 

eo    episcopalem    consécration  me  jour  que   Guérech   parti 

nem     requireret,     et    prima  de  la  cité  de  Nantes,  proposa 

nocte  Varadis,  ter rilorii Nain-  son  frère  le   comte  Hoel  que 

netici  vil/ae,  hospitatus  est*:  il    iroit   aux    boais    prendre 

Et  ille  iïoel,  ut  audivit  quod  cerfs  et  venaison  [F,   f°  135 

Guerech  sic  erat  egressus  b,  r°)  ;  et,  comme  il  approehast 

decrevit0  utadcervos  in  saltu  de  la  forest  à  la  nuictant,  il 

capiendos  iret,  et,  quum  sal-  envoya  tous  ses  chevaliers  et 

tui,    jam    eadem    die    adves-  tous  ses  familiers,  fors  seule- 


perascente,  appropinquaret, 
praemisitdomnes  milites  suos, 
excepto  solummodo  capellano 
suo,  qui  sibi  vesperas  decan- 
taret,  ad  hospitium  sibi  pa- 
randum.  Prospiciensque  Ga- 


ment  son  chappellain  qu'il 
retint  à  dire  ses  vespres,  afin 
qu'ils  luy  préparassent  son 
logis.  Et  adonc  Galuron,  veant 
que  tous  courroient  ainsi  de- 
vant s'arresta    et    descendit 


luron  omnes    sic  currere  ad  de  cheval,  feignant  radresser 

hospitia  capienda,  rétro  re-  sa  celle,  puis  après  remonta 

cessit  descendensque  abequo  et   fist    semblant    de    courir 

simulavit    sellam    suam   eru-  après    les  autres.   Le   comte 

dire.  Qua  erudita,  finxit  post  qui  en  oït  le  son  regarda  ar- 


XL.  —  a)  quapropter,  etc.  usque  ad  hospitatus  est  desunt  AD'  ad- 
denda et  restituenda  esse  videntur  ex  F.  —  b)  electus  A  ;  egressus  res- 
tituendum  esse  videtur  ex  F.  —  c)  Pro  et  ille  Hoel,  ut  audivit  quod  Guerecli 
sic  erat  egres  sus,  D,  ex  E  (p.  139),  errore  substituit  nec  multo  post 
Hoel  Namnetis  egressus  est.  —  d)  remisit  I). 


1.  On  a  ici  une  preuve,  qui  s'ajoute  à  plusieurs  autres  et  montre  que  les 
évêques  de  Nantes  ne  reconnaissaient  pas  la  suprématie  de  1  archevêque  de 
Dol,  mais  étaient  demeurés  sufîragants  de  1  archevêque  de  Tours. 

2.  Varades,  Loire  Inférieure,  arr.  Ancenis,  chef-lieu  de  canton. 


[c.  XL,  an.  981  circa]  NAMNETENSE  117 

alios  currere  ;  cujus  sonitum  rière,  et  quand  il  l'eut  appert 
cornes  Hoel  audiens,  respexil  ceu,  il  pensa  qu'il  suivist  ses 
rétro;  quo  viso,  speravit  ut  compagnons;  mais  Galluroa 
ejus  socios  sequeretur.  Ille  sapproeha  de  luy,  et  en  eou- 
autem  Galuron,  vir  diaboli-  rant  l'oecist  d'un  glaive,  et 
eus,  currens  comité  m  inter-  ce  fait  laissa  Galuron  ses  ar- 
fecit.  Ouointerfeeto,  dimissis  mes  et  son  cheval  et  s'enfuit 
armis  suis  et  equo,  in  saltum  au  bois.  Le  chappellain  que 
fugit.  Capellanus  vero  fu^it  Hoel  avoit  retenu,  veanl  ce 
ad  milites,  narravitque  quo-  misérable  (ail,  courut  aux 
modo  Galuron  Redonensis  chevaliers  au  logis,  et  leur 
comitem  Hoelum  intereme-  raconta  comme  Galuron  de 
rat (".  Qua  re  audita,  (mines  Rennes  avoit  occis  le  comte, 
déplorantes  et  valde  tristes  Lesquels  plorans  et  moult 
venerunt  ad  locum,ubi  cornes  tristes  vindrent  au  lieu  où  il 
mortuus  jacebat,  scrutantes-  gisoit  mort,  et  cherchèrent 
(pie  per  omnia  loca  saltum,  par  la  forest  Galuron  le  mal- 
minime illum  maleficum  in-  faicteur  ;  mais  ils  ne  le  peu- 
venerunl.  Xox  e  te  ni  m  jam  rent  trouver,  car  la  nuict  qui 
proxima  facta  obcaecavit  eos  ;  estoit  obscure  les  aveugla. 
redientesque  valde  lassi  ad  Si  retournèrent  lesdits  che- 
corpus,  illud  Namneticae  ur-  valiers  moult  travaillez  au 
bi  altulerunt  et  ibidem  se-  corps  qu'ils  portèrent  à  la 
pelierunt.  Missisque  legatis  cité  de  Nantes  Et  p.  13(.'  et 
velociter  posl  Guerech,  Ira-  1  iO),  puix  envoièrent  hasti- 
trem  suum,  qui  eadem  die  vement  leurs  légats  après  son 
iter  inceperat  ad  prosequen-  frère  Guérech  et  lui  man- 
dant! electionem  suam  ',  ei  dèrent  que  tantost  il  retour- 
mandaverunt  ut  cito  rediret.  nast1    F,  i°  135  \ 


XL.  —  o)  narravitque  etc.  usque  ml  interemerat  désuni  l>  —  t)  pro  ad 
prosequendam  electionem  suam,  />.  ex  E  (p.    l 'iO).  substituii  ad    curiam 

Lotharii  régis. 


1.  Le  Baud,  dans  son  Histoire  de  Bretagne  imprimée  (A',  p.  140)  .i 
ainsi  traduit  celte  phrase:  a  et  incontinent  envoyèrent  légats  après  -mi  frère 
g  Guérech,  qui  celuj  propre  jour  s'estoit  aussi  part)  de  Nantes  pour  aller  à  la 
«  tour  du  ro\  l.oihaire  de  France,  et  lu\  mandèrent  qu'il  relôurnast.      I  I 


118 


CUIIONICON 


[c.  xli,  an.  981-983  circa] 


XLI 


Sicque  nefanda  proditione 
Iloelo  comité  interempto, 
Namnetenses  Guérech,  jam 
denominatum  episcopum l,  in 
loco  Iloeli,  fratris  sui,  comi- 
tem  super  se  constituer  unt. 
Qui,  providus  in  consilio,  in 
bellis  faciendis  belligerator 
strenuus  et  in  omni  hones- 
tate  validus  et  probus,  epis- 
copatum  et  comitatum  Nam- 
netensem  in  suis  manibus 
retinuit  et  gubernavit8.  Inei- 
piensque  adversus  Conanum, 
Redonensem  comitem,  bel- 
lare  valentius  et  fortius  quam 
Hoelus,  frater  suus,  egerat, 
illum  aggressus  est,  omnia 
suaarripiendoetcomburendo 
usque  ad  murosb  Redonis. 
Adversus  quem  Conanus  in- 
surge n  s  eu  m  magna  manu 
suorum    et    etiam2  Norman- 


Et  ainsi  Iloel  le  noble  com- 
te de  Nantes  occis,  lesNantois 
constituèrent  comte  et  prince 
sur  eux  en  son  lieu  ledit 
Guérech,  son  frère,  qui  jà 
avoit  esté  dénoncé  évesque, 
lequel,  comme  dit  a  esté,  es- 
toit  pourveu  en  conseil,  et  si 
estoit  vaillant  et  noble  batail- 
leur et  prudent  en  toute 
chose  loable.  Si  recommença 
Guérech  la  guerre  à  rencon- 
tre de  Conan,  le  comte  de 
Rennes,  plus  vertueusement 
que  son  frère  n'avoit  fait,  et 
l'assaillit  vaillamment  en  pre- 
nant et  ravissant  toutes  ses 
choses  jusques  aux  murs  de 
Rennes  ;  contre  lequel  s'es- 
leva  aussi  Conan  avec  grand 
puissance  et  le  poursuit  jus- 
ques Conquéreuz,  une  ville  du 
territoire   Nantois.    Si    com- 


XLI.  A  D  E  F.  —  a)  episcopatum  et  comitatum  etc.  usque  ad  guber- 
navit  desuut  D.  —  b)  portas  A. 


a  vu  plus  haut  que  Guérech  était  parti  pour  aller  trouver  l'archevêque  de 
Tours  et  non  le  roi  Lothaire.  Le  Baud  a  fait  ici  confusion  et  dom  Lobineau  a 
eu  tort  d'adopter  cette  leçon. 

1.  Guérech  n'avait  que  le  titre  d'évêque  désigné:  il  n'était  pas  encore  con- 
sacré et  ne  le  fut  jamais  (cf.  chapitre  suivant).  C'est  ce  qui  explique  pour- 
quoi il  ne  fut  pas  inscrit  sur  le  catalogue  des  évoques  de  Nantes  (cf.  abbé  Du- 
chesne,  Catalog.  épiscop.  de  la  prov.  de  Tours,  p.  74). 

2.  On  verra  plus  loin  que,   lors  de  la  seconde  guerre  de  Conan  contre  les 


[c.  \i.i.  an. 981-983 circa            NAMNETENSE  il'.' 

norum c  prosecutus  esl  eum  batireni  ces  deux  comtes 
usque  ad  Conquereus1,  Nam-  avecques  leurs  pouvoirs  en- 
uetici  territorii  villam,  pu-  semble,  et  fut  la  bataille  dure 
gnantesque  il)i  amho  inter  se  entre  eux  ;  mais  enfin  Conan, 
valde  acriter,  tandem  Cona-  griefvement  navré  en  un 
nus,  in  brachio  graviter  vul-  bras,  s'enfuit  vaincu,  etGué- 
neratus,  fugil  devictus.  Gue-  rech,  (juand  il  l'eust  chassé, 
réch  vero,  illo  fugato,  victor  s'en  retourna  glorieux  à  sa 
ad  urbem Namneticam  rediit:  cité  de  Nantes.  Toutesfoisen 
ac  tamen  in  hoc  bello  multi  celle  bataille  périrent  et  fu- 
perierunl  de  utraque  parte.  rentoccis  plusieurs  d'une  part 
Deinde  quomodod  Guerech  et  d'autre  (E,  p.  140).  D'ilcc 
fines  Namnetici  territorii,  en  après  divisa  le  comte  Gué- 
ultra  Ligerim  constitutos,  rech  de  Nantes  les  territoires 
eum  Guillelmo,  Pictavensi  de  sa  comté,  situez  oultre  le 
comité s,  dividens  pacificavit,  fleuve  de  Laire.  Et  en  pacif- 
minime  est    silendum3,  sed,  fia    avecques    Guillaume    de 

\LI.  —  r)  et  ctiam  Normannorum  desutit  D.  —  il)  deest  D. 


Nantais   en   992,  les    Normands  vinrent   également   an    secours  rln  comte  de 
Rennes. 

1.  Conquereuil,  Loire-Inférieure,  an*.  Saint- Nazaire,  canton  de  Guémené- 
Penfao.  —  Les  angevins,  dans  cette  bataille,  combattirent  avec  les  Nantais 
contre  les  Rennais  et  le>  Normands.  Amio  DCCCCLXXXI,  Conanus  curvus 
contra  Andegavenses  in  Concurrum  op tinte  pugnavit  (Chroniq.  du  Mont 
Saint-Michel,  Labbe,  Nova  bibliotheca,  I,  350).  Il  résulte  de  ce  texte  que 
L'issue  du  combat  dut  être  douteuse  ;  le  chroniqueur  de  Nantes  a  peut-être 
exagéré  le  succès  de  Guérech.  Suivant  le  Chronicon  britannicum,  la  bataille 
daterai!  de  l'année  982  (Dom  Lobineau,  Histoire  de  Bretagne,  II.  32). 

2.  Guillaume  Fièrebrace,  fils  de  Guillaume  Tête-d'Etoupes,  comte  de  Poi- 
liers  de  963  à  994. 

:i.  Ce  traité,  conclu  entre  Guillaume  Fièrebrace  el  Guérech,  est  un  renou- 
vellement de  celui  que  lit,  vers  942,  Main  Barbetorte  avec  Guillaume  Tête- 
ci  Etoupes  (voir  plus  haut.  ch.  NNNll).  Après  la  mort  de  Guérech,  le  comté 

de   Nantes  étant  tombé  entre  les  mains  d  enfants  mineurs,  l<  -  SI  igneurs  voisins 

en  profitèrent  pour  violer  les  clauses  de  ce  traité.   Dès  la  fin  du  v  - 
surtout  dans  les  premières  années  du  \r  .  les  comtes  de  Poitiers  étendirent 
leur  suseraineté  sur  la   partie  méridionale  de  1  Herbauge  .    les  vicomtes  de 
Tbouars  s'implantèrent  en  Tiflauge  et  les  comtes  d  vnjou  revendiquèrent  les 

armes  à  la  main  la  possession  du  pa\»  de   Mauge.  Vers  le  milieu  du   \r    siècle, 

le  comté  de  Nantes  ne  comprenait  plus  au  Bud  de  la  Loire  qu'une   bande  de 
territoire  répondant  au\  dcui  doyennés  de  Rets  et  de  Clisson.  C'est  pourquoi 


120                                                 CHRON1CON  [c.  xlii,  an.  981-987  circa] 

sicut    tune    temporis    divisi  Poitiers,  combien  qu'ils  eus- 

fuerunt,   posteris  nostris  no-  sent  esté  occupez  par  les  Poi- 

tificare     debemus,     quamvis  tevins,  et  en  furent  les  fins 

haec   omnia  a  Pictavensibus  terminées  es  lieux  dessusnom- 

invadantur.    Fuerunt    autem  mez,  c'est  assavoir  en  la  ma- 

hi  fines   terminati  per   haec  nière  que  elles  avoient  esté 

denominata    loca ,     videlicet  par  avant  entre  le  duc  Allain 

Medalgicum,  Teofalgicum  et  Barbetorte,  père  Guérech,  et 

Herbadillicum  cura  suis  per-  Guillaume,  sêurnommé  Teste 

tinentiis  a  flumine  Ladionis,  d'Estouppes,  comte  de  Poi- 

in  Ligerim  descenclente,  us-  tiers  (F,  f°  135  r°). 
que  ad  Irumnam  flumen,  et 
usque  ad   Petram  frictam  et 

Ciriacum,    et  flumen   Ledii,  quod  in  mare  occidentale   de- 
currite. 


XLII  l. 

His  autem temporibus,  ec-  Encesttemps  demoura  l'é- 

clesia   Namnetica   a    pastore  glise    de   Nantes    veufve    de 

vidua  VU  annis  remansit,  et  pasteur  par  l'espace  de  sept 

fuit  semper  in    potestate    et  ans  et  fut  tousjours  délaissée 

manibus  Guerech  derelicta  ;  en    la    puissance    du    comte 


XLI.  —  e)  minime  est  silendum  etc.  usque  ad  decurrit  desunt  D. 
XLII.  A  F. 


le  chroniqueur  de  Nantes,  qui  écrivait  en  1060  environ,  constate  que  de  son 
temps  toute  la  contrée,  comprise  entre  le  Lay ,  l'Ironne  et  le  Layon,  autrefois  sou- 
mise à  Guérech,  était  envahie  par  les  Poitevins.  Le  Baud,  dans  sa  traduction, 
a  commis  un  contre-sens  en  interprétant  les  mots  quamvis  haec  omnia  a 
Pictavensibus  invadantur .  —  Ce  traité  doit  appartenir  aux  premiers  temps 
de  l'administration  de  Guérech  et  être  peu  postérieur  au  combat  de  Conque- 
reuil  :  il  peut  être  par  conséquent  daté  de  983  environ. 

1.  Dom  Lobineau  a  omis,  dans  son  édition,  la  plus  grande  partie  de  ce 
chapitre.  Il  s'est  contenté  de  mettre  en  latin  le  texte  de  Le  Baud,  tel  qu'il  se 
lit  dans  Y  Histoire  de  Bretagne  imprimée  CE,  p.  140).  Mais  Le  Baud,  en 
cet  endroit,  ne  fait  que  résumer  en  quelques  mots  le  récit  de  la  Chronique  de 
Nantes. 


[c.  xi.ii,  an.  981-987  cire  i             NAMNETENSE  121 

cujus    destructionem     valde  Guérech,    lequel     pleignanl 

deplangens,   omnia  quae  de  grandemenl     s;i     destrucion 

episcopatu  habere  potuit,  in  despensoil    en    la   réédiffica- 

ejus  restitutionem  dispensa-  cion  d'elle  toutes  les  choses 

vil;    namque  a   fundamentis  qu'il  povoit  avoir  et  lever  de 

hujusecclesiaecapùt  destruc-  l'évesché,  et  tant  que  icelle 

tu  m  reficiens,  illud  refectum  destruitte  dempuix  le  super- 

côoperire   procuravit  ',  plu-  fice   jucques  au   fondement, 

raque  alla  quae  usque  hodie  réforma  du  tout  <m  tout  e1  y 

apparent  restiluit*,  et  multa  restitua  maintes  autres  choses 

alia  bona  fecit.  Quum  autem  qui  jusques  au  jour  de  huy  y 

ad curiam régis Lotharii2per-  appairent.  El  après  l'accom- 

rexissel  et    inde   rediret  per  plissement  de  ces   choses  et 

pagum Andegavensem, aGos-  de  pluseujrs  autres  s'en  alla 

frido  Grisonella3  comité,  per  le  comte  Guérech  à  la  court 

omnes  vias  ei  tendente  insi-  du  roy  Lotaire  de  France.  Et, 

dias,  captus  est,  et  ab  ejus  comme  il  en  retournast  par  le 

captione  minime  valens  exire,  païsd'Angeou,  GeoffroyGris- 

nisi    urbem  Namneticam    et  gonelle,     comte     d'Angiers, 

partem     Britanniae,     quam  qui  en  toutes  manières  contre 


XLII.  —  a)  pluraque  etc.  usque  ad  restituit  désuni  A  :  addenda  et  sic 
restituenda  esse  viaentur  ex  F. 


t.  Le  chevel  de  la  cathédrale  de  Nantes,  reconstruil  par  Guérech,  n'existe 
plus  qu'en  partie.  Il  a> ait  été  édifié  au  dessus  il  une  crypte  que  des  fouilles 
récentes  ont  mise  au  jour.  Cette  crypte,  dont  Le  plan  reproduil  celui  de 
1  église  supérieure  aujourd'hui  disparue,  esl  un  curieux  spécimen  île  l'archi- 
tecture religieuse  à  la  fin  du  \''  siècle.  Elle  offre  un  îles  plus  anciens  exemples 
île  déambulatoire  entourant  I  abside  il  une  grande  basilique. 

2.  Le  roi  Lothaire  mourut  le  2  mars  986.  C'est  pour  prêter  hommage  au 
roi  que  Guérech  dul  faire  ce  voyage  à  la  cour:  la  date  du  récit  qui  \a  suivre 
e>i  doue  de  983  environ  |  voir  la  note  suivante). 

3.  Geoflroi  Grisegonelle,  comte  «I  Angers  de  960  à  987.  Comme  en  té- 
moigne la  smie  de  ce  récit,  c'esl  certainement,  afin  dese  soustraire  à  la  suze- 
raineté du  comte  d  Angers,  que  Guérech  voulut  prêter  directement  hommage 
au  roi  île  France  pour  le  comté  de  Nantes.  Quelques  années  plus  tard,  le 
comte  de  Rennes,  Geoflroi  Bérenger,  désireux  d'affirmer  son  indépendance 
\is-à  \  i^  du  comte  de  Chartres,  vint  de  même  à  Paris  se  reconnaître  vassal  du 
roi  Robert.  Cf.  K  Merle t,  Origines  du  monastère  de  Saint- Magloire 
(te  Pans,  tiibl,  <le  l'École  des  Chartes,  i    LVI,  1895. 


122                                                 CHRONI€ON  [c.  xlii,  an.  081-987  circa] 

FulcoRufFus1  cornes  tenuerat,  lui  avoit  tendu  ses  espies,  le 
abillopriusreciperet,  timens  print  sans  ce  qu'il  s'en  don- 
ne unquam  de  captione  illa  nast  garde,  et  l'en  emmena 
evadere  posset,  fecit  sicut  en  la  cité  de  Angiers,  lui  cer- 
ille  Gosfridus  postulavit.  Sic-  tiffiant  qu'il  ne  povoit  issir  de 
que  Guerech,  per  Medalgi-  ses  mains,  si  tout  première- 
cum  pagum  rediens,  Rainai-  ment  il  ne  lui  rendoit  la  cité 
dum ,  cognomine  Turrin-  de  Nantes  et  celle  partie  de 
gum2,  ibi  ursos,  apros  et  cer-  Bretaigne  queFulco  le  Roux, 
vos  eu  m  canibus  insequen-  son  père,  avoit  tenue  et  pos- 
tent, reperit,  acillum  captum  sidée.  Si  fut  Guérech  gran- 
usque  ad  urbem  Namneticam  dément  triste  et  doloreux, 
secum  adduxit.  Calumnians-  quand  il  entendit  ainsi  parler 
que  illi,  sui  juris  saltus  inva-  ledit  Geffroy,  comte  de  An- 
denti,  promisit  jurejurando  giers,  et,  creignantquejamais 
nunquam  illum  a  captione  il  ne  peust  eschapper  de  la 
sua  evasurum,  nisi  sibi  fidem  prison,  fist  serment  de  accom- 
faceret  ut  non  amplius,  sine  plir  ce  que  Geffroy  lui  requé- 
licentia  ejus,  in  saltus  totos  roit.  Et  ainsi  fut  délivré  le 
Medalgici  pagi  pro  venatione  comte  Guérech,  lequel  en 
capienda  intraret.  Rainai-  s'en  retournant  par  le  païs  de 
dus  hoc  audiens  cum  eo  taie  Médalgie,  trouva  illecques 
pactum  fecit  utde  omni  vena-  Reinaldus,  seurnommé  Tu- 
tione,  quam  in  illis  saltibus  rignum,  ensuivant  avecques 
capereposset, cornes  Guerech  ses  chiens  les  ours,  les  sen- 
medietatem  haberet.  Sicque  gliers  et  lescerffs.  Si  le  print 
inter  eos  hoc  pacto,  Rainai-  Guérech  et  l'amena  jucques  à 


1.  C  est  Foulques  le  Bon,  père  de  GeofTroi  Grisegoncllc,  qui  fut.  pendant 
quelques  années,  suzerain  dune  partie  de  la  Bretagne  et  du  comté  de  Nantes 
(voir  plus  haut,  ch.  XXX^  II).  Foulques  le  Roux,  grand-père  du  même 
Geoflroi,  n'eut  jamais  aucun  droit  sur  la  Bretagne  ni  sur  Nantes. 

2.  Renaud  Torench  est  connu  par  plusieurs  chartes  des  cartulaires  de 
Saint-Florent  de  Saumur  et  de  Saint-Maurice  d'Angers.  Il  était  père  de  Re- 
naud, qui  fut  cvèque  d'Angers  de  974  à  1005.  Renaud  Torench  mourut  lui- 
même  avant  son  fils.  Cf.  Marchegay,  Archives  d'Anjou,  I,  282  ;  Mabille, 
Introduction  aux  chroniques  des  comtes  d'Anjou,  p.  lxxvi,  note  J 
lxxix  et  LXXX. 


c.  \i.ii.  an.  981-987  eirca            N  iMNETENSE  123 

dus  ad  domum  suam  liber  re-  ta  cité  de  Nantes,  et,  en  <!<•- 

diit.  Postea  vero,  ad  eius  eu-  batanl  le  droit  de  son  boays, 

riam  veniens,  petivil  ni  apud  promist   Guérech  audil  Hei- 

Castrum  (Ici  su  m1  domum  s  1 1  >  i  naldus  par  serment  que  jamais 

propter  commoditatem  Lige-  il  n'eschapperoil  de  sa  prison, 

ris    ad    hospitandum    facere  s'il  ne  lui  faisoil  foyquenul- 

concederet.  Qui  vero,  ei  mi-  lement  sans  sa  licence  il  n  en- 

nime    credens,    omnino   illa  treroit  en  touz  les  boais  de 

denegavit:     ac    tamen     posl  Médalgie  pour  prendre  venai- 

mortem   Fulconis  filii,   (ios-  sons.    Pour  quoy   Reinaldus 

fridi    Grisonellae  ~,    conces-  lisi    avecques   lui  tel    conve- 

sionem  eam  firmam  el  omni  nant,   c'est  assavoir   que   de 

praesidio  munitam  perfecit s.  toute  la  venaison  qu'il  pour- 

Eoautem  tempore quo  cornes  roi!  prendre  en  iceulx  boais, 

Guerech  curiam  régis  Lotha-  le  comte  Guérech  en  auroit 

rii b  expel  iit,  uxor  ejus  Arem-  la  moitié.  Kl  ce  marchié  ainsi 

bu r gis     castrum     Ancenisii*  fait  entre  eux,  Reinaldus  s'en 

composuit,     habens     secum  retourna  liane   à  sa  maison. 

Alanum,   filimn  suuin,  Pue-  El    dempuix   retourna   à    la 

pum5  advocatum,  quod,  dum  courl  du   comte  Guérech  au- 

vixit,  in  dominicatu  suo  reti-  <[u<d  il  demanda  qu'il  lui  ot- 

nuit.   Guerech  vero,  a   régis  triasl    licence   de    faire    une 

curia  reversus,  acrius  el  for-  maison   à   Ghastoceaux  pour 

tins  comitem Conanum  Redo-  soy  herberger  pour  le  proffil 

nensein  quam  antea  cousue-  de  Laire  ;  mais  certainement 

\LII.  —  h)  deest  A  :  addendum  esse  videtur  ex  /•'. 


1.  Champtoceaux,  Maine  et-Loire,  air.  Cholet,  chef-lieu  «le  canton. 

2.  Geofïroi  Grisegonelle  mourut  le  20  ou  le  21  juillet  M87.  Cf.  Mar- 
chegaj  cl  Manille,  Chroniques  <lrs  églises  d'Anjou,  p.  V.  note  1.  et  p.  21 

i!.  Le  Baud,  dans  sa  traduction,  a  l'ait  ici  un  contre-sens.  Le  chroniqueur 
de  Nantes  fail  allusion  à  la  construction  du  donjon  de  Champtoceaux  par  Re- 
naud Torench,  et  non  à  une  concession  faite  audit  Renaud  par  le  comte 
(  luérech . 

'i .    \ncenis,  Loire -Inférieure,  chef-lieu  d'arrondissement. 

.V  \laiu  devait  être  alors  très  jeune.  Guérech,  en  effet,  n'épousa  irem- 
burge  qu'après  I  année  98 1 .  alors  tju  il  eut  renoncé  à  se  faire  sacrer  évèque  de 
Nantes. 


124 


CHRONICON 


[c.  XLiii,  an.  988  circa-990] 


verat  debellavit,  ita  ut  Cona-  il  ne  lui  voult  sa  requeste 
nus  nullum  locum  tutum  ha-  ottrier,  ains  de  tout  en  tout 
béret  praeter  Redonensem  la  lui  reffusa.  Toutesfois, 
civitatem1.  après  la  mort  de  Geffroy  Gris- 

gonelle,  filz  Fulco  le  Roux, 
comte  de  Angiers,  lui  en  par- 
fist-il  la  concession  ferme  et 
entière.  Celuy  temps,  pendant  que  le  comte  Guérech  fut  à 
la  court  de  Lothaire,  roy  de  France,  fust  lé  ehastel  d'Ance- 
nix  composé  et  éclifrié  par  Aremburgis,  sa  femme,  qui  avec- 
ques  elle  avoit  son  filz  appelle  Allain,  lequel,  tant  comme  il 
vesquit,  le  retint  en  son  domaine  (F,  f°  136  r°et  v°).  En  après, 
[selon  le  souvent  nommé  acteur  des  Chronicques  de  l'église 
de  Nantes,]  guerroya  Guérech  le  comte  Conan  de  Rennes 
plus  aigrement  et  plus  fort  qu'il  navoit  fait  par  avant,  si  que 
Conan  n'avoit  nul  lieu  seur  à  se  deffendre,  fors  la  cité  de 
Rennes  (E,  p.  140). 


XLIII. 


Mais  Conan,  qui  estoit  sub- 
til et  plein  de  toute  tricherie, 
voyeant  que  riens  ne  lui  prou- 
fitoit  contendre  avec  Gué- 
rech par  batailles  ne  par  autre 
deffense,  manda  à  Héroicus, 
abbé  du  monastère  de  Re- 
don2, qu'il  se  transportast  à 


Mais  adonc  ledit  Conan,  se 
veant  ainsi  grevé  pas  les  as- 
saux  de  Guérech,  manda  Hé- 
roicus, abbé  de  Redon,  venir 
à  luy  à  Rennes,  auquel  il  fit 
grands  complaintes  du  comte 
Guérech,  et  enfin  le  pria 
qu'il  l'empoisonnast  ;  Héroi- 


XLIII.  E  F. 


1.  Cette  seconde  guerre  des  comtes  de  Nantes  et  de  Rennes,  ayant  précédé 
immédiatement  la  mort  de  Guérech,  doit  être  de  987  environ. 

2.  Héroic  n'est  pas  signalé  dans  le  Cartulaire  de  Redon.  Mais  il  n'y  a 
pas  lieu  pour  cela  de  nier  son  existence  en  tant  qu'abbé  de  ce  monastère.  Le 
Cartulaire  de  Redon,  en  effet,  ne  renferme  aucun  acte  se  rapportant  à  la  pé- 
riode de  temps,  comprise  entre  l'an  92 'i  et  l'an  990,    et  aucun  abbé  n'y  est 


[c.  xliii,  an.  988  circa-990]         NAMNETENSE  125 

lui  ii  Rennes.  Lequel  Héroi-  eus estoit médecin  et  fréquen- 
cus,  quant  il  fut  en  s;i  pré-  toit  la  courl  de  Guérech,  le- 
sence,  il  lui  enquist  pour  ([uel  il  avoit  de  coustume  de 
quelle  cause  il  l'avoit  fait  ve-  seigner.  Si  lui  Héroicusdéceu 
nir,  et  Conan,  qui  touzjours  par  les  dons  de  Conan  et  luy 
fut  frauduleux,  luy  sermonna  promistainsi  faire.  Pourquoy 
en  maintes  manières  de  lan-  il  se  transporta  à  Nantes,  et, 
gage,  lui  fésant  complainte  quand  il  y  fut,  remonstra  au 
du  comte  Guérech,  qui  gas-  comte  Guérech  qu'il  ne  pou- 
toit  sa  terre,  et,  en  la  parfin,  voit  illecques  longuement de- 
le  promist  enrichir  de  grans  mourer  et  n'y  pourroit  de 
dons,  affin  qu'il  renvenimast  longtemps  retourner;  par  ce 
et  occist  ;  quar  il  estoit  nié-  conseilloit-il  qu'il  le  seignast. 
dicin  et  avoit  de  coustume  Le  comte  Guérech,  quand  il 
fréquenter  la  court  dudit  l'eut  oy,  s'appareilla  à  ce 
Guérech  et  de  le  seigner.  faire,  et  l'abbé  print  une  lan- 
Atlonc  Héroicus,  corrumpu  cette  envenimée,  dont  il  luy 
par  les  promesses  de  Conan,  ouvrit  la  veine  du  bras,  puis 
lui  promist  ces  choses  acom-  demanda  congé  et  s'en  retour- 
plir  et  vint  à  la  court  du  na.  Lors  commença  le  bras  à 
comte  de  Nantes,  auquel  il  enfler  au  comte,  lequel,  es- 
remonstra  qu'il  voulloit  faire  merveille  que  ce  signifioit, 
un  loingtain  voieage,  duquel  le  monstra  à  ses  chevaliers, 
il  ne  seroit  retourné  de  long-  qui,  cognoissans  la  fraude  de 
temps,  lui  ennortant  qu'il  se  l'abbé,  luy  prièrent  qu'ils  le 
feist  seigner.  Si  se  appareilla  luy  transchassent  ;  mais  il  le 
le  comte  à  celle  chose,  et  leur  defïendit,  disant  qu'il 
lors  print  l'abbé  Héroicus  une  recevroil  la  fin  que  Dieu  luy 
lancette  envenimée  de  la-  avoit  donnée,  et,  laissant  toul 
quelle  il  le  seigna  au  bras,  et  l'honneur  (h1  sa  comte  à  son 
ce  lait  demanda  licence  de  fils  Alain,  mourut  ainsi  enve- 
s  en  retourner.  Et  après  son  nimé.   Si   lui    après   sa  mort 


mentionné  entre  ^.démar,  qui  vivait  en  924,  cl  Thibaut,  qui  gouvernail 
l'abbaye  au  temps  on  Conan  était  duc  do  Bretagne  (voir  p.  309),  c'est-à-dire 
entre  990  el  992.  Héroic  aurait  donc  été  le  prédécesseur  immédiat  de  Thibaut. 


126  CHR0N1C0N  [c.  xi.nr,  an.  988  circa-990] 
département  commencza  le  ensépulturé  à  Redon,  et  peu 
bras  du  comte  à  enfler.  De  après  ledit  Alain,  son  fils, 
laquelle  chose  il  fut  moult  mourut  de  maladie.  Et  ainsi 
csmerveillé  et  h  touz  ses  hom-  fut  estainte  toute  la  progénie 
mes  monstra  ce  merveillable  de  Barbetorte,  et  n'en  de- 
fait,  leur  enquérant  que  ce  moura  nuls  fors  deux  enfans, 
signifioit.  Lesquelx,  cognoes-  fils  du  comte  Hoel,  appeliez 
sans  assez  la  fraude  et  la  Judicael  et  Hoel,  qu'il  avoit 
mauvaiseté  de  l'abbé  Héroi-  eus  d'une  concubine,  et  les- 
clis,  le  prièrent  qu'ils  luy  quels  leur  ayeulle  nommée 
transchassent  le  braz,  car  Judith  nonrrissoit(2£,  p.  140). 
autre  remide  ne  povaient 
trouver  pour   sauver  sa  vie  ; 

mais  iceluv   comte    Guérech 

j 

leur  deffendit  ceste  chose,  disant  qu'il  vouloit  recevoir  la  fin 
telle  que  Dieu  la  lui  avoit  donnée,  et  délaissant  tout  son 
honneur  à  son  filz  Allain  qu'il  avoit  de  Aremburgis,  sa  femme, 
ainsi  envenimé  trespassa  de  ce  siècle  et  fut  enseveli  à  Redon  \ 
Et  peu  de  temps  après  son  filz  Allain,  détenu  de  griefve  en- 
fermeté    mourut2.    Et  ainsi  fut  estainte  toute    la  lignée  de 


1.  La  mort  de  Guérech  est  de  988  environ  (cf.  plus  haut,  p.  114,  note  3). 
La  légende,  rapportée  ici  par  le  chroniqueur  de  Nantes,  est  contredite  en 
partie  par  le  l'ait  même  que  Guérech  fut  enterré  à  Redon,  dont  Iléroic  était 
abbé.  Le  récit  de  la  mort  d  Hoel  (ch.  XL)  a  aussi  un  caractère  légendaire  très 
accentué.  Il  est  certain  que  la  fin  prématurée  des  deux  frères  Hoel  et  Guérech 
dut  faire  une  profonde  impression  sur  l'esprit  de  leurs  contemporains.  Leur 
disparition  procurait  de  si  grands  avantages  au  comte  de  Rennes,  qu'il  parut 
tout  naturel  de  regarder  ce  prince  comme  la  cause  première  de  leur  mort. 
Mais  la  vérité  de  ces  bruits  populaires  est  loin  d  être  démontrée  (voir,  au 
sujet  d'accusations  d'empoisonnement,  faites  à  la  même  époque  à  l'occasion 
de  la  mort  imprévue  du  roi  Lothaire  et  de  son  fîls  Louis  V,  Lot,  Les  der- 
niers Carolingiens,  p,  166,  note  3). 

2.  Alain,  fils  de  Guérech,  mourut  en  990  (voir  chap.  XLIV).  À  sa  mort, 
il  ne  restait  plus  pour  gouverner  le  pays  de  Nantes  que  deux  fils  bâtards  du 
comte  Hoel.  Ceux-ci.  en  droit,  n'étaient  pas  aptes  à  hériter  du  fief  de  leur 
père.  Conan  de  Rennes,  soutenu  par  son  suzerain  Eudes  de  Chartres,  en  pro- 
fita aussitôt  pour  mettre  la  main  sur  Nantes.  De  son  côté,  Foulques  d'Angers 
voulut  faire  valoir,  par  la  force,  les  droits  que  ses  ancêtres  avaient  toujours 
revendiqués  sur  le  comté  de  Nantes.  Telle  fut  la  véritable  cause  de  la  guerre 
dont  le  récit  fait  le  sujet  du  chapitre  suivant. 


r.  \i.iv,  an.  990-992]  NAMNETENSE  127 

Barbetorte  et  n'en  demoura  nuls  lors  deux  enflons,  fils  du 
comte  lloel,  appeliez  Judicael  et  lloel,  qu'il  avoit  euz  (rime 
concubine  e1  lesquels  leur  aïeule  appellée  Judith  nourrissoit 

/•',  ("  136  v°). 


XLIV. 


Àdonc,  s'esleva  de  touz 
points  Conan,  le  comte  de 
Rennes,  qui  lors  envay  et 
occuppa   toute    Bretaigne  et 

la  retint  en  sa  puissance.  Car, 
après  ce  qu'il  eul  par  force 
(Tannes  sulmiises  à  luy  toutes 
les  contrées  d  îcelle,  en  la 
parfin  U  vint  à  la  cite  de  Nan- 
tes avecques  grant  exercite 
et  print  le  chaste!  où  le  duc 
Allain  Barbetorte  et  ses  deux 
filz  lloel  et  Guérech,  succes- 
sivement comtes  de  Nantes, 
avoient  habité1.  Lequel  chas- 
tel  Conan  commisl  et  bailla 
en  garde  à  A  uriscandus  ',  IV- 


Adonc  Conan  sVslevant 
print  et  saisit  toute  Bretagne, 
sans  que  nul  la  defiendist,  et 
la  tint  en  sa  puissance,  pui- 
vint  à  la  cité  de  Nantes  avec- 
ques grand  exercite  et  print 
le  chasteau  <>u  Alain  Barbe- 
torte et  ses  fils  lloel  et  Gué- 
rech avoient  habité,  lequel 
il  commist  en  la  garde  d'Au- 
riscandus,  évesque  de  Ven- 
nes,  et,  en  l'anglet  de  celle 
cite  en  la  partie  occidentale 
près  Loire,  en  édifia  premiè- 
rement un  autre,  qui  main- 
tenant est  appelé  le  Bouffav, 
et    I  int   ladite   cité    deux  ans. 


XLIV.  E  F. 


1.  I.a  dalf  de  la  prise  de  Nantes  par  Conan  esl  de  la  première  moitié  de 
L'année  990.  Le  chroniqueur  de  Nantes  dit  en  effet  que  Conan  retint  pendant 
deux  ans  la  cité  de  Nantes  en  son  pouvoir,  jusqu  à  sa  mort  arrivée  le  27  juin  992. 
D'autre  pari,  aussitôt  quil  se  lui  emparé  de  Nantes,  Conan  se  lit  proclamer 
duc  de  Bretagne,  et  une  charte  témoigne  que  son  élection  esl  antérieure  au 
28  juillet  990  (voir  plu»  loin.  p.  128,  n.  2).  I.a  mainmise  par  Conan  sur  le 
comté  de  Nantes  étant  une  conséquence  immédiate  de  la  mort  d'Alain,  lils  uV 
Guérech,  il  en  résulte  qu'Alain  lui-même  décéda  probablement  dans  les 
premiers  mois  de  990. 

2.  Auriscand  est  signalé  comme  évèque  île  Vannes  depuis  971  jusqu'en  9 

11  mourul  entre  le  28  juillet  (.»(.»0  n  1.«  27  juin  992.  CF.  Gallia  ckristiana, 
t.  \l\. 


128                                                  CHRONICON  [c.  xliv,  an.  990-992] 

vesque    de    Vennes,    et    fist  Mais  après  le  vicomte  Hamon, 

premièrement,     en    l'anglet  plaignant  grandement  la  mort 

d'icelle    cité    vers  la    partie  de  ses  frères,   Hoel  et  Gué- 

occidentelle  jonste  le  fleuve  rech,  non  pas  qu'il  fut  engen- 

de   Laire,  édiffier  ung  autre  dré  d'Alain  Barbetorte,  leur 

chasteau,  lequel  est  mainte-  père,     mais    fils    de    Judith, 

nant    appelle     le    BoufFay  l.  leur  mère,  s'en  alla   a  Foul- 

Et  après   ces  choses   se    fist  ques,  comte  d'Anjou,  fils  de 

Conan  duc  sur  les  Bretons2  Geffroy  Grisegonne,    et   luy 

et    régenta   toute   Bretaigne  raconta     comment      Conan , 

universelment,  et  tint  laditte  comte  de  Rennes,  avoit  frau- 

cité  de  Nantes  par  deux  ans.  duleusement  occis  ses  frères, 

Mais    Haymon    le    vicomte  3,  Hoel  et  Guérech  et  occupé  la 

qui  frère  estoit  desditz  Hoel  cité  de  Nantes,  qui  estoit  du 

et    Guérech,    non    pas    d'un  droit  de  leur  père.  Lesquelles 

mesme    père,    mais    de    leur  choses  ainsi  par  Hamon  rap- 

mère     Judith,     grandement  portées  à  Foulques,  qui  lors 

pleignant  la  mort  de  ses  frè-  estoit  jouvenceau   de    l'aage 

res,    s'en   alla    à    Angiers    à  de  vingt  ans  et  fort  en  armes, 

Fulco,    filz    Geffroy  Grisgo-  il  luy  promist  aider  à  venger 

nelle,   comte   d'Angeou4,  et,  leur  mort  et  à  requérir  la  cité 


1.  Le  Bouffai  fut  construit  par  Conan  au  confluent  de  la  Loire  et  de  1  Erdre. 
En  1748,  labbé  Travers  écrivait  :  «  Il  reste  encore  quelques  murs  et  tours  de 
«  ce  château  ;  la  rivière  d'Erdre,  qui  en  lavait  la  cornière,  ayant  été  détournée 
«  depuis  peu,  coule  un  peu  plus  bas  »  (Histoire  de  Nantes,  I,  180).  Les 
derniers  vestiges  de  ce  château  ont  disparu  vers  1850. 

2.  L'élection  de  Conan  comme  duc  de  Bretagne  eut  lieu  en  990,  antérieu- 
rement au  28  juillet.  A  cette  date,  en  effet,  Conan  prend  le  titre  de  prince 
des  Bretons  et  apparaît  entouré  des  neuf  évêques  de  Bretagne,  auxquels  il 
ordonne  de  confirmer  une  donation  qu  il  venait  de  faire  à  1  abbaye  du  Mont- 
Saint-Michel  (dom  Lobineau,  Histoire  de  Bretagne,  II,  94-95).  On  voit 
par  ce  même  acte  du  28  juillet  990  qu'il  y  avait  alors  à  Nantes  un  évèque 
nommé  Hugues,  qui  avait  été  élu  après  la  mort  du  comte  Guérech.  Hugues 
est  inscrit  sur  le  catalogue  des  évêques  de  Nantes  entre  Gautier  et  Hervisus. 
Cf.  abbé  Duchesne,  livre  cité,  p.  66. 

3.  On  ignore  de  quel  pays  était  vicomte  Haimon,  frère  utérin  des  comtes 
Hoël  et  Guérech.  Il  fut  tué  le  27  juin  992  à  la  bataille  de  Conquereuil.  Cf. 
inferius. 

4.  Foulques  Nerra,  comte  d'Angers  de  987  à  1040.  Cf.  de  Salies,  Histoire 
de  Foulques  Nerra,  comte  d'Anjou,  187'j,  in-8. 


[c.  m.iv,  an.  990-992                   NAMNETENSE  129 

en  soy  compleignant,  luy  ra-  de  Nantes.  Si  assembla  grand 
conta  comment  Conan,  comte  exercite  el  vint  à  ladite  cité 
de  Rennes,  avoit  occis  ses  qti  il  assiégea  au  mois  de  juin 
frères  Hoel  et  Guérech  et  et  y  tint  le  siège  trois  semai- 
frauduleusemenl  trayz,  et  nos.  Et  adonc  esmeul  Conan 
aussi  avoit  envaye  et  occupée  aussi  de  sa  pari  son  exercite 
la  cité  de  Nantes,  lui  appar-  et  manda  à  Foulques  que, 
tenante  par  le  droict  de  ses  s'il  ne  se  départoit  de  devanl 
pères.  Lesquelles  choses  ainsi  ladite  cité,  qu'il  feroil  bataille 
rapportées  par  le  vicomte  contre  lui.  A  quoy  Foulques 
Ilaymon,  Fulco,  lors  juven-  respondit  qu'il  estoit  appa- 
ceau  de  l'asge  de  vingl  ans1  reillé  de  combattre  contre 
et  puissant  en  armes,  lui  pro-  luy  en  la  grande  lande  de 
misl  venger  la  mort  de  ses  Conqueruz,  dont  autres  foiz 
frères  el  reconquérir  la  cité  il  s'en  estoit  fuy.  Lors  vint 
de  Nantes  indeument  par  Co-  premier  Conan  en  celle  lande 
ikiii  occupée.  Si  assembla  attendre  Foulques,  et  cepen- 
lors  pour  ce  faire  grand  exer-  dani  firent  les  Bretons  un 
cite  d'Angeou,  de  Poitou,  du  grand  parfont  et  large  fossé 
Mainne  et  de  toutes  les  pro-  par  le  milieu  d'elle,  afin  que 
vinces  voisines2,  et  vint  à  la  les  Angevins,  les  Poitevins 
cité  de  Nantes,  laquelle  il  as-  et  les  Nantois,  qu'il  avoit  as- 
sègeade  toutes  par/  ou  moys  semblez,  ne  pussent  passer  à 
de  juign,  et  devant  [celle  tint  eux;  et,  leurs  chevaux  de- 
son  siège  par  L'espace  de  laissez  aussi,  leurs  lances  re- 
trois  sepmaines  !.   Adonc  es-  tranchées    par    le    milieu,    se 


1.  Il  résulte  de  ce  récit  digne  de  foi  que  Foulques  Nerra  dut  naître  en  971 
nu  972.  Ce  Lait  est  confirmé  par  une  curieuse  charte  «l»*  Saint-Aubin  d'An- 
gers, datée  de  988,  où  Foulques  esl  appelé  elegantissimus  fuvenis.  Cf.  Mar- 
chega}  el  Mabille,  Chroniques  des  églises  a  Anjou,  ]>.  21,  note  3.  M  de 
Salies  (livre  cité,  p.  7)  dit  qu'il  ignore  l'année  el  le  lieu  de  naissance  de 
Foulques  Nerra.  (  !•'  passage  de  la  chronique  de  Nantes  résout  L'une  de  ces  dif- 
ficultés. 

2.  Dès  le  début  <l<>  l'an  992,  avant  «1  assiéger  Nantes,  Foulques  Nerra  avait 
envahi  et  dévasté  le  pays  de  Blois,  Bef  du  comte  Eudes  de  Chartres,  qui  était 
le  suzerain  «  1  *  *  Conan  •!«'  Rennes  el  soutenait  les  prétentions  de  son  vassal  sur 
la  \ill(>  et  !<•  comté  de  Nantes  (cf.  Richer,  [V,  79V 

3.  La  date  exacte  de  l'investissement   de   Nantes  |>;u-  Foulques  N<  rra   - 

9 


130                                                  CHRONICON  [c.  xliv,  an.  990-992] 

meut  Conan  tout  l'exercite  préparèrent  en  celle  manière 
deBretaigneet  mandaàFulco  defFendre.  Et  Foulques,  le 
que  s'il  ne  se  départoit  de  la  comte  d'Anjou,  d'autre  part, 
cité  de  Nantes  que  il  corn-  quand  il  fut  venu  au  lieu  as- 
batroit  avecques  luy.  A  la-  signé  pour  la  bataille,  après 
quelle  chose  respondi  Fulco  ce  qu'il  eut  tous  les  siens  ap- 
qu'il  estoit  appareillé  de  corn-  pareillez  et  très  sagement 
mettre  bataille  contre  lui  en  la  ordonnez,  commanda  que 
grande  lande  de  Conquereuz,  l'enfant  Judicael ,  fds  du 
où  il  avoit  esté  navré  et  des-  comte  Hoel,  luy  fust  pré- 
confit par  avant  comme  dit  sente,  et,  quand  il  le  tint 
est1.  Lors  Conan,  cestes  cho-  entre  ses  bras,  il  rapporta 
ses  ouyes,  avecques  ses  Bre-  devant  tous  que  le  droict  de 
tons  vint  premièrement  en  la  cité  de  Nantes  plus  droic- 
celle  lande  et  illecques  se  tement  et  plus  justement  luy 
disposa  attendre  le  comte  appartenoit  qu'à  quelconque 
Fulco  et  sa  puissance,  qui  autre  :  puis  après  commist  et 
leva  son  siège  de  Nantes  pour  bailla  de  sa  main  la  bannière 
illecques  venir  ;  et  entre  ces  et  l'enseigne  au  vicomte  Ha- 
choses  les  Bretons  foirent  un  mon,  oncle  d'iceluv  Judi- 
grant  parfont  et  large  fossé  chael,  afin  qu'il  les  portast  à 
par  le  milieu  d'icelle  lande,  la  bataille,  pour  faire  la  ven- 
affin  que  les  Engevins  ne  geance  de  ses  frères  et  pour 
peussent  à  eulx  passer  légiè-  acquérir  le  droict  de  son 
rement;  et,  touz  leurs  che-  neveu.  Et  ces  choses  ainsi 
vaulx  délaissez  et   leurs  lan-  ordonnées,     vint     Foulques 


place  entre  le  1er  et  le  5  juin  992  ;  car  le  combat  de  Conquercuil,  qui  eut 
lieu  un  peu  plus  de  trois  semaines  après,  fut  livré  le  27  juin.  —  Richer 
fournit  des  détails  assez  circonstanciés  sur  le  siège  de  Nantes.  Foulques  Nerra 
s'empara  par  trahison  de  la  ville,  mais  il  ne  put  se  rendre  maître  du  château, 
où  Conan  avait  établi  dès  990  une  garnison  dévouée  à  sa  cause  (voir  plus 
haut,  p.  127).  Aussitôt  que  Conan  eut  appris  que  Nantes  s'était  rendu  à 
Foulques,  il  vint  à  son  tour  en  faire  le  siège  avec  une  armée  de  Bretons  et 
une  flotte  de  Normands.  C'est  alors  que  les  deux  antagonistes,  d'un  commun 
accord,  résolurent  de  vider  leur  querelle  dans  les  landes  de  Conquereuil.  Cf. 
Richer,  IV,  81-86. 

1.  Voir  plus  haut,  ch.  XLI. 


[c.  xliv,  an.  990-992  VAMNETENSE  131 

ces  retranschées  par  le  my-  finalement  aulieudessusdict, 
lieu,  ainsi  appareillèrenl  se  et,  entrant  en  la  lande,  envi- 
deffendre.  Et  Fulco  d'autre  ronna  la  fosse  que  les  Bre- 
part  quand  il  eut  touz  les  tons luyavoient faite, lesquels 
siens  appareillez  et  très  sage-  il  assaillit  par  grand  impé- 
ment  ordonnez  à  faire  ba-  tuosité  et  les  desconfisl  et 
taille,  il  se  fist  présenter  Ju-  chassa.  Si  cheut  le  comte  Co- 
dicacl ,  l'enfant  du  comte  nan  occis.  Aussi  y  mourut  de 
lîoel  l,  et  recorda  à  touz,  es-  la  part  de  Foulques  le  vicomte 
piciallement  aux  Nantais  qui  Hamon qui portoit l'enseigne; 
là  estoient  de  sa  paît,  que  à  et  ledit  Foulques  mesmes  et 
lui  plus  justement  et  plus  le  vicomte  de  Thouars  y  fu- 
el roiturièrement  appartenoit  rent  navrez.  [Ainsi  rapporte 
la  cité  de  Nantes  que  à  nul  le  dessusdit  acteur  des  Cb.ro- 
autre  quelconque  ;  puixprint  nicques  de  l'église  de  Nantes 
de  sa  main  la  bannière  por-  la  manière  de  celle  bataille.] 
tant  le  signe  de  ses  armes  et  [E,  p.  1  il), 
la  comist  et  bailla  à  llavmon 
le  vicomte,  oncle  de  cestui 
Judicael,  affin  (ju'il  la  portast 

à  la  bataille  pour  faire  la  vengeance  de  la  mort  de  ses  frères 
cl  acquérir  le  droit  de  son  neveu.  Et  ces  choses  ainsi  faittes, 
chevaucha  Fulco  fiablement  au  lieu  devant  dit  pour  venir  à 
ceste  bataille,  et,  entrant  en  la  lande,  environna  des  siens 
le  fossé  (jue  les  Bretons  y  avoienl  fait  et  les  ditz  Bretons 
vigoreusement  assaillit.  Mais  il  ne  les  trouva  pas  sans  résis- 
tance. Car  de  première  vue  ilz  se  dépendirent  par  tel  har- 


1.  Judicael  était  alors  âgé  de  douce  ans  au  moins,  car  son  père  Hoël,  mort 
en  981,  avail  eu  un  second  Bis  nommé  Hoël  (voirchap.  précédent,  ad  fineni). 
D'autre  part,  Judicael  n'avait  pas  encore  quinze  ans,  âge  de  majorité  pour  les 
princes  bretons  (\<>ir  plus  haut,  ch.  \\W  11.  où  il  est  rapporté  que  Drogon, 
iils  d'Alain  Barbetorte,  fui  confié  au  comte  il  Angers,  jusqu'à  ce  qu'il  eût 
atteint  quinze  ans.  c'est-à-dire  sa  majorité).  Judicael,  en  effet,  après  le  combat 
de  Conquereuil,  fui  pendant  un  an  ou  deui  placé  sous  la  tutelle  «lu  vicomte 
de  Thouars  Haimeri,  qui  prit  alors  le  titre  de  comte  de  Nanti-  En  994, 
Haimeri  ne  porte  plus  dans  les  chartes  que  le  simple  titre  de  vicomte  <lo 
rhouars.  Il  en  résulte  qu'à  celle  date  Judicael  était  devenu  majeur.  Ce  prince 
naquit  donc  au  plus  toi  en  978  et  au  plus  tard  en  980 


132  CHRONICON  [c.  xlv,  an.  992-995  circa] 

dément  qu'ilz  emplirent  leurs  fossez  de  leurs  ennemis  mors 
et  navrez,  et  illecques  Haymon  le  vicomte,  oncle  Judicael, 
qui  portoit  l'enseigne  cheut  mort  avecques  mains  autres  de 
la  partie  Fulco.  Mais  Conan,  le  prince  des  Bretons,  homme 
bouillant,  chault  et  peu  amodéré  par  trop  se  aventurer  aux 
dangiers  de  ses  adversaires,  fut  illec  navré  et  occis.  Après 
la  mort  duquel  perdirent  les  Bretons  toute  espérance  de 
vittoire,  et  tristes  et  dollens  se  mirent  à  fuir,  et  le  comte 
Fulco,  avecques  ses  gens  qui  de  la  bataille  éstoient  eschap- 
pez,  s'en  retourna  à  petit  de  triumphe,  car  lui,  le  vicomte  de 
Thouars  t  et  presque  touz  leurs  gens  avoient  esté  griefvement 
navrez  en  celle  bataille2  (F,  f°  137  r°  et  v°). 


XLV. 


Après  que  Geffroy,  [fils  de  Geffroy,    [fds     de    Conan, 

Conan,    comte    de    Rennes],  comte  de  Rennes  et  duc  de 

fut  par  les  Bretons  receu  duc  Bretagne],  se  voieant  servi  et 

de  Bretagne3,  il  assembla  son  amé  des  Bretons  en  souste- 

exercite  pour  venger  la  mort  nant  la  querelle    de   Conan, 

de  son  père  et  pour  acquérir  son  père,  à  l'encontre  de  Ju- 

le  droict  de  la  cité  et  du  ter-  dicael,    compte    de    Nantes, 

XLV.  EF. 


1.  Haimeri  III,  vicomte  de  Thouars  de  987  à  997.  Cf.  Imbert,  Notice  sur 
lès  vicomtes  de  Thouars,  Niort,  1867,  in-8,  p.  12-14. 

2.  La  date  exacte  du  combat  de  Gonqucreuil  (27  juin  992)  est  donnée  par 
le  Chronicon  britannicum:  Anno  DCCCCLXXXXJ f,  secundum  beiluni 
Britannorum  et  Andegavorum  in  Concruz,  ubi  occisus  est  Coiianus, 
Britanuiae  consul,  V  kalendas  julii  (dom  Lobineau,  Ilist.  de  Bretagne, 
II,  32.  —  Cf.  Chronique  du  Mont-Saint-Michel,  Labbe,  Nova  biblio- 
theca  mss.,  I,  350).  —  Tout  ce  récit  est  en  concordance  absolue  avec  celui  de 
Richer,  contemporain  de  1  événement  (liv.  IV,  ch.  83-86).  Les  deux  narra- 
tions se  complètent  et  se  confirment  mutuellement  On  a  ici  une  preuve  que 
le  chroniqueur  de  Nantes  a  emprunté  son  récit  à  une  source  d'origine  contem- 
poraine et  entièrement  digne  de  foi, 

3.  Geoffroi-Bérenger,  comte  de  Rennes  de  992  à  1008,  duc  de  Bretagne 
vers  995. 


[c.  xi.v,  an.  992-095  circa  NAMNET1  •:»!■.  H3 

ritoire  de  Nantes,  lequel  exer-  entreprinl  de  granl  coragela 

cite    il   mena  assaillir  Judi-  guerre  à  ['encontre  de  lui  el 

chael,  le  fils  du  comte  Iloel,  de  Fulco,  comte  de  Angiers, 

qui,  après  la  bataille  de  Con-  avecques  touz  sesautrescom- 

queruz,par  l'aide  du  dessus-  plices  et  alliez,  et  faisans  ba- 

dit  Foulques  et  du  vicomte  de  tailles     à     l'encontre     dudil 

Thouars,  avoit  conquis  ladite  comte  Judicael  pour  venger 

cité  de  Nantes  sur  les  eheva-  la  mort  de  son   père   Conan 

liers  que  Conan  avoit  députez  avec  grant  exercite  de  Bre- 

à  la  garder,  lesquels,  certifiez  tons,  gasta  toute  la  comté  de 

de  sa  mort,  l'avoienl  rendue  Nantes.    Tant  contreigny    le 

audit  Judichael,  qui  s'en  ap-  due  Geffroy  celui  comte  Ju- 

pelloit1  comte.   [Et  dit  l'ac-  dicael    de   Nantes  par   puis- 

teur  du  livre  des  miracles  et  sance  d'armes  et  par  batailles 

chronicques    de    l'église    de  souvent    faittes    et    recom- 

Nantes  que]  Geffroy  de  Ren-  mencées  que  Fulco,  le  comte 

nés,   faisant   batailles   contre  de  Angiers,  ne  les  autres  te- 

Judichael,   comte  de  Nantes,  nans  la  secte  dudit  Judicat-l 

avecques  grand  exercite   de  ne    le   peurenl  préserver  ne 

Bretons,    dégasta   tout   ledit  deffendre  qu'il  ne  lui  conve- 

territoire     nantois.     Finale-  neist  cheoir   et  venir   en   la 

ment    contraignit    celuv    duc  miséricorde  du  duc  Geffroy. 

Geffroy  par  sa  force  ledit  Ju-  Car  il  vint  à  luv  à  raercy,  lui 

dichael  se  rendre  il  sa  mercv,  dépriant  qu'il  lui  laissast  sans 

auquel    toutesfois    il    laissa  contens  possider  le  comté  de 

posséder  la  cité  de  Nantes  et  Nantes  et  il  le  tendroit  de  lui, 

toute'  la   comté,   parce   qu'il  el  lui   en    feroil   obéissance. 

promistla  tenir  de  luv  et  luy  Si  lui  pardonna   Geffroy  ><>n 


1.  Sur  la  reddition  du  château  dr  Nantes  à  Foulques d  Angers,  cf  Richer, 
IV,  86.  Foulques  confia  la  tutelle  du  jeune  Judicael  au  vicomte  de  Thouars, 
Haimeri,  qui,  dans  une  charte  de  l'abbaye  de  Bourgueil  de  993  environ,  s'in- 
titule comcs  Na  m  net  icae  civitatis  (dom  Lobineau,  llist.  de  Bretagne,  II. 
97.  — Voir  aussi  Marchegaj  et  Mabille,  Chroniques  des  églises  d  Anjou, 
l>  259  ei  262).  \u  mois  d'aoûl  994,  Haimeri  n'est  plu-  désigné  i|u>'  comme 
vicomte  de  Thouars  (cf.  Marchegay.  Archives  (l'Anjou.  I.  2'»»«).  Il  axait 
donc  drs  lors  abandonné  1  administration  du  comté  de  Nantes  à  Judicael  de- 
venu majeur. 


134  CHRONICON  [c.  xi.vi,  an.  100M0I0  circa] 

en     faire     pbéissance  i     [E ,      maltalant  et  par  le  conseil  de 
p-  143).  ses    barons  lui  ottria  sa  de- 

mande par  la  condition  dessus 
ditte,  c'est  assavoir   qu'il  le 
tendroit  de  lui  et  lui  en  feroit 
obéissance  avec  recognoessance.   Et  ce  fait  furent  pacifiiez 
Geffroy  et  Judicael,  et  par  ainsi  demoura  par  aucuns  temps 
Bretaigne  sans  guerre  [F,  f°  137  v°  et  138  r°). 


XLVI. 

Cornes  vero  Judicael8, quum  Ainsi  qu'une  fois  [ledit  Ju- 

ad    curiam    comitis   Gosfridi  dichacl]  alloit  à  la  court  [de 

Redonensis   pergeret,  in  via  Geffroy,    selon   les   chronic- 

nefandaproditione  interemp-  ques  de  l'église  de  Nantes,] 

tus  est,  etHerveus,  episcopus  il  fut  occis    en    la   voye  par 

Namnetensis,   apud    castrum  très  détestable  trahison.    Et 

Blesii    vitam    finivit2.    Urbs  en  ce  mesme  temps  mourut 

XLVI.  C  D  E.—  a)  Judichaelus  C. 


1.  C'est  pour  obtenir  l'hommage  du  comte  de  Nantes  et  faire  prévaloir  son 
titre  de  duc  de  Bretagne  que  GeofTroi  fit  la  guerre  à  Judicael.  Foulques  Nerra, 
au  dire  de  Richer,  entra  alors  en  lutte  avec  le  comte  de  Chartres,  qui  sou- 
tenait la  cause  de  son  vassal,  GeofTroi  de  Rennes.  Le  récit  de  Richer  permet 
de  déterminer  la  date  approximative  de  l'envahissement  du  comté  de  Nantes 
par  GeofTroi.  C'est  en  994-995  que  Foulques  d'Angers  et  Eudes  de  Chartres 
se  disputèrent  au  sujet  de  la  suzeraineté  de  la  Bretagne,  de  principatu  Bri- 
tanniae  (Richer,  IV,  90-93).  La  lutte  entre  Judicael  et  GeofTroi  doit  être  de 
la  même  époque,  et  l'on  peut  fixer  à  995  environ  l'année  où  Judicael  vaincu 
se  vit  contraint  de  prêter  hommage  au  comte  de  Rennes. 

2.  Hervisus,  évêque  de  Nantes,  apparaît  à  la  cour  des  comtes  de  Chartres 
et  de  Blois  dans  deux  actes,  dont  l'un  peut  être  daté  certainement  des  derniers 
mois  de  tannée  1003  (ces  deux  actes  ont  été  publiés,  mais  mal  datés,  par 
M.  Lex,  Eudes,  comte  de  Blois  dans  les  Mém.  de  la  Soc.  Acad.  de 
l'Aube,  1891,  p.  317-318).  Le  2  février  1004,  Hervisus  était  à  Chartres 
(Cart.  de  Saint-Père  de  Chartres,  p.  103).  C  est  après  être  retourné  de 
Chartres  à  Blois  qu  il  mourut  en  cette  ville,  comme  en  témoigne  la  chronique 
de  Nantes.  La  mort  de  Judicael,  qui  arriva  dans  le  même  temps,  se  place 
donc  en  1004  environ.  Judicael  n'avait  alors  que  25  ans  (voir  plus  haut, 
p.  131,  note  1).  Il  laissait  deux  enfants,  Budic,  qui  lui  succéda,  et  Judith, 
qui   épousa   plus  tard  Alain  Cagniart,  comte  de  Cornouaiile.  Budic  n'avait 


c.  \i.vi,  an.  1004-1010 circa        NAMNETËNSE  135 

autem  Namnetica,  sic  de  tali-  aussi  Hervé,  évesque  de  Nim- 
bus principibus  viduata  et  tes,  et  fut  ni n si  celle  cité 
prorsusindesolatione  relicta,  privée  de  ses  princes,  cl  pres- 
post  paucos  dics  recuperavit  quedatoutdélaisséeen  déso- 
principes  sanctae  Dei  eccle-  lation,  laquelle  peu  de  jours 
siae  satis  détériores.  Ili  vide-  après  en  recouvra  deux  autres 
licet  Walterius  et  Budicus  plus  contraires  à  saincte 
nomineappellantur; quiWal-  église,  c'est  à  sçavoir  Gaul- 
terius1,  natus  ex  territorio  tier  et  Budic.  Lequel  Gaul- 
Redonensi  et  nu  tri  tu  s  miles  tier,  né  du  territoire  de 
in  curia  comitis  Britanniae  Rennes  et  nourry  chevalier 
Gosfridi,  dono  ejus  efficitur  en  la  cour  du  duc  Geffrov. 
episcopus  Namnetensis.  Bu-  fut  par  son  don  fait  évesque 
<licus  veio2,  fi  1  i  11  s  Judieaeli  b,  de  Nantes.  Et  Budic,  fils  bas- 
comitis Namnetensis,  in  urbe  tard  de  Judichael,  comte  de 
Namnetica  cornes  constitui-  Nantes,  fut  constitué  comte 
tur.  S  ed  Walterius  episcopus,  en  ladite  cité.  Mais  Gaultier 
hune  super  se  principem  et  l'évesque,  contemnant  avoir 
comitem  urbis  Namneticae,  ledit  Budic  comte  et  prince 
eoc  quod  ex  concubina  nains  sur  luv  en  la  cité'  de  Nantes, 
erat,contemnensadesse,mul-  pour  cause  qu'il  estoit  né 
titudine  Britonum  fret  us,  d'une  concubine,  avec  mul- 
bella contra eumvoluitfacere,  titude  de  Bretons  voulut  faire 

Ici  urbem  et    comitatum   ten-  batailles  contre  luv,  et  s'ef- 

tavit  ei  auferre.  Nain  comitis  força  luy  os  ter  la  cite  et  toute 

Fulconis  sacpe  repetens  eu-  la  comte.  Si  construise  pre- 

riam   et   servit ium  pro  terris  mièrement     celuv    Gaultier, 

XLVI.  —  h)  Jiulichaclis  C.  —  c)  deest  C. 


alors  que  oeuf  ou  dix  ans  au  plus.  —  Une  charte  du  cartulaire  de  Redon 
confirme  ce  que  dit  ici  le  chroniqueur  de  Nantes,  à  savoir  que  Judicaël  péril 
assassiné.  Cette  charte  débute  ainsi:  Postquam  foeda  traaitione  Judicaël 
peremptus  est.  Budicus  ejus  (Mus.  etsi  nonnullo  labore,  paterni  ho- 
noris adeptus  apicem  (Cart.  de  Redon,  |>.  256). 

1,  Gautier,  évoque  de  Nanti-  depuis    L004  environ,  es!  signalé  dans  les 
chartes  jusqu'en  1041.  Il  «lui  mourir  irers  1045. 

2.  Budic.  comte  de  Nantes  de  1004  environ  à  1038. 


136  CHROMO  m         [c.  xlvi,  an.  100i-J010  circa] 

alodiis    reddens1 Cous-  jouxte  les  pariètes  de  l'église 

truxit  enim  ipse  Walteriusd  sur   le    terrare   qu'avoit   fait 

primum  jnxta  pariètes  eccle-  AllainBarbetorte  àl'ënviron, 

siae  super  terraculum,  quod  une    maison    deffendable    et 

Alanus  Barbatorta  incircuitu  une  mote,  laquelle,  afin  qu'il 

propter    raetum    Normanno-  guerroyast  Budicetle  débou- 

rum  fecerat,  domum  in  prae-  tast  de  son  honneur,  il  arma 

sidio     munitam,     per    quam  de  ses  parens   et    aussi    des 

Budieum  comitem  expugna-  Nantois  qu'il  peut  attraire  et 

ret  et  ab  omni  honore  pro-  avoir  par  dons    et  par  pro- 

jiceret;    Hanc    autem    sic   de  messes,  tellement   que  pour 

parentibus  suis  et  de  Namne-  crainte  de  luy  Budic  n'osoit 

tensibus,  quos  donis  autpro-  jour  ne  nuict  issir  du  chastel 

missispotuithabere,  armavit,  qui   est    appelle  le    Bouffay. 

ut  die  nocteque  propter  for-  Et  avoit  ledit  Gaultier  pour 

midinem    ejus    Budicus    de  plus  grever  le  comte  Budic, 

castello  quod  appellatur  Bof-  une  fois  ou  deux  l'an,  le  duc 

fredum  exirenon  auderet.  Ad  Geffroy  dessus  nommé  avec- 

hunc  e  sane  fortius  expugnan-  ques  son  exercite,  son  coad- 

dum  f,     Gosfridum  g     supra-  juteur,  quiconfondoit  par  ra- 

memoratum  cum  exercitu  to-  pine,  par  embrasement  et  par 

tius  Britanniae  semel  aut  bis  dégastement  toutes  les  cho- 

in     anno     secum    adjutorem  ses  qui  estoient  trouvées  hors 

habebat,  qui  quae  in  civitate  et  ens   la  cité  ;  par  quoy    en 

XLYI.  —  d)  ipse  Walterius  desunt  C.  —  e)  haec  D.  —  f)  expugnanda  D. 
—  g)  Alanum  C. 


1.  Les  sources  C  et  D  offrent  ici  une  même  lacune  de  quelques  mots. 
Il  y  avait  sans  aucun  doute,  à  la  fin  du  xve  siècle,  sur  le  manuscrit  original 
de  la  Chronique  de  Nantes,  une  déchirure  en  cet  endroit  ou-  quelques  mots 
effacés  par  l'usure  du  parchemin.  Le  Baud  n'a  pas  non  plus  traduit  ce  passage. 
Le  sens  de  cette  phrase,  demeurée  incomplète,  est  d'ailleurs  facile  à  inter- 
préter. Budic,  aussitôt  après  son  élection,  probablement  d'après  l'avis  de  ses 
conseillers,  chercha  à  se  rapprocher  de  Foulques,  comte  d'Angers,  et  lui 
prêta  hommage  pour  certaines  de  ses  possessions.  Telle  fut  la  cause  de  l'hos- 
tilité qui  se  manifesta  entre  le  nouveau  comte  de  Nantes  et  le  duc  de  Bretagne. 
L'extrême  jeunesse  de  Budic  (il  avait  à  peine  dix  ans)  explique  le  peu 
d  énergie  qu'il  montra  d'abord  pour  se  délivrer  de  l'étroite  surveillance  dont 
tétait  entouré  par  l'évêque  Gautier  et  par  le  duc  Geoffroi. 


[c.  \i.vii,  an.  1033  circa  NAMNETENSE  *  131 

Namnetensi  h  intus   el    foris  celuy  temps  l'église  futdcs- 

reperiebantur  rapina,  incen-  pouillée  de  ses  revenus,   car 

dio  cunctaque  vastatione  con-  Gaultier,  espérant  la  retenir 

(un débat.   Tempore   illo  fuit  en   sa    puissance   et  déjetter 

ecclesia  despoliata,  quoniam  ledit    comte    Budic    de    son 

Walterius,  sperans  totampo-  chastel,  vouloiten  distribuant 

te  State  m    Namnetis   in  manu  tous  les  revenus  d'icelle  ad- 

sua   retinere   et   praedictum  joindre  a  luy  les  nobles  Nan- 

comitem  de  castello  suo  ab-  tois    ses    auxiliateurs.    Mais 

jicere,  voluil  in  distribuendo  ceux  par  lesquels  au  commen- 

omnia  bona  dictai'  ecclesiae  rement    ces    maux    estoient 

nobiles    Namnetensium    sibi  venus,  après  longtemps  cons- 

auxiliatores    adjungere.     Ili  tituèrent  entre  eux  paix  et  al- 

vero  quorum  piincipatu1 haee  liance    de    dilection    perpé- 

niala  e\ encrant,   paeem  post  tuelle  [E9  p.    1  i  \  et  145). 
multum    temporis    inter    se 
constituerunt  et  foedus  dilec- 
tionis  perpetuae  feceruritlj. 


XL  VII. 

Mansit  sane apud eos finna  Et  en  celuy  temps  se  re- 

pax  et  concordia,  donecWal-  nouvella  contens  enl  re  Budic, 

terius   perrexit  Jherusalem.  le  comte  de  Nantes,  el  Gaul- 

Postquam  vero  Budicus  sen-  tier,  évesque  de   ladite  cité. 

sit   i  11  il  m    longe   esse  ab   liai-  Car,  comme,  [selon  la  teneur 

regione,  destituil  quameitius  des  chronicques  de  Nantes, 

potuit  foedera  inter  se  iuncta.  ledit  Gaultier  fust  allé  péle- 


\\A  I.  —  h)  Namnetis  />.  —  i)  principio  C.  —  j)  ceperunl  C. 
MAIL  C  I.. 


I.  La  réconciliation  «le  Budic  el  <!<■  Gautier  doit  dater  de  la  période  de 
troubles,  qui  suixil  immédiatement  la  mort  du  duc  Geoffroi  Bur venue  en  1008, 
et  de  I  époque  <>ù  Budic  eul  atteint  sa  majorité  et  put  agir  par  lui-mcm  ■. 
c  esl  à-<liiv  de  1010  cm  iron. 


138  %  CHRONICON  [c.  xi.vir,  an.  1033  circa] 

Primum    enim    omnem    do-  rin  en  Jérusalem,  Budic,  qui 

muni  episeopi  aggreditur  et  le  sentit  estre  loin  de  la  ré- 

diruit.  Remeans  autem  épis-  gion,  rompit  le  plus  tôt  qu'il 

copus    post    anni    circulum,  peut    les    confédérations    et 

reperit  itaque  se  dolo  illusum  alliances  qu'ils  avoient  faites 

et  de  rébus  suis  prorsus  des-  entre  eux.  Et  premièrement 

poliatum.    Sed     cum     nullo  assaillit  le  palais  du  dit  Gaul- 

modo   sua    recuperare  posse  tierévesque,  lequel  il  dérom- 

videret,   Budico  comité  om-  pit  et  pilla.  Si  trouva  l'éves- 

nibusqueNamnetensibus  sub  que,  après  le  circuit  d'un  an 

excommunicatione      positis,  qu'il  fut  retourné,  qu'il  avoit 

Britanniam  perrexit  ;  deinde  esté   déceu  et   spolié  de  ses 

vero  certamina  per  comitem  biens,  mais,  comme  il  vit  que 

Alanum *    in  vindicando   ad-  il  ne   les  pouvoit    recouvrer 

versus    Namnetenses    movit.  par  nulle  manière,  il  excom- 

Budicus  autem   defendere  se  munia  le  comte  Budic  et  tous 

paravit,  et,  ne  Al ani potentiel  les  Nantois,   et   s'en  alla  au 

gravaretur,    Fulconem,    An-  duc  Alain  (qui  premier  l'avoit 

degavensem  comitem,  in  auxi-  institué  en  l'évesché1)  ;  lequel 

Hum  advocavit,  promittens  ei  duc  Alain  voulut  adonc  faire 

reddere  servitium  pro  suo  co-  bataille    contre    Budic   pour 

mitatu,  si  per  eum  AJano  re-  restituer     Gaultier    en     son 

sistere  vaferet3.  Postmodum,  siège,     contre    lequel    aussi 

elapso  tempore,  bellum  quocl  s'appareilla  Budic  deffendre. 

Walterius  moverat  inter  Bu-  Et  pourtant  qu'Alain  le  gre- 

dicum  et  Alanum,  variiseven-  voit  par  sa  puissance,  il  ap- 

tibus   satis    peractum    et    ad  pella  en  son  aide  Foulques, 

niillum  finem  victoriae  per-  le  comte  d'Anjou,  et  luy  pro- 

tractum,  archiepiscopus  Do-  mist  faire  obéissance   de   sa 


XL VII.  —  a)  Budicus  autem,  etc.  usque  ad  valeret  desunt  C  ;  addenda 
et  sic  restituenda  esse  videntur  ex  E. 


1.  Alain,  fils  de  Geofïïoi,  comte  de  Rennes  et  duc  de  Bretagne  de  1008  à 
1040.  —  Le  Baud  a  ajouté  ici  dans  sa  traduction  un  membre  de  phrase  qu  il 
n'a  point  emprunté  à  la  chronique  de  Nantes  et  qui  constitue  une  erreur  his- 
torique. On  a  vu  en  effet,  au  chapitre  précédent,  que  Gautier  fut  élu  évoque 
de  Nantes  par  le  duc  Gcofïroi  et  non  par  Alain. 


[<•.  xi. vu,  an.   1033  circu             N  \M.M.  I ENSE  130 

lensis,  nomine  Junguineus1,  comté,  si  par  son  méan  il 
cujus  claritas  consilii  et  estoil  deffendu  d'Alain.  Si  y 
[ndustria  omnes  Britannos  eut  en  celle  guerre  que  Gaul- 
Bupereminebat,  quem  Alanus  tier  meul  entre  le  duc  Alain 
tune  temporis  consiliarium  et  Budic  et  ses  Nantois  plu- 
maximum  habebal  ,  provi-  sieurs  estrifs  de  batailles. 
dens  callide  tantam  rem  belli  Mais,  comme  elle  cust  esté 
non  po  s  se  efïici  violent  ia,  suo  aucun  temps  démenée  entre 
îngenio  sedavit;  et,  Budico  eux  par  diverses  adventures 
latenter  promittens  magna  et  ne  ftist  encores  tirée  à  nulle 
bcncficiorum  munera,  eospa-  fin  de  victoire,  l'archevesque 
cificavit,  ut,  Fulcone  Andega-  de  Dol,  nommé  Lunfreneus, 
vciisi  relicto,  deinceps  Nam-  dont  la  clarté  de  conseil  et 
netensem  urbem  ipsc  Budi-  l'industrie  surmontoil  tous 
eus  ab  Alano  reciperet.  Quae  les  Bretons,  et  lequel  Alain 
autem Budicus cornes jamdu-  avoil  adonc  très  grand  con- 
dum  perficere,  quamvis  sem-  seillier  en  sa  cour,  prenant 
per  verbis  propter  contra-  contentement  celle  bataille 
rietatem  Walterii illuc  usque  ne  pouvoir  si  tost  estre  par- 
renuisset,  saepe  exoptaverat,  faite  par  violence,  la  fina  par 
quia,  inops  et  nihil  rerum  son  engin,  et  promettant  se- 
habens  propter  longam  bel-  nettement  à  Budic  grands 
loi  uni  devastationem,  plufes  bénéfices  de  dons,  les  pacifia 
snorum  militum  deperdide-  en  ceste  manière,  c'est  à  sça- 
rat,  qui  ad  Alanum  confuge-  voir  que  Budic  délaisseroit 
rant  aut  quos  ipse  donis  suis  Foulques  'd'Angers  et  rece- 
aut  promissis  sibi  attraxerat.  vroil  d'Alain  la  cité  de  Nan- 
[nsuper abbatiamSancti Flo-  tes;  lesquelles  choses  Budic 
i  on t  ii  Namnetici  territorii,  avoit  souvent  désirées  en  son 
quae  erat  sui  juris*,  Fulco  cœur  de  parfaire,  combien 
cornes  recenter  abstulerat,  et  que    tousjours   il  y  résistast 


I.  Junguenée  est  signalé  comme  archevêque  de  1><>1  de  1<»08  h  1040 
<'M\  iron. 

'2.  Il  s'agit  ici  du  monastère  de  Montglonne,  aujourd  hui  Sainl  Florent- le - 
Vieil.  Maine-et-Loire,  arr.  Cholet,  chef-lieu  de  canton. 


110  GHRONICON  [c.  xlviii,  an.  1038-1019] 

castellum  ibi,  ne  jam  suh  sua  par  paroles  pour  la  contra- 
dominatione  extraxisset,  fe-  riété  de  Gaultier,  car  il  es- 
cerat1.  toit    pauvre    et   n'avoit    rien 

pour  la  longue  destruction 
des  batailles  et  avoit  perdu 
plusieurs  de  ses  chevaliers, 
lesquels  s'en  estoient  fuis  à  Alain,  qui  les  avoit  attraits  h  luy 
par  ses  dons  et  promesses.  Et  en  outre  Foulques  luy  avoit 
nouvellement  osté  l'abbaye  de  Saint-Fleurent,  qui  estoit  du 
droit  de  sa  comté  de  Nantes,  et  y  avoit  faict  ledit  Foulques 
un  chasteau,  afin  que  Budic  ne  la  reprenist  sous  sa  sei- 
gneurie [E,  p.  147  et  148). 


XLVIII 


Ipse  Walterius  ante  epis- 
copatum  duos  genuerat  filios, 
Helgomarum  et  Budicum, 
quem  vivens  in  scholis  Sancti 
Martini  Turonis  litteras  clis- 
cere  miserat  et  ad  pontifi- 
cat um  quem  ipse  regebatele- 
git2.     Sed    Mathias,     cornes 


Et  en  celuy  temps,  [selon 
la  chronicque  de  l'église  de 
Nantes,]  estoit  comte  de  ladite 
cité  de  Nantes,  Mathias,  le 
fils  du  comte  Budic  ;  aussi 
estoit  évesque  de  celle  cité 
Budic,  le  fils  de  l'évesque 
Gaultier  ;    lequel     Gaultier, 


XLVIII.  C  E. 


1.  La  mention  de  la  construction  du  château  de  Saint-Florent-le-Vieil  par 
Foulques  Nerra  permet  de  dater  avec  assez  de  précision  la  guerre  entre  Budic 
de  Nantes  et  le  duc  de  Bretagne  Alain.  L'historien  de  Saint-Florent  de 
Saumur  rapporte  en  effet  que  Foulques  Nerra  édifia  ce  château  peu  de  temps 
après  que  son  fils  Geoffroi  eut  épousé  Agnès,  veuve  du  comte  de  Poitiers.  Or, 
le  mariage  de  Geoffroi  et  d'Agnès  est  de  l'année  1032  (cf.  Chroniques  des 
églises  d'Anjou,  p.  23.  135  et  282).  La  guerre  entre  Budic  et  Alain  est 
donc  de  1033  environ.  Aussitôt  que  Budic  eut  fait  la  paix  avec  Alain,  ,il  vint 
avec  une  armée  pour  détruire  le  nouveau  château  de  Saint-Florent-le-A  ieil, 
mais  il  n'y  réussit  pas  (cf.  Chroniques  des  églises  d'Anjou,  p.  283). 

2.  L'élection  de  Budic,  fils  de  Gautier,  comme  évoque  de  Nantes,  doit  être 
de  1040  environ,  c'est-à-dire  peu  postérieure  à  la  mort  de  Budic,  comte  de 
Nantes.   Gautier  aura   profité  de  l'extrême  jeunesse  du  nouveau  comte  pour 


[c.  xi.viii,  an.  1038-104»]  NAMNETENSE  m 

Namnetensis,  films  Budici  avant  qu'il  fust  proraeu  à 
comitis,  illo  tempore  adhuc  l'évesché,  avoit  engendré 
puerulus 1,  élection]  semper  celuy  Budic  et  un  autre  fils, 
fuit  contrarius,  donec  consi-  appelle  rlelgomar,  en  ma- 
liatoribus  suis  magna  luero-  riage.  Si  avoit  Gaultier  en- 
rum  munera  Budicus  dédit;  voyé  ledit  Budic,  son  fils,  à 
sicquc  ad  episcopatus  digni-  Tours  apprendre  les  lettres 
tatem  pervertit,  et  ex  eo  tem-  es  escolles  Saint-Martin,  el 
pore  ambo,  pariter  connexa  l'avoit,  luy  vivant,  esleu  il 
copulatione  conjuncti  dilec-  l'évesché  qu'il  gouvernoit.  A 
tionis,  usque  ad  finem  vitae  laquelle  élection  le  comte 
suae  non  sunt  separati.  Sed  Mathias,  qui  encores  estoil 
Budicus  deincepSy  pro  hujus  enfant,  fut  tousjours  con- 
simonlae  crimine,  de  sede  sua  traire,  jusques  à  ce  que  Budic 
in  concilio  Reinensi  a  papa  donna  de  grands  loyers  à  ses 
Leone1  depositus  est*.  conseillers,  et  ainsi  parvint  à 

la  dignité  d'évesque.   Et    de 

t  celuy  tempseesdeux  princes, 

conjoints  par  dilection,  w\>\\ 
furent  séparez  jusques  à  la  fin  de  leur  vie,  combien  que, 
[selon  ladite  ehronicque,]  Budic  fut  depuis  déposé  pour 
celle  simonie  au  concile  de  Reims  par  le  pape  Léon 
{E,  p.   153). 

\L\III.  —  a)  Sed  Budicus,  etc.  usque  ad  depositus  est  desunt  (  :  ad- 
denda et  sic  restituenda  esse  videntur  ex  E. 


obtenir    à    prix  d'argent   L'assentiment  des  conseillers  de    Mathias   à   cette 
nomination  illégale. 

1.  Mathias,  Bis  de  Budic,  comte  de  Nantes  de  1038  à  1051. 

2.  Le  concile  de  Reims  (octobre  IU'i'.i)  fut  présidé  par  le  p;'!"1  Léon  I\ 
(1049-1054).  —  L'évêque  Budic  mourut  l'année  même  <!r  sa  déposition: 
Anno  M  AUX,  obiit  Budicus,  aliquandiu  dictus  episcopus,  sed  postea 
propter  simoniacam  haeresim  suam  apud  Remeitsem  metropolim  a 
papa  Leone  déposa  us  est.  Hic  prius  pacem  constituit  Namnetensibus. 
(I)oiii  Lobineau,  Histoire  de  Bretagne ^  11.  352,  ex  veteri  collectione  ma- 
nuscripta  ecclesiae  Namnetensis.  —  Voir  aussi  Labbe,  Conciles.  IV 
col.  1041). 


, 


MIRACULA  ECCLESIAE  NAMNETENSIS 


r. 


Quum  Norman  ni,  primo  tempore  Lolharii  régis,  filii  Lu  - 
dovici  Transmarini,  patrias  et  rcgiones  occidentales  Galliae 
prope  maritima  consistantes,  mortuo  pro  tune  duce  Bri- 
tonum2,  depraedationibus  assiduis  devastarent,  ipsi  equidem, 


1.  Les  quatre  chapitres,  qui  sont  édités  ici  pour  la  première  fois  sous  le 
titre  de  Miracula  ecclesiae  Namnetensis,  n'ont  été  conservés  que  grâce  à 
ce  l'ait  qu'ils  ont  été  insérés  dans  la  compilation  connue  sous  le  nom  de 
Chronique  de  Saint-Brieuc  (A).  Le  style  seul  de  ces  chapitres  permettrait  de 
reconnaître  en  leur  auteur  le  même  écrivain  cfui  a  rédigé  la  Chronique  de 
Nantes  tout  entière;  on  \  trouve  d'ailleurs  des  allusions  à  certains  événements 
qui  ne  se  trouvent  relatés  nulle  part  ailleurs  que  dans  la  Chronique  de  Nanti  - 
elle-même.  De  plus,  Le  Baud  témoigne  incidemment  que  le  Chroniqueur  de 
Nantes  avait  joint  à  son  œuvre  le  récit  de  plusieurs  miracles  :  c'est  du  moins 
ce  qui  ressort  du  passage  cité  plus  haut  (/:,  p.  142),  où  Le  Baud  dit  qu'il  a 
emprunté  sa  narration  à  ['acteur  du  livre  des  miracles  et  chronicques  de 
I l'église  de  Nantes.  Enfin,  en  marge  du  folio  65  r°,  col.  2,  du  manuscrit 
latin  9888  de  la  Bibliothèque  Nationale,  manuscrit  qui  contient  le  texte  de  la 
chronique  de  Saint-Brieuc,  vis-à-vis  les  mots  Quum  Normanni,  primo  tem- 
pore Lotharii  régis,  etc.,  on  lit  Cronice  civitatis  Namnetensis.  Ces  mots 
son!  d'une  écriture  du  xvie  siècle.  On  regardait  donc  alors  le  récit  des  mi- 
racles comme  faisant  partie  de  la  Chronique  de  Nantes  :  or.  il  est  possible 
qu  à  celle  époque  le  manuscrit  original  de  cette  chronique  fût  encore 
Conservé  à  Nantes  dans  les  archives  du  Chapitre,  et    il   J   a   lieu  <l  en  conclure. 

je  crois,  que  les  miracles  étaient  transcrits  à  la  suite  ou  en  tète  de  la  chronique 
dans  ce    même   manuscrit.  —    On    ne    peul    affirmer   si    le   texte   complet 
du  livre  des  miracles  de  l'église  <!<•  Nantes  est  parvenu  jusqu'à  non-  ou  m.  au 
contraire,  le  chroniqueur  de  Saint-Brieuc  n'en  a  transcrit  que  des  fragments 
\  oir  ce  que  j  ai  dit  à  ce  sujet  dans  l'Introduction. 

2.  Le  chroniqueur  de  Saint-Brieuc  (J)  a  remplacé  les  mots  duce  />//- 
loniim  par  rege  Britonum  Armoricanorum.  Cette  interpolation  esl  habi- 
tuelle au  chroniqueur  de  Saint-Brieuc,  qui  écrivait  au  w'  siècle  et  peu-ail 
rehausser  ainsi  l'illustration  des  anciens  ducs  de  Bretagne. 


144  MIRACULA  [c.  i,  an.  9G0] 

pcr  alvenm  Ligeris  cuni  magna  classe  navigii  advecti,  nrbem 
Namneticam  ex  improviso  ingrediuntur.  Qui,  accipientes 
Walterium  episcopum  cum  pluribus  aliis l,  persequuntur 
quemdam  miserrimura  hominem,  fugientem  ad  ecclesiam 
sanctorum  martirum  Donatiani  et  Rogatiani,  pavidum  ettimi- 
dum,  et  eorum  suffragia  precibus  obnixis  valde  anxium  pro- 
clam an  te  m.  Et,  quum  jam  lassus  atrium  ecclesiae  attingeret, 
nec  amplius  licentiam  fugiendi  haberet,  et  Normanni  eum 
undique  circumvenirent,  inscius  quid  agere  deberet,  ad 
quamdam  quercum,  ibi  per  longam  priorum  Normannorum 
vastitatem  excretam,  nt,  sicut  melius  visum  eratilli,  ex  una 
parte  latitaret,  accessit  ad  refugium.  Quae,  ex  nutu  Dei, 
qui  in  se  sperantes  salvat  et  neminem  vult  perire,  et  tan- 
torum  martirum  meritis,  cortices  suos  et  omnes  ligni  sui 
materiem  confestim  aperiens,  illi  pêne  examini  quoddam  la- 
tibulum  offendit,  in  quo  ad  se  latendum intraret.  Cernensque 
homo  hoc  occultum,  quamvis  semper  timidus  ne  ibi  repertus 
esset,  tum  quam  citius  potuit  intrare  curavit.  Et,  dum,  intus 
tremens,  hostes,  sibi  cum  magna  feritate  gladiorum  occur- 
rentes,  exspectaret,  illico  divina  virtute  illa  quercus  tota  in- 
tégra sine  ullo  foramine  et  formata  sicut  antea  illis  fremen- 
tibus  apparuit.  Quum  autem  jam  proximi  facti  eum  capere 
aut  detruncare  certissime  sperarent,  prospicientes  undique, 
nisi  solam  arborem  minime  invenerunt.  Ex  qua  re  omnes 
mirantes  coeperunt  ad  invicem  dicere  :  «  Quo  abiit  ille  homo, 
«  quo  recessit  ?  Fortasse,  aut  in  coelum  ascendit  aut  terra 
«  absorbuit.  »  Inquirentesque  eum  per  omnia  nusquam 
reperire  potuerunt  ;  sicque  delusi  ad  naves  suas  redierunt, 
narrantes  sociis  suis  mirabilia  quae  viderant.  Quercus  vero 
praedicta,  iterum  aperiens  se,  hominem  salvum  reddidit  et 
ad  proprium  reversa  est  naturam.  Hoc  quoque  miraculum, 
quanto  tempore*  homo  ille  vixit,  vicinis  ac  incolis  istius  loci 
referre  solitus  erat,  ostendens  semper  illam  quercum  adesse 


1.   Sur  la  date  exacte  de  cette  prise  de  Nantes  par  les  Normands  et  sur  la 
captivité  de  lcvèquc  Gautier,  voir  plus  haut  cli.  XXXVIII. 


[c.  il,  an  9601  ECCLE8IAE  NA.M.M.  I  I.NSIS  145 

hujus  facti  testimonium,  in  qua  ipse  elausus  steterat  et  libe- 
ratus  a  manibus  Normannorum  per  mérita  praefatorum  mar- 
i i iu m  incolumis  exierat.  Walterius  vero  episcopus,  ductus 
al>  istis  diabolicis  viris'  asque  Guerrendiam  captivus,  data 
pro  se  et  pro  aliis  çaptivis  magna  pecunia,  ad  suam  sedem 
liber  rediit. 


II. 


Nec  multo  posl  tempore,  iterum  ipsi  Normanni,  ad  prae- 
dictam  urbem  redientes,  omnia  in  tus  et  loris  depraedantes 
vastaverunt,  ac  etiam,  praedictorum  martirum  întrantes  ec- 
clesiam,  s|><»I i;i  pauperum,  ibi  ad  tutamentum  reposita,  cru- 
deliter  abripiunt.  Sed  virtus  Jhesu  Christi,  omnipotentis 
Dci,  pro  cujus  Domine  isti  saneti  martires  sunt  passi,  quorum 
corpora  hie  honorifiee  tumulata  requiescunt,  nolens  hosvio- 
latores  exire  ab  ecclesia  inultos,  magna  eaecitate  pereussil  : 
née  etiam  ad  introitum  per  quam  intraverant  remeare  seie- 
bant,  ila  quod  nullum  lumen  videre  po  ter  an  t.  Itaque  omnes 
cacci  effecti  clamabanl  aller  ad  alterum  quid  agere  debeant. 
Et,  (jiiiiin,  de  tali  confusione  lacrimabiliter  condolentes, 
nullum  possent  recuperare  eonsilium,  fuit  unus  ex  captivis, 
quos  in  eadem  ecelesia  ccperant,  qui  sic  eos  docuil  dicens  : 
«  Infelices,  miseri,  ut  nihil  timentes  Deum  et  suos  sanctos 
«  fidèles,  hune  locum  sanctum  violare  praesumpsistis  ; 
«  quare  vos  horum  sanctorum  martirum  Donatiani  et  Roga- 
«  liani  ausi  iu istis,  nihil  timoris  habentes,  eeelesiam  lam 
«  furiose  cum  armis  intrare  ?  Deponite  arma,  confitentes 
«   peccata  vestra,  ci  omnipotentis  l)ei  et  sanctorum  martirum 


1.  fstis  diabolicis  viris,  expression  familière  au  chroniqueur  de  Nantes: 
jslle  revienl  à  chaque  instanl  dans  son  récit  <"t  suffirait  à  montrer  qu'il  est 
bien  1  auteur  de  ce  chapitre,  >i  d'autre  part  la  relation  de  L'évèque  il>  Nantes*, 
Gautier,  emmené  captif  à  Guérande  par  Les  Normands,  relation  conçue  en 
termes  assez  semblables  à  ceux  du  chapitre  WW11I  do  la  Chronique  de 
Nantes,  ne  prouvait  que  1  un  el  1  autre  récit  Boni  I  œuvre  d'un  même  écrivain. 

lu 


146  MIRACULA  [c.  m,  xie  siècle] 

«  misericordiam  fideli  mente  invocate,  et  a  malitia  vestra 
«  cessate.  Fortasse  ipse  exaudiet  vos  et  iniquitatibus  vestris 
«  misericors  propitiabitur,  et  lumen,  quod  pro  culpa  de- 
ce  mentiae  vestrae  amisistis,  visum,  si  fideliter  creditis,  re- 
«  cuperabitis.  »  Qui  vero  audientes  haec  percutiebant 
pectora  sua  et  adorabant  Dominum  proni  in  terrain,  mise- 
ricordiam suam  implorantes  nunquam  invocantibus  eu  m  in 
veritate  denegatam,  ut  eorum  miseriae  misereri  dignaretur. 
Necnon  etiam  praeclarissimorum  martirum  Donatiani  et  Ro- 
gatiani  valde  anxli  suppliciter  auxilium  flagitabant  ut  eorum 
intereessione  a  caecitate  sua  incolumes  liberarentur,  promit- 
tentes  Deo  devotissime  nonamplius,  si  cum  salute  adpatriam 
remeare  possent,  ejus  sanctuaria  violare.  Quum  autem  omnes 
unanimiter  in  orationibus  persistèrent,  Dei  virtute  et  sanc- 
torum  martirum  meritis  lux  magna  sicut  lumen  fulguris  per 
totam  basilicam  apparuit,  unde  oculi  eorum  illuminati  sunt. 
Sicque  omnes  visum,  praesumptione  sua  perditum  juste  et 
nunquam,  sicut  sperabant,  in  futuro  recuperabilem,  miseri- 
corditer  laeti  recipientes,  gratias  Deo  et  suis  sanctis  marti- 
ribus  reddiderunt,  et  bene  castigati,  cum  magna  exulta- 
tione  ad  propria  reversi,  divulgaverunt  hoc  factum  per  omnem 
regionem  Normannorum1.  Ex  eo  autem  tempore  usque  modo 
nulli  Normanni  neque  etiam  alii  praedones,  horum  martirum 
atriadepraedantes,  intrare  praesumpserunt,  tim entes  semper 
ne  talia  illis  sicut  superius  relata  se  evenirent. 


III 


Et  hoc  quoque  sub  silentio  relinquere  nolumus,  quod 
quidam  homo,  jam  advesperascente  die,  de  urbe  Namnetica 
egrediens  et  volens  ire  ad  villam,  per  cimiterium  ecclesiae 


1.   Il  s  agit  ici  de  la  Normandie. 


[c.  iv,  an.  1000  circa]       ECCLESUE  NAMNETENSIS  141 

Sancti  Cyrici"  martiris1,  quae  piope  mocnia  hujus  m  bis  sita 
est,  transiit.  Et,  dum  per  illud  iter  tenderet,  memoria  fidc- 
liuin  ibidem  quiesccntium  compunctus,  benedixit  animas 
quorum  corpora  hic  requiescunt.  Quas  illico  audiens  semper 
amen,  amen  respondentes,  donec  infra  cimiterium  Sancti 
Andreae*,  qnod  est  illi  proximum,  pervenit,  valde  miratus 
est,  et  ipse  postea,  quot  vicibus  per  hoc  cimiterium  tran- 
sibat,  solitus  erat  referre  secretum  transeuntibus  hoc  res- 
ponsum  mirabile  quod  ibi  audierat. 


IV. 


In  urbe  Namnetica  miraculum  grande  factum  est,  quod 
minime  oblivioni  tradere  voluimus,  sed,  sicut  videntes  illud 
nobis  scribentibus  enarraverunt,  huic  paginae  scriptum 
commendare  studuimus.  Nam,  quum  omnis  populus  prae- 
dictae  civitatis,  gaudens  et  exultans,  ad  ecclesiam  Sancti 
Johannis  Baptistae  3,  in  ipsius  nativitate  convenisset  et  ibi 
pernoctans  in  orationibus  et  vigiliis  fidelissime  celebrasset, 
fuit  unus  miles  ex  familia  Judicaelis  comitis4,  Nominoius 
nomine,  qui,  instinctu  diaboli  deceptus,  hujus  sanctissimi 
praecursoris  vigilias  dimisit,  ac  furtive  cum  quadam  mere- 
trice  juxta  sepes  cujusdam  horti,  viae  publicae  proximas, 
infelicissime  se  commiscuit.  Et,  quum  pacto  suac  libidinis 
seelere,  ab  eadem  discedere  vellct,  divino  judicio  Dei  illico 

III.  —  a)  Tyrici  A  ;  corrigendum  est  Cyrici. 


1 .  L'église  de  Saint-Cyr  et  Sainte-Julitte  étail  située  non  loin  des  murailles 
de  Nantes  près  de  la  rivière  d'Erdre  (cf.  dom  Lobineau,  Hist.  de  Bretagne, 
II,  80.  112  el  163). 

2.  Sur  l'église  Saint-André,  voir  plus  haut  ch.  \\\  .  p.  75. 

3.  Sur  L'affluence  de  pèlerins  qu attirait  à  Nantes  la  tVtc  de  saint  Jean- 
Baptiste,  voir  plus  haut  ch.  \1.  p.    16. 

'i .  Judicaël,  comte  «1«'  Nantes  de  992  à  lOO'i.  On  a  ici  une  nouvelle  preuve 
que  le  chroniqueur  de  Nantes  écrivait  peu  après  le  milieu  du  u«  siècle, 
puisqu  il  témoigne  avoir  connu  plusieurs  personnes,  qui  avaient  vu  06  miracle. 
Burvenu  on  l'an  mil  on>  iron. 


148  MIRAÇULA  [c.  iv,  an.  1000  circa] 

captus,  sicut  canis,  ibidem  remansit  commixtus.  Coeuntesque 
ambo  per  totam  noctem,  exinde  steterunt  ibi  jacentes,  donec 
dies  illuxisset,  ibique  mane  ïeperti  ab  omni  populo,  ad  ec- 
clesiam  pergente  et  egrediente,  sic  mirabiliter  stare  vide- 
bantur.  Et,  quum  hic  lacrimabiliter  condolentes,  per  totam 
diem  misericordiam  Domini  et  sancti  Johannis  Baptistae 
invocantes,  ut  eis  peccatoribus  misereri  dignarentur,  usque 
ad  solis  occasum  sic  commixti  stetissent,  Dei  voluntate  soluti 
sunt,  venientesque  utrique  valde  pavidi  ad  ecclesiam 
Sancti  Johannis,  per  totam  noctem  ibi  orantes,  Dominum 
assidue  precati  sunt  ut  peccata  sua  illis  infelicibus  sua  gra- 
tuita  bonitate  dimitteret.  Quumque  autem  dies  reluxisset,  a 
clericis  illius  ecclesiae  acerrime  caesi  et  verbis  correctionis 
castigati,  regressi  sunt,  tamen  ex  eo  tempore  usque  ad  finem 
vitae  suae  semper  verecundi. 


TABLE  ALPHABÉTIQUE 


DES     NOMS     DE     LIEUX     ET     DE     PERSONNES 


Les  chiffres    romains   renvoient   aux  pages   de   l'Introduction  ;   les 

chiffres    arabes    aux    pages    du    texte  ;    la    lettre    a    à    la    première 
colonne,    la    lettre    h   à    la   seconde  :    la    lettre   n   aux   notes. 


A. 

Aansccncc,  v.  Adclstan. 

Abbon,  évèque  de  Ncvcrs,  56. 

Actard,  Aclardus,  Attardas,  évo- 
que de  Nantes,  xxxvn  n.  2,  i.vn- 
i.x.  26  ab.  n.  2,  27  ab.  n.  1,  28 
al».  39  a.  40  al),  n.  L,  'il  n.  2. 
i2  I».  44  ab.  n.  2,  46,  48  al).  19- 
57,  60,  63  ah,  65,  95  n.  2;  évo- 
que de  Thérouanne,  41  a.  a.  I, 
43  a.  n.  3;  archevêque  de  Tours, 
65  n.  1  et  2. 

\dalarl,  Adalardus,  évèque  de  Nan- 
tes,  LX,  80  ah.  n.    1   et  2,   Si  n.    1. 

85  ab,  94  ab. 
Adémar,  abbé  de  Redon,    124   n.  2. 

Adclstan.    AdelstannuSf    .ils/anus, 

Aauscence,   roi  d  Angleterre,  82 
a    n.  3  et  4.  83 ab,  88  a.  89b.  n. 

1.   98  n.   1. 


Adrien  II,  pape,  65  n.   1. 

Agius,  évèque  d'Orléans,  56. 

Agnès,  femme  de  GeofTroi-Marlel, 
comte  d'Angers,  140  n.   1. 

Airard,  évèque  de  Nantes,  xxxin- 
xxxix,  xi.  n.  1. 

Alain  III,  comte  de  Rennes  et  duc 
de  Bretagne,  fils  de  Geoffroi-Bé- 
renger,  138  ab.  n.  I,  139  al».  140 
n.   1. 

Alain  Barbetorte,  Alanus  Barba- 
torta,  comte  de  Poher,  puis  duc 
de  Bretagne,  xx.  xxvii,  xxviii, 
\i  \  -\i  \  ii.  i.xiv.  i.xv.  78  n.  1 . 
82  a.  n.  '..  83b,  88-109.  111  .il». 
112  a.  n.  3,  1  13  ab,  119  n.3.  120 
b,  126  ab.  127  al».  128  1».  136  ab. 

Uain  Canhiart,  comte  de  Gornouaille, 
xxxi,  xxxiv,  xxxvn.   4,  134  u.  2. 

Alain  I  Enfant,  Alanus  Puer,  comte 

de  Nantes,  fil-  de  I  ruérech,  1 1 'i  n. 


150 


TABLE  ALPHABETIQUE 


3,  123  a.  n.  5,  124  b,  125  a,  126 
ab.  n.   2,  127  n.  1. 

Alain  le  Grand,  Alanus  Magnus, 
comte  de  Vannes,  puis  duc  de  Bre- 
tagne, xx,  lx,  lxiv,  67  ab.  n.  2 
et  3,  68  b,  69  n.  l,70n.  3,  73  b. 
n.  2,  74  n.  2  et  3,  75  n.  1,  77 
n.  1,  78-81,  83  ab,  88  ab. 

Aldric,  évêque  du  Mans,  13  n.  3. 

Aleth,  aujourd'hui  Saint-Malo  (Ille- 
et- Vilaine),  liv,  10  n.  5  ; 

—  diocèse,  37  b,  39  ; 

—  é\êç[\ie,Macloviensis  episcopus, 
105  a;  v.  Salvator. 

Alethenses,  habitants  du  pays  d'A- 
leth,  11  b;  v.  Dialetenses. 

Alexandrie,  Alexandria,  ville  d'E- 
gypte, 2  ab,  3  b. 

Allemands,  peuple  de  Germanie,  99 
n.  1,  100  n.  1. 

Allis  (Jehan),  chanoine  de  Nantes,  x. 

Allurettus ,  fidèle  du  ducErispoé,  48. 

Alveus,  archidiacre  du  chapitre  de 
Nantes,  xl  n.  1. 

Amauri,  Amalricus,  archevêque  de 
Tours,  lvii,  lviii,  25  ab,  26n.l, 
34  b,  35  a.  n.  1,  40  ab,  49  ab. 
n.  1. 

Amauri,  comte  de  Nantes,  40  n.  1. 

Ancenis,  Ancenisii  castrum  (Loire- 
Inférieure),  123  a,  124  b. 

Angers,    Andegavis ,    Andegavina 

lirbs,    XLI,    XLII,    XLV,    XLIX,  L,   LX, 

15  n.  1,  27  n.l.  41  n.  2,  42  n.  2, 
44  n.  1,  66  n.  3,  67  ab,  83  ab, 
85  a,  86  ab,  109  ab,  110  n.  1, 
122  b,  128  a  ; 

—  comté,  v.  Anjou; 

—  comtes,  v.  Foulques  le  Bon, 
Foulques  le  Roux,  Foulques-Nerra, 
Geofïroi  -  Grisegonelle  ,  Geoffroi  - 
Martel,  Lambert  II,  comte  de 
Nantes  ; 


Angers,  diocèse,  54,  74  n.  2; 

—  églises,  v.  Saint-Aubin,  Saint- 
Pierre,  Saint-Serge  ; 

—  évêques,  v.  Domitianus,  Rainon, 
Renaud. 

Angevins,  Andecavi,  Andegaven- 
ses,  31b,  32  a.  85  a,  86  b,  99  n.  1, 
119  n.  1,  129  b,  130  a,  132  n.  2. 

Angleterre,  Anglia,  82  n.  1  et  4, 
89  b.  n.  1.    . 

Anjou,  Andegavensis  pagus,  ter- 
ritorium,  14  n.  4,  24  n.  2,  29  b, 
30  ab.  n.  2,  31b,  32  a.  n.  2,51b, 
94  a,  97  n.  1,  121  ab,  129  a. 

Anne,  duchesse  de  Bretagne,  xi  n.  1, 
xii  n.  1,  xiv. 

Antrum,  v.  Indre. 

Aquitaine,  Aquitania,  région  méri- 
dionale de  la  Gaule,  6  ab,  20  n.  2, 
30  n.  3,  31  ab,  82  ab; 

—  duché,  24  n.  2; 

—  royaume,  4  a,  5  b.  23  ab. 
Aquitains,    A(/uitani,    Aquitatiici, 

14,  24  a,  25  b. 
Aremburge,  Aremburgis,  femme  du 

comte  de  Nantes  Guérech,    123  a. 

n.  5,  124  b,  126  a. 
Argentré    (Bertrand    d),    historien, 

XLI. 

Attardas,  v.  Actard. 
Aufronius,  v.  Eufronius. 
Aurelianum,  v.  Orléans. 
Auriscand,  Auriscandus,  évêque  de 

Vannes,  127  ab.  n.  2. 
Aureliénoys,  v.  Orléanais. 


8. 

Ballon  (Ille-et- Vilaine),  32  n.' 1. 
Batz,  Bas  itisula  (Loire-Inférieure), 

13  ab. 
Beauvoir  (Vendée),  20  n.  3. 


TABLE  ALPHABÉTIQUE 


131 


Bégon,  BegO,  successeur  du  duc  Re- 
naud !•»,  2:}  ah,  24  ab.  n.  2  et  3. 
Begonis   cas  t  ru  m,   r.    Bougon    (la 

motte  de). 
Benoit,  évêque  de   Nantes,    fils  d'A- 
lain Ganhiart,  xxxvi  n.   2. 
Benoit  III,  Benedictus,  pape,  lviii, 

\\\  ab,  57  ab.  n.   2,    59  n.   1,    63 

n.  1. 
Bércngcr,  comte  de  Rennes,  67  n.  3, 

70  n.  4,  91  n.  2,  93  n.  1. 
Bernard,  frère  du  comte  de    Poitiers 

Emenon,  6  n.  2. 
Bernard,  successeur   du  duc  Bégon, 

24  n.  2. 
Berthou  (M.  P.  A.   de),  xvn   n.  3, 

XVIII. 

Bertualdt,  fidèle  du  duc  Erispoé,  £8. 
Besicle  (Pierre),  chanoine  de  Nantes, 

x. 
liiesse,  Bièce,   île  de  la  Loire,   près 

de  Nantes,  lvii,  86  ab,  87  n.  1. 
Bili,  chanoine  de  Nantes,  xl  n.  1. 
Blaeidic,  fidèle  du  duc  Erispoé,  '18. 
Blain,  Blanii  vicus,  Bleign  (Loire- 

Inl'i  rirure),    10  ab.   11.  3,   l  1   ab. 
Blaison  (le),  Bleso,  Bléson,  rivière, 

23  a.  2'(  b.  n.    1   et  3. 
Blanchard  (M.   René),  xxxm,  xxxiv. 
Blavet,  rivière,  67  n.  2. 
Bleign,  v.  Blain. 

Blinlivet,  évoque  de  Vannes,  93  n.  1. 
Blois,  Blesii  castrum,  102  ab,  134 

a.  n.  2  ; 

—  comte,  129  n.  2  ; 

—  comtes,  v.  Eudes  1er,  Thibaut  le 
Tricheur  ; 

—  donjon,  108  ab.  n.  4. 
Bodoan,  fidèle  du  duc  Erispoé,  15  b, 

'.S. 
Boffredum,  \.  Bouffa}  (le). 
Bordeaux,    Burdesala,   20  a.   n.  2, 

21  b. 


Borderie  (M,  A.  de  la),  ix  n.  5, 
xin,  xx-xxii,  xxvm,  \\  n  2,  45 
n.  1,  67  n.  2. 

Bouflay  (le),  Boff'rcdum,  château 
construit  à  Nantes  par  le  duc  Go- 
nan,   127  b,  128  a.  n.   1,  136  ab. 

Bougon  (la  motte  de),  castrum  Be- 
gonis (Loire-Inférieure),  23  ab, 
25  ab.  n.  1. 

Bourgogne  ,  Burgundia  ,  région 
orientale  de  la  Gaule,  80  n.  2, 
82  ab,  85  ab. 

Bourgucil  (Indre-et-Loire),  abbaye, 
133  n.  1. 

Bran,  fidèle  du  duc  Erispoé,  48. 

Bretagne  ,  Britannia,  Britannica 
regio,  duché,  royaume,  région  oc- 
cidentale de  la  Gaule,  2  a,  14  n.  2, 
30  n.  2,  31  n.  2,  33  ab,  34  ab, 
35  ab,  36  ab,  37  ab,  59,  67  n.  2 
et  3,  80  a,  81  a,  82  b.  n.  1  et  4, 
87-89,  91  a.  n.  2,  93  ab,  96  ab, 
102  ab.  n.  1,  105  ab,  107  n.  1. 
108  ab.  n.  3,  111  ab,  H3ab.  121 
a,  122b.  n.  1,  127  ni»,  134b.  n.  I, 
136  a,  138  a;  Britannia  nova, 
12  ab,  15  a.  n.  1  ;  Britannia  mi- 
nor,  34  a;  Britanniae  a/tgu/os, 
eûtes  de  Bretagne,  13  ab. 

Bretons,  Britanni,  Britones,  xxix- 
XXXVI,  xl vi,  i.xiv,  i.xv,  7  a.  9-11, 
14,  31  ab.  12  ab.  i3  b.  ','.1  ab, 
50  ab,  51  b,  52  a,  55.  .V,,  ,"." 
ab.  61,  62  n.  2,  63  b.  64,  66,  79 
a.  82  a,  83  ab.  88  a.  89  ab  ni. 
(.HI  a.  91  n.  1  et  2,  92  ab.  97  n.  3. 
99  n.  1.  110  n.  1.  129  1»  n.  3. 
130  a.   131-133,    135   ab.    13'.'  ab  : 

Britanni  Dialetenses,   \    Diale- 

tenses. 
Brice,  évoque  de  Nantes,  xxxvi  u.  2. 
Briocensis    episcopus  .    v.    Saint- 

Brieuc,  évéque. 


1 52  TABLE  ALPHABÉTIQUE 

Budic,  comte  de  Nantes,  fils  bâtard  de 

Judicaël,  134  n.  2,  135-140,  141  a. 
Budic,  évoque  de  Nantes,  fils  de  l'é- 

vcque  de  Nantes  Gautier  II,  xxvn, 

n.  2,  xLvur,  140  ab.  n.  1,  141  ab. 

n.  2. 
Budic,  fils  du  duc  de  Bretagne  Alain 

le  Grand,  75  n.  1,  77  n.  1. 


c. 


Cainonis,  v.  Chinon. 

Canabiac,  Canabiacum,  peut-être 
Canisy  (Manche),  lx,  68  ab,  70. 

Cararia  porta,  v.  Gharière. 

Carloman,  roi  des  Francs,  66  n.  4. 

Castrum  Celsum,  v.  Ghamptoceaux. 

Caynon,  v.  Rainon,  évêque  d'An- 
gers. 

Cenomannensis  cornes,  episcopus, 
v.  Mans  (le),  comtes,  évêques  ; 
Cenomannense  territorium  ,  v. 
Maine,  comté. 

Ghamptoceaux,  Castrum  Celsum, 
Chastoceaux  (Maine-et-Loire) , 
123  ab.  n.  3. 

Charière,  Cararia  porta,  porte  de 
la  ville  de  Nantes,  95  a.  n.  4. 

Gharlemagne  ,  Karolus  magnus  , 
Charles  le  Grant,  empereur  des 
Francs,  4  ab,  35  a. 

Charles  le  Chauve,  Karolus  Calvus, 
rex,  trier archa ,  Charles  le 
Chauff,  roi  des  Francs,  lviii,  4- 
6,  7  a,  8  ab,  9  ab.  n.  1,  14,  15 
n.  1,  17  n.  2,  24  n.  2,  26  ab,  27 
n.  1,  30  n.  2  et  3,  31  a.  n.  2,  32 
ab,  35  a,  37  b,  38  a,  40  ab.  n.  1 
et  2,  45  b,  46  n.  1  et  3,  50  ab, 
55  n.  2,  61  n.  1,  62  n.  2,  63  ab. 

Charles  le  Grant,  v.  Charlemagne. 
Charles  le   Gros,  Karolus  rex,  em- 


pereur des  Francs,    lx,  65,   66  a. 

n.  3  et  4,  67  b. 
Charles    le    Simple,   Karolus    sim- 

plex,     stultus,    roi    des    Francs, 

xxvin,  57  a.  n.  3,  81  ab.  n.  2. 
Chartres,  Camoti,  41  b.  n.  1,  43  b, 

114  n.  2,  134  n.  2; 

—  comtes,  108  n.  1,  v.  Eudes  Ier, 
Thibaut  le  Tricheur  ; 

—  donjon,  108-  ab.  n.  4  ; 

—  évêques,  v.  Fulbert,    Gislebert. 
Chastoceaux,  v.  Champtoceaux. 
Chàteaudun (Eure-et-Loir),  108  n.  4. 
Chinon,  Cainonis  (Indre-et-Loire), 

donjon,  108  ab.  n.  4. 

Cliiré,  Ciriacum,  Tiriac  (Deux-Sè- 
vres), 97  ab,  120  a. 

Clisson  (doyenné  de),  au  diocèse  de 
Nantes,  119  n.  3. 

Clotaire  Ier,  Clotarius  primus,  roi 
des  Francs,  3  a.  n.  4. 

Clotaire,  Clotharius,\.  Lothaire  Ier, 
empereur  des  Francs. 

Coitlouh  (synode  de),  xlix,  l,  lvi, 
38  n.  2,  52  n.  1. 

Coledoch,  Colledoch,  fidèle  du  duc 
Alain  le  Grand,  69  ab.  n.  1,  70. 

Conan,  Conanus  curvus,  comte  de 
Rennes,  puis  duc  de  Bretagne, 
xliv,  xlv-xlvii,  70  n.  4,  108  n. 
2,  112-115,  118  ab.  n.  2,  119 
ab.  n.  1,  123  a,  12iab.  n.  2,  125 
ab,  126  n.  2,  127-133. 

Conan,  évêque  de  Saint-Pol-de-Léon, 
93  n.  1. 

Conan,  Konanus,  fidèle  du  duc  Eris- 
poé,  45  b,  48- 

Conoveus,  v.  Convoion. 

Conquereuil,  Concruz,  Concurrum, 
Conquereus,  Conqueruz  (Loire- 
Inférieure),  114  n.  3,  118  b, 
119  a.  n.  1  et  3,  128  n.  3,  129  b. 
n.  3,  130  a,  131  n.  1,  132  n.  2. 


TABLE  ALPHABÉTIQUE 


153 


Constantiensis  episcopus,  v.  Coû- 
ta nccs,  évoques. 

Constantinus  pagus,  v.  Cotcntin. 

Convoion  ,  Conoveus  ,  Convoya  il  , 
abbé  de  Redon,  li,  i.vii,  33  ah. 
n.  2,  34  ab.  n.  1  et  3,  35  ab, 
36  a,  38  n.  3,  39  n.  1. 

Corisopitensis  episcopus,  v.  Quim- 
per,  évoques. 

Cornouaillc ,     comté    de     Bretagne , 

XXXI. 

Cotcntin,  Constantinus  pagus,  pays 

de  Constantin,  68  ab,  69. 
Coucsnon,  rivière,  67  n.  3. 
Courantgen,  évêque  de  Vannes,    'i7 

n.  1. 
Coutances,    Constances    (Manche), 

évêques,  v.   Romacharius,  Segi- 

nandus. 
Craon,  Credo  (Mayenne),   27  ni.   1, 

29  ab.  n.  1,  30  n.  1. 


D. 

Danois,  Dam,  v.   Normands. 
Dcrian,  (ils  du  duc  de  Bretagne  Alain 

le  Grand,  75  n.  1. 
Diablintum   civitas,  cité  de  la  IIIe 

Lyonnaise,   i.iv,  i.v,    10  n.  5. 

Dialetenses,  habitants  «lu  pays  d'A- 
leth.Liv,  lOab.  n.  5  ;  Dialetcnsis 
ecclesia,  \ .  Met  h,  diocèse. 

Diriniinr,   \     [ronne 

Doda ,  abbesse  de  Saint-Clément  de 
Nantes,  sieur  du  comte  Lambert, 
29  ab.  n.  2. 

Dol,  Dolum  (Ille-et-Vilaino),  39, 
91   n.  I  ; 

—  archevêques,   \.   Festinien,   Jun- 

guenée,   \\  icolien  ; 

—  cathédrale,  108  n.  2 


Dol,  diocèse,  xxxvi-xxxix,  xlix-i.vi, 
39  n.  1,  54  n.  3; 

—  évêque,  v.  Salocon  ; 

—  monastère,  Doli  monasterium, 
37  b,  39,  89  ab. 

Domitianus,  évoque  d'Angers,  2  a. 
n.  3,  3  b.  n.  3. 

Domnolus,  évêque  du  Mans,  2  a. 
n.  3,  3  b.  n.  3. 

Domnonce,  région  septentrionale  de 
la  Bretagne,  108  n.  2  et  3. 

Donatien  (saint),  martyr,  69,  72  n.  2. 

Drogon,  fils  du  duc  Alain  Barbc- 
torlc,  xxvii,  xi. v,  xlvi,  i.xiv,  105 
ab,  107  n.  1,  108  ab,  109  ab, 
110  ab.  n.   1,  112  I».    131  n.  1. 

Drogucn.  v.  Orcguen,  femme  du  duc 
Alain  le  Grand. 

Duchesne  (M.  1  abbé),  lvi  n.  1 ,  lvii, 
i.viii,  39  n.  1,  93  n.  1. 

Dudon  de  Saint-Quentin,  chroni- 
queur, i.xn,  LXV. 

Dunvallon.  fidèle  du  duc  Erispoé,  48. 

Durand,  chanoine  de  Nantes,  XL  ni. 

Durant  Pabion,  chanoine  de  Nantes, 
xxxii.  94  ab. 

Durenum.  v.  Saint-Georges  de  Mon- 

taigu. 


E. 


Edouard  Ier  L'Ancien,  roi  d'  Angle- 
terre, 82  n.  3,  89  n.  1. 

Emenon,  comte  de  Poitiers,  6  n.  2. 

Enée,  évêque  de  Pari-,  56. 

Engevins,  v. 

Er bauges y  \ 

Ercambert,  évêque  de  Baveux,  56. 

Erchatiraus,  évêque  <lc  Châlons- 
sur-Marne,  56. 

Erdre  (1  ').  Herdis,  Hereda,  Brde, 


Ange>  ins, 
I  [erbauge. 


154 

rivière,  43  ab.  n.  1,  73  b,  74  n.  1, 
75  n.  2,  128  n.  1.  147  n.  1. 

Erispoé,  Herispogius,  duc  de  Bre- 
tagne, x,  xix,  xxviii  n.  2  et  3, 
lxiv,  14  n.  3,  15  n.  1,  27  n.  1, 
30  n.  2,  3i  n.  2,  42  ab.  n.  2, 
43  ab.  n.   1  et  2,    44-48,   50  ab. 

.  n.  1,  2  et  3,  63  ab.  n.  1,  70  n.  4, 
87  n.  1,  95  n.  2. 

Erpuin,  évêque  de  Senlis,  56. 

Etienne,  chanoine  de  Nantes,  xl  n.  1. 

Eudes  Ier,  comte  de  Chartres  et  de 
Blois,  114  n.  2,  126  n.  2,  129 
n.  2,  134  n.  1. 

Eudes,  évêque  de  Beauvais,  56. 

Eufronius,  Euphronius,  archevêque 
de  Tours,  2  a.  n.  2,  3  b.  n.  3  et  4. 


F. 


Felecan,  v.  Flestan. 

Félix,  évêque  de  Nantes,    xix,  lviii, 

1  ab.  n.  2,  2  a.  n.  1,  3  b. 
Félix,  évêque  de  Quimper,  lui,  lv, 

37  b,  38  a.  n.  3,  55  n.  1. 
Festinien,    archevêque    de    Dol,    62 

n.  2. 
Flavigny  (Côte-d'Or),  abbaye,  54  n.  2. 
Flestan,    Felecan,    chef    de   pirates 

danois,  xliii,  xliv  n.  2. 
Fontenay  -  le-  Comte  ,     Fontanetum 

(Vendée),  7  a.  n   3,  8  b. 
Fontenoy-en-Puisaye  (Yonne),   7  n. 

3,  8n.  1. 
Fortunat,    évêque  de   Poitiers,  2   a. 

n.  1,  3  b.  n.  1,  3  et  4. 
Fosse  (la),  v.  Indre. 
Foucher,    Fulcherius ,    évêque    de 

Nantes,  lvii,  lx,  64  n.  1,  73  ab. 

n.  1  et  2,  74  n.  2,    75,   77  b,  78 

ab.  n.  1,  79  n.  l,80n.  1,  84  n.  2. 


TABLE  ALPHABÉTIQUE 

Foulques  le  Bon,  Fulco,  comte  d'An- 
gers, xxvti.  xlv,  xlvi,  107  ab. 
n.  1,  108  b.  n.  3,  109  ab,  110 ab. 
n.  1,  111  ab,  112  ab.  n.  2,  122 
n.  1,  123  a. 

Foulques  Nerra,  Fulco,  filz  Geffroy 
Grisgonelle ,  comte  d'Angers , 
xlvi,  126  n.  2,  128-133,  135  a, 
136  n.  1,  138  ab,  139  ab,  140  b. 
n.  1. 

Foulques  le  Roux,  Fulco  Ruffus, 
comte  d'Angers,  122  ab.  n.  1. 

France,  Francia,  région  septentrio- 
nale de  la  Gaule,  6  ab,  81  a,  82 
ab  ;  la  Gaule  tout  entière,    35  a, 

81  a. 
Francs,  Franc/,  xxxvi,  32  ab,  33  ab, 

37  b,  38  a,  62  n.  2,  66  n.  3  et  4, 

82  n.  1,  97  n.  4,  99  a,  100  ab  ; 
Francorum  jus  regium,  32  a, 
polestas  regia,  38  a  ;  Francorum 
or  as  tnaritimas,  régions  mari- 
times de  la  Francia,  7  ab  ;  Fran- 
corum regnum,  empire  franc,  4 
ab,  31  a,  la  Gaule,  35  a,  40  ab, 
99  ab,  109  ab. 

Frotarius,  Frotharius ,  archevêque 

de  Bordeaux,  51  b,  56. 
Fulbert,  évêque  de  Chartres,  Lxin.  1. 
Fulcricus,  évêque  de  Troyes,  56. 


G. 

Gallice,  Gallicia,  province  d'Espa- 
gne, 20  ab.  n.  2. 

Gallicii,  habitants  de  la  Gallice,  20 
ab. 

Galuron,  fidèle  du  comte  de  Rennes 
Conan,  xlvii,  115-117. 

Gaule,  Gallia,  2  a,  3  b,  5  a,  43  ab, 
53,  82  n.  1  ;  Gallorum  fines  ma- 


TABLE  ALPII 

ri /i m  OS,  régions  maritimes  tic  la 
Gaule,  12  a,  143. 

Gautier  Ier,  Walterius,  Gaultier, 
évéque  de  Nantes,  fils  de  l'arche- 
vêque de  Dol,  Wicohen,  lx,  104 
n.  1,  111  ab,  112  ab.  n.  1,  114 
n.  3,  115  ab,  128  n.  2,  144  n.  1, 
145  n.  1. 

(  i;mticr  II,  évéque  de  Nantes,  xlviii, 
135  ab.  n.  1,  136  ab.  n.  1,  137 
ab.  n.  1,  138  ab.  n.  1,  139  ab, 
140  ab.  n.  1  et  2,  141  b. 

Gauzbcrt,  comte  du  Maine,  30  n. 
3. 

Gedecaelus,  v.  Judicaël,  comte  de 
Nantes. 

GcoiTroi  Bérenger,  Gosfridus  cornes 
Hritanniae,  Geffroy,  comte  de 
Hennés  et  duc  de  Bretagne,  xi.iv 
n.  3,  121  n.  3,  132  ab.  n.  3,  133- 
136,137  n.  1,  138  n.  1. 

Gcofïroi  G  riscgonclle,  Gosfridus  Grl- 
sonella,  Geffroy  Grisgouelle, 
comte  d'Angers,  xi.vi,  99  n.  1, 
100  n.  1,  121  ab.  n.  2,  122  ab. 
n.  1,  123  a.  n.  2,  128  ab. 

Gcofïroi  Martel,  comte  d'Angers, 
140  n.  1. 

Gcrbcrge,  femme  du  roi  Louis  d'Ou- 
tremer, 98  a.  n.  2,  99  b,  101  ab, 
102  a. 

Girard,  seigneur  de  TifTauge,  23  ab. 
n.  1,  24  b. 

Girbald,  évéque  de  Chalon-sur-Saône, 
57. 

Gislard,    Gislardus,    évéque    intrus 

dr  Nantes,   i  vin,   i  i\,  't0   n.    1  ,    'i  1 

ab.  n.  2  et  3,  \'l  ab,  VA  ab.  n.  2, 

60,  79  ab. 
GÎBlebert,  évéque  de  Chartres,  56. 
('•Ion un    monaslerium,     \.    Saint- 

Florent-le- Vieil. 
Goëllo,  comté  de  Bretagne,  m. m. 


a  ni;  t  loi  i.  iô5 

Gohard,     Gunkardus,    évéque    de 

Nantes,  13  a.  n.  3,  15  ab,  16  a. 
n.  2,  17  b. 

Grois  (le),  bras  de  mer  entre  Beau- 
voir et  lîle  de  Noirmoutier,  20  n.  '■'>. 

Gonfler,  Gun ferius,  Gunfroy,  sei- 
gneur d'IIerbaugc,  neveu  ducomte 
Lambert,  22  ab,  23  ab.  n.  1,  24 
ab.  n.  3,  25  ab. 

Gorfand,  fidèle  du   duc  Erispoé,  48. 

Gosfridus,  v.  Gcofïroi. 

Gourmaëlon,  comte  de  Cornouaillc, 
puis  duc  de  Bretagne,  81  n.  1. 

Guérande,  Guerranda,  Gucrren- 
dia,  Quiriaca  aula  (Loire -Infé- 
rieure), i.vn,  lix,  42a,  43  b.n.  2, 
49  b,  54  n.  1,  64  n.  1,  112  ab, 
145  n.  1. 

Guérech,  comte  de  Nantes,  xx,  xxvn, 

XLV,    XL VII,  XLVIII,    LVII,  LXI,   LXIV, 

93  n.  1,  112  a.  n.  3,  113  ab,  114 
n.  3,  115  ab,  116ab,  117  al»,  n.  1, 
118-129. 

Guérech,  fils  du  duc  de  Bretagne 
Alain  le  Grand,  75  n.  1,  77  n.  1. 

Guérinière  (gués  de  la),  Vendée,  24 
n.  1. 

Gui  Ier,  comte  du  Maine,  29  n.  3. 

Gui  II,  Guido,  comte  du  Maine,  29 
ab.  n.  .'i. 

Guillaume,  archidiacre  du  chapitre 
de  Nantes,  xl  n.  1 . 

Guillaume  Fièrebracc.  Guillelmus, 
comte  de  Poitiers.  1 19  ab.  n.  2 et  3. 

Guillaume  Tête  d'Ëtoupes,  Guillel- 
mus, Willelmus  Caput  de  Stu- 
pis,  comte  de  Poitiers,  96  ab.  n.  2, 
97  n.  3,  119  n.  2  et  3,  120  ab. 

Gun  ferius,  Gunfroy,  v.  Gonfier. 

Gunkardus,  v.  Gohard. 

Gurguethan,  Gurguethen,  fidèle  du 
duc  Erispoé.  'iô  b.   'iS. 

Gurvand,  comte  de  Beniies,  66  n.  2. 


156 


TABLE  ALPHABÉTIQUE 


H. 

Haimeri  III,  vicomte  de  Thouars, 
comte  de  Nantes,  131  b.  n.  1,  132 
a.  n.  1,  133  a.  n.  1. 

Haimon,  Hamon,  Haymon,  vicomte, 
frère  utérin  des  comtes  de  Nantes 
Hoël  et  Guérech,  128  ab.  n.  3, 
129  a,  130  b,  131  ab,  132. 

Halep,  fidèle  du  duc  Erispoé,  48. 

Hasting,  chef  de  Normands,  66  n.  3. 

Hégilon,  archevêque  de  Sens,  51  b, 
56. 

Helgomar,  fils  de  l'évêque  de  Nantes 
Gautier  II,  140  a,  141  b. 

Hérard,  archevêque  de  Tours,  xxxvm, 
lvii,  lviii,  49  ab.  n.  1,  50  ab. 
n.  2,  51  b,  52  a,  56,  62  n.  2,  63 
ab,  64  n.  2. 

Herbauge,  Herbadillica  regio,  com- 
té au  sud  de  Nantes,  18  ab.  n.  2, 
23  ab.n.  1,  24  n.  2  et  3,42  n.  2, 
96  ab,  97  n.  2; 

—  comtes,  v.  Renaud  Ier,  Renaud  II. 

Herdis,  Herde,  Hereda,  v.  Erdre. 

Herio  insula,  v.  Noirmoutier. 

Herispogius,  v.  Erispoé. 

Hermeland  (saint),  15  n.  2. 

Hermengaire ,  doyen  du  chapitre , 
puis  évèque  de  Nantes,  lix.  lx,  65 
n.  3. 

Heroïc,  Heroicus,  abbé  de  Redon, 
xlvii,  lvii,  124  ab.  n.  2,  125  ab, 
126  ab.  n.  1. 

Hervé,  Hervé  us,  Hervisus,  évêque 
de  Nantes,  128  n.  2,  134  a.  n.  2, 
135  b. 

Hervé,  successeur  du  duc  Bégon,  24 
n.  2. 

Hesdren  ,  Heslrenus  ,  Hostronus, 
Hoctron,  Othron,  évêque  de  Nan- 
tes   et    de    Saint  -  Pol- de  -  Léon, 


xlvii,  lx,  93  ab.  n.  1,  103  ab, 
104  n.  1. 

Hildebrand,  évêque  de  Sées,  56. 

Hildegaire,  évêque  de  Meaux,  56. 

Hilduin,  évêque  d'Evreux,  56. 

Hincmar,  Hincmarus,  Hingoma- 
riis,  archevêque  de  Reims,  50  b, 
51  n.  2,  56. 

Hincmar,  évêque  de  Laon,  56. 

Hlotarius,  v.  Lothaire  Ier,  empe- 
reur. 

Hoctron,  Hostronus,  v.  Hesdren. 

Hoël  Ier,  comte  de  Nantes,  fils  d'A- 
lain Barbetorte,  xx,  xxvn,  xlv, 
xlvii,  lxiv,  93  n.  1,  112  a.  n.  3, 
113-118,  126  b.  n.  1  et  2,  127 
ab,  128  ab,  129  ab,  131  a.  n.  1. 

Hoël  II,  comte  de  Nantes,  puis  duc 
de  Bretagne,  fils  d'Alain  Canhiart, 
xxxi,  xxxiv,  xxxv  n.  4. 

Hoël,  fils  bâtard  du  comte  Hoël  Ier, 
126  b,  127  a,  131  n.  1. 

Hubert,  chanoine  de  Nantes,  xl  n.  1. 

Huengen,  fidèle  du  duc  Erispoé,  48. 

Hugues,  chanoine  de  Nantes,  xxxn, 
94  ab. 

Hugues,  comte  du  Mans,  91  n.  2. 

Hugues,  évêque  de  Nantes,  128  n.  2. 

Hugues  Gapet,  duc  de  France,  108 
n.  2. 

Hugues  de  Flavigny,  chroniqueur, 
54  n.  2. 

Hugues  le  Grand,  duc  de  France,  97 
n.  4,  100  n.  1. 

Hunfrid,  évêque  de  Thérouanne,  56. 


Indre,  Antvuin,  Insularum  coeno- 
bium,  la  Fosse,  Mousiicr  des 
Isles  (Loire-Inférieure) ,  monas- 
tère, 15  ab.  n.  2,  17  a.  n.  1,  18. 


TABLE  ALPHABÉTIQUE 


\bi 


Innocent  III,  pape,  xxxix. 

Ironne  (I),  Irumna,  Dirimine,  ri- 
vière, 97  ab.  n.  1,  119  m.  3,  121  a. 

[gaac,  évêque  de  Langres,  57. 

Isac(r),  Isarvus,  rivière,  10  ab,  n.  4. 

Isaias,  évêque  de  Nantes,  79  b.  t'A) 
n.  1. 

laies  (Mousticr  des),  v.  Indre. 


Jean  ,  abbé  de  Lande vennec,  93  n.  I . 
Jean,  chanoine  de  Nantes,  XL  n.  1. 
Jean,  évêque  de  Cambrai,  56. 
Jean  XIII,  pape,    M "2  n.  3. 
Jean-Baptiste    (tète  de  saint),   15   1), 

16  a.  n.  I,  147  n.  3,  148. 
Jean  de    Ghàtcaugiron,  sire  de  Dcr- 

val,  xi  n.  1,  xiv  n.  1. 
Jérusalem,     Jherusalem,     137    a, 

138  b. 
Jublains  (Mayenne),  lit. 
Judicaël,     Gedecaelus,     comte    de 

Nantes,    fils    bâtard     dlloël     1^, 

xxviii,  x liv n.  3,  XL vi,  xlviii,  126 

I).   127  a,  130  b,  131  a.   n.  1,  132 

ab,  133  ab.  n.    1,  134  ab.  n.  1  et 

2,    147  n.  4. 
Judicaël    Ier,   comte  de   Rennes,    07 

n.  2,  09  b,  70  n.  4. 
Judicaël   II    Bérenger,   Juhael   l>c- 

rengarii,  comte  de  Rennes,  xi.m. 

xi.iv,  108  ab.  n.  1  et  2,  112  n.  3. 

113  ab,  114  n.  1  et  2. 
Judith,  Judich,  femme  illégitime  du 

duc  Alain   Barbetorte,    112  n.    3. 

113  al»,    L26  a.    127  b.    128  al». 
Judith,    femme    d'Alain    Ganhiarl  . 

xxxi,   13'i   n.  2. 

Junguenée,    Junguineus,     Lunfre- 
nous,  archevêque  de  Dol,  139  al» 

n.    1. 


K. 

Kau  (bataille  de),  xliii. 

Karolus,  v.  Charles. 

Kathodic,  fidèle  du  duc  Erispoé,   '18. 

Komesnanus ,  fidèle  du  duc  Erispoé, 

45  b,  48. 
Konanus,  v.  Conan. 


Ladio,  I.adinn,  v.  Layon. 
Lair  (M.  J.),  lxv. 

Lambert  Ier,  comte  de  Nantes,  6  n. 
1,  8  n.  1. 

Lambert  II,  Lambert  us,  comte  de 
Nantes,  xlii,  lviii,  lxiii,6  ab.  n. 
1,  8  ab,  9  ab.  n.  1,  10  a.  n.  il, 
11-15,  20  a.  n.  1,  22  ab.  n.  2,  27 
ab.  n.  1,  28  ab,  29  ab,  30  ab.  n.  2 
et  3,  31  ab  n.  1  ;  comte  d'Anjou, 
14  n.  4. 

Lande  vennec  (Finistère),  abbaye,  82 
n.  1,  112  n.  3; 

—  abbé,  v.  Jean. 

Landran,  archevêque  de  Tours,  35 
n.  1. 

Landran,  Landramnus,  évêque  de 
Nantes,  i.x,  05  n.  3,  66  ab.  n.  3  et 
'..  07  ab,  68  b,  69,  70  n.  3. 

Larchier  (Guillaume),  doyen  du  cha- 
pitre de  Nantes,  x. 

Lay  (le),  Ledit  flumen,  Lédr, 
fleuve,  18  n.  2,  97  ab.  n.  2,  1  19 
n    3.    120  a. 

Layon  (le),  Ladio,  Ludion,  rivière, 
96  al»,  97    n.    1,    119  n.  3.  120  a. 

Le  Baud  ^Pierre),  chroniqueur,  xi-xv, 

XVII,    XVIII,    XXIV-XXVI,    XLII-XI.IV. 

Ledii  /lumen.  I.édy.  Douve,  v.  Lay 

(lr). 


158  TABLE  ALPHABÉTIQUE 

Léon  IV,  Léo,  pape,  li,  lviii,  34  ab. 

n.    2  et  3,   35  ab.   n.  2,   36  a,  38 

n.  3,  39  n.  1,  40  n.    1,    41  n.  2, 

53  n.  1,  57  ab.  n.  1,  59  n.  1,  60, 

63  n.  1. 
Léon  IX,  Léo,  pape,   xxvn,  xxxiii- 

xxxv,  xxxvii,  141  ab.  n.  2. 
Léon,  comté  de  Bretagne,  xliii. 
Leonensis  episcopus,  v.  Saint-Pol- 

de-Léon,  évèques. 
Leotbertus,  archevêque  de  Mayence, 

51  b,  56. 
Leprince  (Jehan),  chanoine  de  Nan- 
tes, x. 
Létard ,    archidiacre    de    l'église    de 

Nantes,  xxxn,  94  ab. 
Libéral,    Liberalis    Ocismorensis , 

évêque    de   Saint  -  Pol  -  de  -  Léon . 

lui,  lv,  37  b,  38  a.  n.  3,  55  n.  1, 
Liger,  v.  Loire. 
Liudo,  évêque  d'Autun,  57. 
Lobineau   (dom),    vin,    ix,    xv,   xvi 

n.  2,  xxvi,  xlii  n.  2,  xliii  n.  1. 


Loire,  Liger,  Laite,  fleuve.  7  n.  1, 
12a,  15  n.  1  et  2,  16  b,  17  n.  2, 
18  n.  2,  19  ab,  23  ab,  25  ab,  29 
b.  30  a,  31  ab.  n.  3,  43  n.  1,  46 
n.  1,  47  n.  1,  66  ab.  n.  3.  67  a. 
n.  3,  68  b,  73  a.  n.  2,  82  n.  1, 
83  ab,  84  n.  1,  85  b,  86  a,  87  ab, 
88  ab,  91  ab,  94  a,  96  ab,  112  ab, 
119  ab.  n.  3,  120  a,  123  ab,  127 
b,  128  a.  n.  1,  144. 

Lorraine,  Lotliarii  regnum,   98  ab. 

Lot  (M.  F.),  99  n.  1. 

Lothaire  Ier,  Clotharius,  Hlota- 
rius,  empereur,  fils  de  Louis  le 
Pieux,  4  ab,  5  ab.  n.  2,  31  a.  n. 
2,  40  a.  n.  2,  41  b,  43  a,  44  b. 

Lothaire,  Lotharius  rex,  roi  des 
Francs,  97  n.  1,  99  n.  1,  117  n.  1, 
121  ab.  n.  2,  123  a,  124  b,  126 
n.  1,  143. 


L.otharii  regnum,  v.  Lorraine. 
Louis  Ier  le  Pieux,  Ludovicus  inipe- 

rator,   empereur  des  Francs,  3  a, 

4  ab,  5  ab.  n.  1  et  2,  6  n.  1  et  2, 

29  n.  3. 
Louis    IV    d'Outremer,    Ludovicus 

transmarinus,  Loys  transmarin, 

roi  des  Francs,  97  a.  n.  4,  98  ab. 

n.  1  et  2,  99  ab,  101  ab,  102  ab, 

143. 
Louis  V,  roi  des  Francs,  126  n.  1. 
Louis  VI,  roi  de  France,  xxxvi  n.  2. 
Louis  Ier,  roi   de   Germanie,   fils  de 

Louis  le  Pieux,  4  ab,  5  ab.  n.  2. 
Ludovicus,  v.  Louis. 
Lu  n  frêne  us,  v.  Junguenée. 


M. 


Mabbon,    évêque    de     Saint-Pol-de- 

Léon,  104  n.  1. 
Macloviensis  episcopus,  v.   Aleth. 

évêque . 
Maine,  Cenomannense  territorium. 

comté,  xlix,  l,  29  n.  3,  32  a.  n. 

2,  51  b,  129  a. 
Maine  (la),  Mainne,  rivière,  86  a. 
Mans  (le),  comté,  v.  Maine  ; 

—  comtes,    v.     Gauzbert,    Gui    Ier, 
Gui  II,  Hugues  ; 

—  diocèse,   54  ; 

—  évèques,    v.    Aldric,  Domnolus, 
Robert. 

Maracharius,  évêque  d'Angoulême, 

3  n.  3. 
Marcellin  (saint),    pape,  35  a,  36  b. 

n.  1. 
Marcherais,    chanoine    de    Nantes, 

xl  n.  1. 
Marguerite,   duchesse    de   Bretagne, 

xi  n.  1. 
Marmohec  ,      Marmoech  ,     Mar  - 


TAHÏ.K  ALPHABÉTIQUE 


159 


mouech,  fcmmo   du  duc  Erigpoé, 

44  n.  2,  45  I),  46  d.  2,  48. 
Marlène  (dom),    xin,    xiv,  xv  n.   1, 

xvi  n.  2,  xxv. 
Malliias  I(;r,  comte  de  Nantes,  fils  du 

comte  de  Nantes  Budic,  xxvn  n.  2, 

xxxi,  140  ab.  n.  2,  141  ab.  n.  1. 
\lalhias  II,   comte    de    Nantes,  xxvi 

n.  2. 
Malhuedoi,  Malhuedons,  comte   de 

Poher,    père    d  Alain    Barbctortc, 

75  n.  1,  82  ab.  n.  2,  89  n.  1. 
Matucdoi,  fidèle  du  duc  Erispoé,  48. 
Maugc,  Médalgie  us  pagus,  Metal- 

lica  regio,  Maulge,  Médalgie, 
xi. vin.  18  ab.  n.  2,  23ab,  96  ab, 
97  n.  1,  119  n.  3,  120  a,  122  ab. 

Mauron  (saint),  fondateur  du  mo- 
nastère de  Montglonnc,  31  n.  3. 

Mayenne,  Meduana,  rivière,  29  b, 
30  a.  n.  1  et  2,  32  a,  85  b. 

Meciacus,  Meczac,  v.  Messac. 

Medalgicus  pagus,  Médalgie,  v. 
Mauge. 

Mée  (la),  archidiaconé  du  diocèse  de 
Nantes,  43  n.   I. 

Meschinot  (Jean),  chantre  du  cha- 
pitre  de  Nantes,  x. 

Messac,  Meciacus,  Meczac  (Ille-ct- 
Vilaine),  10  ab,  14. 

Mctallica  regio,  v.  Mauge. 

Migron,   Migro    (Loire-Inférieure), 

76  n-  1. 
Montglonnc,   v.    Saint  -  Florent  -  lc- 

Yieil. 

Mont-Saint-Michel  (Manche),  abbaye, 
xux,  128  n.  2. 

Morinensium  episcopus,  v.  Thé- 
rouanne,  cvèqucs. 

Mormoet,  Mormohet,  46  n.  2  ;  v. 
Marmohec. 

Motte  (Jacques  de  la),  chanoine  de 
Nantes,  x. 


Mûrier  (le),    une  des  tours  de   l'en- 
ceinte de  Nantes,  95  n.  \. 


N. 

Nain  (le  comte),  v.  Komesnanus. 

Nantais,  Namnetici,  Namrictenses, 
xxix,  xxx,  xxxi  n.  2.  xxxv,  9  a, 
10  ab,  11  b,  20  n.  3,  25  ab,  27 
ab,  28  ab,  30  n.  3,  85  ab,  10'i, 
111  ab,  112  ab.  n.    2,  118  ab.  n. 

2,  119  n.  1,  129  b,  136  ab,  137 
ab,  138  ab,  141  n.  2. 

Nantes,  Na  m  n  c  tic  a ,  Na  m  ne  te  ri  s  is 
urbs,  civitas,  Introduction  pas- 
sim,  5  n.  3,  8  b,  9  ab,  10  n.  3, 
12  ab.l3a,  42  ab,  44  a.  45  b,  46 
n.  1,  47  n.  1,    57   a.  n.  3,   65  n. 

3,  66  ab,  72  a,  83  ab,  84  ab.  87- 
92,  94ab,95ab.  103-107,  109 ab. 
111  ab.  n.  1,  112  n.  1,  115-117. 
119  ab,  121  a,  122  ab,  126-133, 
135  ab,  137  ab,  139  ab,  144,  146, 
147; 

—  cathédrale,  ecclesia  sanctorum 
Pétri  et  Failli,  1-3,  12  a.  13  ab, 
16  ab.  n.  2,  19  ab,  21  ab,  22  al». 
n  1,  46,  65,  69,  70,  73  a.  n.  2. 
76,  85  ab,  92  ab,  9'i  ab,  103  ab, 
111  ab.  121  ab.  n.  1  ; 

—  comté, comitatus,  marca,  pagus, 
lerritorium,  6-9,  10  a,  13  b.  14, 
18  ab,  20  ab,  2'i  n.  2,  27  ab,  29 
ab,  32  ab.  n.  2,  \1  n.  2.  '. '.  a.  n. 
2,  67  n.  3,  75,  88  n.  1,  9'*  a.  95 
al..  107  n.  1,  108  ab,  114  n.  :,'. 
118  a,  119  ab.  n.  3.  121  n.  3.  122 
n.  1.  126  n.  2.  127  n.  1.  129  n 
2,  133  ab.  n.  1.  13 i  n.  1,  139  a. 
140  b. 

—  comtes,  v.  Alain  l'Enfant.  Amau- 
ri,  Budic.  Guérech,  Haimeri,  Hoël 


160 


TABLE  ALPHABÉTIQUE 


Ier(  HoclII,  Judicaèl,  Lambert  Ier, 
Lambert  II,  Mathias  Ier,  Matliias 
II,  Renaud,  Richuin  ; 

—  diocèse,  parochia,  sedes,  24  n. 
3,  26  ab,  41-44,  49  ab,  50  ab,  54, 
64,  79  ab,  95  a,  96,  114  n.  3,  118 
a,  120  ab,  137  ab  ; 

—  églises,  48  a,  72  a;  v.  Notre- 
Dame  ,  Saint- André ,  Saint-Clé- 
ment, Saint-Cyr,  Saint-Donatien 
et  Saint-Rogatien  ,  Saint-Jean - 
Baptiste  ; 

—  évêques,  v.  Actard,  Adalart,  Ai- 
rard,  Benoît,  Brice,  Budic,  Félix, 
Foucher,  Gautier  I,  Gautier  II, 
Gislard,  Gohard ,  Hermengaire, 
Hervé,  Hesdren,  Hugues,  Isaias, 
Landran,  Quiriac  ; 

—  fortifications,  castrum,  74,  75, 
78  ab.  n.  1,  84  ab.  n.  2,  85  ab, 
86  ab,  92  a,  93,  95  ab,  111  ab, 
129  n.  3,  133  n.  3,  136  ab,  147 
n.  1  ;  donjon,  92  a,  93,  127  ab  ; 
poterne  de  l'évcché,  95  a  ;  v.  Bouf- 
fay  (le),  Charière  (porte),  Mû- 
rier (le)  ; 

—  palais  épiscopal,  136  ab,  138  ab. 

Neustrie,  Neustria,  région  occiden- 
tale de  la  Gaule,  xliii,  xliv,  4  ab, 
6  ab,  51  b,  54  ;  royaume,  4  a,  5  b. 

Neustriens,  Neustrienses ,  Neustrii, 
5  ab  ;  Neustriorum  oras  mari- 
timas,  régions  maritimes  de  la 
Neustrie,  7  ab,  12  ab. 

Nicolas  Ier,    Nicolaus,   pape,   xvn, 

XXXVIII,  LU,  LV,  lvii,  lviii,  35 
n.  2,  38  n.  1  et  4,  43  ab,  46  n.  1, 
51  ab.  n.  2,  57  ab.  n.  2,  58  n.  3, 
59  n.  1,  62  n.  2. 

Noirmoutier,  Herioinsula,  île  (Ven- 
dée), 19  ab,  20  a.  n.  3,  21  b. 

Nominoé,  Nemenoius ,  Nomenoius, 
duc  des  Bretons,  xix,xxxvi-xxxvm, 


xlviii-lvi,  lîx,  lxiii,  7  ab.  n.  2, 
9  ab,  12  ab.  14  n.  3  et  4,  21  n.  1, 
27  n.  1,  28ab,29a,  31-42,  44b, 

45  b.  50ab.  n.  1,  52  n.  1,  53  n.  1, 
54  n.  3,  59  n.  1,  60,  62  n.  1,  63 
ab.  78  n.  1. 

Nominoé,  Nominoius,  fidèle  du  comte 
de  Nantes  Judicaèl,  147,  148. 

Normandie,  Normannorum  regio, 
146  n.  1  ;  v.  Rouen. 

Normands,  Demi,  Normanni,  pa- 
gani,  Norvégiens,  pirates  Scan- 
dinaves,   XIX,    XXVIII.     XXXII,    XLI- 

xliii,  xi. v,  xlvii,  4,  6  a,  7  b.  n.  1, 
12-20,  25  ab.  n.  2,  26   ab,  44  a 

46  n.  ï,  47  n.  1,  48  b,  55,  56, 
57  a.  n.  3,  65  n.  3,  66  ab.  n.  3, 
67  ab.  n.  2  et  3,  68  ab,  70  n.  4, 
72  a,  73  a.  n.  2,  75,  78  ab.  n.  1, 
80-91,  93  ab,  96  ab,  102  ab,  107 
a,  136  a  ;  habitants  de  la  Norman- 
die, lxiv,  lxv,  97  n.  4,  104  n.  1. 
108  n.  2,  110  n.  1,  111  ab.  n.  1, 
112  ab.  n.  1  et  2,  118  a  n.  2,  119 
n.  1,  129  ».  3,  143-146. 

Norwégiens,  v.  Normands. 

Notre-Dame,  Sanctae  Mariae  eccle- 
sia,  église  de  Nantes,  95  a.  n.  3, 
106  b,  107  a;  fontaine  près  de 
Nantes,  xlvii,  90  ab,  91  n.  1,95  b. 


o. 


Océan (1),  Oceanum,  lamer  Occéa- 
ne,  6  a,  7  b,  12  ab,  81  a,  82  b; 
Atlantique,  Oceanum  occiduum, 
Occidentale  mare,  15  a,  97  ab. 

Ocismorensis.  Occismensis  epis- 
copus,  v.  Saint-Pol-de-Léon,  évê- 
ques. 

Ogier,  chanoine  de  Nantes,  xxxn, 
94  ab. 


TABLE  ALPHABÉTIQUE 


161 


Oreguen,  Ohurguen,  Orgaitt,  Dro- 
guai, femme  du  duc  Alain  le 
Grand,  G8  b,  70  n.  3,  75  n.  1. 

Orléanais,  Aureliénuys,  86  ab. 

Orléans,  Aiirclianum,  xlv,  83  ab, 
86  ab,  113  ab  ; 

—  évoque,  v.  A  glus. 

Orscand,  évoque  de  Quimper,  xxxiv. 

Ossismorum  civitas,  cité  delà  1 1 Ie 
Lyonnaise,  liii-lv. 

Olhron,  v.  Hesdrcn. 

Otter,  chef  de  Normands,  82  n.   1. 

Otton  Ier,  Otho,  Oihonius  impera- 
tor,  roi  de  Germanie,  empereur 
d'Occident,  97  n.  4,  98  ab.  n.  2, 
99  ab,  100  n.  1,  101  a. 

Otton  II,  empereur  d  Occident,  97 
n.  4,  100  n.  1. 

Oudon,  Uldo,  Udon,  rivière,  29  b, 
30  a.  n.  1. 


P. 

Paris,  Parisius,  xxvn,  xlvi,97  n.  4, 
98  ab,  99  n.  1,  100  n.  1,  101  ab, 
121  n.  3; 

—  évoque,  v.  Enée. 

Pascwiten,  Pasceuetenus,  Pascue- 
ianus,  Paschuetain,  comte  de 
Vannes,  45  b,  47  n.l,  48,  62  n.  1, 
66  n.  2,  67  n.  2,  69  b,  70  n.  2. 

Pascwiten.  Pascuitanus,  fils  du  duc 
Alain  le  Grand,  75  n.  1,  77  n.  1. 

Pastorcl  (François) ,  chanoine  de 
Nantes,  x. 

Pépin,  Pipinus,  roi  d  Aquitaine,  fils 
de  Louis  le  Pieux,  '»  ab,  5  ab.  n.  2. 

Pictavcnsis  episcopus,  v.  Poitiers, 
cvèquc. 

Pierrefitte,  Petra  Ficta ,  Pierre  fi- 
chée (Deux-Sèvres),  97  ab,  120  a. 


Plessé,  Seium  castellum  (Loire-In- 
férieure), 74  n.  3. 

Poher,  comté  de  Bretagne,  82  n.  2. 

Poitevins,  Pictavenses,  6  ab.  n.  2, 
9  a,  10  ab,  11  b,  119  n.  3,  120 
ab,  129  b. 

Poitiers,  comté,  v.  Poitou  ; 

—  comtes,  v.  Emenon,  Guillaume 
Fièrebrace,  Guillaume  Tète  d'E- 
toupes,   Ramnulf; 

—  diocèse,  24  n.  3  ; 

—  évêque,  v.  Fortunat. 

Poitou,  Pictavensis  comitatus,  Pic- 
taviiun  territorium,  6  b,  7  a,  8  b, 
9  ab.  n.  1,  97  n.  2,  129  a. 

Praecursoris  rtativitas,  v.  Jean- 
Baptiste  (fête  de  saint). 

Predren,  fidèle  du  duc  Erispoé,  48. 

Prostlon,  fille  du  duc  Salomon,  62 
n.  1. 


Q. 


Questembert  (Morbihan),  67  n.   2. 

Quimper,  diocèse,  Coriosopitcnsis 
civitas,  liv  ; 

—  évoques,  105  a  ;  v.  Félix,  Ors- 
cand. 

Quiriac,  évèque  de  Nantes,  fils  d'Alain 
Canhiart,  xxxiv,  xxxvi  n.  2, 
xx.vix. 

Quiriaca  aida,  salle  Quiriacque, 
v.  Guérande. 


R. 

Raiiuildus,  v.  Renaud. 
liainarius,  Iiainerius,  v.  Renier. 
Rainelmus,  cvèquc  de  Tournai,  56. 
Rainon,   évèque  d  Angers,  66  n.    3, 
67  ab.  n.    I . 


11 


162 


TABLE  ALPHABÉTIQUE 


Ramnulf,  comte  de  Poitiers,  6  n.  2, 

9  n.  1. 
Redon  (Ille-et- Vilaine),  32  n.  1,  126 

ab.  n.  1  ; 

—  abbaye  Saint-Sauveur,  Redoni 
monasterium,  xlix,  li,  lu,  lvii, 
36  b,  37  a,  38  n.  2,  47  n.  I,  69 
n.  1,  79  a.  n.  1  ; 

—  abbés,  v.  Adémar,  Convoion,Hé- 
roïc,  Thibaut. 

Redonensis   episcopus  v.   Rennes, 

évêque. 
Reims,  archevêque,  v.  Hincmar  ; 

—  concile,  xxvn  n.  2,  lvi,  58  n.  1, 
141  ab.  n.  2. 

Rémi,  Remigius,  archevêque  de 
Lyon,  50  b,  56- 

Renaud  Ier,  comte  de  Nantes  et  d'Her- 
bauge,  puis  duc,  xlii,  6  ab.  n.  2, 
9  ab.  n.  1,  10  ab.  n.  3,  11  ab, 
14,  23  ab,  24  n.  2. 

Renaud  II,  comte  d'Herbauge,  6 n.  2. 

Renaud,  évêque  d'Angers,  fils  de  Re- 
naud Torench,  122  n.  2. 

Renaud  Torench,  Rainaldus  Tur- 
ringum,  Turignum,  seigneur  du 
pays  de  Mauge,  xlviii,  122  ab. 
n.  2,  123  ab.  n.  3. 

Renier,  seigneur  du  pays  de  Mauge, 
23  ab.  n.  1,  24  b 

Rennais,  119  n.  1. 

Rennes,  Redonis  urbs,  Redonensis 
civitas,  xlix,  l,  115  a,  118  ab, 
124  ab,  125  a; 

—  comté,  Redonicus  pagus,  terri- 
torium,  7  ab,  11  ab,  24  n.  2,  32 
ab.  n.  2,  96  ab,  108  n.  3,  114  ab, 
135  ab  ; 

—  comtes,  v.  Alain,  Bérenger,  Co- 
nan,  Geofïroi-Bérenger,  Gurvand, 
Judicaël  Ier,  Judicaël  II-Bérenger  ; 

—  évêque,  v.   Victorius. 

Retz,  pays  au  sud  de  Nantes,  42  n.  2  ; 


doyenné  du  diocèse  de  Nantes,  119 

n.  3. 
Richer,  chroniqueur,  100  n.  1,   129 

n.  3,  132  n.  2,  134  n.  1. 
Richuin,     Richowinus,     comte     de 

Nantes,  xlii,  8  ab.  n.  1. 
Rieux  (Morbihan),  74  n.  3. 
Riwalon,  fils  du  duc  Salomon,  62  n.  1. 
Riwalon,  père  du  duc  Salomon,  50 

n.  2. 
Riwelen,  fidèle  du  duc  Erispoé,  48. 
Roald,  chef  de  Normands,  82  n.  1. 
Robert,  évêque  du  Mans,  56. 
Robert  le  Pieux,  roi  de  France,  12 1 

n.  3. 
Rodald,  comte  de  Vannes,  77  n.  1. 
Rogatien  (saint),  martyr,  69,  72  n.  2. 
Rollon,  premier  duc  de  Normandie, 

81  n.  2. 
Romacharius,  évêque  de  Coutances, 

3  ab.  n.  3. 
Rome,    Roma,  xxxv,  xxxvu,   1  ab, 

34  ab,  40  n.  1,  57  a.  n.  1  et  2  ; 

—  Romana  ecclesia,\e  Saint-Siège, 

35  a,  53,  55,  58,  59  n.  1  ; 

—  monastère  de  Saint-Paul,  xxxiii. 
xxxv. 

Romel,  fidèle  du  duc  Erispoé,  48. 
Rothad,  évêque  de  Soissons,  56. 
Rouen,  archevêque,  v.  Wénilon. 

—  provincia  Rothomagensium,  la 
Normandie,  81  ab.  n.  2. 


S. 


Saint- Aignan,  prairie  près  de  Nantes, 

90  ab,  91  n.  1. 
Saint-André,  monastère  et  église  de 

Nantes,  73  b,  74  n.  1,  75,  76,  147 

n.  2. 
Saint-Aubin,    monastère     d'Angers, 

129  n.  1. 


TABLE  AL 

Saint-Bcnoîl-sur-Loirc,  S.  Bene- 
dicli  monaste/'ium  (Loiret),  ab- 
baye, lOi  n.  1,  113  al». 

Saint-Brieuc,  SanctUê  /iriocus,  89 
ab,  91  n.  1  ; 

—  diocèse,  lu,  liv-i.vi,  39  n.  1  ; 

—  évoque,  105  a  ; 

—  monastère,  37  b,  39. 
Saint-Clair-sur-Epte  (Scinc-ct-Oisc) , 

81  n.  2. 
Saint-Clément,  église  de  Craon,   29 

n.  1. 
Saint-Clément,    monastère  et    église 

de  Nantes,  29  ab.  n.  1. 
Saint-Cyr  et  Sainte-Julittc,  S.  Cyrici 

ecclesia,  église  de  Nantes,  147  n.  1. 
Saint-Donatien     et     Saint-Rogatien, 

église  de  Nantes,  lx,  72  a,    73  b, 

74  n.  1,   75,   80,    105  b,   106  a, 

144-146. 
Saint- Florent-le- Vieil,  S.   Florentii 

abbatia,     Glonna,    Montglonne 

(Maine-et-Loire),   abbaye,   31    ab. 

n.  3,  139  a; 

—  château  construit  par  Foulques 
Nerra,  140  ab.  n.  1. 

Sainl-Cicorgcs-dc-Montaigu,  Dure- 
iium  (Vendée),  24  a.  n.  3,  25  b. 

Saint-Jean-Baptiste,  église  de  Nantes, 
16  n.  I,  147,  148. 

Saint-Malo,  v.  Aleth. 

Sainte-Marie,  v.  Notre-Dame. 

Saint-Martin,  monastère  de  Tours,  41 
n.  2,  43  n.  2,  80  n.  1  ; 

—  écoles  de  ce  monastère,  140  a, 
141  b. 

Saint-Pierre,  église  d'Angers,  L6n.  2. 
Saint-Pierre  et  Saint-Paul,  v.  Nantes, 

cathédrale. 
Saint  Pol-de-Léon,  >'.  Paul,  s.  Poul 

(Finistère),    lO'i  ab.  ni; 

—  diocèse,    eivitiu    Ossismorum, 

LUI,    Liv  ; 


PHABÉTiQUE  163 

Saint-Pol-dc-Léon,  évèques,  !.<<>- 
ii /-n sis,  (Jcismorcnsis  episcopus, 
105  a  ;  v.  Conan,  llcsdrcn,  Libé- 
ral, Mabbon. 

Saint-Serge,     monastère    d'Angers, 

XLI. 

Saint-Tugdual-Pabut,  S.  Tutua- 
lis  Pabut  monasterium,  v.  Tré- 
guier. 

Saintes,  Santonas,  Seinctes  (Cha- 
rente-Inférieure), 20a.  n.  2,  21  b; 

—  concile,  xxxix. 

Salocon,  Salaco  Dolensis,  Saloco 
Diuletensis,  évèquc  de  Dol,  i.m, 
lv,  i.vi,  37  b,  38  a.  n.  3,  52  b,  54 
n.  2  et  3. 

Salomon,  Sallomon,  duc  de  Breta- 
gne,    XVI,      XVII     11.      1,     XIX,     XLIII, 

i  xiv,  45  b,  47  n.  1,  48,  49  ab, 
50  n.  1  et  2,  52  b,  55  n.  1  et  2, 
57  ab.  n.  2,  58,  59  n.  1,  61  n.  1, 
62  n.  1  et  2,  63  ab,  64  n.  1,  66 
ab.  n.  2. 

Salomon  d'Alethense,  v.  Salocon. 

Salvator,  évoque  d  Aleth,  93  n.  1. 

Samnon  (le),  Semeno,  rivière,  43  a. 
n.  1. 

Sancta  Maria,  v.  Notre-Dame. 

S  an  et  us  Salvator,  v.  Redon,  abbaye 
Saint-Sauveur. 

Sapiotimarchcr,  fidèle  du  duc  Erispoé, 
48. 

Savennières,  Saponarias,  Saveniè- 
rr. s •(Maine-et-Loire),  30  ab,  i!l  b 

Saxons,  Saxones,  peuple  <!<•  Germa- 
nie, (.>8  ab,  99  ab.  100  ab.  n.   1. 

Seginandus,  éyéque  de  Coûtas 
56. 

Seine,  Secoua,  fleuve,  81  n.  .'!.  82 
n.   I,  100  ab.  n.   1. 

Seium  castellum,  v.  VU  - 

S(  meno,  v.  Samnon. 

Senfrid,  chanoine  de  Nantes,  m   n    1 


164 


TABLE  ALPHABÉTIQUE 


Sennac,  fidèle  du  duc  Erispoé,  48. 
Sidroc,  chef  de  Normands,  47  n.  1. 
Silvestre  (saint),  pape,  59. 
Soissons  (concile  de),  lvii,  lviii,  38 

n.  3,  50  ab.  n.  3,  51  b.  n.  2,  52 

a.  n.  1,  62  n.  2. 
—  évêque   y.  Rothad. 
Susan,  Susannus,  évêque  de  Vannes, 

lui,  lv,   lvi,    21  a.   n.   1,  22  b, 

26  n.   1,  37  b,   38  a.  n.  3,  52  b, 

54  n.  3  et  4. 


T. 


Tararie  (port),  v.  Charière,  porte. 

Tarvanensis  episcopus,  v.  Thé- 
rouanne,  évêque. 

Teofalgicus  pagus,  v.  Tiffauge. 

Teutons ,  Teutonici ,  Theutoni- 
ciens,  peuple  de  Germanie,  100 
ab. 

Thekarno,  fidèle  du  duc  Erispoé,  48. 

Thérouanne  (Pas-de-Calais),  lix,  41 
ab,  43  n.  3  ; 

—  évêques,  v.  Actard,  Hunfrid. 

Thibaut,  abbé  de  Redon,  124  n.  2. 

Thibaut  le  Tricheur,  Theobaldus 
cornes  Blesensis,  comte  de  Blois 
et  de  Chartres,  beau-frère  du  duc 
de  Bretagne  Alain  Barbetorte,  xlv, 
97  n.  4,  102  ab.  n.  2,  103  n.  1, 
105  ab,  107  ab,  108  ab.  n.  3  et  4, 
109  a,  113  ab,  114  a.  n.  2. 

Thouaret  ,  rivière.  18  n.  2. 

Thouars  (Deux  -  Sèvres),  vicomtes, 
119  n.  3;  v.  Haimeri  III. 

Tiffauge ,  Theopha  Igia ,  Teofa  Igi  - 
eus  pagus,  Thiffaulges,  région 
au  sud  de  Nantes,  18  ab.  n.  2, 
23  ab,  24  a.  n.  3,  25  b,  96  ab, 
119  n.  3,  120  a. 

Tiriac,  v.  Chiré. 


Tours,  Turonica  urbs,  xlv,  65, 
83  ab,  85  b,  86  a,  114  n.  3. 

—  archevêques,  v.  Actard,  Amauri, 
Eufronius,  Hérard,  Landran,  Urs- 
mar  ; 

—  conciles,  xxxix,  53  n.  1,  58  n.  1  ; 

—  diocèse  ,     melropolis  ,     sedes  , 

XXXVI,      XXXVII-XXXIX  ,       XLIX-LVII, 

26  ab.  n.   1  et  2,  49  a,  50  ab,  52 
a.  n.  1,  54,  58  n.  1,  64,  65; 

—  église,  v.  Saint-Martin; 

—  province  ecclésiastique,  39  ; 

—  Turonenses  c  1er  ici,  clergé  de 
Tours,  xxxvii  n.  2,  lui,  liv,  lvi, 
65. 

Trans  (Ille-et- Vilaine),  91  n.  2. 
Travers  (abbé  N.),  xvi  n.  1. 
Tréguier    (Côtes-du-Nord) ,    évêché, 
lu,  liv-lvi,  39  n.  1  ; 

—  évêque,  Trecorensis  episcopus, 
105  a; 

—  monastère,  S.  Tutualis  Pabut 
monasterium,  39. 


U. 

Udon,  Uldo,  v.  Oudon. 
Ursmar,   archevêque    de    Tours,    26 
n.  1. 


V. 

Val-Dieu,  chartreuse   au  diocèse   de 

Sées,  xv  n.  1. 
Vannes,   Venetensis  urbs,    Venues, 

41  a,  47  n.  1,  64  n.  1; 

—  comté,  67  n.  2,  107  n.  1  ; 

—  comtes,  v.  Alain  le  Grand,   Pas- 
cwiten,  Rodald  ; 

—  diocèse,  liv  ; 


Vannes,  évoques,  79  a;  v,  Auriscand, 

Hlinllvct,  Gourantgen,  Susan. 
Varades  (Loire- Inférieure),  116  ab. 
Vendôme  (Loir-et-Gher),  42  n.  1. 
Vcrceil  (synode  de),  xxxvn. 
Vicenonia,  v.  Vilaine. 
Vichohenus,  v.  Wicohen. 
Vilaine  (la),   Vicenonia,    Villaigne, 

rivière,  10  ab,   14,  'i3  ab.  n.  1,  47 

n.  1,  79  ab. 
Victor ius,  évoque  de  Rennes,    3  ab. 

n.  2  et  3. 
Vuicomarc,    fidèle  du  duc    Erispoé, 

48. 


W. 


TABLE  ALPHABÉTIQUE  165 

Wcmbrit,  femme  du   duc   Salomon, 

62  n.  1  et  2. 
Wénilon,  archevêque  de  Rouen,  51 

b,  56. 
Wicohen,  JVico/ienus,  Wichohcnus, 

archevêque  de  Dol,  xliv,  93  n.  1, 

104  ab.  n.  1,  108  ab.  n.  2. 
Wigon,  fils  du  duc  Salomon,    62   n. 

1. 
WillelmuSf  v.  Guillaume. 


Walterius,  v.  Gautier. 


Y. 


Ysaiasy  v.  Isaias. 


TABLE  DES   MATIERES 


Introduction VII 

Editions   et    manuscrits,    utilisés    pour    reconstituer    la 

Chronique  de  Nantes VII 

Etablissement  du  texte XXII 

Le  Chroniqueur  de  Nantes \\\ 

Sources  de  la  Chronique XL 

Conclusion LXI 

Sommaire LXVII 

Chronique  de  Nantes LXVII 

Miracles  de  l'Eglise  de  Nantes LXXII 

Ghronigon  Namnetensk 1 

MlRAGULA    BCGLE8IAE    NamNETENSIS 143 

Table  alphabétique  des  noms  de  lieux  et  de  personnes.     ...  1  V.t 


CHARTRK8.    —     1MPRIMBRII     DURAND,    RUE    KULUtiU  . 


o  onQ 

ÏJ\  o  Cl 


Chronicion  naranetense. 

DC 

•  60.8 

La  chronique  de  Nantes. 

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